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Alain
Madelin |
L'Europe
ressort bien affaiblie du sommet de Bruxelles. On comptait sur
l'Europe pour pousser en France les feux des réformes
libérales nécessaires, comme ce fut jusqu'à
présent le cas – bon gré, mal gré.
Mais voici qu'aujourd'hui nous assistons à une touchante
union nationale, qui de l'extrême gauche à l'extrême
droite en passant par l'UMP et le Parti socialiste, et avec
à sa tête le président de la République,
crie « haro » sur l'Europe libérale. Avec
la réforme du pacte de stabilité et le gel ou
du moins le remodelage profond de la directive Bolkestein –
il est vrai obtenu sous la menace de voir les Français
dire non au traité de Constitution européenne
–, les idées françaises semblent l'emporter,
Triste victoire.
->
La réforme du pacte de stabilité va affaiblir
l'Europe. C'est en réalité une défaite
de l'Europe et des Français car vouloir l'euro et partager
une monnaie commune, c'est comme partager l'addition au restaurant
: il faut s'imposer une discipline afin que certains convives
ne commandent pas langouste et caviar aux frais des autres.
Choisir l'euro, c'était aussi accepter d'engager des
réformes libérales. Avec une monnaie unique et
le pacte de stabilité, les différences conjoncturelles
ou structurelles de productivité entre deux pays ne peuvent
plus être corrigées par des ajustements de taux
de change ; elles doivent donc l'être par des variations
de prix relatifs (coût du travail, coût du capital),
ce qui exige une très grande souplesse des économies.
En réalité, l'euro exige que des politiques très
libérales soient menées au niveau des Etats.
En
choisissant d'assouplir le pacte de stabilité, c'est-à-dire
en permettant aux grands pays qui ne maîtrisent pas leurs
déficits, d'échapper aux disciplines prévues
par le pacte de stabilité en justifiant les déficits
des grands pays par des «facteurs pertinents» (recherche,
réseaux développement, réformes structurelles,
actions utiles à l'Europe, réunification allemande),
on ouvre la porte à une lecture laxiste de ce pacte.
C'est là une faute contre nos enfants que de permettre
aux Etats de s'endetter un peu plus. C'est aussi une erreur
économique qui va condamner la Banque centrale européenne
à contrecarrer cette fuite en avant dans l'endettement
et la création monétaire par une politique monétaire
plus rigoureuse, c'est-à-dire des taux d'intérêts
plus élevés.
-> Le psychodrame de la directive Bolkestein
fait douter de la volonté réformatrice de l'Europe.
Rappelons que cette directive s'inscrit dans le droit fil des
objectifs du traité de Rome de 1957 et des quatre libertés
de circulation qu'il instaure, celles des capitaux, des travailleurs,
des services et des marchandises.
Dans le droit fil aussi de l'acte unique de 1986 et du principe
de reconnaissance mutuelle des normes fixé par la Cour
de justice européenne, elle était encore inscrite
dans l'agenda de Lisbonne comme élément essentiel
pour faire de l'Union européenne l'économie la
plus compétitive du monde à l'horizon 2010.
On
comprend d'autant moins ce psychodrame que ce projet a été
longuement discuté, préparé et négocié
avant d'être adopté à l'unanimité
en janvier 2004 par la commission Prodi – une commission
alors majoritairement à gauche – et donc alors
approuvé par notre actuel ministre des Affaires étrangères.
La
France, premier exportateur de services, avait tout à
y gagner.
Au surplus, le projet n'était pas sans garde-fou, car
il excluait certains services et maintenait l'application du
droit social du pays d'accueil aux travailleurs détachés
prévue par la directive de 1996.
La France et l'Europe ont besoin de réformes libérales,
de l'ouverture des marchés, de la confiance dans les
libertés, l'économie et la concurrence. On ne
peut se résigner à une croissance molle, on ne
peut continuer à vivre à crédit en reportant
la facture de notre déficit de réformes sur les
générations futures. Comme l'a souligné
le rapport Camdessus, nous avons besoin d'une thérapie
de choc. Il nous faut une politique agressive de libération
de l'économie qui, seule, nous permettra d'atteindre
un niveau de croissance forte et même d'hypercroissance
nécessaire pour nous sortir du piège de l'endettement
public, du chômage persistant, et faire face sans drame
au rendez-vous démographique.
Faire
de l'Europe un repoussoir, l'accuser d'être responsable
de tous nos malheurs, c'est favoriser la montée du non
au référendum. C'est faire aussi – et c'est
plus grave – un mauvais usage de l'Europe : au lieu d'en
faire le levier des réformes en France, on en fait le
bouc émissaire de notre impuissance publique. Au lieu
de faire une pédagogie de la modernité libérale
et des changements nécessaires, voici que l'on fait une
attaque en règle contre une Europe trop libérale
et que l'on voit le Président de la République
faire écho aujourd'hui aux thèses les plus radicales
des écologistes, des antimondialistes, épouser
les rhétoriques les plus à gauche sur les délocalisations,
le dumping social, le dumping fiscal ou le dumping écologique.
Au risque de réactiver nos vieilles tentations dirigistes
et protectionnistes.
Le temps n'est plus ou le candidat Chirac disait : «Il
n'y a pas d'autre choix que le libéralisme. Plus exactement,
le libéralisme n'est pas un choix mais une nécessité...»
; et, en paraphrasant un humoriste anglais : «Je dirai
que le problème majeur du libéralisme en France
est de n'avoir jamais été mis en oeuvre en France.»
L'approche libérale n'oppose pas aujourd'hui la gauche
et la droite. Car, au-delà de nos frontières,
c'est souvent la gauche qui défend le mieux la concurrence
pour servir l'intérêt général et
favoriser le pouvoir d'achat des consommateurs. Y compris dans
le domaine des services publics, que la France a tendance à
confondre avec les monopoles publics alors que la délégation
de gestion permet de les rendre plus efficaces. Il s'agit d'un
conflit, comme on l'a noté à Bruxelles, entre
les «modernes» et les «réactionnaires».
On peut certes vouloir une Europe sociale, mais l'Europe sociale
antilibérale n'existe pas. L'Europe de la panne de croissance,
du chômage durable, de l'endettement insoutenable, de
nos systèmes sociaux en faillite, c'est l'Europe antisociale.
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Signalés
Hubert Jousset a
publié, dans Le Bulletin de la Gestion Financière
Privée (GEFIP), un article «vous avez dit pragmatisme
?». "Le pragmatisme consiste comme le pensait Frédéric
Bastiat à «privilégier ce qui se voit par
rapport à ce qui ne se voit pas», en méconnaissant
les effets pervers pourtant prévus par la théorie..."
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la suite

Humeur
Noter l’article publié par le Figaro intitulé
«Fermons les yeux pour voir autrement» sous
la signature de Anne-Marie Raffarin, adjoint au maire de Chasseneuil-du-Poitou,
chargée de la culture. Il s’agit de faire l’éloge
d’un nouveau parcours proposé par le Parc du Futuroscope,
fleuron de la région Poitou Charente, cher à notre
Premier Ministre. Anne-Marie Raffarin, la marraine de ce Parc
explique comment les visiteurs sont guidés dans un espace
«sans la moindre lumière, sans un seul repère
visuel.» Toute ressemblance avec la politique du gouvernement
serait une simple coïncidence.

Nouvelles des Cercles
A lire «Le principe de précaution : un principe à
hauts risques» de l’Institut Economique Molinari que
nous signale notre ami, Max Falque.
Lire
le communiqué de presse
Deux billets d’humeur de notre ami, Eloi
Jutteau :
Au sujet de l’augmentation des salaires de la fonction publique,
Eloi Jutteau s’interroge sur l’aggravation de notre
déficit.
Lire
la suite
Eloi Jutteau réagit, au sujet du financement des retraites
sur «l’énorme scandale dont les salariés
du privé sont loin d’avoir conscience»
Lire
la suite
Contact eloi.jutteau@seri-expert.com
Deux réflexions au sujet du référendum sur
la Constitution européenne :
Celle de notre ami, Jean-Louis Caccomo,
qui redoute l’interprétation erronée d’un
oui ou d’un non.
Lire
la suite
Contact caccomo@univ-perp.fr
Celle de notre ami, Roger Saint
Pierre : «Le traité constitutionnel
qui va faire l’objet d’un référendum
est-il trop ou pas assez libéral ?»
Lire
la suite
Contact roger.stpierre@wanadoo.fr
A signaler la dernière réunion du cercle
de Meurthe et Moselle, sur le rythme des réformes,
traité par Sorel Zissu et Jean-François Hehn qui
préfèrent parler «d’absence de réformes
ou d’échec de l’entreprise des réformes.»
Lire
la suite
Contact Jean-Paul Oury jean-paul.oury@libertysurf.fr

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