Alain Madelin

Le désaveu électoral de la droite le 28 mars ne signe pas l’échec d’une politique libérale car le précédent gouvernement n’a pas mené une politique libérale. Prétendre que l’échec des régionales est l’échec d’une politique libérale, c’est participer au terrorisme intellectuel de la gauche et de l’extrême gauche qui visent à disqualifier les mesures qui pourraient sauver la droite et à retarder les réformes libérales dont la France a plus que jamais besoin.

D’ailleurs, on le sait, le Président de la République marque depuis un certain temps son hostilité à la mise en œuvre de réformes libérales.

La vérité oblige à dire aujourd’hui que n’est pas libérale une politique qui a connu la plus forte augmentation des dépenses publiques depuis 1997 et qui a laissé filer les déficits publics dans l’espoir keynésien de nourrir la croissance. Pour les libéraux la croissance ne se fabrique pas à coup de dépenses publiques, elle se libère. Que n’est pas davantage libérale une politique qui augmente les prélèvements obligatoires, le nombre de jours travaillés pour l’Etat et les dépenses de l’Etat providence qui maintient les 35 heures, freine l’ouverture à la concurrence de nos services publics et qui pratique le retour de l’interventionnisme y compris dans les entreprises privées.

Si aujourd’hui on parle d’accélérer les réformes, mieux aurait valu ne pas les freiner il y a deux ans. J’avais moi-même développé lors du débat des élections présidentielles l’idée que, la page des élections tournée, il faudrait saisir la fenêtre d’opportunité pour engager rapidement les réformes essentielles à l’avenir du pays dans un programme de réformes de 200 jours (100 jours d’action pour le gouvernement et 100 jours d’action parlementaire).

Si une action rapide et déterminée a été menée avec succès par Nicolas Sarkozy dans le domaine de la sécurité qui était au cœur de l’élection présidentielle, le Président de la République et son gouvernement ont expliqué que cette règle des 200 jours était absurde et que pour mener les autres réformes ils avaient le temps devant eux car la croissance était, croyaient-ils, solide et la gauche durablement K.O.

On a donc choisi la réforme prudente, la réforme pas à pas, en expliquant que c’était là le meilleur moyen de réussir les réformes et de préserver la popularité du gouvernement. Résultat, hélas, l’impopularité est là et les réformes sont largement absentes. Le temps perdu ne sera pas facile à rattraper, et on voit bien par exemple que le service minimum garanti dans les transports publics sera plus difficile à mettre en œuvre au lendemain des régionales qu’au lendemain des présidentielles

A ce problème de calendrier s’ajoute un problème de méthode. Il y a une sorte de loi politique qui veut que tout projet de réforme plongé dans un bassin de concertation au contact des corporations syndicales se déforme et se rétrécit.

S’il faut ouvrir aux partenaires sociaux un vaste espace de refondation sociale par la négociation contractuelle, pour décider de l’avenir du pays, les parlementaires de la majorité me paraissent plus légitimes et plus représentatifs pour décider de l’avenir du pays.

Il est absurde d’opposer libéral et social. Le socialisme de gauche n’a pas été social - on l’a vu - et un socialisme de droite ne le serait pas davantage

Les mesures socialement douloureuses reprochées au gouvernement ne sont pas le résultat de réformes libérales, mais le produit de leur absence. Faute de croissance, faute de réforme profonde de l’Etat et de nos systèmes publics, on en a été réduit à pratiquer une politique de la hache budgétaire que les libéraux ont toujours condamné car ils savent qu’elle est socialement et politiquement dangereuse. Et les économies de bouts de chandelles réalisées ici et là apparaissent d’autant plus injustes quand on les compare aux distributions faites par le gouvernement aux catégories les plus menaçantes ou les plus influentes.

Si je prend les réformes qui sont devant nous, l’économie, l’emploi, la santé, l’école, on ferait une grave erreur à opposer libéral et social. La France a impérativement besoin de retrouver le chemin d’une hyper-croissance pour créer des emplois, pour sortir progressivement de la précarité et remettre en marche l’ascenseur social. La preuve a été faite par de nombreux pays autour de nous qu’il faut pour cela libérer le marché du travail et avoir une audace dans la réforme fiscale que j’espère maintenant à l’ordre du jour.

Dans le domaine de l’assurance maladie si l’on veut éviter de dérembourser massivement et de renvoyer les Français vers les assurances complémentaires, si l’on refuse l’étatisation comme la privatisation, il est évident qu’il faut introduire une dose de concurrence pour mieux gérer ce monstre étatique en pratiquant la délégation de gestion à des mutuelles ou à des assurances.

Et si à l’école on cherche plus de justice et davantage d’égalité des chances, la meilleure réforme n’est-elle pas d'offrir un large statut d’autonomie aux établissements qui le souhaitent afin de permettre aux enseignants de faire mieux et donner enfin aux parents une vraie liberté de choix de l’école de leurs enfants. J’observe d’ailleurs que cette dernière mesure est aujourd’hui plébiscitée par 90% des Français, à commencer par les couches populaires.

Le nouveau gouvernement ne doit pas céder à l’intimidation socialiste. Il doit prendre un cap plus libéral. S’il n’y a pas de politique sans risque, il y a des politiques sans chance.

 

Rendez-vous le 7 avril
DINER DU PRINTEMPS DES LIBERAUX

Le mercredi 7 avril 2004
à partir de 19h30
au parc Floral de Paris,
Esplanade du château de Vincennes,
route de la pyramide, 75012 Paris
 


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