Alain Madelin

Dans la guerre déclarée aux délocalisations, le gouvernement s'apprête à enrichir sa panoplie d'armes de protection massive par une obligation de déclaration préalable d'identité des correspondants des centres d'appel contactés par nos compatriotes.

Il n'était que temps d'afficher cette exigence de traçabilité, car nous assistions impuissants à la délocalisation de centres d'appel de plus en plus nombreux vers des contrées exotiques. A l'insu du consommateur. Car dans ces pays pas très catholiques, les opérateurs de ces centres d'appel poussaient la fourberie jusqu'à parler un français parfait et à dissimuler leur véritable identité sous des prénoms bien de chez nous.

Bas les masques ! Il faudra donc bientôt annoncer la couleur. «Ici Dakar» ou «ici Rabat». On dira bien entendu qu'il n'y a rien de plus normal que d'afficher sur un service l'origine de fabrication comme on le fait sur l'étiquette d'un produit. Mais il ne s'agit pas là d'une discrète étiquette qu'un consommateur exigeant peut consulter, il s'agit de placarder d'entrée de jeu l'appellation d'origine dans un but ouvertement dissuasif. Un appel implicite au boycott d'ailleurs sélectif, car on peut imaginer qu'il jouera sûrement peu pour «Georges, Microsoft, Atlanta». En revanche, afficher Dakar ou Rabat, c'est laisser planer un soupçon d'incompétence. Pire même, c'est réveiller face à ces «voleurs d'emplois» des sentiments xénophobes... pour ne pas dire plus.

Tant pis pour la compétitivité, seule vraie source de richesse et d'emplois. Certes, on pourrait objecter que les consommateurs et les entreprises ont tout à gagner à de meilleurs services au meilleur coût, que c'est l'intérêt d'une PME d'améliorer ses recouvrements grâce aux services d'un centre d'appel à Tunis ou encore l'intérêt d'une entreprise de pouvoir développer les services associés à ses produits grâce à une internationalisation des centres d'appel permettant de répondre 24 heures sur 24, 365 jours par an. On pourrait encore ajouter que les jeunes bien formés, parlant à la perfection notre langue, privés de l'espoir de pouvoir vivre et travailler dans leur pays, n'auront plus d'autres choix que de s'expatrier chez nous.

Mais la cause semble entendue. Avec la loi sur les 35 heures, les socialistes voulaient partager le travail pour créer des emplois. Avec cette croisade contre les délocalisations, il s'agit maintenant de partager l'emploi entre Français.

Et à s'engager sur ce chemin, il n'y a guère de limites. Téléphoner à un centre d'appel 100 % français c'est bien, mais téléphoner avec des téléphones portables français ce serait mieux, quand on songe que derrière leurs prix en baisse se cachent... des travailleurs chinois. Boycotter Rabat ou Dakar, pourquoi pas ? Mais peut-on rester inerte devant ces cohortes de touristes inconscients qui vont gaspiller nos précieuses devises dans ces pays exotiques ?

Une seule limite demeure cependant : celle du ridicule. Elle fut naguère atteinte lorsqu'un autre gouvernement décida de bloquer l'importation des magnétoscopes à Poitiers.



Humeur

L’Etat veut faire notre bien, il s’occupe de notre santé, il veut nous faire maigrir. Nous croyons être menacés par Big Brother, mais en réalité nous sommes menacés par Slim Brother.
Lire la suite



A lire

Yves Roucaute docteur d’Etat, agrégé de philosophie et de science politique et professeur à l’Université de Paris X Nanterre, a publié un livre à ne pas manquer « La Puissance de la liberté » dont nous nous faisions l’écho dans notre dernière lettre. C’est sans ambages que Yves Roucaute déclare que « pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la liberté a trouvé une démocratie en mesure d’imposer l’organisation du monde ».
Lire la présentation





Signalé

Technocratie
Notre ami Jacques Bichot a publié le 24 septembre dernier une tribune «Vive la technocratie» dans Le Monde : «La pensée unique a fait du terme "technocratie" un repoussoir. Voulez-vous vouer aux gémonies un texte, une disposition, une décision ? Dites qu'elle est l'œuvre de technocrates. Le technocrate est censé ne rien comprendre aux réalités du "terrain", oublier le facteur humain, imposer sa volonté à l'aide d'arguments aussi spécieux qu'incompréhensibles, et finalement mépriser les modes démocratiques de prise des décisions.»
Lire l'article



Nouvelles des Cercles

A signaler la prochaine réunion du cercle de Besançon sur le thème « La constitution européenne »animée par Daniel Colard, universitaire.
Contacter Yves Quemeneur unostra.fc@wanadoo.fr

Réflexions de Christian Savey, responsable du cercle de Rouen, « Le terrain, oui le terrain », Comment pour tout animateur de cercle attirer durablement des citoyens de moins en moins convaincus par l’utilité des partis et mouvements ?
Lire l'article

A lire le «Plaidoyer pour une école de liberté et d’ouverture» par Christophe Maillard, responsable du cercle de Lyon pour qui le manque de liberté est caractéristique de l’éducation publique dans son ensemble.
Lire l'article