Alain Madelin

Drôle de campagne européenne. Une campagne «en stéréo» ou les arguments du OUI font échos aux arguments du NON dans une même partition anti-libérale.

• Le NON c’est pour l’essentiel le refus d’une Europe dite «trop libérale». Un refus de confiance dans les libertés économiques, la concurrence, le marché, l’indépendance de la Banque centrale... La volonté de soumettre l’activité économique à un pouvoir politique ayant la capacité d’harmoniser, c’est à dire d’uniformiser les impôts (pour lutter contre le dumping fiscal c’est à dire en tirant les impôts vers le haut), de soumettre la Banque centrale à des décisions politiques (afin d’endetter un peu plus les générations futures) de protéger nos industries contre la compétition internationale, de défendre nos services publics contre la concurrence (en instituant des services publics européens), de créer un SMIC européen, de lutter contre le dumping social en imposant aux nouvelles démocraties de l’Est les charges de notre coûteux modèle d’Etat Providence, de financer de lourds programmes européens par un impôt européen etc.

• Le OUI curieusement en s’inscrivant dans une même rhétorique anti-libérale que les détracteurs du Traité constitutionnel, de l’extrême gauche à l’extrême droite, fait le jeu des partisans du NON et légitime leur combat.

«Vous avez bien raison d’avoir peur de l’Europe libérale» disent en substance les partisans du OUI. Justement la Constitution européenne est «une logique non libérale. Elle essaye d’instituer une Europe politique face à l’Europe économique.» (Jacques Chirac). Elle nous permettra de «quitter une Europe libérale non maîtrisée...» (Jacques Chirac) et le OUI de gauche d’ajouter «C’est une victoire de la gauche européenne acquise au dépens de la conception anglo-saxonne de l’Europe» ( Jacques Lang). La plupart des médias sont à l’unisson. Alain Duhamel, au commentaire politique habituellement mesuré, s’enflamme «Le non constitue une reddition en rase campagne une capitulation devant le libéralisme, une vocation de fourrier du modèle anglo-saxon».

Et, bien entendu, ajoutent des partisans du OUI, le Traité Constitutionnel en renforçant le pouvoir du politique permettra d’opposer un «Monsieur Euro» à la Banque centrale, de promouvoir les services publics à l’échelle européenne, de progresser dans la voie d’un gouvernement économique permettant d’harmoniser les conditions de la concurrence, de lancer les politiques industrielles (en appelant le succès de l’A380 à la rescousse du oui alors que cette coopération réussi n’a rien à voir avec l’Union Européenne et encore moins avec la nouvelle Constitution).

Bref, au lieu de faire une pédagogie de l’Europe libérale, voici que l’on nourrit une démagogie anti-libérale. On fait ainsi de l’Europe le bouc émissaire de nos difficultés et de notre incapacité à réformer. Fait-on observer au chef de l’Etat qu’il n’y a pas de chômage en Grande-Bretagne, il répond que ses règles sociales «sont inacceptables en France». Autrement dit, mieux vaut un bon chômage bien français qu’un plein emploi libéral anglais. On pouvait penser que c’était le chômage qui était inacceptable, non, c’est le libéralisme.

Jean Pierre Raffarin souhaite une Europe plus française. Pour être franc, les libéraux souhaitent une France plus européenne.

Une France qui avance au rythme de l’Europe, d’une Europe qui gagne, celle du plein emploi, de la prospérité, celle qui est la plus sociale, l’Europe des réformes libérales.
Oui, drôle de campagne européenne où la droite, au mieux, semble souhaiter une Europe de gauche et, au pire, nourrit les craintes des partisans du NON, au risque de décourager le oui de raison – à défaut du oui du cœur – que beaucoup de libéraux étaient prêts à apporter au projet de Traité constitutionnel.



A l’occasion de la sortie en français du best seller mondial « Le mystère du capital », de Hernando de Soto, l’Institut Turgot organise une conférence à l’Assemblée Nationale le lundi 13 juin 2005 de 19 h à 21 h. A cette occasion, Hernando de Soto viendra exposer sa vision révolutionnaire de l’économie du développement.
Pour plus d’information sur la conférence consulter www.turgot.org

Nous n’avons jamais caché notre enthousiasme pour ce livre qui comble enfin une lacune de la littérature économique et juridique sur la propriété. Pour cet économiste péruvien, le secret de la réussite des pays riches et l’échec des pays pauvres découle du droit de propriété, source du capital.
Il y a quelques mois, nous avons publié, sur notre site, la traduction en français d’un texte de Hernando de Soto paru dans le magazine trimestriel du Milken Institute. Il résume et développe l’essentiel de la thèse et des arguments présentés dans son ouvrage.

Pour aller plus loin :
lire l’article de Hernando de Soto
Lettre des cercles du 10.03.05


Signalés

Vous avez dit social ?

Le rapport Hirsch vient de sortir. Il a été remis, jeudi 21 avril, par le président d’Emmaüs-France Martin Hirsch au ministre de la famille Philippe Douste-Blazy.
Le document formule quinze « résolutions » innovantes et concrètes pour ramener de un million à zéro le nombre d’enfants pauvres en 2020. Mais sa préconisation, la plus novatrice, est la création d’un revenu solidarité active (RAS) permettant de combiner les revenus du travail et les transferts sociaux afin de supprimer les effets de seuils liés à la reprise de l’emploi.
Il veut permettre aux exclus de sortir de ces «trappes à inactivités», en ciblant l’action sur les fameux «working poor», une population en expansion et dont il s’agit de réduire le nombre.
En définitive, ce rapport tourne pour l’essentiel autour d’une idée libérale, celle de l’impôt négatif, défendue depuis plusieurs décennies par Milton Friedman. Elle a été mise en oeuvre dans de nombreux pays comme aux Etats-Unis, par l’administration Reagan avec l’«earned income taxe credit», en Angleterre par John Major puis par Tony Blair avec le «working family tax credit » ou, plus récemment en Belgique, pays qui nous est plus proche par son système social et fiscal, par le gouvernement libéral de Guy Veroshtadt.
Il s’agit d’une proposition faite depuis longtemps par les libéraux sous le nom de «revenu familial garanti».
(Voir «Pour une politique sociale libérale» le sous titre : Instituer un revenu familial garanti pour rénover l’Etat Providence)
Autrement dit, quand on veut faire des propositions sociales modernes, on va puiser dans les solutions libérales. Voilà qui montre, une fois de plus, l’absurdité du langage politique d’aujourd’hui qui consiste à opposer libéral et social.

En réaction au plan de Martin Hirsch, notre ami Jean-claude Dutailly, a rédigé une note dans laquelle il précise quelle pourrait être la politique libérale d’intervention publique sur la pauvreté...
Plus d’enfants pauvres en France en 2020 ?



Nouvelles des Cercles

Nos cercles se sont à nouveau cette semaine mobilisés sur le projet de constitution européenne.

Nous remercions Sylvain Phyllis du cercle de Mayotte qui organisera le lancement du cercle , le 6 Mai 2005, sur ce thème.
Contact : Maison-du-carrelage@wanadoo.fr

Bernard Caillot, du cercle du Puy de Dôme, après un rappel historique, analyse le «oui des europhiles», le «oui des contres les contres» face à trois sortes de «non», le «non souverainiste de droite ou de gauche», le «non libéral» et le «non de la stratégie de crise.» A chacun de se déterminer…
Lire la suite
Contact : Bcaillot@aol.com

Alexis Bouchard, dans l’Isère, nous envoie sa contribution au débat. Il est opposé à la ratification du traité constitutionnel, il votera «non» pour rejeter sa connotation sociale-démocrate et pour préserver les prérogatives et identités de chacun.
Lire la suite
Contact : a.bouchard@wanadoo.fr

Les membres du cercle libéral des Alpes Maritimes nous envoient leur conclusion sur le débat : le «oui» sera un vote de raison et non de passion.
Lire la suite
Contact : BPMunier@aol.com


A lire la contribution de notre ami, Philippe Seigneur, du cercle des Yvelines. «Je ne crois pas que nous ayons quelque chose à gagner ici en des positions qui aussi fondées soient-elles s’ajouteront toujours aux positions de repli dont nous souffrons tant.»
Lire la suite
Contact : philippe.seigneur@club-internet.fr

A lire le commentaire du cercle du Morbihan sur l’indemnité qui serait versée à Daniel Bernard, ex-PDG de Carrefour. «Oui au libéralisme. Oui au capitalisme socialement responsable. Non aux sauvages …»
Lire la suite
Contact : Cerclesliberaux-morbihan@wanadoo.fr

Les cercles libéraux | Sur l'agenda des cercles | Les cercles locaux
Vos commentaires et réactions
Voir les lettres des cercles libéraux du :
[21-04-2005] [14-04-2005] [07-04-2005] [31-03-2005] [24-03-2005]
[17-03-2005] [10-03-2005] [24-02-2005] [17-02-2005] [10-02-2005]
[03-02-2005] [27-01-2005] [20-01-2005] [13-01-2005] [06-01-2005]
[23-12-2004] [16-12-2004] [09-12-2004] [02-12-2004] [25-11-2004]
[18-11-2004] [05-11-2004] [28-10-2004] [21-10-2004] [14-10-2004]
[07-10-2004] [30-09-2004] [23-09-2004] [16-09-2004] [09-09-2004]
[01-07-2004] [24-06-2004] [17-06-2004] [10-06-2004] [03-06-2004]
[27-05-2004] [19-05-2004] [13-05-2004] [07-05-2004] [29-04-2004]
[22-04-2004] [15-04-2004] [08-04-2004] [31-03-2004] [25-03-2004]
[18-03-2004] [11-03-2004] [04-03-2004] [26-02-2004] [19-02-2004]
[12-02-2004] [05-02-2004] [29-01-2004] [22-01-2004] [15-01-2004]