Surprenantes élections régionales. Alors qu’il y a maintenant bientôt deux ans, le nouveau gouvernement avait tenu à faire de la régionalisation sa première grande réforme, voici que celle-ci patine. L’Assemblée nationale poursuit sa discussion byzantine sur les responsabilités locales et la clarification fiscale est repoussée à plus tard.

Dommage ! Car la campagne des élections régionales aurait sûrement gagné à être portée par le souffle d’une vraie régionalisation comprise par tous les Français et accompagnée de projets mobilisateurs proposés par les candidats de la majorité.
Alain Madelin


Pauvre Tocqueville !

Philippe Douste-Blazy a commis un article intitulé «Unité nationale, diversité nationale» (Le Monde, 17 février 2004) qui ne mériterait aucune attention s’il ne contenait cette perle : «La passion de l’égalité, disait Tocqueville, est le cœur du régime démocratique. C’est elle qui nous rassemble, par-delà nos différences, dans un sentiment partagé de fierté nationale». Or, qu’on veuille nous pardonner ces truismes, Tocqueville n‘a jamais rien pensé de tel. Dans son maître ouvrage, De la démocratie en Amérique, il affirme que l’âge moderne correspond à celui de l’égalité – égalité juridique s’entend – et que ce fait providentiel est à l’oeuvre en France comme il l’a été outre-Atlantique. Contrairement à ce que laisse entendre M.Douste-Blazy, Tocqueville, s’il constate le phénomène, ne s’en inquiète pas moins. Car l’égalité, quand elle devient passion, se transsubstantue en égalitarisme et mine la liberté. En des termes que Nietzsche n’aurait pas reniés, l’aristocrate observe que l’égalisation des conditions n’est autre qu’un nivellement pas le bas. Dans un passage célèbre, il écrit que les peuples démocratiques «ont pour l’égalité une passion ardente, insatiable, éternelle, invincible ; ils veulent l’égalité dans la liberté, et, s’ils ne peuvent l’obtenir, ils la veulent encore dans l’esclavage» (II, 2, 1). Que M. Douste-Blazy soit favorable à l’«action positive» est une chose ; qu’il entende embrigader Tocqueville dans sa croisade en est une autre : celui-ci doit se retourner dans sa tombe !

Jean-Philippe Feldman


Discrimination positive (suite)

Le débat continue. L’association Liberté Chérie prend position :

"Rappelons la tradition républicaine. Les droits de l'homme, depuis la Révolution jusqu'à la déclaration universelle de l'ONU, sont explicites : nul ne peut être réduit à son appartenance à une quelconque catégorie. L'individu prime sur toutes les étiquettes qu'on peut lui attacher. Même la volonté de réparer les graves abus du passé (le colonialisme en France, l'esclavage ailleurs) ne peut justifier qu'on viole ces principes.

La discrimination positive ne pose pas seulement des questions morales ; elle provoque également de nouvelles tensions. Ceux qui n'appartiennent à aucune catégorie notable, lésés puisque défavorisés à l'embauche, en sont irrités. Les minoritaires méritants, à qui l'on fait l'aumône sans qu'ils l'aient sollicitée, se sentent, légitimement, humiliés…"
Lire la suite
Voir notre article sur la discrimination positive dans la précédente lettre
Voir notre dossier "Les libéraux et la discrimination positive aux Etats-Unis"


Service public : sortir de l’imposture

Dans leur nouveau livre, Michel Brulé et Michel Drancourt se sont efforcés de présenter «le dossier le plus complet possible d’une fracture sociale française dont il n’est pas politiquement correct de parler» : celle qui existe entre le secteur public et le secteur privé.

Ce livre est indispensable pour la compréhension de la société française. Très bien documenté, il se divise en quatre parties majeures.

Tout d’abord, les auteurs dressent un état des lieux rigoureux en analysant quatre points : les effectifs de la Fonction publique, «sujet embarrassant» pour les dirigeants politiques ; les rémunérations dont on sait qu’elles augmentent désormais deux fois plus vite que les salaires du secteur privé ; les retraites, domaine où il y a bien deux poids deux mesures avec le privé ; enfin, les privilèges.

Puis, devant ce constat d’une Fonction publique pléthorique et privilégiée, les auteurs reviennent sur le passé, sur ce poids de l’Histoire : un Etat de plus en plus présent et des fonctionnaires qui, devant les secousses institutionnelles de la France, se sont sentis «investis d’un pouvoir de durée».

Ensuite, les auteurs abordent les conséquences de l’importance d’une telle Fonction publique sur notre pays : un budget «plombé par la Fonction publique», la classe politique impuissante, l’avenir «sacrifié au bien-être des agents publics», les grèves «nouveau monopole public», etc…

Enfin, après avoir dressé un panorama complet de la situation, Michel Brulé et Michel Drancourt parlent des solutions pour sortir de cette situation. Ainsi ce livre constitue un appel à la réforme : «Il est temps que le politique rende à la France l’administration de qualité dont elle a besoin. Il ne lui manque que le courage de moderniser ses structures, d’améliorer sa gestion, d’orienter son action pour plus d’efficacité dans la conduite du présent et dans la préparation de l’avenir»

Michel Brulé et Michel Drancourt,
Service public. Sortir de l’imposture
, Paris, JC Lattès, 2004


Signalé

L’Institut Turgot et Henri Lepage
organisent un débat le mardi 2 mars à 18h30 à l’Hôtel Sofitel Arc de Triomphe, 14, rue Beaujon, 8e arrondissement, avec Fred Smith, président-fondateur du Competitive Enterprise Institute, qui introduira la discussion sur le thème : «Technologie et concurrence : faut-il punir Microsoft»

Mondialisation : le débat continue.
Jacques Garello, dans ses responsabilités de directeur international du Lions Club 2002-2004, a publié une série de contributions forts intéressantes, et qui peuvent être consultées en ligne :
Choc des civilisations ou Civilisation Universelle
Au cœur de la société civile : les Associations
La mondialisation : fatalité ou défi ?
Comment relever le défi de la mondialisation ?

Jean-Philippe Feldman
Sur l’homophobie : vers une loi Gayssot bis ?


Nouvelles des cercles

Le Cercle Paris Centre organise une réunion le jeudi 4 mars sur le thème : «Les Français sont-ils toujours représentés ?». La classe politique en se refermant sur elle-même rappelle la dégénérescence des syndicats. Cela pose le problème de la représentation politique des Français et des solutions à apporter pour ouvrir la classe politique.
Le sujet et les débats seront présidés par Jean-Philippe Feldman et Antoine Cassan.
Pour plus d’information, contacter Aurélien Véron

Le Cercle de Seine Maritime organise le 16 mars une conférence avec Pierre Kohler, auteur de «L’imposture verte».
Pour plus d’information, contacter Jean-Christophe Hauguel

Appel pour renforcer cinq Cercles thématiques
Nous recherchons des personnes disposées à apporter leur concours aux Cercles suivants, dont l'importance est essentielle notamment parce qu'ils abordent des thèmes relativement peu étudiés par les libéraux:

Culture et Libéralisme, contacter Virginie Désandré
L'islam, le progrès et les droits de l'homme, contacter Anne Rohart
Réussir la régionalisation, contacter Hervé Azoulay
Familles et enfance, repenser les cadres de vie, contacter Christophe Henry
Le défi mondial de la pauvreté, contacter Gérard Pince

Vous pouvez aussi vous mettre en relation directement avec Marie Toubiana au siège, qui fera suivre. Pour toute informations complémentaire, contacter Dominique Garrigues , tel : 06 78 05 09 88