Alain Madelin
La lutte contre le chômage ne passe ni par la division du travail (le partage des 35 h) ni par la soustraction d’actifs mais par la multiplication des emplois.

Derrière le plan d’action du gouvernement pour faire reculer le chômage, il y a semble-t-il un autre calcul. Tout se passe comme si le gouvernement escomptait bénéficier bientôt de l’effet d’aubaine d’une diminution naturelle du chômage sous le double effet des départs à la retraite de la génération nombreuse des enfants de l’après-guerre qui vont maintenant atteindre l’âge légal de 60 ans et de la diminution du nombre de personnes les plus actives. Les soixantièmes anniversaires vont passer de 600 000 en 2004 à 800 000 en 2006 et la tranche d’âge de 30 à 50 ans perdra 1,6 millions d’actifs d’ici 2025. Moins d’actifs, davantage de retraités, le chômage va donc arithmétiquement reculer. C.Q.F.D.
Hélas, les faits comme l’analyse économique montrent que cet espoir est fallacieux. On retrouve là la même erreur de calcul à l’origine dans les années 80 d’une massive et désastreuse utilisation des préretraites sans conséquences positives sur le chômage. Plus récemment, l’an dernier - et le mouvement continue - le nombre de départs en retraite s’est trouvé accru par la mise à la retraite anticipée de 125 000 personnes ayant commencé à travailler très jeunes. Le moins que l’on puisse dire est que le chômage n’a pas diminué pour autant.

A contrario, quand on passe en revue les pays développés, il est facile d’observer que ceux dont la population en âge d’activité augmente fortement résolvent leurs problèmes d’emploi plutôt mieux que les autres. En 2000, les Etats-Unis comptaient 60 millions d’habitants de plus qu’en 1975 ; le nombre d’actifs employés y a augmenté sur la même période de 49 millions, ce qui signifie une forte progression du taux d’emplois, et le taux de chômage était en 2000 de 5,8 %. Alors que dans le même temps, l’Allemagne, pays vieillissant, est au moins autant que la France touchée par le chômage.

Cette erreur de calcul qui consiste à considérer que la lutte contre le chômage passe par la division du travail ou la soustraction d’actifs est le résultat de la méconnaissance de quelques lois économiques fondamentales qui ne se votent pas au Parlement.
La « loi des débouchés » de l’économiste français Jean Baptiste Say qui nous dit d’abord que toute offre acceptée crée sa propre demande : de nouvelles entreprises, de nouvelles activités, de nouveaux produits, de nouveaux métiers, de nouveaux services, de nouvelles façons de produire ou de vendre voilà plus que jamais les vraies recettes de l’emploi. Autrement dit, le chômage crée le chômage et le travail des uns entraîne l’emploi des autres.
Ce processus de création a besoin de l’arrivée permanente sur le marché du travail de personnes adaptées aux modes de production actuelles ce qui n’est pas hélas le cas aujourd’hui pour une fraction des jeunes français et pour une proportion importante de l’immigration.
C’est la théorie du «déversement» d’un autre économiste plus proche de nous Alfred Sauvy.
Dans un monde en pleine mutation les qualifications utiles évoluent à un rythme rapide. Cela ne veut pas dire que les qualifications anciennes deviennent totalement obsolètes, mais la demande de travailleurs les possédant diminue, tandis qu’augmente celle de travailleurs ayant d’autres connaissances et savoir-faire. Or il est plus facile à un enfant d’agriculteurs de devenir infirmier (un métier où l’offre de travail est très inférieure à la demande) qu’à ses parents de se reconvertir de la production de blé à celle de soins. L’afflux de jeunes est donc favorable pour réaliser en douceur ce «déversement», comme disait Sauvy, des métiers en déclin quantitatif vers les métiers en plein essor. Surtout, il permet de desserrer les « goulets d’étranglement », autre phénomène beaucoup étudié par Sauvy. Pour maintenir ou créer des emplois requérant des qualifications assez courantes, il faut trouver les travailleurs « pointus » sans lesquels l’entreprise ne tourne pas. Comment exporter, par exemple, sans quelques technico-commerciaux polyglottes ? Pour un poste de ce type que l’on ne parvient pas à pourvoir, ce sont des dizaines de postes de conception, de fabrication et d’activités diverses qu’il serait suicidaire de créer ou de maintenir. Sachant que l’avenir des retraites passe par une prolongation de la vie professionnelle, des jeunes et des immigrés convenablement formés sont et seront fort utiles pour, en occupant des postes qui requièrent de nouvelles qualifications pour lesquelles il y a goulet d’étranglement, maintenir une employabilité à ceux qui ne les possèdent pas.
Aujourd’hui notre marché du travail ressemble à une main droite qui essayerait de se glisser dans le gant de la main gauche. Le problème est moins un problème de volume qu’un problème de souplesse et d’adaptation.

Pour faciliter cette adaptation en économie de marché, le signal le plus simple et le plus efficace est le prix. Les qualifications les plus utiles ne restant pas toujours les mêmes, il faut qu’un métier puisse rapporter des ponts d’or au moment où il constitue un goulet d’étranglement, puis revenir à des niveaux de rémunération ordinaires quand la rareté des candidats qualifiés aura disparu. Autrement dit, il ne faut pas qu’un salaire élevé soit un acquis définitif. Les personnes dont on a grand besoin doivent être laissées libres de travailler autant qu’elles et leurs employeurs le voudront : les en empêcher coûte en effet quantité d’emplois ordinaires. Et elles doivent être payées en cash, pas en rente. La société française conserve la tradition de rémunérer par une rente perpétuelle des services limités dans le temps. De là viennent d’innombrables rentes de situation. Le plein emploi passe nécessairement par des mesures permettant enfin aux rémunérations de s’ajuster aux réalités, tantôt à la hausse, et tantôt à la baisse. Une économie de marché peut difficilement engendrer le plein emploi si elle est privée du principal instrument d’ajustement de l’offre à la demande et réciproquement, à savoir un marché du travail digne de ce nom.

Notre chômage durable est la conséquence d’une double panne : une panne de la création et une panne dans les circuits d’échange de travail.
Pour faire reculer vraiment le chômage il faut doper la croissance et donner plus de souplesse à notre économie et à notre marché du travail.

Ainsi, après avoir tout essayé dans la lutte contre le chômage, épuisé toutes la pharmacopée dirigiste, toutes les formes de traitement social ou de traitement statistique possibles, tous les partages et tous les déplacements d’emplois, il ne reste qu’une seule politique, qui n’a jamais vraiment été tentée, celle qui marche : libérer la création d’emplois. On connaît les grandes lignes d’une telle politique : la réforme fiscale, l’ouverture à la concurrence, la maîtrise des dépenses publiques et la libération du marché du travail par une vraie politique contractuelle.
Ce serait se bercer d’illusion que d’attendre une réduction mécanique du chômage pour espérer chanter victoire tel le petit coq Chanteclair qui pensait que son cocorico faisait lever le soleil...


Signalés

La «movida» libérale n’a pas encore eu lieu en France
Appréciez l’interview de l’écrivain péruvien Mario Vargas Llosa, paru dans le «Figaro» le 20 juin 2005, «Si le chômage reste élevé dans un pays comme le vôtre, ce n'est ni par la faute des immigrés ni en raison des contraintes qu'imposent la mondialisation et l'intégration européenne, c'est à cause du poids de représentations archaïques. La movida libérale n'a pas encore eu lieu en France. L'Etat providence n'a pas été modernisé. Et le culte de la puissance publique continue, hélas, de s'y donner libre cours.» Par ailleurs, «...dans certains milieux intellectuels, l'antilibéralisme prend la place de la défunte utopie communiste. Il n'est plus possible d'être marxiste sans anachronisme. Ce qui est très «tendance», en revanche, c'est de faire des règles libérales le bouc émissaire universel. La guerre en Irak ? Le libéralisme ! La déréliction de l'Afrique ? Le libéralisme encore. La déforestation de l'Amazonie ? Le libéralisme, vous dis-je... Voilà les réponses toutes faites que nous dicte la nouvelle pensée unique en formation – sectaire, erronée et néomarxiste.»
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L’Europe est morte, vive l’Europe !
Pour notre ami Jacques Garello, «le résultat des référendums et les réactions qu’il a engendrées ont permis de poser la vrai question : vers quelle Europe va-t-on aller ?».
La crise que traverse l’Union actuellement peut être salutaire et «faire apparaître aux Européens...que le vrai choix est entre totalitarisme et liberté».
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Quatre vérités sur l’emploi et notre modèle social
L’excellent article du professeur Michel Godet, paru dans le «Figaro» le 20 juin 2005, «Les mesures prises par le gouvernement vont dans le bon sens, même si l'on peut s'interroger sur les modalités du contrat de «nouvelle embauche». Mais disons-le franchement, elles ne sont pas à la hauteur de l'enjeu et de ce qu'il faudrait faire après avoir dit la vérité aux Français, en leur expliquant que notre modèle social, qualifié par Jacques Lesourne de «modèle soviétique réussi», est en train d'échouer... Il en est en effet du marché du travail comme de tout marché : s'il y a un déséquilibre entre l'offre et la demande (le chômage), c'est qu'on ne laisse pas jouer le système de prix.»
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Nouvelles des Cercles

Nous remercions Sylvain Phylis pour la première réunion du cercle de Mayotte relayée par la presse locale.
Contact maison-du-carrelage@wanadoo.fr

A signaler la prochaine réunion du cercle des Bouches du Rhône, le jeudi 30 Juin à 19 heures, animée par Gérard Bramoullé, professeur de Sciences Economiques à l’Université d’ Aix-Marseille, doyen honoraire : «Le libéralisme a-t-il un avenir ?».
Le libéralisme est-il en mesure d’apporter des solutions aux problèmes concrets posés aux Français par les défis de l’emploi, de la croissance, du décrochage technologique, dans un environnement de mondialisation et d’essor de nouvelles aires géographiques de dynamisme et d’innovation ?

Contact Séréna Zouaghi ou Jean-Pierre Bensimon liberal13@online.fr

Nous saluons l’action de Jean-Pierre Brenas, responsable du cercle du Puy de Dôme, également Président de l’UNAPL 63 (Union nationale des professions libérales du Puy de Dôme) qui emploie 8000 collaborateurs. Il souhaite la création d’un Office régional de l’entreprise libérale qui jouera le même rôle que la CCI pour les entrepreneurs.


A lire les réactions de nos amis après le «non» au référendum et le changement de gouvernement.

Le billet d’humeur de Roger Saint Pierre : «La France est le pays des escargots….»
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Contact roger.stpierre@wanadoo.fr

"L’appel du 18 Juin à une nouvelle Europe" de Bruno Pineau-Valencienne. Les victoires du NON français et hollandais puis l’échec spectaculaire du sommet européen mettent en exergue le décalage flagrant entre une Europe animée par la volonté d’embrasser les réformes libérales sous l’impulsion de Tony Blair et des anciens pays de l’Est et une France rabougrie, accrochée désespérément à une vision rétrograde de l’Europe, celle des subventions coûteuses et d’un étatisme rampant.

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Contact duci@bellnet.ca

La chronique de résistance de Jean-Louis Caccomo «Les cent jours». La France reste prisonnière d’un «ni social», «ni libéral» . La recherche d’une troisième voie est une impasse, un gouffre dans lequel les autres pays européens ne veulent pas être emportés.
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Contact caccomo@univ-perp.fr

Le billet d’humeur de Jean-Claude Malaguti «Le marronnier économique». Les PME n’ont pas besoin d’une nouvelle formule bureaucratique pour embaucher; elles embauchent si elles pensent réussir et licencient si elles n’y arrivent pas . Que les politiques fassent leur travail et les laissent faire le leur….
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Contact jcmalaguti@wanadoo.fr


«Le succès du libéralisme» par Jean-Pierre Chevallier. Le libéralisme vient de gagner une bataille majeure contre ses adversaires avec les référendums négatifs en France et aux Pays-Bas et l’échec du sommet de Bruxelles.
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Contact jpchevallier@hotmail.com

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