
Alain
Madelin |
Tout
le monde suppute sur les chances d’avenir du gouvernement
Raffarin III. Il est clair que ce gouvernement dépend
essentiellement du succès de l’action de Nicolas
Sarkozy dont l’arrivée à Bercy constitue
la seule vraie nouveauté. C’est pourquoi à
l’évidence il faut souhaiter son succès.
L’échec signerait celui du gouvernement et de la
droite.
Nicolas
Sarkozy peut restaurer un climat de confiance nécessaire
à la forte croissance dont la France a impérativement
besoin.
Ceci
exige :
1°-
Un langage de vérité. Le ministre
de l’économie doit dire aux Français, sans
détour, quel est aujourd’hui l’état
calamiteux de nos finances publiques. Il doit aussi faire, avec
le talent qu’on lui connaît, la pédagogie
des freins à la croissance.
2°-
Un engagement fort de baisse des dépenses publiques.
L’esquisse du budget 2005 prévoyait un gel des
dépenses publiques de l’Etat. Il faut symboliquement
aller au-delà et engager la décrue. Et programmer,
grâce à la réforme de l’Etat dont
Bercy doit être un maître d’œuvre, une
baisse des dépenses publiques de 1% de PIB par an.
3°-
Une réforme globale de la fiscalité.
Nous ne trouverons pas le chemin de la croissance de demain
avec la fiscalité d’hier. La question n’est
plus de baisser au petit bonheur de marges budgétaires
évanescentes tel ou tel impôt, mais d’engager
enfin une réforme globale de la fiscalité, à
commencer par l’impôt sur le revenu. La marge de
manœuvre existe dès maintenant, au travers des 418
niches fiscales et des 50 milliards d’impôt qu’elles
représentent. En en supprimant une large partie, en redéployant
le reste sur deux ou trois types d’exonérations
fiscales (pour encourager l’investissement à risque
ou la famille…), en intégrant la CSG dans l’impôt
sur le revenu comme première tranche d’impôt
proportionnel payé par tous les Français, on peut
aboutir à un impôt en trois tranches, payé
par tous les Français, au taux marginal de 33% (avec
une perspective de retenue à la source).
Nul doute que l’annonce d’une telle révolution
fiscale ne contribue à doper la confiance et la croissance.
4°-
La conclusion d’un pacte européen de réformes.
Plutôt que de dresser l’opinion française
contre les contraintes européennes – au demeurant
initiées et souscrites par la France – mieux vaut
utiliser l’Europe pour légitimer les réformes
nécessaires en France. Les conditions sont réunies
aujourd’hui pour transformer les ambitions du pacte de
Lisbonne – faire de l’Europe la zone la plus compétitive
au monde ! – en engagement de réformes coordonnées
au plan européen.
Seule
une telle politique, conjuguée avec une nécessaire
décrue de l’euro, peut permettre à la France
de sortir de ses difficultés.
Le
prix de cette réussite, au-delà du courage réformateur
que l’on souhaite à Nicolas Sarkozy, c’est
une solidarité sans faille du Président de la
République, du Premier Ministre, du gouvernement et de
la majorité avec le ministre de l’Economie.