Alain Madelin


La France a besoin d’un sursaut réformateur

Il faut regarder la réalité en face : la France décroche, elle a besoin d’un sursaut réformateur, d’un changement radical de politique économique.

Or nous semblons condamnés à une croissance molle et l’on continue à vivre à crédit en reportant la facture de notre déficit de réformes sur les générations futures. Comme le souligne le rapport Camdessus, nous avons besoin d’une thérapie de choc. Il faut une politique agressive de libération de l’économie qui, seule, nous permettra d’atteindre un niveau de croissance forte –et même d’hyper-croissance- nécessaire pour nous sortir du piège de l’endettement public, du chômage persistant, et de faire face sans drame au rendez-vous démographique.

Il a fallu attendre 1986 pour que la France en finisse vraiment avec le contrôle des prix et s’aperçoive enfin que la liberté des prix et la concurrence constituaient le meilleur remède contre l’inflation. Aujourd’hui, les marchés du travail et des salaires sont des marchés hyper-réglementés, hyper administrés. La formation des salaires est faussée par des hausses du SMIC artificielles et par leur contrepartie d’allégement de charges aux effets de seuil pervers. Aujourd’hui la majorité des salaires français sont comprimés entre 1 et 1,7 SMIC au risque d’une dangereuse smicardisation de la société française. Il faut libérer le droit du travail, le rendre plus contractuel et libérer les salaires. Il faut aussi désétatiser, ouvrir à la concurrence les secteurs protégés. Il faut, enfin, réformer en profondeur la fiscalité, sans attendre le retour de la croissance.

Pour cela il est nécessaire de remettre à plat l’impôt sur le revenu et la CSG en réduisant le nombre de tranches à trois et en diminuant drastiquement le taux d’imposition en s’attaquant aux niches fiscales afin de débrider la création de richesse et de favoriser la croissance. Ce qui au bout du compte, se traduit toujours -les expériences étrangères le montrent- par une augmentation des recettes fiscales grâce à la richesse supplémentaire créée.

Notre impuissance publique s’explique par une classe politique repliée sur elle-même, élevée dans des idées dirigistes et ayant grandi dans des pratiques locales clientélistes et interventionnistes. Le problème n’est pas tant de mettre la société civile au gouvernement que de dépolitiser la société et de repenser la frontière entre la société civile et la société politique. Le mal français, celui d’une centralisation excessive, s’est accentué avec le quinquennat et la concomitance des élections présidentielles et législatives, qui a abouti à concentrer un peu plus le pouvoir au sommet de l’Etat. Quand le Premier Ministre dit «j’ai un seul électeur, c’est le président de la République», il y a un problème institutionnel.

Notre impuissance publique s’explique aussi sans doute par une crise des mécanismes démocratiques.

La démocratie, qui devrait être l’émergence d’une opinion raisonnable éclairée par le débat, est aujourd’hui, avec les médias, submergée par l’émotion et par l’exploitation politique de l’émotion. La classe politique cherche, par tous les moyens, à prolonger son excès de pouvoir sur la société. La crise de l’Etat providence et les contraintes financières limitent sa prétention à faire le bien par la dépense publique. Elle cherche aujourd’hui inconsciemment à prolonger son excès de pouvoir par l’insécurité du monde et le besoin de protection des Français. Il existe aujourd’hui une étrange connivence entre les fabricants de peur de tous horizons et les marchands de sécurité que deviennent les hommes politiques. Et il n’existe, hélas, pas de freins au pouvoir de réglementer et au débordement des lois spectacle.


Signalés

Economie
Le Wall Street Journal donne les chiffres de «l’indice de liberté économique» avec le support scientifique des économistes d’Heritage Foundation (www.heritage.com). Il y a dix ans nous nous situions 18 rangs plus haut, . La France figure parmi les dix pays qui ont le plus nettement reculé, comme l’Argentine et le Venezuela, mais aussi la Turquie et le Japon. "La France plonge dans «l’infralibéralisme»".
"La France qui tombe" sur libres.org

Education
En France, la réforme de l’Education Nationale est interdite. Le projet Fillon apporte quelques nouveautés mais les grandes transformations (s’attaquer au mammouth, fermer les IUFM, instaurer l’autonomie et la concurrence par le choix scolaire) n’y figurent pas. Pour ce qui est de la liberté accordée aux parents de choisir l’école de leurs enfants, c’est une mesure pratiquement ignorée en France, même par les spécialistes.
L'école à l'étranger : tour d'horizon par Bogdan Calinescu


A lire

«la chronique de résistance» de Jean-Louis Caccomo «L’argent, c’est du temps» dans laquelle il analyse «l’utopie, basée sur l’idéalisation de rapports humains desquels serait évacuée toute référence à l’argent»

La chronique de resistance


Humeur

Notre ami Eloi Jutteau réagit en cette semaine de grèves : «Que veulent les syndicats?…. Lorsqu’ils demandent toujours plus au gouvernement ou à l’Etat, c’est en fait aux contribuables qu’ils demandent de mettre la main à la poche….»
Lire la suite


Nouvelles des Cercles

Nous remercions Bernard Caillot du cercle du Puy de Dôme pour sa contribution au plan de cohésion sociale proposé par Jean-Louis Borloo.
Il critique ce projet qui est le Nième plan à répartir la misère, qui ne s’intéresse pas à la création de richesse, mais uniquement à des mécaniques de répartition, confiées aux acteurs classiques.
La contribution au plan de cohésion sociale
Contacter Jean-Pierre Brenas jpbrenas@wanadoo.fr

A lire le compte-rendu du dernier dîner-débat du cercle de la Gironde qui, à cette occasion, s’est intéressé à quatre thèmes majeurs : l’Europe, l’Environnement, les Transports et la Compétitivité .
Lire le compte-rendu
Contacter Pascal Bérillon berillon.pascal@wanadoo.fr

Nous signalons particulièrement la prochaine réunion du cercle de Paris, 5, 6 et 7 èmes arrondissements, le mercredi 2 Février à 18h45 à l'Assemblé Nationale, 126 rue de l'Université, sur «Le rythme et l’ampleur des réformes dans la deuxième partie du quinquennat». Le débat sera animé par le député Hervé Mariton
Contacter Herbert Axelrad axelrad@chups.jussieu.fr
Contacter Jean-Claude Gruffat jeanclaude.gruffat@citigroup.com

A signaler également la prochaine réunion des cercles de Paris 16 et 17èmes arrondissements, le lundi 7 Février à 19 heures sur «La concurrence dans l’Union Européenne», avec Didier Nedjar, Maître de Conférence à la Sorbonne.
Contacter Marie Toubiana marie.toubiana@cerclesliberaux.com

Nous remercions Gilles David et le cercle du Val de Marne qui, à l’occasion de leur prochaine réunion, ont décidé de reverser intégralement le montant de la recette à la Croix Rouge, en faveur des sinistrés de l’Asie du Sud-Est