
Alain
Madelin |
Et
de 17 ! Le plan de sauvetage de l’assurance maladie présenté
par Philippe Douste-Blazy est le 17ème du genre depuis
1975. Comme d’habitude c’est le « der des
der », celui qui va résoudre une fois pour toute
le problème du déficit. Et la panoplie des mesures
reste la même : un peu de déremboursements, un
peu de nouveaux prélèvements et beaucoup d’endettement.
Bien entendu les mêmes causes produiront les mêmes
effets.
Il
y a quelque chose de choquant dans ce « courage, fuyons
» qui consiste à reporter sur les générations
futures la charge de nos dépenses d’assurance maladie
d’aujourd’hui. J’ai écrit dans cette
même lettre, il y a peu, que la première mesure
d’une vraie réforme consisterait à inscrire
dans notre constitution –ou tout le moins dans une loi
organique – l’interdiction de tout déficit
durable de l’assurance maladie.
Cette
pseudo-réforme est un symptôme de plus de ce qu’il
faut appeler la perestroïka française.
C’est-à-dire ces réformes qui, au lieu de
rompre avec les illusions du dirigisme, imaginent de énièmes
mesures qui permettraient cette fois-ci de rendre ce dirigisme
efficace, en sauvant au passage bien entendu les intérêts
de notre nomenklatura d’Etat. La perestroïka de notre
système de santé repose sur l’illusion qu’avec
les progrès de l’informatique (le dossier médical
informatisé), une haute autorité scientifique,
de meilleurs contrôles et une planification intelligente,
nous serions capables, cette fois enfin, de maîtriser
nos dépenses. Si un tel miracle était possible,
l’Union soviétique serait sans doute encore debout.
Dans
une économie soviétiforme de la santé ,
les mots et les chiffres mentent. Les chiffres ne sont pas des
prix, ce ne sont que des tarifs arbitraires et administratifs.
Et le mot de « responsabilité » mis en avant
par le ministre ne peut avoir de sens dans un système
d’économie administré. Pour retrouver la
vérité des prix et des mots il faut profondément
changer les structures et introduire la concurrence. Il ne s’agit
pas de privatiser notre assurance maladie, mais de confier à
des caisses régionales autonomes, à des assurances
et des mutuelles, une délégation de gestion de
service public au premier euro. Seule une telle réforme
peut permettre de découvrir ensuite par des contrats
avec les hôpitaux, les cliniques, les professionnels de
santé, les meilleures pratiques médicales et de
vrais prix.
En
1995, à partir de la même analyse, je n’avais
pas voté la réforme présentée par
le gouvernement de l’époque. Je m’étais
même engagé à abandonner toute vie politique
si une telle réforme – qui représentait
un pas de plus dans l’étatisation – devait
réussir car ce succès signerait l’échec
de toutes mes convictions. Les faits m’ont hélas
donné raison et aujourd’hui il nous faut réformer
la réforme. Mais on peut sans grand risque prendre aujourd’hui
le même engagement devant une réforme qui ne règle
rien quant au fond et qui, comme toute perestroïka, reporte
à un peu plus tard l’épreuve de vérité.