Alain Madelin

La défaite électorale d’Aznar, dimanche, est la victoire de fait du terrorisme, et constitue le plus grand désastre politique qu’il m’ait été donné de voir.

C’est pourquoi nous y consacrons entièrement notre lettre hebdomadaire.

Le Munich des démocraties

Le jeudi 11 mars 2004 est une tragédie pour le peuple espagnol et une souffrance partagée par tous en Europe. En organisant à cette date un attentat de masse, en le revendiquant rapidement, Al-Quaïda a assurément voulu donner une leçon à un gouvernement allié des Américains. En transformant la victoire annoncée du parti d’Aznar en cuisante défaite, les évènements ont propulsé au pouvoir ceux qui s’étaient engagés à revoir l’engagement militaire de l’Espagne en Irak aux côté des Américains

Ce dimanche 14 mars constitue qu’on le veuille ou non une victoire du terrorisme d’Al Quaïda aux conséquences redoutables.

On aimerait pouvoir se rassurer en feignant de voir dans ce bouleversement électoral la défaite d’un gouvernement trop prompt à imputer à l’ETA la responsabilité des attentats de Madrid.

Certes le gouvernement espagnol a sans doute été imprudent et malhabile dans la gestion de cette crise, mais à sa décharge, il est facile d’observer qu’il n’avait pas besoin d’une telle imputation pour gagner les élections, qu’il a pratiqué la plus grande transparence dans les éléments d’enquête qui survenaient et que le diagnostic initial n’était pas sans vraisemblance dans un pays où les bombes ont toujours été signées ETA. Faut-il rappeler que le 24 décembre dernier deux membres de cette organisation ont été arrêtés alors qu’ils voulaient faire exploser 45 kilos d’explosif dans un train à la gare de Madrid, que la technique du sac à dos et de la mise à feu au moyen d’un téléphone portable était, dit-on, une technique classique d’ETA. Ensuite parce que la perspective de massacre à grande échelle n’était pas sans crédibilité de la part d’une organisation qui avait voulu faire sauter avec 1,6 tonne d’explosifs la plus grande tour de Madrid, l’équivalent du World Trade Center, et que le 29 février dernier deux membres d’ETA étaient encore arrêtés avec une camionnette chargée de 500 kilos d’explosifs.

Il est difficile de voir dans la victoire du PSOE une solidarité spontanée d’une partie des espagnols avec une ETA injustement accusée.

Non, la défaite du Parti populaire espagnol n’est pas la défaite du mensonge, c’est la victoire de la peur.

Le parti populaire de José Maria Aznar n’a pas été sanctionné pour avoir engagé des troupes en Irak aux côtés des Américains, car cette question était absente de la campagne électorale. Il a été sanctionné parce qu’avec les victimes de Madrid beaucoup d’espagnols – ceux qui ont fait basculer les élections - ont eu le sentiment de payer le prix d’un engagement dont ils n’étaient pas responsables. « Merci Aznar pour la terreur d’Al-Quaïda », « Aznar, c’est ta guerre, ce sont nos morts », disaient les pancartes des manifestants.

Tragique résultat : Al-Quaïda sait désormais que les opinions des démocraties européennes sont fragiles et qu’elles sont en mesure d’exiger de leurs gouvernements que ceux-ci fassent tout pour que leur pays ne soit pas la cible du terrorisme. Tragique illusion aussi. Il y a quelques naïvetés à croire que se désolidariser des Américains constituerait une assurance tout risque contre de tels massacres. La vidéo qui revendique les attentats de Madrid les justifient « comme une réponse au crime que vous avez commis dans le monde, plus particulièrement en Irak et en Afghanistan ».

La France n’est pas à l’abri. Elle a d’ailleurs été visée à Karachi et dans plusieurs attentats déjoués sur notre propre sol. Elle est menacée par un des plus hauts responsables d’Al Quaïda pour avoir fait adopter une loi réprimant le foulard islamique à l’école. Devrons-nous renoncer à cette loi ?

Il y a aussi beaucoup de naïveté à entendre certaines diplomaties européennes conclure aussitôt que le meilleur moyen de prévenir la répétition de telles tragédies consiste à s’unir pour apporter des solutions politiques en Irak et au Proche-Orient. Comme si hâter la démocratie en Irak ou trouver une solution de paix entre Israël et les palestiniens allaient désarmer un terrorisme qui ne veut ni de démocratie en terre d’islam, ni d’autre paix au Proche Orient que celle qui résulterait de la disparition de l’Etat d’Israël.

Le terrorisme islamique ne vise pas nos démocraties pour ce qu’elles font , mais pour ce qu’elles sont.

Le 11 Septembre 2001 a marqué le début d’une nouvelle guerre mondiale contre un nouveau totalitarisme, celui de l’islamisme radical et terroriste. Dans ce nouveau combat des démocraties, trois jours après le 11 mars 2004 la défaite d’Aznar c’est aussi la nôtre. Vous avez dit Munich ?

Alain Madelin, Le Figaro, 18 mars 2004


Folie à Madrid

Notre ami Charles Gave vient de publier dans sa lettre économique quotidienne éditée à Londres cette analyse d’Anatole Kaletsky dont nous avons traduit les principaux passages.
Lire la suite


Qui prête main forte à al-Qaida ?

Alexandre Adler vient de publier dans le Figaro une analyse des événements de Madrid qui selon lui devrait inviter l’Europe a changer son hymne européen, la trop militariste Ode à la joie de Beethoven, et a « adopter plutôt le nouveau mot d'ordre de notre temps, le «Non je ne ferai pas la guerre» qui ouvre La Veuve joyeuse des frères Strauss ».
Lire l'article



Rendez-vous le 7 avril, ces événements importants seront sans nul doute commentés lors du
DINER DU PRINTEMPS DES LIBERAUX

Le mercredi 7 avril 2004
à partir de 19h30
au parc Floral de Paris,
Esplanade du château de Vincennes,
route de la pyramide, 75012 Paris