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Alain
Madelin |
Tout
le monde sent bien que les questions sociales sont plus que
jamais pesantes. Et que les politiques sociales jusqu’à
présent menées, malgré une dépense
sociale toujours croissante, sont toujours dans l’impasse.
L’UMP et l’UDF ont ouvert le débat. Les libéraux,
pour leur part, ont organisé une réunion, le mardi
15 Février pour présenter leurs propositions qui
feront bientôt l’objet d’un document complet.
Sans attendre voici quelques points forts de leur analyse.
Le problème de la droite, c’est qu’elle a
du mal à s'affranchir des idées socialistes qu’elle
a hier empruntées, et d’ une vieille tendance à
s'incliner devant des idées qui ne sont pas les siennes
et à confondre politique sociale et politique socialiste.
Les mesures socialement douloureuses reprochées au gouvernement
ne sont pas le résultat de réformes libérales,
mais le produit de leur absence.
Aujourd'hui l'État-providence est en crise.
Cette
crise est d'abord une crise financière
car il est évident que le toujours plus de prélèvements
obligatoires a franchi depuis longtemps la limite du supportable.
C'est une crise d'efficacité car nos mécanismes
de protection sociale sont entrés dans la phase des rendements
décroissants. Cette crise est aussi une crise de
société quand les prestations sociales
représentent près du tiers du revenu des ménages
entraînant par ce biais une dépendance toujours plus
grande du citoyen vis-à-vis de l'État. C'est une
crise morale enfin. S'en remettre à chaque
instant à l'État déresponsabilise. L'État-providence
augmente l'État d'indifférence. Quand on enferme
des familles entières dans l'assistance, quand on les laisse
perdre espoir et baisser les bras, ce n'est pas de l'argent que
l'on gaspille, ce sont des vies que l'on gâche.
C’est pourquoi, il ne s’agit pas de bricoler, de replâtrer,
de discuter de l’aménagement de telle ou telle mesure
gouvernementale, mais de refonder un nouveau contrat social
libéral.
La justice sociale conçue comme justice redistributive,
fondée sur l'action politique pour corriger les inégalités,
est aujourd'hui dans l'impasse. Il existe une autre approche de
la justice sociale, une autre conception du progrès social
pour tous permettant de sortir les hommes de la pauvreté,
de l'exclusion, d'assurer de vraies sécurités sociales,
de libérer la générosité, de maximiser
les chances de chacun dans la vie. Pour cela, il faut repenser
la justice sociale dans un contexte nouveau où le monde
a changé, où les Français ont changé,
où les idées auss,i ont changé.
Quelques orientations :
La première des politiques sociales c'est la croissance,
la création d'emplois et la promotion individuelle qu'elles
permettent. Le choix libéral, c'est celui qui
permet l'augmentation du pouvoir d'achat de tous en favorisant
au mieux la création d'un pouvoir d'achat supplémentaire.
C'est celui qui choisit la feuille de paie plutôt que la
feuille d'impôts ou la feuille d'allocations. Ce n'est pas
un choix économique, c'est un choix de société.
Une nouvelle croissance se dessine partout dans le monde. C'est
une croissance forte. Et la France a besoin d'une croissance forte.
Cette nouvelle croissance repose sur la croissance de l'économie
marchande et non plus sur celle de l'État. C'est la nouvelle
croissance de la nouvelle civilisation du savoir et du partage
du travail international. C'est une croissance riche de nouveaux
métiers, de nouveaux services, de nouvelles formes de travail
et d'emplois. Entre le chômage et la remise en cause de
nos rigidités institutionnelles, nous avons préféré
le chômage. Choisir la voie de la nouvelle croissance c’est
faire pleinement confiance à l'esprit d'entreprise des
Français, à la concurrence et au jeu des libertés
économiques.
Pour les libéraux, la croissance ne se fabrique pas à
coups de dépenses publiques, elle se libère.
Les libéraux refusent l'idée selon laquelle, face
à la mondialisation et à l'émergence de nouveaux
pays en développement, il nous faudrait, pour être
plus compétitif, baisser toujours plus le coût du
travail ou les salaires des Français. Cette vision des
choses est erronée et dangereuse.
Dans le nouveau monde qui se dessine, la compétition se
fait de moins en moins sur le coût du travail et de plus
en plus sur l'innovation, la créativité, la mobilisation
de la matière grise intégrée à la
création d'une valeur ajoutée nouvelle. La concurrence
se fait de moins en moins sur le coût de la main-d'oeuvre,
et toujours plus par l'innovation, la mobilisation de la matière
grise intégrée à la création de valeur
ajoutée nouvelle.
Globalement, le coût du travail n'est pas excessif en France
puisqu'il se situe dans la moyenne des pays industrialisés.
Mais il est vrai qu'il est trop élevé aux deux extrêmes,
en bas et en haut de l'échelle des salaires.
Nous avons érigé une barrière à l'entrée
sur les emplois à faible valeur ajoutée. Pour baisser
le coût du travail, à défaut de baisser les
salaires, de vastes politiques de baisse de charges sociales ont
été engagées. Mais en réalité,
comme les dépenses sociales ne baissent pas, de telle politique
consiste à transférer des charges sociales sur d'autres
prélèvements. Sans vrai résultat sur l'emploi,
mais au risque de créer une "smicardisation des
salaires" dans la mesure où franchir le seuil
des exonérations se traduit par un bond en avant des charges
sociales.
Comme on sent bien qu'il y a aussi un problème en haut
de l'echelle des salaires, on multiplie les exonérations
fiscales, puisque l'on ne peut pas, ou du moins que l'on ose pas
baisser le taux d'imposition marginale des cadres supérieurs.
Or, ce qui fait la croissance et le mouvement d'une économie,
ce qui permet la croissance et l'emploi, ce sont d'abord et avant
tout des hommes et des femmes qui sont plus ou moins motivés
à investir, travailler, embaucher et créer des richesses.
C’est pourquoi, nous avons besoin pour retrouver
une croissance forte, le plein emploi et le progrès social,
d’une réforme fiscale d’ensemble.
Le président la république s'est engagé à
baisser l'impôt sur le revenu d'un tiers en cinq ans. Mais
les idées dominantes de ces baisses d'impôts est
de transférer du pouvoir d'achat aux Français pour
faciliter leur consommation dans une approche Keynésienne
dépassée. Et de concentrer nos baisses d’
impôts désormais sur les seuls ménages modestes.
C'est là se tromper de réforme fiscale. Les incitations
marginales à prendre des risques et à innover dépendent
très largement de la fiscalité. Il est clair qu'en
France le taux maximal de taxation des revenus, lorsqu'on additionne
l'impôt sur le revenu et la CSG -- C. R. D. S. dépasse
le fameux taux de Laffer à partir duquel le rendement fiscal
d'un supplément d'imposition diminue les recettes fiscales.
Pour rénover l’Etat Providence, il nous faut
instituer un revenu familial garanti.
Le revenu familial garanti ne doit pas se surajouter à
notre maquis d'aide sociale ni à notre fiscalité
biscornue à la façon du crédit d'impôt
baptisé "prime pour l'emploi" improvisé
et bricolé par un gouvernement socialiste. Le revenu familial
garanti s'inscrit dans un projet plus vaste de Refondation fiscale
et sociale.
Il s'agit d'assurer à tout citoyen un revenu garanti en
fonction de la composition de son foyer familial :
- un revenu minimum (au niveau de notre actuel RMI) et chaque
fois qu'on le peut l'associé à une activité
d'utilité sociale mise en oeuvre par les collectivités
locales.
- un revenu familial garanti jusqu'à un certain plafond
en cas d'activité (travail salarié à temps
plein ou partiel, travail indépendant) au moyen d'un complément
de revenu ajustable favorisant ainsi la reprise du travail pour
celles et ceux qui sont enfermés dans l'assistance.
Un tel revenu familial garanti passe par la remise à plat
de notre système d'aide sociale car il permet d'instituer
un revenu minimum de base qui aurait vocation à se substituer
de façon plus simple et plus équitable à
nos actuels minima sociaux.
Il s'inscrit aussi dans le cadre d'une réforme globale
de l'impôt sur le revenu, qui ferait de la CSG payée
par tous les Français la première tranche proportionnelle
d'un impôt sur le revenu réformé, allégé,
simplifié avec retenue à la source.
Dès lors que l’on institue le revenu familial garanti
à la place d'un salaire minimum national lié à
la croissance et dopé par des coups de pouce artificiels,
les partenaires sociaux devraient réfléchir aux
avantages qu'il y aurait à déterminer des salaires
minima professionnels garantis, voire des salaires minima régionaux
tenant compte des différences du coût de la vie entre
situations locales.
Il nous faut reconstruire le droit du travail.
Les rigidités de notre marché du travail constituent
aujourd'hui un obstacle essentiel à la création
d'emplois et donc à la lutte contre l'exclusion.
En effet, le contrat de travail classique, avec les rigidités
de notre code du travail et de nos conventions collectives, n'est
plus adapté à beaucoup de nouveaux champs, de nouveaux
domaines d'activité, dans une société ouverte
en mutation. Si l'on veut multiplier les emplois il faut faciliter
et rendre possible la découverte de nouvelles formes de
travail et d'emplois. Il s’agit de recodifier le droit du
travail autour de quelques principes d’ordre public et de
fixer le cadre équilibré de négociation entre
partenaires sociaux pour renvoyer les modalités du contrat
de travail à la négociation dans les branches et
dans les entreprises.
Il n'y a pas de société libérale
sans un système d'institution sociale protectrice qui fonctionne.
- La réforme de notre système de retraite
doit être poursuivie en transformant tous les droits à
retraite dans un système calculé par points afin
de transformer de faux droits à la retraite trop généreusement
distribués en vrais droits acquis par des cotisations et
les liquider en fonction de la situation de l'économie,
de la démographie et des choix de retraite de chacun.
- Dans le domaine de l'assurance-maladie, si
l'on veut éviter de dérembourser massivement et
de renvoyer les Français vers les assurances complémentaires
en les appauvrissant, si l'on refuse l'étatisation comme
la privatisation, il est évident qu'il faut introduire
une dose de concurrence en pratiquant la délégation
de gestion aux caisses, aux mutuelles, ou aux assurances.
-
A l'école, si l’on veut plus de
justice, davantage d'égalité des chances, la meilleure
réforme n'est-elle pas d'offrir un large statut d'autonomie
aux établissements qui le souhaitent afin de permettre
aux enseignants de faire mieux et de donner aux parents une
vraie liberté de choix de l'école de leurs enfants?
- La politique du logement doit être repensée pour
:
-> rendre deux Français sur trois propriétaires
de leur logement ou de leur maison.
-> en restructurant une part importante du parc de logements
sociaux et en offrant un large accès à la propriété
à ceux qui les ont déjà payés depuis
longtemps par leurs loyers, en faisant bénéficier
les Français d'un marché moderne de prêts
immobiliers de longue durée à faible taux d'intérêt
et déductible du revenu imposable.
->en favorisant la mobilité du marché immobilier
et en libérant la construction, en encourageant l'aménagement
de logements bon marché par les propriétaires
privés et prendre le relais d'un logement social à
bout de souffle et trop souvent ségrégatif.
En
d'autres termes, nous voulons imaginer le nouveau contrat social
d’une société moderne qui tire les leçons
de l’échec de l’Etat Providence, de la panne
de croissance et du pouvoir d’achat, de la crise de nos
institutions sociales pour conjuguer liberté, justice
et responsabilité, rester fidèle à l’idéal
social de notre modèle européen et tracer le chemin
des réformes à la fois libérales, sociales
et populaires.
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Signalés
Dans son édito notre ami Jacques Garello imagine un dialogue
entre un économiste et un ministre proposant de baisser
les impôts.
Le
ministre et l'économiste

Nouvelles des Cercles
La rencontre du 15 Févier 2005 conjointement organisée
par les Cercles Libéraux
et les Réformateurs
de Paris et de l’Ile de France sur
la politique sociale s’est déroulée
dans une ambiance chaleureuse.
Lire
le compte rendu |
A signaler la visite d’Alain
Madelin au cercle
de Dunkerque, le vendredi 18 Mars 2005. Après
avoir animé une conférence débat à
l’Institut Supérieur de Commerce International et
rencontré le monde économique et portuaire, il animera
un débat à partir de 19 heures. Vous pouvez dès
à présent vous inscrire auprès d’Edith
Varet, responsable du cercle.
S'inscrire edith.varet@wanadoo.fr
Le cercle thématique,
animé par notre ami, Jean-Claude
Dutailly, a engagé un travail de réflexion
et de proposition sur les retraites, la famille, la santé,
le logement et l'aide sociale. Analyser, vérifier les faits
et les chiffres en s'appuyant sur l'essence de la pensée
libérale et élaborer des propositions convaincantes,
constituent le fruit du travail de toute une équipe.
Lire
les propositions
Le cercle du Havre nous
communique deux textes de Jean-Pierre
Chevallier, économiste. L’un vient
en écho de l’étude de l’IFRAP
sur les USA au sujet des salaires français et américains.
Le deuxième relativise les succès futurs que l’on
attribue d’avance à l’Airbus A 380.
Etude
de Jean-Pierre Chevallier au sujet des salaires français
et américains
les
succès futurs de l’Airbus A380 ?
Contact cercleliberalduhavre@wanadoo.fr
Jean-Jacques Couture, responsable
du cercle des Pyrénées
Atlantiques nous communique l’intervention
de Marcel Paquet,
universitaire, philosophe «Du progrès libéral
dans la constitution européenne». qui, à
cette occasion présentait son livre «Nous autres,
européens». Il explique que l’Europe va
se doter de la Constitution démocratique et libérale
qui, non seulement lui convient, mais encore couronne et approfondit,
défend et améliore le formidable travail pluriséculaire
des libéraux.
Lire
l'intervention de Marcel Paquet
Contact Jean-Jacques Couture Aero-charly@club-internet.fr
A lire la chronique de résistance de notre ami Jean-Louis
Caccomo «Allègre, Ferry, Fillon…
au suivant» dans laquelle il analyse à propos
de la réforme Fillon «les corporatismes multipliés
sur l’exacerbation desquels on aura peu de chance de construire
une cohésion sociale durable ni une économie prospère»
Lire
la chronique
Contact caccomo@univ-perp.fr

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