Alain Madelin

C’est oui. La Turquie a reçu le feu vert pour engager les négociations qui aboutiront à son adhésion à l’Union européenne. Le Président de la République, non sans courage, a plaidé en ce sens à la télévision. Certes, a-t-il dit, c’est «oui, si». Et les Français auront le dernier mot le moment venu par référendum.

En réalité, l’entrée de la Turquie en Europe est soumis à un examen de passage. Et «si elle réussit les épreuves de cet examen», on ne voit guère comment on pourrait lui contester le droit d’entrée en Europe qui vient de lui être ouvert.

En fait la promesse d’arrimage de la Turquie à l’Europe était d’abord liée à une autre Europe, celle du marché commun. Elle était aussi antérieure à la chute du mur de Berlin qui a fait naître un autre projet, celui qui a ma préférence, celui de la réunification européenne.

Hélas, depuis cette réunification la promesse d’adhésion de la Turquie a été renouvelée notamment au sommet d’Helsinki. Et cela sans consulter les Français, sans même un débat et un vote au Parlement.

Comment accepter qu’une décision d’une telle portée soit prise par le seul chef de l’Etat contre sa majorité (UMP et UDF) et contre l’opinion largement majoritaire des Français?

Comment imaginer qu’un tel mépris de l’opinion soit sans conséquence sur le vote des Français lors du prochain référendum sur le vote de la Constitution ? Car il est faux de dire que le vote de la Constitution est distinct de la question de l’adhésion de la Turquie.

La Constitution en effet a été taillée pour une Europe à 25 fortement intégrée. On peut certes concevoir une Europe aux frontières floues intégrant demain la Turquie, mais aussi après demain l’Ukraine (qui est sans doute plus européenne que la Turquie), l’Arménie ou les pays du Maghreb, mais cette Europe du grand large exige une autre Constitution que celle qui nous est proposée.

On voit déjà un dangereux décalage entre l’opinion française, la majorité parlementaire et le Parlement européen qui vient de se prononcer très largement pour l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Qu’en serait-il demain si l’essentiel des lois appliquées à la France devait se décider dans une sorte d’ONU européenne ? Et comment accepter que les mêmes lois puissent s’appliquer d’Ankara à Stockholm, de Kiev à Vilnius en passant par Paris ?

On peut dire «oui» au projet de Constitution, mais alors il faut dire «non» à la Turquie (et lui proposer un partenariat privilégié). On peut suivre Jacques Chirac et dire «oui» à la Turquie, mais alors il faut une autre Constitution.


Signalés

Impôt
L’Institut économique de Montréal publie une note intéressante sur l’impôt à taux unique, une mesure dont la France pourrait utilement s’inspirer : «Il existe un mythe selon lequel notre système d’impôt sur le revenu des particuliers à taux marginaux progressifs respecterait les valeurs d’équité, de justice et de «solidarité sociale».
Lire la suite

Libre-échange
Voici le grand bond en avant de l’Asie vers le libre-échange, un événement auquel on ne prête pas toute l’attention nécessaire et pourtant fondamentale : «On n’a sans doute pas assez prêté attention à la réunion à Vientiane du dixième sommet des pays de l’ASEAN (Asie du Sud-est). En compagnie de la Chine et de quelques autres, ces pays ont décidé de signer un accord de libre-échange et de faire tomber toutes les barrières tarifaires à l’horizon 2010.»
Lire la suite

Homophobie et sexisme
Un commentaire de nos amis québécois, dans Le Québécois Libre, sur l’action anti-discriminatoire menée par nos parlementaires français : «L'Assemblée nationale française a adopté récemment un projet de loi hautement discriminatoire, criminalisant le «sexisme» et l'«homophobie». Une loi dont la conséquence est tout simplement le bâillonnement de la pensée et de son expression. La liberté d'expression devient de plus en plus une coquille vide dans le pays auto-proclamé des «droits de l'homme».
Lire la suite

Assurance maladie
Grande négociation ou grand soir ? C’est la question que pose La Nouvelle Lettre à propos de la réforme de Douste Blazy sur l’assurance maladie : «Philippe Douste-Blazy n’est plus très populaire auprès des médecins. Sa grande réforme de l’Assurance Maladie n’a aucune chance d’enrayer la dérive financière, puisqu’elle ne s’en prend pas aux racines du mal, un système public monopoliste et bureaucratique, éliminant toute liberté et toute responsabilité du patient».
Lire la suite

Fiscalité régionale
Elle explose, affirme la Nouvelle Lettre de Jacques Garello, à cause d’une décentralisation faite sans donner les moyens fiscaux aux régions, mais aussi à cause des promesses socialistes : «Notre confrère Les Echos fait le point avec objectivité, région par région : «La poussée de fièvre fiscale se confirme». La hausse devrait être de 5% à 35 ou 40% suivant les cas !»
Lire la suite

Discrimination positive
Nos amis québécois abordent un autre sujet délicat : la discrimination. Et Le Québécois libre déclare ainsi que la «chimère arrive en France» : «Quand un employeur embauche quelqu'un, que ce soit pour n'importe quel travail, il pratique une discrimination – choisissant parfois parmi des dizaines de candidats et selon des critères dont il doit être le seul juge. C'est comme l'amitié; on se rappelle la phrase fameuse «parce que c'était moi, parce que c'était lui». La loi de prétendue modernisation sociale maintenue avec soin par la fausse droite ne l'entend pas ainsi.»
Lire la suite



Humeur

Notre ami Jean-Louis Caccomo s’élève contre ce qu’il appelle l’hystérie anti-économique: «Le principe de «l'exception culturelle», revendiqué par la France, permet au gouvernement français de justifier, notamment auprès de ses partenaires européens, la pratique des subventions culturelles. Mais, c'est au nom d'une sorte «d'exception agricole» que la communauté européenne justifie l'existence de subventions européennes aux agriculteurs. Quel type «d'exception» va-t-on invoquer pour justifier les subventions aux entreprises publiques de transport ou d'électricité ?»
Lire la suite



Nouvelles des Cercles

A lire une réflexion de notre ami, Eloi Jutteau, au sujet du 20ème anniversaire des Restaurants du Cœur dont l’importance est représentative de la hausse de la pauvreté et de l’exclusion dans notre pays et la conséquence d’un manque d’efficacité de l’Etat et de son surendettement.
Lire le commentaire

A signaler le site du cercle local du Havre qui, en page d’accueil, site une phrase de Pascal Salin « Le libéralisme est un humanisme et l’humanisme ne peut être que libéral. »
Le site du cercle local du Havre