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Alain
Madelin |
Le
gouvernement joue avec le feu. En faisant de la lutte contre
les délocalisations une priorité de son action,
non seulement le gouvernement se trompe de bataille et réactive
nos vieilles tentations dirigistes, mais il se place sur un
terrain où il trouvera toujours à sa gauche (et
même parfois à droite) de «mieux-disants»
protectionnistes.
L’arsenal des mesures anti-délocalisations annoncé
s’apparente au bric-à-brac. Le grand économiste
Frédéric Bastiat, s’il était encore
parmi nous, se serait sûrement plu à tailler en
pièces ces nouveaux habits du protectionnisme (voir
Frédéric Bastiat, Recettes protectionnistes).
Le Premier Ministre nous annonce 1 milliard
d’euros dans le prochain budget. Voilà qui impressionne.
Ainsi, en déplaçant 0,06% du PIB nous pourrions
sauver nos emplois !
Pour cela la France va créer des « pôles
de compétitivité » et des « zones
franches ». Ayant moi-même mis en place les premiers
« pôles de compétitivité » et
les premières « zones franches » comme Ministre
de l’Industrie (… en 1986), je conviens volontiers
qu’à défaut d’être nouvelle,
l’idée n’est pas mauvaise. A condition toutefois
d’éviter quelques écueils de bon sens, ce
qu’hélas le gouvernement ne semble pas devoir faire.
L’expérience passée des pôles de compétitivité
à l’étranger comme en France montre en effet
que la compétitivité d’un secteur est liée
à un « effet réseau » proportionnel
aux liens entretenus entre les entreprises, les centres de recherches
techniques et la recherche universitaire etc., et entre les
entreprises elles-mêmes.
Les pouvoirs publics peuvent effectivement utilement soutenir
cette mise en relation, mais en donnant à cet appui de
l’Etat une base territoriale, comme l’a annoncé
le gouvernement, on prend le risque de fausser gravement la
concurrence. Vouloir aider par exemple l’industrie du
meuble dans une région donnée, y alléger
les charges sociales des entreprises, c’est favoriser
certaines entreprises (pas toujours les meilleures) au détriment
de leurs concurrentes dans une autre partie de la France.
On a envie, paraphrasant Bastiat, de demander au gouvernement
de ne pas s’arrêter en si bon chemin et d’aller
jusqu’au bout de sa logique. Car il n’y a pas que
la délocalisation des entreprises qui menace, il y a
aussi la délocalisation des capitaux et des cerveaux.
Pourquoi ne pas créer dans certaines zones de la capitale
ou de la proche banlieue, des zones de franchises d’ISF
ou d’impôts sur le revenu ?
En déclarant la guerre aux délocalisations,
le gouvernement s’en prend aux pays d’Europe de
l’Est qui reçoivent des aides structurelles
de l’Europe tout en ayant l’insolence d’afficher
une faible fiscalité. Il veut obtenir de l’Europe
qu’elle mette fin à ce qu’il considère
comme une incongruité. La posture est résolue,
mais la cause est d’avance perdue.
Comme l’a rappelé la Commission : «il
est tout à fait normal que les Etats membres choisissent
leur taux d’imposition sur les sociétés
si un pays veut compenser une situation géographique
ou un manque d’infrastructure par un niveau d’imposition
moins élevé». D’ailleurs la France
n’entend-elle pas faire de même pour les bassins
d’emplois sinistrés ? Ne fait-elle déjà
pas de même, par exemple, pour la Corse ou les DOM-TOM
? Les entreprises métropolitaines ne devraient-elles
pas exiger de supprimer toutes aides à la Corse et aux
DOM-TOM tant que ceux-ci n’auront pas une fiscalité
comparable ?
Il est équitable que les pays d’Europe de l’Est
bénéficient à l’instar de ceux de
l’Europe de l’Ouest, des aides structurelles de
l’Union européenne (même s’il y aurait
beaucoup de chose à dire sur l’efficacité
de ces aides). Il est absurde de prétendre leur imposer
notre fiscalité.
D’abord, parce que cette fiscalité plus basse est
le reflet de pays à la recherche de croissance et de
développement. Parce qu’elle est aussi le reflet
d’un choix de société de pays qui, au sortir
du communisme, entendent privilégier la liberté,
la responsabilité et les choix individuels sur l’Etat
et les choix collectifs. Parce que, nous avons quelques dettes
vis-à-vis de l’Europe de l’Est. En se libérant
sans nous du communisme, ils nous ont libéré de
la menace soviétique et des milliers de fusées
hier dirigées sur nos capitales ou sur nos zones industrielles.
Nous les avons accueillis à reculons en Europe, en leur
demandant de réaliser en des temps records les réformes
pour se mettre à nos normes, alors que nous sommes nous-mêmes
le plus souvent incapables de centième de leurs efforts
pour sortir de nos systèmes collectivistes. Refuser aujourd’hui
à ces pays les bénéfices de la loi de l’avantage
comparatif, c’est les condamner ou à rester à
la traîne de l’Europe ou à nous obliger à
réaliser leur mise à niveau par des transferts
massifs d’argent public à la charge des contribuables
de l’Ouest (à l’instar de la réunification
allemande qui a déjà représenté
1250 milliards d’euros de transferts et une charge d’encore
plus de 100 milliards par an).
Avec la mondialisation, la concurrence – répétons-le
- n’est plus seulement celle des entreprises, mais aussi
celle des Etats, de leurs institutions et de leurs systèmes
fiscaux. Le principe de la concurrence, qui montre son efficacité
et joue en faveur du consommateur dans la production des biens
et des services, joue en faveur du citoyen et du contribuable
lorsqu’il s’applique aux Etats et aux activités
publiques (on lira sur ce point avec intérêt l’article
de Pascal Salin «Vive
la concurrence fiscale»).
Prétendre mettre en uniforme la fiscalité des
pays d’Europe est d’ailleurs une prétention
qui ne règle rien. Choisira-t-on d’imposer nos
«enfers fiscaux» aux nouveaux «paradis fiscaux»
de l’Est ? Ces pays répondent volontiers que nous
ferions mieux d’adopter la flat-tax
qu’ils expérimentent avec succès pour doper
la croissance et l’emploi. Rêve-t-on d’une
harmonisation fiscale et sociale en choisissant la règle
de la moyenne européenne ? Voilà qui serait intéressant,
car ceci entraînerait immédiatement la suppression
de l’ISF et une remontée de la durée du
travail à 41,6 (moyenne de l’Europe à 25).
Il faut cesser de considérer les pays de l’Est
comme un risque, mais il faut plutôt y voir une chance.
Ce n’est pas parce que la fiscalité sur les entreprises
à Chypre est de 15% que nous sommes menacés par
le risque chypriote et que nos entreprises vont quitter la France
en rang serré pour demander l’asile fiscal à
Chypre. Si Renault s’installe en Slovénie –
ou même en Chine - pour partir à la conquête
du marché mondial, cela lui permet d’améliorer
sa performance globale et d’annoncer la création
de plus de 5.000 emplois en France l’an prochain.
Le problème de la France, ce n’est pas
la perte d’emplois liée aux délocalisations,
c’est la faiblesse des nouvelles créations d’emplois.
Comme le dit Tony Blair, «la meilleure chose qu’un
gouvernement puisse faire, c’est d’éviter
de donner l’illusion que nous pouvons prévenir
les changements».
Si nous ne créons pas assez d’emplois en France,
ce n’est pas la faute de la Pologne ou de la Slovaquie.
Comme l’écrit aussi Eric Le Boucher dans Le Monde
du 13 septembre : «Il serait plus que temps que cesse
le faux jeu du «c’est la faute à l’Europe»
et que les responsabilités reviennent au niveau national.
On découvrirait alors la cause du mal : le système
social français reste accroché à l’époque
dépassée du keynésianisme, des «trente
glorieuses» et du «fordisme» (production industrielle
de masse et gains de productivité). Il ne s’est
pas adapté au nouveau «capitalisme patrimonial»,
né de la libéralisation financière et de
la mondialisation qui a besoin d’encourager les mouvements
de destruction/création «schumpétérienne»,
nouveau moteur de la croissance, mais aussi d’en guérir
les méfaits : exclusion et nouvelles inégalités.
On sécurise encore les postiers quand il faudrait mettre
l’argent «social» sur l’industrie de
la connaissance, les Beurs et les mères célibataires».
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Le
mardi 21 septembre
Première réunion de
rentrée des Cercles Libéraux
et du Courant Réformateur Libéral
En présence d’Alain Madelin
à partir de 19h
31 bd de la Tour Maubourg
75007 Paris
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Mercredi
29 septembre
1ères
rencontres
de la réforme
à partir de 17h00
à la maison de la chimie,
28, rue Saint Dominique 75007 PARIS
Suivie
d’un cocktail dînatoire
à partir de 20h00
à la maison des Polytechniciens,
12, rue de Poitiers 75007 PARIS |
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Interview d’Alain Madelin
Alain
Madelin a accordé une interview au Figaro, le 14 septembre,
dans laquelle il déclare qu’il n'a pas l'intention
de s'impliquer directement au côté de Nicolas Sarkozy
estimant que le parti majoritaire «est plutôt
un échec» et qu'il «va être
écartelé» en 2007. En outre, Alain Madelin
rappelle son rôle de leader des libéraux et de promoteur
du libéralisme en déclarant : «J'entends
aujourd'hui plus que jamais représenter les Français
libéraux qui ont voté pour moi lors de la présidentielle
de 2002, ou ceux qui, sans avoir voté pour moi, ont de
la sympathie pour les idées que j'exprime. Une grande majorité
d'entre eux ne se reconnaît pas dans la politique de Jacques
Chirac et de son gouvernement, et je suis d'ailleurs à
leur image. J'entends donc conserver totalement mon indépendance
et ma liberté de parole, or l'UMP a un devoir de soutien
au gouvernement, devoir que j'ai beaucoup de mal à assumer».
Lire
l’interview

Signalé
Emplois
Bernard Zimmern, directeur de l’iFRAP, a publié le
16 septembre une Tribune dans Le Figaro : « Depuis quelques
années, les initiatives gouvernementales se multiplient
pour accroître les fonds à la disposition du développement
des PME, et pourtant le chômage progresse. C'est qu'il s'est
établi une confusion tragique dans l'esprit de nos dirigeants.
»
Lire
l’article
Fiscalité
En contrepoint à la bataille sur le «dumping fiscal»
dans l'Union européenne élargie, Pascal Salin
a publié une tribune intitulée « Vive la
concurrence fiscale ! » dans Le Figaro du 17 septembre
: « L'harmonisation des fiscalités et même
des systèmes sociaux entre les pays européens
est une vieille préoccupation, en particulier de la part
des Français… »
Lire
l’article

Nouvelles des Cercles
A signaler la prochaine réunion
du cercle du Puy de Dôme
qui organise une conférence débat le 23 Octobre
, animée par Claude Malhuret, ancien Ministre, Maire
de Vichy sur le thème «Que répondre aux
altermondialistes ?»
Contacter Jean-Pierre Brenas
jpbrenas@wanadoo.fr
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