
Alain
Madelin |
On
sait que les parlementaires réformateurs ont arraché
de haute lutte la création d’une mission d’information
sur les 35 heures. On sait aussi que la majorité UMP
avait souhaité ne pas publier le rapport explosif d’Hervé
Novelli avant les élections régionales de peur
que cette publication nous fasse perdre les élections
!
Au
terme d’un travail considérable, le constat des
parlementaires est accablant. La France est le seul pays à
avoir tenté les 35 heures. Avec les 35 heures elle n’a
pas créé davantage d’emplois que ses partenaires,
bien au contraire. Les emplois créés grâce
aux 35 heures (ou les emplois qui auraient de toute façon
été créés, mais qui ont bénéficié
de l’aubaine des 35 heures) ont eu un coût exorbitant
pour les finances publiques. Les 35 heures et leurs mesures
d’accompagnement - baisse des charges et hausse du SMIC
- pèsent sur les entreprises, la croissance et nos déficits.
Bref, il est sûr que globalement les 35 heures ont affaibli
la France.
Les
propositions du rapport Novelli sont des propositions de bons
sens : dès maintenant permettre aux accords d’entreprises
d’assouplir les 35 heures, engager dans le même
temps une réforme de fond pour redéfinir le partage
entre le domaine de la loi et le domaine du contrat collectif,
la durée du travail devant bien entendu relever de la
négociation collective comme cela est le cas partout
autour de nous.
Il
est extrêmement surprenant de voir le gouvernement promettre
ce rapport aux oubliettes au motif que la priorité serait
désormais le « social ».
C’est
là confondre mesures sociales et mesures socialistes.
La
meilleure des politiques sociales, faut-il le rappeler, c’est
la création d’emplois.
Les
35 heures reposent sur une erreur économique et une conception
malthusienne de l’emploi : les emplois ne sont pas à
partager, ils sont à inventer et à multiplier.
Les
35 heures correspondent à une conception archaïque
de l’emploi qui veut couler dans le même moule des
35 heures des emplois aussi différents que ceux des travailleurs
à la chaîne, des caissières de supermarchés,
des chercheurs ou des jeunes cadres d’une start-up.
Les
35 heures contribuent à endetter encore un peu plus les
générations futures. Est-ce là une politique
sociale ?
Mais
il est encore un argument, à mes yeux essentiel. Une
politique sociale, c’est une politique qui laisse à
chacun la liberté de choisir son temps de travail,
de travailler à temps partiel pour privilégier
sa famille ou une autre activité, de travailler 35 heures
ou de travailler plus pour gagner plus (près de la moitié
des Français passés aux 35 heures préfèreraient
améliorer leur salaire en travaillant plus).
Bref
les libéraux ne proposent pas un retour en arrière
vers les 39 heures, mais un nouveau progrès social, celui
du temps de travail librement choisi.