Alain Madelin

Voici donc la campagne du referendum sur le projet de Constitution européenne engagée. Les libéraux sont partagés.
D’un côté, le non s’affiche très largement comme le refus d’une Europe libérale. De l’autre, les partisans du oui font campagne en expliquant que la nouvelle Constitution européenne permettra beaucoup mieux que les institutions en vigueur, de lutter contre les dérives libérales de l’Europe. Bref, il faut voter non pour refuser une Europe libérale, il faut voter oui pour mieux bloquer les politiques libérales européennes. On comprend que beaucoup de libéraux hésitent.
Pour y voir plus clair nous allons consacrer quelques numéros de cette lettre à examiner de plus près le projet de Constitution européenne.
D’abord, en partant de l’idée même de Constitution. On sait que, avant d’être économique, le libéralisme est une réflexion philosophique, juridique et constitutionnelle sur les droits inaliénables de la personne humaine, leur protection contre l’arbitraire du pouvoir politique. C’est pourquoi le libéralisme s’identifie souvent avec le «constitutionnalisme», c’est à dire la définition d’une charte fondamentale qui délimite et limite le pouvoir politique.

L’objet essentiel d’une Constitution n’est pas tant d’organiser le pouvoir que de protéger les individus et les libertés contre l’arbitraire du pouvoir. Or, du point de vue du libéralisme politique, la limitation des pouvoirs dans la Constitution européenne paraît bien fragile.

Les deux principes qui bornent l’exercice du pouvoir européen et qui sont inscrits au fronton du projet de Constitution européenne – les principes de subsidiarité et d’état de droit – sont repris des précédents traités.

Ces deux principes, en rupture avec notre héritage jacobin, sont constitutifs d’un vrai fédéralisme souhaitable pour l’Europe.
Hélas, le projet de Constitution n’apporte pas les garanties nécessaires à ces principes proclamés.
Le principe de subsidiarité est fort mal défini et bien mal protégé, nous y reviendrons.

La définition des droits fondamentaux protégés par la Constitution européenne est des plus ambiguë. Comme l’explique Daniel Cohen Bendit la Constitution innove car «elle met à égalité les libertés individuelles et les droits sociaux». Et il est vrai que la constitutionnalisation dans le projet de traité de la «Charte de droits fondamentaux» induit une profonde remise en cause de la hiérarchie des normes juridiques qui était jusqu’à présent la nôtre.

Il existe plusieurs générations de droits. Les droits libertés ( «les droits de»), les droits-créances («les droits à»). A la première génération de droits-libertés portés par les révolutions américaine et française au XVIIIe siècle s’ajoute une seconde génération de droits sociaux (au travail, logement...) qui nécessitent l’intervention de l’Etat et qui ont tout naturellement fleuri dans les Constitutions des pays de l’Est, et depuis peu une troisième génération de nouveaux droits – comme les droits à l’environnement -, tournés eux aussi vers l’intervention de l’Etat.
Si tous ces droits fondamentaux entrent souvent en conflit les uns avec les autres, la pratique constitutionnelle consistait jusqu’à présent à donner la prééminence aux droits libertés de la première génération. Avec la Charte, la Constitution européenne mélange allègrement tous ces droits, dans un curieux ordonnancement où le droit de propriété est présenté dans une définition alambiquée comme le dix-septième droit loin derrière «les droits à caractère personnel» où la «liberté des arts et des sciences» (là où la dernière Constitution chinoise de mars 2004 fait mieux en déclarant la propriété personnelle comme «inviolable»).
On bouscule ainsi toute hiérarchie, sous prétexte d’élargir les droits de l’homme on élargit ainsi les droits du politique européen contre les vrais droits de l’homme.
Il est à craindre que cette Charte ne serve de point d’appui à la Cour de justice européenne pour légitimer une extension continue des pouvoirs de l’Union.
Il est d’ailleurs révélateur que le projet de Constitution se soit longtemps ouvert à l’initiative de Valérie Giscard d’Estaing sur une citation de Thucydide: «Notre constitution est appelée démocratie parce que le pouvoir est entre les mains non d’une minorité, mais du plus grand nombre». Outre le fait qu’il s’agissait d’une mauvaise traduction, il s’agissait surtout d’un contresens.

L’objet essentiel d’une Constitution n’est pas d’asseoir le pouvoir d’une majorité mais de protéger, avant tout, les droits de la minorité à commencer de la plus petite d’entre elle la personne humaine contre les abus de pouvoir éventuels de la majorité.
Nous voici bien loin d’une Constitution libérale.



Notre ami René Roudaut rend hommage à Raoul Audouin l’une des grandes figures du libéralisme français disparu le 6 avril dernier.
L'infatigable passeur des idées de liberté, Raoul AUDOUIN (21 novembre 1907 -
6 avril 2005) fut l'une des figures les plus discrètes du libéralisme français du XXe siècle mais non des moins prégnantes. Catholique convaincu, il maintînt, dès l'entre deux-guerres, aux côtés de Pierre Lhoste-Lachaume, la pureté de la doctrine face à la malhonnêteté monétaire, au dévoiement de la législation et à l'institutionnalisation de l'envie. Ils se trouvèrent tout de suite isolés mais n'en ressentirent pas d'amertume : leur Foi ne leur permettait pas de laisser le sel s'affadir. Puis à l'âge où d'autres prennent leur retraite, Raoul Audouin commença une "seconde carrière" et les français lui doivent de connaître les grands noms contemporains du libéralisme classique : Mises, Hayek, Berman, Kristol, Kirzner, Novak et tant d'autres. Il se tenait dans l'ombre, pour mieux servir, intimement convaincu que "la liberté consiste à ne pas être empêché de remplir les devoirs qu'on se reconnaît en conscience". Et il bouillait, lui si doux, face à l'oppression des biens pensants.

"Revendiquons nos devoirs d'état", tel était son maître mot. "Je rend grâce au Bon Dieu pour cette carrière avec tant d'amitié et de générosité autour de moi."

"J'ai vu beaucoup de monde et partout j'ai trouvé de braves gens. Encore faut-il savoir les regarder et les aimer."

RENE ROUDAUT


Nouvelles des Cercles

A signaler le prochain dîner-débat du cercle de Loire Atlantique, le jeudi 16 Juin 2005 à Nantes, qui sera animé par Chantal Delsol, philosophe et romancière : «Souveraineté et subsidiarité. Les Etats dans l’Europe
Contacter Vincent Charpin vincent.charpin@uniti.fr

Billet d’humeur «Laïcs convaincus ?» de notre ami, Eloi Jutteau, qui s’interroge sur le respect de la laïcité demandé par des leaders socialistes et verts ou des responsables syndicaux.
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Contact eloi.jutteau@seri-expert.com

Billet d’humeur de notre ami de La Rochelle, Roger Saint Pierre, qui regrette que l’Europe ne se construise sans les fondations essentielles que seraient une harmonisation de la fiscalité et un rapprochement des prélèvements sociaux .
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Contact roger.stpierre@wanadoo.fr

A signaler le commentaire de notre ami, Georges Lenglet, conseiller municipal de Cognin (Savoie) sur la politique de l’emploi du gouvernement : «L’art de gonfler un pneu crevé». Le gouvernement se cantonne dans des mesures futiles sans aborder le problème de fond pour que les entreprises puissent avoir les moyens de créer des emplois.
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Contact lenglet.georges@wanadoo.fr

Nous recommandons le dernier livre de notre ami, Jean-Louis Caccomo, intitulé «L’épopée de l’innovation- Innovation technologique et évolution économique» aux Editions L’Harmattan qui sortira en librairie fin Avril, mais qui peut déjà être commandé chez l’éditeur.
Dans sa dernière chronique, «L’épopée de l’innovation», Jean-Louis Caccomo nous livre ses réflexions sur l’innovation, au cœur des principes qui font l’épanouissement de notre économie en particulier, et des sociétés humaines en général.
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Contact caccomo@univ-perp.fr

A lire le rapport écrit par Robert Pépin sur la dernière conférence internationale au sujet de la situation des droits de l’homme en Corée du Nord, conférence qui s’est tenue à Séoul les 14,15 et 16 Février 2005. Ce rapport, publié dans la lettre de la Fondation Robert Schuman, expose en particulier la situation des femmes et des enfants.
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Contact pepin.robert@wanadoo.fr

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