Alain Madelin


La politique industrielle est de retour avec l’Agence de l’Innovation industrielle annoncée pour la nouvelle année par le Président de la République.

Voici qu’on se prend à rêver aux Airbus et aux Ariane de demain, réussites incontestables de nos politiques industrielles d’hier.

Voilà que l’on oublie le cimetière de leurs échecs : les mésaventures du plan calcul de la filière nucléaire graphite-gaz de super Phénix, du SECAM, des satellites à forte puissance TDF1 et TDF2, de la norme D2- Mac/Paquets, du four solaire de Montlouis... ou des avions renifleurs.

La question n'est pas aujourd’hui de copier les Airbus ou Ariane d'hier, mais d'imaginer comment permettre la naissance des Microsoft et des Cisco de demain.


C’est se tromper d’époque que de croire qu’on peut fabriquer la croissance et l’emploi de demain avec les solutions étatistes d’hier, celles de l’époque du capitalisme d’Etat et des marchés financiers asséchés par l’encadrement du crédit et le contrôle des prix, qui laissaient place aux initiatives combinées de l’entreprise publique, de la recherche publique, de l’argent public et de la commande publique.


Aujourd’hui, les capitaux abondent, les bénéfices s’accumulent, les entreprises n’ont jamais autant gagné d’argent et les marchés financiers ont montré leur capacité à prendre des risques comme on l’a vu avec les nouvelles technologies de l’information et de la communication (jusqu’à l’excès de la "bulle internet").

Cette nouvelle politique industrielle revient à dire pour un chef d’entreprise "je n’ai pas réussi à convaincre mon conseil d’administration, mes banquiers, mes actionnaires ou les marchés financier de l’avenir de tel projet, alors je vais aller convaincre un ministre plus réceptif."

Ce faisant, le Président et le Gouvernement affichent à bon compte l’image de résister au déclin et aux délocalisations, de préparer l’avenir, la croissance et l’emploi de demain.

En fait, derrière l’effet d’annonce, les sommes annoncées sont dérisoires : 500 millions l’an prochain à partager en 10 ou 20 projets, au bénéfice de grandes entreprises dont les budgets de recherche propres se comptent souvent en plusieurs milliards d’euros (et dont on peut douter, qu’elles iront partager avec d’autres des secrets industriels stratégiques). Une somme d’ailleurs semble-t-il prélevée sur l’enveloppe de crédits supplémentaires déjà annoncés pour la recherche publique au lendemain de la grogne des chercheurs l’an dernier.

Une somme à mettre aussi en perspective avec les 7 milliards d’euros gâchés par EDF dans une douteuse diversification internationale dénoncée par le Ministre de l’Industrie ou encore avec les 32 milliards de dollars de dividendes exceptionnels rendus par Microsoft à ses actionnaires cette année.

Certes, il existe assurément un espace de recherche et de coopération à créer entre le public et le privé pour développer certains projets (ainsi les Américains co-investissent sur le moteur à hydrogène). Mais ceci pose avant tout le problème de l’organisation de notre recherche publique et de son redéploiement vers des universités autonomes et concurrentielles qui sauront organiser la coopération avec les entreprises privées.

En réalité cet affichage ne doit pas cacher la réalité. La France vit à crédit, elle sacrifie l’avenir au présent, elle endette les générations futures pour payer ses dépenses de fonctionnement d’aujourd’hui. Si l’on compare l’écart d’investissement des entreprises entre les Etats-Unis et la France depuis 10 ans, c’est proportionnellement quelques 600 milliards d’euros d’investissement qui manquent à l’économie française. Où sont les entreprises, les technologies et les emplois de demain ? Poser la question, c’est y répondre. Voilà le vrai problème.


Signalés

Economie
Notre ami Pascal Salin regrette, dans une tribune publiée le 10 janvier dans Le Figaro, le retour de l’interventionnisme de l’Etat dans l’économie «On la croyait reléguée au rang des souvenirs, la belle époque de la politique industrielle, de la «filière bois», du «plan calcul», des «champions nationaux»... C'était oublier l'extraordinaire capacité de la nomenklatura française à cultiver superbement – et coûteusement – l'exception française.»
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Dans le même registre, Bernard Zimmern regrette dans une tribune publiée le 10 janvier dans Le Figaro que le Président de la République prenne l’initiative d’une telle intervention : «La voiture propre, la pile à combustible, l'énergie solaire, les usines non polluantes en CO2, etc. La litanie des secteurs évoqués par le chef de l'État le 4 janvier pour prouver son volontarisme n'évoque pas des voies d'avenir, mais toutes celles qui nous sont fermées parce que nous arrivons trop tard»
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Jacques Garello, dans son edito de la Nouvelle Lettre commente le discours du Président de la République du 4 janvier : «Voici la France en passe de confier l’avenir de son économie et de ses entreprises à l’Etat bienveillant. C’est plus que de la sociale démocratie, c’est plus que de l’Etat Providence, c’est du colbertisme, du planisme, de l’étatisme, du nationalisme.»
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Michel Godet a accordé une interview dans Le Figaro sur la nouvelle politique industrielle, déclarant notamment à propos de la création de l’agence pour la promotion de l’innovation industrielle : «il ne devrait pas à y avoir de création d'une nouvelle structure sans destruction des anciens organismes de recherche et de valorisation, dont la réforme, pourtant si nécessaire, est toujours reportée.»
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Consommation
Jacques Garello, dans la Nouvelle Lettre, s’interroge sur la reprise de la consommation : «Explosion de joie chez les conjoncturistes –et dans les milieux gouvernementaux : l’année 2004 s’est achevée sur la publication de chiffres optimistes : la consommation serait en nette reprise. Il n’en faut pas plus pour que certains en concluent que la reprise est à nouveau là et que la France va battre des records de croissance.»
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Humeur

Notre ami Eloi Jutteau réagit à la hausse du prix des abonnements annoncée par le Président de France Telecom. Cette augmentation portant sur la prestation pour laquelle l’entreprise est en situation de monopole.
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Nouvelles des Cercles

Nous signalons particulièrement : La première réunion du Cercle de Mantes la Ville sur le thème de l’école, le mardi 1er Février 2005.
Contacter Michael Paris michael.paris@equipement.gouv.fr

La réunion du Cercle des Pyrénées Atlantiques sur le thème «Du progrès d’une constitution libérale pour les Européens».
Contacter Michel Tribouillard michel.tribouillard@odeis.net

Le dîner-débat à Marseille , animé par Alain Madelin, le jeudi 27 Janvier 2005 sur le thème «La France face aux défis du XXIème siècle».
Contacter Séréna Zouaghi au 06 14 62 08 36