Le
conflit du gouvernement et des chercheurs est instructif à
plusieurs titres.
1°
Notre système de recherche a depuis longtemps besoin
d’être réformé : refonte du CNRS,
évaluation des programmes et recherche de l’excellence,
redistribution des laboratoires dans des pôles universitaires
(et donc réforme des universités dans le sens
de l’autonomie et de la concurrence), modification du
statut des chercheurs, etc.
2°
Le gouvernement à la recherche d’économie
budgétaires a imprudemment taillé dans le budget
de la recherche. La méthode de la hache budgétaire,
faut-il le répéter, constitue pour les libéraux
une « méthode barbare, souvent inefficace, douloureuse
et politiquement dangereuse » (voir notre Méthode
pour réformer l’Etat). Les économies
doivent être le résultat des réformes et
non de contraintes préalables. Pour dépenser moins
ou dépenser mieux, il faut dépenser autant.
3°
Le gouvernement s’est laissé prendre au piège.
Il doit expliquer comment il trouve l’argent pour indemniser
les buralistes victimes d’une méchante loi, verser
une prime aux restaurateurs en attendant la baisse promise de
la TVA et pourquoi dans le même temps il rogne sur les
crédits de la recherche. Dans une économie sans
croissance ou à croissance molle, l’argent accordé
aux uns est forcément retiré aux autres.
4°
Résultat, le gouvernement est obligé de lâcher
une promesse de 3 milliards d’euros supplémentaires,
dont il est nullement certain qu’ils soient nécessaires
si on lit le rapport Guillaume sur le CNRS ou le dernier rapport
de la Cour des Comptes sur la gestion des crédits de
recherche. En tout état de cause, la réforme devrait
précéder l’injection de tous nouveaux crédits.
Voilà
qui nous fait regretter une fois de plus qu’au lendemain
des élections présidentielles et législatives
la fenêtre d’opportunité des deux cents premiers
jours du gouvernement n’ait pas été mieux
utilisée pour engager les réformes nécessaires.