Alain Madelin

Ce qui frappe dans la feuille de route que vient de donner le Premier Ministre à son gouvernement pour l’année 2005, c’est le décalage entre la modestie des réformes annoncées et les exigences ressenties par les acteurs de la vie économique. Que ce soient les nuages qui s’accumulent sur la croissance française, le constat récent d’une «France qui décroche» du rapport Camdessus, et de la nécessité d’un «sursaut» ou encore l’édifiant rapport Cahuc – Kramarz (bien moins médiatisé) qui dresse la longue liste des blocages de la société française (du droit du travail à la loi Royer, du prix unique du livre aux professions protégées et aux multiples obstacles à la concurrence que ce soit dans les transports routiers ou aériens, les télécommunications, etc.)

1- Le plus symbolique dans les propositions de Jean-Pierre Raffarin, ce sont bien entendu, les mesures qui proposent d’assouplir les 35 heures (et curieusement baptisées «Finaliser la réformes des 35 heures»). Le contingent légal des heures supplémentaires après être passé de 130 à 180 heures sera porté à 220 heures. Très bien. Rappelons cependant que la durée du travail et des heures supplémentaires sont régies par les conventions collectives, que l’immense majorité de celles-ci prévoient 130 heures supplémentaires et qu’elles ont déjà tout le loisir de prévoir conventionnellement 180 heures ou plus. La disposition annoncée ne changera rien à cette réalité. En revanche, le rachat des jours de RTT constitue une réelle souplesse même s’il était déjà possible de les accommoder au travers des conventions collectives.

En réalité les 35 heures sont aujourd’hui un problème économique avant d’être un problème juridique.

L’erreur initiale du gouvernement, c’est d’avoir accompagné l’installation des 35 heures par une revalorisation du SMIC (afin de réparer les incohérences de la loi Aubry) de quelque 20% en 3 ans sans contre-partie en matière de temps de travail. On a aussi obéré de fait les marges de manœuvre des entreprises pour payer les heures supplémentaires et engager la reconquête du temps de travail. Si les 35 heures ont un coût exorbitant (les allègements de charges sociales), sortir des 35 heures et évoluer vers le temps de travail choisi aura aussi un coût.

2- Côté éducation la réforme annoncée passe à côté des deux exigences essentielles la liberté de choix des parents de choisir l’école de leur enfant (plébiscitée par plus de 90% des Français) et l’autonomie des établissements scolaires très nettement corrélée aujourd’hui dans le monde aux performances des systèmes éducatifs (voir ci-dessous Le verdict de l’OCDE).

3- On notera cependant avec intérêt la volonté du gouvernement de développer les services à la personne (qui constituent effectivement un fort gisement d’emplois) en «favorisant la constitution de grandes enseignes de services pour permettre un accès universel à des services de qualité et en adaptant les réglementations pour simplifier les dispositifs d’agrément, pour mieux les articuler avec les processus de labellisation et de certification, pour lever les freins au développement des titres emplois services, pour développer la formation dans ce secteur».

La technique du chèque service permet en effet de titriser des prestations sociales et de développer un marché prometteur si elle s’accompagne d’une libération de l’offre. C’est ainsi que la transformation, à l’initiative du Sénat, du droit à la formation permanente en titre de formation ou l’instauration d’un chèque crèche vont permettre le développement d’initiatives privées. Dans le même ordre d’idée, le «contrat individuel de réussite éducative» du projet Fillon destiné à apporter aux élèves en difficulté un soutien de 3 heures par semaine pourrait utilement être transformé en «chèque de soutien scolaire».


Education : les leçons de l’OCDE

L’OCDE vient de publier un rapport «Apprendre aujourd'hui, réussir demain - Premiers résultats de PISA 2003» sur les acquis des jeunes de 15 ans dans 41 pays.

La France est 13e, précédée par la Finlande, la Corée, les Pays-Bas, le Japon, le Canada, la Belgique, la Suisse, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la République Tchèque, l’Islande et le Danemark

Ce qui est frappant dans ce résultat, c’est que les pays qui nous devancent sont aussi les pays qui font le plus confiance à l’autonomie des établissements scolaires et aussi bien entendu au libre choix des parents de l’école de leurs enfants (Dans l’Union européenne seuls 3 pays sur 25 ne pratiquent pas cette liberté, dont la France).

Le rapport de l'OCDE fait ce constat :: «Accroître l’autonomie dans un large éventail d’opérations institutionnelles dans le but d’augmenter les niveaux de performance en délégant des responsabilités aux acteurs qui sont en première ligne et améliorer la réactivité aux besoins locaux, tels est l’un des objectifs majeurs du processus de restructuration et de réforme systémique de l’éducation mis en œuvre depuis le début des années 1980 dans de nombreux pays».

Rappelons qu’en France, les meilleurs résultats obtenus sont également corrélés à l'autonomie et à la concurence. C'est le cas du "modèle aveyronnais" où la concurence des établissements est forte, ou encore du "modèle breton" qui en plus de la concurence public/privé se singularise dans l'application des directives de l’Education nationale.


L’Alliance des démocraties

Devant un parterre prestigieux réunissant entre autres M. Tremonti, John Bolton, sous-secrétaire américain ou encore Richard Perle, Alain Madelin a conclu la rencontre de Venise qui avait pour thème «L’Alliance des démocraties» (20 au 21 novembre 2004). «Face à la nouvelle menace du nouveau terrorisme islamique, nous devons construire une nouvelle alliance des démocraties, de la grande démocratie avec les jeunes et les vieilles démocraties européennes mais aussi avec toutes les démocraties du monde»
Lire le discours


Signalés

Euro
La Tribune a publié un article de notre ami Jean-Christophe Hauguel, responsable du cercle du Havre, qui estime excessif l’alarmisme de ceux qui pensent qu’un euro fort serait la cause de nos maux économiques : «Les prises de position se multiplient pour exprimer les craintes d'un euro fort entraînant un éventuel sacrifice de la croissance. Certains proposent même une intervention de la BCE pour faire chuter l'euro face au dollar. Cet alarmisme excessif me laisse penser que l'euro fort est le nouveau bouc émissaire de nos maux économiques avec la mondialisation
Lire la suite

Politique
Jacques Garello parle de ces ministres souteneurs apparus dans le nouveau gouvernement : «Le remaniement ministériel nous a permis d’installer des ministres souteneurs. Bastiat avait inventé la catégorie des «enrailleurs», ceux qui par leurs initiatives empêchent les autres de travailler et détruisent le progrès au fur et à mesure qu’il apparaît en prenant des mesures qui compliquent la vie de tout le monde. Pour ma part, je reconnais à ces jeunes ministres la qualité de «souteneurs», car ils se proposent, avec beaucoup de bonne volonté, de soutenir la croissance.»
Lire la suite

Economie
Dans l’édito de La Nouvelle Lettre Jacques Garello fait le point sur la croissance tant attendue de la France : «Elle est peut-être là mais, comme l’Arlésienne, on ne la voit pas. Pourtant notre premier ministre est formel : «Le croissance est de retour». L’économie française serait donc sauvée et on pourrait même envisager des baisses d’impôts… en 2006.»
Lire la suite

Pacte de stabilité
Jacques Garello se demande si la commission européenne n’est pas en train de revenir à une politique de relance keynésienne : «Il parait que la nouvelle commission, comme le fait remarquer Le Figaro, «cherche à doper l’activité en jouant sur le pacte de stabilité». Fort bien. Mais comment ?».
Lire la suite

Emploi
Commentaire de La Nouvelle Lettre sur le rapport rédigé par Pierre Cahuc et Francis Kramarz concernant le chômage, remis à Jean-Louis Borloo et à Nicolas Sarkozy avant son départ: «On y trouve des réflexions pertinentes sur le chômage et d’autres qui le sont moins, car le rapport se veut un peu trop politiquement correct et ne veut pas déplaire à M. BORLOO. Mais enfin, ses auteurs affirment tout de même que «la stratégie qui consiste à sécuriser les parcours professionnels en actionnant essentiellement le levier de la réglementation de la protection de l’emploi semble vouée à l’échec». C’est dit prudemment, mais c’est dit.»
Lire la suite


Nouvelles des Cercles

Notre ami, Bruno Pineau-Valencienne, animateur du cercle libéral au Canada nous signale un article de Michel Kelly-Gagnon, Président de l’Institut Economique de Montréal, paru dans le journal canadien «Les Affaires» dans lequel il analyse, en la critiquant, la loi sur les 35 heures : «Il existe des lois économiques qui ne peuvent être outrepassées ou abolies, même pour essayer d’atteindre des objectifs sociaux bien louables.»
Lire l’article