Alain Madelin

Le nouveau Premier ministre a très justement expliqué que nous n’avions pas tout essayé contre le chômage. Il est vrai que jusqu’à présent nous avons essayé toutes les politiques dirigistes possibles. Il est tout aussi vrai que l’on n'a jamais encore essayé la seule politique qui marche contre le chômage c’est à dire la politique libérale.
Ayant entendu sur une radio un auditeur réagir au plan Villepin en disant, tout benoîtement, « Pour faire reculer le chômage, il faudrait qu’il y ait du travail », je me sens encouragé par cette réaction de la France d’en bas à risquer très humblement un conseil au nouveau Premier ministre et à ceux qui nous gouvernent.
Tout bien pesé, tout bien réfléchi, je me risque à affirmer, même si le propos dérange bien des convictions ou des habitudes et si certains y verront une fâcheuse tendance à ce maudit ultra libéralisme anglo-saxon, je me risque donc à affirmer que le meilleur moyen de faire reculer le chômage est sans doute de créer des emplois. Et que la création d’emplois n’est que la résultante d’une bonne politique économique de création de richesse pour les entrepreneurs.
Il était absurde dans la campagne du référendum européen d’opposer libéral et social. Il est tout aussi absurde aujourd’hui d’opposer les baisses d’impôts aux créations d’emplois, en gelant les baisses d’impôt prévues, en gelant la réforme fiscale engagée pour les consacrer au profit de nouvelles dépenses pour l’emploi et le traitement social du chômage. Alors que la France est celle qui dépense le plus en Europe avec le piteux résultat que l’on connaît.

La création de nouvelles richesses et donc la création d’emplois et l’augmentation du pouvoir d’achat passent par une réforme profonde de la fiscalité. Ce qui fait la croissance, c’est l’incitation marginale à travailler davantage, à entreprendre et à risquer.
Si les créateurs de richesses voient que cet effort supplémentaire donne lieu à un prélèvement de plus de deux tiers par l’Etat et les organismes sociaux, ils mettront le pied sur le frein. Si l’effort était du tiers, ils mettraient le pied sur l’accélérateur. Or, la France affiche une taxation marginale fiscale et sociale de plus de 70%. Là est le vrai problème.

Nous commenterons ci-dessous les mesures annoncées par le Premier ministre. Mais ce qui est sûr, c’est que la lutte contre le chômage du nouveau gouvernement passe à côté de l’essentiel : l’engagement d’une bonne politique économique et sociale fondée sur trois réformes comme l’a rappelé François Bayrou : La refondation fiscale, la refondation sociale et la refondation de l’Etat pour diminuer le poids de la dépense publique.
Sans doute objectera-t-on qu’il est trop tard pour engager de telles réformes, que le nouveau gouvernement ne dispose pas aujourd’hui des marges de manœuvre. Il est vrai que pour cela, la nécessaire stratégie de sursaut aujourd’hui prônée par Villepin est infiniment plus difficile à mettre en œuvre qu’elle ne l’eût été en 2002 quand la majorité avait alors toutes les cartes entre les mains.
On sait que les libéraux prônaient alors cette stratégie et qu’ils n’ont pas été entendus. Le temps perdu, disions-nous, sera difficile à rattraper.

Commentaire sur le discours de politique générale
du Premier ministre


Annonce - «Le véritable mal français, c’est plus de 10% de chômeurs
Commentaire - Certes, mais le chômage n’est que la conséquence d’un mal plus profond, la panne de croissance qui entraînera aussi la panne de pouvoir d’achat et la « smicardisation » de la société française (les deux tiers des salaires français sont compris entre 1 et 1,7 SMIC). Cette panne du pouvoir d’achat et cette dangereuse « smicardisation » sont durement ressenties par la France des petits salaires et des fins de mois difficiles.
Ajoutons qu’on n'embauche pas pour le plaisir d’embaucher. On embauche pour créer des richesses. Et la création de richesses et d’emplois passe par l’entrepreneur.
La politique de lutte contre le chômage ne peut avoir d’effet que si elle s’inscrit dans une politique de libéralisation de l’entrepreneur et de l’économie.


A - «Nous n'avons pas à choisir entre volonté de justice et liberté d'entreprendre.»
C - Bien sûr.

A - «Pour créer de l'emploi, il faut d'abord de la croissance. J'emploierai donc tous les instruments qui nous permettront de favoriser l'investissement et le pouvoir d'achat, dans un esprit de responsabilité..
C - Evident. Attention toutefois à ne pas confondre relance de pouvoir d’achat avec une relance Keynésienne artificielle de la consommation.

A - «Nos engagements de dépenses publiques seront respectés et les dépenses n'évolueront pas plus vite que l'inflation en 2006.»
C - Le problème n’est pas de stabiliser les dépenses publiques mais de les réduire.
Le Premier Ministre aurait dû symboliquement annoncer un début de décrue.


A - «Les allègements de charges ne seront pas remis en cause. Nous voulons parvenir à la suppression des charges patronales de sécurité sociale au niveau du SMIC à l'horizon 2007.»
C – C’est là une erreur de politique économique dénoncée depuis longtemps par les libéraux. A dépense sociale constante (et même croissante), ces soit disant « allégements » de charges sont en réalité « des transferts » de charges sociales inéluctablement supportés par les emplois à forte valeur ajoutée.
Surtaxer aujourd’hui les créateurs de valeurs ajoutées n’est pas la meilleure façon de préparer l’avenir. Au surplus, la mesure annoncée accentue la « smicardisation » des salariés.

A - «Aller chercher les emplois là où ils se trouvent...d'abord dans les services
C - Excellente piste. Mais il vaudrait mieux cependant libérer la création d’emplois de service pour de véritables entreprises de service, en allégeant leur contrainte et en facilitant leur agrément plutôt que de bricoler de nouveaux allégements de charges.

A - «Un chèque-emploi pour les très petites entreprises ayant valeur à la fois de bulletin de salaire et de contrat de travail.»
C - Excellent. Une vieille proposition des libéraux.

A - «Un "contrat nouvelle embauche" pour les très petites entreprises prévoyant une période d'essai plus longue, d'une durée de deux ans et un complément d'allocations chômage auquel l'Etat apportera toute sa part, un accompagnement personnalisé ainsi qu’une mobilisation de moyens nouveaux de reclassement en cas de rupture du contrat.»
C – Bonne direction mais, les entreprises peuvent déjà embaucher en CDD jusqu’à 18 mois. Le nouveau contrat avec une période d’essai de 24 mois est certainement plus sécurisant que les CDD (même s’il inquiétera sans doute ceux qui jusqu’à présent étaient embauchés en CDI).
Cela étant, ne concernant que les très petites entreprises et les nouvelles embauches, sa portée sera limitée.
Les libéraux ne demandent pas au législateur et au gouvernement d’inventer un nouveau contrat de travail, ils leur demandent – dans le droit fil du rapport Virville – de définir un cadre de règles d’ordre public et d’équilibre de négociation qui permettent aux partenaires sociaux d’aménager eux-mêmes le droit du travail dans des accords - donnant- donnant, gagnant-gagnant – afin d’adapter un droit du travail conçu pour la civilisation de l’usine et aujourd’hui, trop rigide à la réalité de l’économie et des entreprises.


A - «Alléger les obligations financières qui pèsent sur les entreprises à partir de dix salariés.»
C - Pourquoi pas, mais ce n’est pas le rôle de l’Etat de verser une compensation financière et le seuil de 10 n’est pas qu’un seuil financier. Mieux vaudrait laisser les partenaires sociaux...(voir plus haut).

A - «Une prime de 1000 euros à toutes les personnes au chômage depuis plus d'un an, et bénéficiant de minima sociaux, qui reprendront une activité
C - Très, très discutable. C’est faire passer les chômeurs pour des fainéants qui rechignent au travail et qui doivent être encouragés. Ce qui est à la fois vexant et décourageant pour tous les chômeurs et pour ceux qui acceptent un travail sans être primés. C’est aussi inciter à attendre un mois ou deux de plus avant de reprendre un emploi pour toucher la prime.
Cela ne touche pas au problème essentiel : est-on capable d’offrir ou non un travail aux chômeurs de longue durée et si oui, rien ne justifie une prime.


A - «Sanctionner les abus car il n'est pas acceptable qu'un demandeur d'emploi qui fait l'objet d'un accompagnement personnalisé puisse refuser successivement plusieurs offres d'emplois raisonnables. Des dispositifs existent pour sanctionner les abus.»
C - Propos de bon sens, à manier cependant avec beaucoup de précaution. Car derrière pointe un dispositif souhaité par la droite et le patronat qui consistera, à l’instar du dispositif allemand Hartz 4, à couper dans les allocations chômages pour que les chômeurs reprennent un emploi.
Cette politique qui consiste à passer du welfare au workfare, inspirée des pays anglo-saxons, n’a de sens qu’à condition que soit menée, par ailleurs, une politique très libérale qui fasse tourner à plein régime le moteur de la création d’emplois. Sinon, on ne transforme pas un chômeur en travailleur mais un pauvre en super pauvre !


A - «A l'ANPE de recevoir individuellement les 57 000 jeunes au chômage depuis plus d'un an avant la fin du mois de septembre pour leur proposer une solution adaptée : un emploi dans une entreprise, un contrat d'apprentissage ou encore un contrat non marchand.»
C - Pratique habituelle du traitement du chômage.

A - «L'embauche des jeunes de moins de 25 ans ne rentrera plus dans le décompte des seuils de dix et cinquante salariés ; Les jeunes qui prendront un emploi dans un secteur connaissant des difficultés de recrutement bénéficient personnellement d'un crédit d'impôt de 1000 euros.»
C - Pourquoi pas !

A - «Nous avions prévu 20 000 contrats d'accompagnement vers l'emploi ......leur nombre passerait à 100 000.»
C -Un coup d’accélérateur au traitement des statistiques du chômage. Ce n’était pas la peine de critiquer les emplois jeunes.

A - «Le service militaire adapté...afin de procurer aux jeunes qui le souhaitent une formation validée par l'Education Nationale»
C - Pourquoi pas.

A - «Suppression des limites d'âge, pour les personnes de plus de cinquante ans, qui bloquent leur accès aux différents concours de la fonction publique.
Lever les obstacles à l'embauche ou au maintien dans l'emploi...
»
C - OK.

A - «L’effort supplémentaire pour l’emploi représentera quatre milliards et demi d'euros en 2006. Outre les dépenses du plan d'urgence, il inclut la montée en puissance des allègements de charge sociale et des contrats d'avenir.»
C - Si l’augmentation des dépenses publiques en faveur de l’emploi était efficace, cela se saurait. Et la France qui détient le record des dépenses pour l’emploi est aussi le pays qui en Europe obtient une des plus médiocres performance dans la lutte contre le chômage. C’est là le signe fort que la mobilisation pour l’emploi annoncée par le Premier ministre s’inscrit hélas dans la lignée de toutes les mobilisations précédentes. Et les mêmes causes, dit-on, produisent les mêmes effets !

A - «Toutes nos marges de manœuvre budgétaires iront à l'emploi : ce choix commande de faire une pause dans la baisse de l'impôt sur le revenu.»
C - C’est une erreur économique majeure que d’opposer baisse des impôts et baisse du chômage. La baisse des impôts fabrique de la croissance et donc de l’emploi et du pouvoir d’achat. Pour les libéraux, la réforme fiscale reste un des éléments clé du retour au plein emploi.

A - «Relancer des grands chantiers d'infrastructure... en recourant à des financements innovants.»
C - Ceci a un petit parfum Colbertiste et Keynésien. Mais, en réalité, si l’on recourt aux partenariats publics/privés mise en place à l’initiative des libéraux par le gouvernement Raffarin, comme l’a indiqué par ailleurs Dominique de Villepin, c’est là un levier fort pour soutenir la croissance par la mobilisation des entreprises privées et des financements privés au service de l’intérêt général. Après tout, le Colbert dirigiste des manufactures a été aussi le Colbert libéral qui fait faire en concession le Canal du Midi à Riquet !

A - « Renouer avec les grands projets porteurs d'avenir. Je veillerai à ce que l'Agence pour l'innovation industrielle...(soit) immédiatement dotée de cinq cents millions d'euros. Elle financera des projets dans les domaines de l'énergie solaire, des nanotechnologies, des biotechnologies et des biocarburants. »
C - Rien de neuf. Le nouveau Premier ministre confirme une initiative placée sous le signe du vieux dirigisme industriel déjà annoncé par le Président de la République et le précédent gouvernement.
La question n’est pas de refabriquer les Airbus ou les Ariane d’hier mais de permettre l’émergence des Microsoft et des Cisco de demain. Mais avec 500 millions d’euros de dotation à partager entre une vingtaine de projets, cette Agence ne fera sans doute pas grand chose ( si ce n’est de servir quelques lobbies) et c’est tant mieux.
Pour un ordre de grandeur rappelons que Microsoft vient de redistribuer 32 milliards de dollars de profits inutilisés à ses actionnaires et que EDF a sans doute perdu 7 milliards dans son aventure italienne et que 500 millions c’est inférieur à la provision versée pour de futurs dommages et intérêts dans l’affaire Crédit Lyonnais/ Executive life.


A - «Accroître la capacité d'emprunt des ménages...En 2005, les sommes issues de la participation versée au titre de 2004 pourront donc être débloquées.»
C - Pousser les ménages à s’endetter et à consommer dés aujourd’hui leur épargne pour demain dans la perspective de relance, soutenir la consommation, est un expédient Keynésien.

A - «15 000 places de crèches supplémentaires seront prochainement créées.»
C - Pourquoi pas 18 000 ? Mieux vaudrait avec la diffusion d’un chèque de garde d’enfants encourager la création de crèches privées.

A - «Maintenir nos universités dans le peloton de tête des universités mondiales.»

C - Excellent. Reste que le seul moyen c’est l’autonomie des universités et qu’il est peu probable que le nouveau ministre de l’Education nationale s’y hasardera.

A - «L'immigration...il n'y a pas de place en France pour l'abus de droit et les détournements de procédure.»
C - Soit. On attend donc que la prochaine manifestation des sans papiers donne lieu à interpellations et expulsions !
La réalité, c’est qu’à côté des abus de droit, il y a un problème très difficile à résoudre avec les droits très généreux que notre Etat providence offre aux immigrés - fussent-ils en situation irrégulière - et qui agissent comme un aimant à l’immigration clandestine.


A - «La continuité du service public...Le dialogue social nous permettra de trouver les modalités de cette continuité, afin de donner des garanties de service aux usagers.»
C - Hier on parlait de lois pour limiter le droit de grève dans les services publics, aujourd’hui on parle de concertation pour trouver les modalités d’assurer la continuité du service public. L’ambition s’est réduite mais, il faut bien le reconnaître, la marge de manœuvre aussi.

A - «Donnons-nous les moyens de défendre une préférence européenne...Ouvrons de nouvelles perspectives comme l'harmonisation fiscale.»
C - Toujours les veilles tendances dirigistes et protectionnistes et le refus de la concurrence.
Ce n’était pas la peine de diaboliser le Front National hier, si c’est pour reprendre, aujourd’hui, sa proposition essentielle « la préférence nationale » et la parer de vertu en la transposant au plan européen !
Et la concurrence fiscale entre des pays très différents est bien évidemment préférable à l’uniformisation fiscale. Au demeurant, de tels propos n’ont aucun sens et ne font que légitimer des revendications de gauche et d’extrême gauche. Bien évidemment, la préférence communautaire n’est à l’ordre du jour d’aucun autre pays européen et personne ne pense sérieusement que l’on puisse, par exemple, fermer les frontières à l’importation de téléphones portables américains ou asiatiques pour assurer la préférence à des téléphones européens !
Quant à l’harmonisation fiscale – les décisions fiscales se prennent à l’unanimité en Europe – l’immense majorité des autres pays ont déjà répondu : il n’en est pas question!
S’agissant de l’uniformisation fiscale européenne, elle n’est ni possible ni souhaitable entre des pays très différents et les contribuables ont tout à gagner à la concurrence fiscale.



Signalés

EUROPE

Pour nos amis Mathieu Laine et Jean-Philippe Feldman, le libéralisme "Cette politique, authentiquement libérale et couronnée de succès partout où elle a été mise en oeuvre" et qui "n'a pourtant jamais été appliquée en France" ne doit plus être un bouc émissaire mais, au contraire, après le référendum, une chance historique pour la France.
Lire l'article paru dans Le Figaro "Le libéralisme, bouc émissaire"

POLITIQUE ÉCONOMIQUE

Guy Sorman analyse l’implacable déclin de notre pays face à l’inertie de nos dirigeants politiques à remettre en cause le «modèle français» et imposer l’alternative libérale.
Lire l'article paru dans Le Figaro "Enrayer le déclin de la France"

Face à la recherche d'une nouvelle politique par le Premier ministre, notre ami Jacques Garello rappelle les succès et règles du modèle Anglo-Saxon.
Lire l'article


Nouvelles des Cercles

A signaler plusieurs réactions après le référendum du 29 Mai


Le billet d’humeur de Roger Saint Pierre, de La Rochelle : «La première priorité ne serait-elle pas de redonner confiance en l’Europe, en expliquant à nos peuples quels sont les avantages de l’Union, mais aussi les limites de son action ?»
Lire la suite
Contact roger.stpierre@wanadoo.fr

Une démarche militante plus active, en communiquant mieux et davantage afin de présenter et d’expliquer le libéralisme, proposée par notre ami, Eloi Jutteau.
Lire la suite
Contact garfanelo@wanadoo.fr

La chronique de résistance de notre ami, Jean-Louis Caccomo « L’ultime sursaut » qui forme le vœu que ceux qui ont en charge de donner une impulsion nouvelle, dans une ultime tentative de redressement, ne nous sortent pas les mêmes recettes usées qui ont déjà fait fuir tant de jeunes talents, des chercheurs et des entrepreneurs.
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Contact caccomo@univ-perp.fr

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