Alain Madelin

Rien n’y échappe. Voici donc Jean Paul II enrôlé dans notre très française croisade politico médiatique contre le libéralisme. Ainsi, à écouter de nombreux commentateurs, la disparition de Jean Paul II serait la disparition d’un pape adversaire du libéralisme. Plutôt que de tenter de faire répondre Jean Paul II aujourd’hui, mieux vaut revisiter sa parole et tout particulièrement l’Encyclique Centesimus annus, de 1991, l’Encyclique du centenaire du texte fondateur de la pensée économique et sociale catholique, «Rerum novarum» de Léon XIII. Le choix de Jean Paul II est alors très clair, il fait le choix de l’économie de marché, un choix que jusqu’alors l’Eglise avait bien du mal à accepter vraiment.

1 - D’abord, Jean Paul II ne cherche plus une hypothétique troisième voie entre le capitalisme libéral et le collectivisme marxiste. Après la chute du mur de Berlin, il constate l’échec du socialisme qui repose sur une «erreur fondamentale», «une conception erronée de la personne» par sa négation de la liberté de l’homme et de la propriété qui en découle. En revanche, le système capitaliste s’il n’échappe pas aux critiques de l’église, est considéré comme amendable.

2 - D’ailleurs, il y a capitalisme et capitalisme. A la question le capitalisme est-il un modèle, Jean Paul II répond :

- "Si sous le nom de "capitalisme" on désigne un système économique qui reconnaît le rôle fondamental et positif de l'entreprise, du marché, de la propriété privée et de la responsabilité qu'elle implique dans les moyens de production, de la libre créativité humaine dans le secteur économique, la réponse est sûrement positive, même s'il serait peut-être plus approprié de parler d"'économie de marché" (Centesimus annus, § 42).

- Mais si par "capitalisme" on entend un système où la liberté dans le domaine économique n'est pas encadrée par un contexte juridique ferme qui la met au service de la liberté humaine intégrale alors la réponse est nettement négative.
" (Centesimus annus, § 42).

Autrement dit le capitalisme que condamne Jean Paul II, c'est un capitalisme sans foi ni loi, sans éthique et sans morale, ce n’est pas le capitalisme libéral.

3 – Comme les libéraux, Jean Paul II subordonne l’économie de marché à un état de Droit. Il explique que l'inefficacité économique du système socialiste n'est pas seulement "un problème technique mais plutôt une conséquence de la violation des droits humains à l'initiative, à la propriété et à la liberté dans le domaine économique." (Centesimus annus, § 24). Bref, ce sont les droits fondamentaux qui font l'efficacité des systèmes économiques. L’économie libérale de marché n'est pas plus juste parce que plus efficace que tout autre type d'économie, elle est plus efficace parce qu'elle repose sur des règles justes.

4 - Jean Paul II voit à l’instar des libéraux classiques, dans le marché et la division du travail, un instrument de solidarité et de coopération sociale.
Pour Jean Paul II "le marché libre est l'instrument le plus approprié pour répartir les ressources et répondre efficacement aux besoins." (Centesimus annus, § 32) et "l'Eglise reconnaît le rôle pertinent du profit comme indicateur du bon fonctionnement de l'entreprise." (Centesimus annus, § 35).
Bien entendu tout ne se réduit pas au marché. Les choix de l’entrepreneur comme ceux du consommateur doivent être guidés par des facteurs moraux et le marché doit être complété par des institutions de protection sociales.

5 – Mais ces institutions sociales doivent s’inscrire dans une conception «subsidiaire» de l’Etat, et ne pas prendre la forme d’un Etat Providence étouffant. "En intervenant directement et en privant la société de ses responsabilités, l'Etat de l'assistance provoque la déperdition des forces humaines, l'hypertrophie des appareils publics, animés par une logique bureaucratique plus que par la préoccupation d'être au service des usagers, avec une croissance énorme des dépenses."

"Les dysfonctionnements et les défauts des soutiens publics proviennent d'une conception inappropriée des devoirs spécifiques de l'État. Dans ce cadre, il convient de respecter également le principe de subsidiarité." (Centesimus annus, § 48).

6 – On ne doit pas opposer l’intérêt personnel et l’intérêt collectif. "L'ordre social sera d'autant plus ferme qu'il n'opposera pas l'intérêt personnel à celui de la société dans son ensemble, mais qu'il cherchera plutôt comment assurer leur fructueuse coordination. En effet, là où l'intérêt individuel est supprimé par la violence, il est remplacé par un système écrasant de contrôle bureaucratique qui tarit les sources de l'initiative et de la créativité." (Centesimus annus, § 25).
On retrouve là les caractéristiques d'une économie d'échange dans une société ouverte. Cette idée, chère à Adam Smith, sous la métaphore de la "main invisible", selon laquelle la poursuite de l'intérêt personnel se fait, dans une société de droit, dans le sens de l'intérêt de tous.
Une société d'échange favorise l'auto-coordination naturelle de l'activité des hommes et la prospérité. Quand elle conduit à mettre le talent et l'énergie des plus capables au service du plus grand nombre, elle permet l'harmonie des intérêts humains. Chaque homme suit son propre chemin, son propre projet de bonheur et une société de droit assure la coexistence pacifique de ces projets individuels, mieux, leur auto-coordination dans le sens de l'intérêt de tous.

7 - Jean Paul II fait l'éloge du libre-échange et développe le fait que le meilleur moyen d'aider les pays pauvres consiste à supprimer les barrières protectionnistes qui font obstacle à leurs produits.
"Il semble que, à l'intérieur de chaque pays comme dans les rapports internationaux, le marché libre soit l'instrument le plus approprié pour répartir les ressources et répondre efficacement aux besoins." (Centesimus annus, § 34).
"II n'y a pas très longtemps, on soutenait que le développement supposait, pour les pays les plus pauvres, qu'ils restent isolés du marché mondial et ne comptent que sur leurs propres forces. L'expérience de ces dernières années a montré que les pays qui se sont exclus des échanges généraux de l'activité économique sur le plan international ont connu la stagnation et la régression, et que le développement a bénéficié aux pays qui ont réussi à y entrer. Il semble donc que le problème essentiel soit d'obtenir un accès équitable au marché international. " (Centesimus Annus, § 33).
"Il faut rompre les barrières et les monopoles qui maintiennent de nombreux peuples en marge du développement, assurer à tous les individus et à toutes les nations les conditions élémentaires qui permettent de participer au développement."

8 – Enfin, Jean Paul II dénonce la dérive de nos systèmes démocratiques ou le pouvoir, pour des raisons d’opportunité politique, à tendance à s’affranchir des règles de droit et de juste conduite.
"Une crise des systèmes démocratiques qui semblent parfois avoir altéré la capacité de prendre des décisions en fonction du bien commun. Les requêtes qui viennent de la société ne sont pas toujours examinées selon les critères de la justice et de la moralité, mais plutôt d'après l'influence électorale ou le poids financier des groupes qui le soutiennent." (Centesimus annus, § 47).

On retrouve là l'école moderne d'économie politique -baptisée école des "choix publics"- qui s'est employée à montrer toutes les imperfections du "marché politique". Elle a montré notamment comment, sur ce marché, dominent les groupes de pression organisés. Comme la pression d'une minorité de bénéficiaires est plus grande que la résistance de la majorité sur laquelle retombe la charge, il en résulte de profondes injustices. Sur ce "marché politique", la sécurité des uns est souvent l'insécurité des autres et les politiquement forts exploitent les politiquement faibles.

On souhaiterait aujourd’hui à beaucoup d’hommes politiques ou de commentateurs médiatiques de comprendre – aussi bien que l’avait fait Jean Paul II – les vertus d’une société de liberté et d’une économie de marché.




OUI OU NON A LA CONSTITUTION EUROPEENNE ?

1 - Manifeste pour le oui. Un travail collectif du Cercle Thématique «Enjeux Internationaux.»
«le oui des libéraux»

2 - Les interrogations d’un libéral. Notre ami Jacques Garello, nous invite «à un passage en revue détaillé et approfondi des arguments qui militent tantôt pour tantôt contre la ratification du projet de constitution européenne.»
«l’Europe d’une seule voix » paru dans la nouvelle lettre du 26 mars 2005
«Le tour du monde en quatre vingt jours» paru dans la nouvelle lettre du 19 mars 2005

3 - Une analyse libérale du Traité constitutionnel. Beaucoup se prononcent sur le projet de traité constitutionnel sans l’avoir vraiment lu ou analysé. Notre ami Jean Philippe Feldman l’a fait pour nous. Pour lui, c’est clair, il s’agit d’une monstruosité juridique inacceptable pour les libéraux.
«Sur le projet de la convention pour une constitution européenne»
«Existe t-il un constitutionnalisme européen ?»


Signalés

EUROPE
Un billet d’humeur de notre ami, Jacques Peter : «le débat référendaire est hors sujet.» Le débat ne devrait porter que sur le texte de la Constitution «or, tout se passe comme si la question ne portait pas sur le traité constitutionnel mais sur la nature de l’Union européenne...»
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LIVRES

Un libéral nommé Jésus
«La seule forme de pensée économique qui soit conforme aux Evangiles, c’est le libéralisme !» Sur cette conviction forte et politiquement incorrecte, Charles Gave nous livre un pamphlet où il analyse le texte des Evangiles en économiste qui a fait du libéralisme son credo.

Aux Editions Bourrin

La Tyrannie collectiviste
Pour enrichir nos débats, nous vous recommandons ce livre de l’économiste tombé dans l’oubli, Yves Guyot (1843-1928). Dans un style précis et argumenté, l’auteur plaide avec conviction pour le libre-échange, la libre concurrence et la liberté du travail, le droit de propriété, en s’élevant contre la spoliation fiscale.

Aux Editions Les Belles Lettres, préface de Philippe Nataf


Nouvelles des Cercles

A l’occasion de la réunion des Réformateurs de Paris et des Cercles Libéraux pour "un nouveau projet à Paris", Pascal Salin nous signale son article paru dans le Figaro du 12 Février 2004 «Gare à l’autophobie !»
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A l’approche du référendum, nous avons reçu de nombreuses réactions au projet de constitution européenne :

Signalons celle de Patrice Vezine «Une économie sociale de marché ?» Il existerait donc une économie de marché «antisociale» ? Nous sommes encore manipulés par la bonne vieille propagande socialiste qui, à défaut d’avouer l’échec social des économies dirigées, tenterait de nous protéger contre le danger «ultra libéral»
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Contact patrice.vezine@laposte.net

A signaler le commentaire de notre ami, Pascal Bérillon, au sujet de la polémique sur la directive Bolkenstein. «Tuer la concurrence, c’est tuer l’intelligence
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Contact berillon.pascal@wanadoo.fr

A lire la contribution de Philippe Seigneur du cercle de Mantes la Jolie. «Nous dirons oui à cette nouvelle étape de la construction européenne, aussi imparfaite soit-elle
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Contact philippe.seigneur@club-internet.fr

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