Alain Madelin

Ainsi le plan Borloo manquerait un tournant social. Le problème de la droite c’est qu’elle confond trop souvent politique sociale et politique d’inspiration socialiste.

Les mesures du plan Borloo illustrent ce mélange.

1- Le contrat d’activité destiné à fournir un emploi d’utilité sociale rémunéré aux trois-quarts du SMIC pour 26 heures de travail et 9 heures de formation est sans nul doute un nouvel avatar des contrats emploi-solidarité ou du revenu minimum d’activité, à inscrire dans la panoplie du traitement social du chômage. Mais à la différence des emplois-jeunes, il offre des «emplois» d’utilité sociale à ceux qui en ont vraiment besoin et il peut aussi (cela dépendra des modalités d’application de la formation associée à ces emplois) contribuer à être une passerelle vers de vrais emplois.

2- Les équipes de « réussites éducatives » et la création d’un trentaine d’internat de la réussite constituent assurément un petit pas dans la bonne direction pour les libéraux qui défendent l’autonomie des établissements scolaires, l’expérimentation d’écoles nouvelles et la liberté de choix des parents.

3- En revanche, les libéraux, partisans d’une refonte profonde de la politique du logement auront du mal à souscrire à la programmation de l’augmentation de 50% du nombre de logements sociaux. Pourquoi poursuivre en effet une politique dont le coût annuel (depuis des décennies) permettrait d’acheter 200 à 300.000 logements et de les donner gratuitement à 200 ou 300.000 familles françaises, qui enferme des pans entier de la société dans un modèle par nature ségrégatif, laissant sans toit ceux qui en ont le plus besoin ? Mieux vaudrait réfléchir à une politique de logements bon marché et à une politique d’accessionà la propriété tant pour les logements sociaux existant que pour les logements à venir afin de favoriser la mobilité et la mixité sociale.

Pour le reste, c’est commettre une profonde erreur que de séparer l’action du gouvernement entre mesures économiques et mesures sociales et de céder ainsi à l’injonction socialiste en séparant le libéral du social. Il est symptomatique que le débat autour du plan Borloo tourne autour de l’enveloppe financière qui lui sera consacrée. Si la croissance était proportionnelle à la dépense publique, si la création d’emplois était parallèle aux dépenses pour l’emploi, si la pauvreté reculait à proportion des budgets qui lui sont consacrés, la France caracolerait depuis belle lurette en tête des pays pour la croissance, l’emploi et la diminution de la pauvreté. La vérité c’est qu’en prélevant toujours plus, en réglementant toujours davantage l’accès au travail, en enfermant une part grandissante de la population dans des catégories d’ayant-droits, on aggrave le mal que l’on prétend guérir. Et que diminuer les dépenses publiques, réformer la fiscalité, alléger le poids des réglementations sont les premiers moyens d’une politique sociale.

Plus que de réformes aujourd’hui, la France a vraiment besoin d’une révolution culturelle. C’est ce à quoi les libéraux doit plus que jamais travailler.

Prenez donc des forces, et bonnes vacances.



La fiscalité écologiquement correcte (suite)

Dans le dernier numéro de la Lettre des Cercles , Alain Madelin avait parlé de cette fiscalité écologiquement correcte dont la première mesure sera de mettre en place un dispositif de bonus malus surtaxant les voitures réputées très polluantes (et notamment ces fameux 4x4 que Delanoë veut bouter hors de Paris) et détaxer des automobiles «propres».

Devant ce que le Premier ministre appelle la « première déclinaison de la Charte de l'environnement », Alain Madelin avait appelé les lecteurs de la lettre à faire part de leur proposition de mesures en suggérant notamment la fiscalité diététiquement correcte : «Peut-être pourrait-on faire varier la fiscalité des produits alimentaires en fonction de leur teneur en sucre ?» Et la fiscalité des cerveaux : «Ne pourrait-on taxer les cerveaux qui s'expatrient et détaxer les talents qui viennent en France ?».

Comme l’écrirait le Canard enchaîné, hélas la réalité dépasse l'affliction !.

Un de nos lecteurs de la Lettre des Cercles nous signale que dans le projet de loi relatif à la politique de santé publique, l’article 14 A prévoit que «tout annonceur d'une publicité télévisuelle pour des aliments, dont la composition nutritionnelle est susceptible de nuire à la santé des enfants ou des adolescents en cas de consommation excessive, doit financer la réalisation et la diffusion d'un message d'information nutritionnelle» et qu’un amendement présenté par Francis Giraud, sénateur UMP, au nom de la commission des affaires sociales, précise : «Les annonceurs peuvent déroger à cette obligation sous réserve du versement d'une contribution au profit de l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé.» La fiscalité diététiquement correcte est en marche !

Quand à la taxation des cerveaux, saluons la contribution de l’économiste Patrick Arthus dans le Nouvel Observateur du 1er juillet qui propose de taxer les délocalisations : «les délocalisations accroissent la pollution et la consommation de matières premières, il faudrait les taxer».

Notre concours continue… N’hésitez pas à faire preuve d’imagination quand vous voyez que les idées les plus loufoques ont, hélas, aujourd’hui leur chance.



Constitution européenne

C’est une citation de Thucydide (d’ailleurs mal traduite) qui avait été placée en exergue du projet de constitution européenne. rapportant une parole de Périclès : «Notre régime est une démocratie parce que le pouvoir appartient au plus grand nombre et non à une minorité».
Cette citation a été in fine supprimée suscitant l’indignation de quelques philosophes rassemblés autour de Paul Thibault et Pierre-André Taguieff dans une tribune publiée dans Libération du 1er juillet.

Derrière cette question qui peut sembler mineure se cache un débat majeur : qu’est-ce que la démocratie, qu’est-ce qu’une constitution ?

Pour les libéraux on ne peut réduire la démocratie à la loi du nombre comme nous y incite cette citation. Le nombre ne fabrique ni le vrai, ni le juste. C’est pourquoi au dessus de la loi du nombre il y a le Droit. Cette vérité, enfouie au plus profond de l’homme, celle d’Antigone, nous rappelle qu’il existe une loi non-écrite issue de la conscience des hommes et supérieure à tout pouvoir. Les droits fondamentaux de la personne sont antérieurs et supérieurs à tout Etat. C’est précisément le rôle d’une constitution que de garantir ces droits fondamentaux contre tous excès de pouvoir y compris l’excès de pouvoir d’une démocratie.

Ouvrir la constitution européenne sur cette citation, c’était afficher un contre-sens par rapport à ce que doit être une constitution. On a certes supprimé la citation, mais hélas on retrouve ce contre-sens dans le projet de constitution européenne qui ne délimite et ne limite pas suffisamment les pouvoirs de l’Union européenne, ouvrant ainsi la voie au risque de dérive vers un super Etat. C’est là un débat fondamental. Nous y reviendrons bien entendu.



Signalé

Saluons la longévité et le succès de la Nouvelle lettre dont le 800ème numéro est paru. Jacques Garello écrit à cette occasion : «Cette longévité est aussi celle de votre fidélité. La poursuite de cette aventure n’a été possible que parce que vous n’avez cessé de prouver votre intérêt et votre soutien.»
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L’association Liberté Chérie a listé les quelques avantages acquis des agents d’EDF : «Les salariés d'EDF défendent-ils un service public, auquel ils sont attachés ? C'est possible, mais le plus probable c'est qu'ils défendent avant tout un panel incroyable...»
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Nouvelles des Cercles

En cette veille de vacances, les Cercles libéraux font le point et remercient tous les responsables des cercles locaux qui avec beaucoup d’efficacité, ont réuni de nombreux adhérents des Cercles Libéraux.
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