Etude de Jean-Pierre Chevallier au sujet des salaires français et américains

Un salaire est la contrepartie d'un travail fourni. C'est ce qui correspond à ce que les Français appellent des charges de personnel, qui se montent en moyenne à 3 000 euros mensuellement, mais ils ne perçoivent en réalité que 1 500 euros car ils veulent verser obligatoirement la moitié de leur véritable salaire à divers organismes dits sociaux (!) qui gèrent (mal) leurs assurances santé et chômage ainsi que leur système de retraite alors que les Américains ont adopté d'autres solutions plus efficientes.
Ainsi par exemple aux Etats-Unis, les salariés paient $ 200 par mois quand leur employeur a eu la bonne idée de verser la même somme pour qu'ils puissent bénéficier d'une assurance santé d'une compagnie privée (Managed Care Organization) qui leur fournit dans des conditions avantageuses des prestations équivalant à celles de notre Sécurité Sociale, sinon, il leur en coûte $ 450, contre 600 euros pour un Français moyen.
Pour financer les pensions de retraite, les Américains ont curieusement adopté depuis la Seconde guerre mondiale un système d'inspiration socialiste : les salariés paient un impôt sur leur salaire (payroll tax correspondant à ce que nous appelons des cotisations sociales) de 12,4 % qui finance le système de retraite par répartition qui leur permet de bénéficier généralement à partir de 62 ans d'une pension qui atteint les 3/4 de leur ancien salaire.
Par ailleurs, les impôts sur les revenus financent :

• les assurances santé des retraités par des déductions au titre de Medicare (6,2 %)

• l'aide médicale, Medicaid (1,45 %) qui prend en charge les dépenses des handicapés et les frais médicaux des personnes qui n'ont pas payé préalablement d'assurance santé (!)

• l'assurance chômage qui verse aux chômeurs des indemnités correspondant à leur ancien salaire pendant 3 mois, période portée au delà de 6 mois depuis 2001.
Le taux d'imposition varie selon les revenus. Il est progressif comme en France. Il est inférieur à 20 % pour les Américains qui touchent un salaire mensuel moyen de $ 3 000. Ils disposent ainsi des 2/3 de leur salaire, soit $ 2 000 qu'ils dépensent pour la plus grande partie, en achetant des biens et des services supportant une taxe sur la consommation au taux de 6 à 8 % alors que la TVA est à 19,6 % en France.

Grâce à ces dispositifs, les Américains ont un pouvoir d'achat moitié plus élevé que le nôtre, ce qui stimule la demande. Une offre y répondant, la croissance du PIB est élevée, 4 % et le taux de chômage est faible, inférieur à 5,5 %.


***


Un bulletin de salaire est simple aux Etats-Unis : à la limite, un salarié payé $ 15 de l'heure qui vient de travailler pendant 40 heures pendant la semaine reçoit $ 600, somme déclarée au fisc, de laquelle sont déduits les impôts prélevés à la source.


***


Les Français n'ont toujours pas compris qu'un salaire est la contrepartie d'un travail par lequel un salarié ajoute de la valeur à un produit vendu sur le marché compte tenu de contraintes externes (les concurrents, les exigences des clients, des fournisseurs, etc) et internes (les autres charges, les investissements, la rémunération des actionnaires, etc). Si les salaires sont trop élevés, les entreprises ne peuvent plus dégager de cash flows suffisants pour investir et elles disparaissent. Si les prélèvements obligatoires sont trop importants, les salariés n'ont plus de revenus disponibles pour consommer, ce qui est récessif. Quand le gouvernement français fixe le montant du salaire minimal, le Smic, à un niveau trop élevé sans aucun rapport avec la productivité des salariés, il les condamne durablement au chômage.


***


Le système français de sécurité sociale est le résultat de négociations conflictuelles avec des syndicats dits révolutionnaires, socialistes, fondamentalement antilibéraux. Il ne répond à aucune logique économique sensée contrairement à ce qui se passe aux Etats-Unis.
Travailler pour gagner de l'argent pour vivre telles sont des valeurs qui sont profondément ancrées dans la mentalité collective des Américains comme l'ont toujours pensé les immigrants. Les salariés veulent donc recevoir l'intégralité de leur salaire en payant le minimum d'impôts et de taxes conformément à toute logique économique élémentaire.
Les personnes qui sont victimes de licenciement doivent pouvoir retrouver rapidement un travail et elles bénéficient pendant cette période de latence du versement d'indemnités financées par la collectivité nationale, c'est à dire par les impôts sur les revenus.
La gestion des risques de santé est traitée normalement par l'intermédiaire d'un système d'assurances privées qui donne globalement satisfaction à toutes les parties concernées au moindre coût grâce aux jeux des marchés. Deux exception à ce principe :

• les personnes atteintes d'un handicap qui les empêche d'exercer une activité professionnelle dans des conditions normales sont prises en charge par l'aide médicale financée par l'ensemble de la collectivité nationale (Medicaid au taux de 1,45 %).

• Les personnes trop âgées pour exercer une activité professionnelle perçoivent des pensions de retraite financées par celles qui travaillent (proportionnellement à leurs salaires au taux de 12,4 %) et leur assurance santé est prise en charge par la collectivité nationale (Medicare au taux de 6,2 %).

Aux Etats-Unis, les problèmes sociaux posés sont résolus dans le cadre d'une logique économique libérale acceptable qui peut cependant être améliorée, et c'est ce qu'entreprend le président Bush au cours de son second mandat.
Des solutions comparables vont être appliquées dans d'autres pays. S'il en était de même en France, les salariés bénéficieraient rapidement d'une augmentation de leur pouvoir d'achat de 50 % et d'une situation de quasi plein emploi. Malheureusement les Français sont majoritairement viscéralement antilibéraux et refusent d'abandonner leurs convictions socialistes héritées de la pire époque où les communistes exerçaient une influence dominante.


***


Libéraliser la paie
Faisons un rêve ! Imaginons que les Français puissent toucher effectivement la totalité de leur véritable salaire à l'image de ce qui existe aux Etats-Unis. Les salariés payés actuellement au Smic recevraient alors 10 euros de l'heure et il en coûterait toujours la même somme à leurs employeurs, les uns et les autres ne payant plus les cotisations dites sociales, les salaires continuant à être déclarés en toute régularité au fisc.
Les salarié gagneraient alors de l'argent sans chercher à percevoir des prestations sociales pour vivre normalement. Leurs employeurs pourraient répondre à la demande. Les salariés qui voudraient disposer d'une assurance santé, pourraient alors en souscrire une pour 4 à 500 euros par mois (à la Sécurité Sociale ou dans une autre compagnie d'assurance santé privée) et ils pourraient continuer à contribuer à financer le système de retraite par répartition en payant leurs impôts sur le revenu.
En payant moins d'impôts, de taxes et de cotisations, leurs revenus réels et leur pouvoir d'achat augmenteraient, ce qui stimulerait la croissance et résorberait le chômage. Ce sont de telles dispositions très simples à mettre en œuvre qui sont appliquées aux Etats-Unis et qui permettent aux Américains de disposer d'un niveau de vie de moitié supérieur au notre.