Notre
ami, Eloi Jutteau réagit devant les manifestations de fonctionnaires,
récentes et annoncées pour Février, qui remettent
en lumière le gouffre qui sépare le monde des salariés
des entreprises et celui des employés de la fonction publique.
Contacter Eloi.jutteau@seri-expert.com
Le
"secrétaire général du premier syndicat
de fonctionnaires", la SNES, ne cesse d'exiger une augmentation
substantielle du point d'indice. Cette revendication revient de
manière obsessionnelle dans son discours. Il n'a, semble
t'il, jamais connu la vie quotidienne de l'entreprise et en particulier
celle des PME. Il n'est pas certain qu'il connaisse beaucoup mieux
la vie de professeur : sa présence dans les médias
et au sein du SNES lui laisse probablement peu de temps pour enseigner.
Dans
une PME, avant de revendiquer un maintien de son pouvoir d'achat,
on se demande d'abord comment l'entreprise va boucler son budget,
trouver des clients. Perdre des clients difficilement acquis,
cela peut signifier la disparition de l'entreprise. Perdre son
emploi est certainement plus dramatique que l'évolution
insatisfaisante d'un point d'indice, comme si la situation et
le moral des enseignants se mesurait à la seule valeur
de ce point.
Certes,
chacun a envie de voir augmenter sa rémunération;
certes, les enseignants peuvent s'estimer moins bien rémunérés
qu'un salarié en entreprise ayant effectué le même
nombre d'années d'études. Encore, cela n'est-il
vrai que pour un salarié du privé qui a connu un
parcours professionnel sans accident et ils ne sont plus très
nombreux.
Et
puis il n'est pas illogique que, à compétence équivalente,
la rémunération soit plus importante pour celui
qui travaille 2.000 heures par an que pour celui qui en travaille
1.000.
N'oublions
pas non plus que, arrivé à l'âge de la retraite,
le calcul des pensions est beaucoup plus favorable pour l'enseignant
que pour le cadre du privé qui a en plus une espérance
de vie de retraité très inférieure.
Au
même titre que l'augmentation du point d'indice, on pourrait
attendre d' un syndicaliste responsable, d'autres pistes de réflexion
sur l' encouragement des fonctionnaires de l'Éducation
Nationale en créant une forme de rémunération
au mérite pour récompenser ceux qui s'engagent et
qui s'impliquent davantage. Il peut également émettre
des propositions pour améliorer l'organisation de cette
lourde administration qui n'a pas d' équivalent dans le
monde.
En
ces temps de concurrence effrénée, une question
se pose dans les entreprises : comment faire mieux avec autant
voire moins de moyens. On trouve toujours des réponses
lorsque c'est une question de survie. Pourquoi n'a t'on pas cette
même démarche dans l'administration : la réorganisation,
voire la suppression de certains services devenus inutiles permettrait
de mieux doter ceux dont l'utilité est avérée
tout en diminuant les budgets. Cela permettrait d'assainir les
dépenses de l'Etat, et donc les impôts des contribuables.
Pour trouver la voie à suivre, il suffit de lire les rapports
de la Cour des Comptes, et d'en extraire quelques bonnes idées.
Alors
que la solidarité qui représente l'un des arguments
récurrents des syndicats devrait consister pour les plus
forts à aider les plus faibles, on constate que les syndicats
de fonctionnaires, refusant de se poser les bonnes questions sur
l'affectation du budget de leurs administrations, demandent toujours
plus de moyens et plus d'argent à l'État. C'est
à dire aux contribuables. Y compris aux salariés
du privé dont la situation est par nature plus fragile,
et qui préféreraient une diminution de leurs charges
et de leurs impôts pour se préparer à un avenir
toujours incertain. Où est la solidarité des syndicats
?
N'oublions
pas non plus que, dans un pays surendetté comme le nôtre,
chaque augmentation de budget représente une hausse de
la dette que devront payer nos enfants, et cela est totalement
irresponsable.
Il
est intéressant de constater que, pour obtenir une hausse
de leur rémunération, les fonctionnaires arrêtent
de travailler et manifestent, alors que, pour arriver au même
résultat, les salariés des petites entreprises essaient
de montrer par leurs efforts qu'ils sont capables de travailler
mieux, d'être plus efficaces.
Il
y a toujours quelque chose d'indécent, voire un sentiment
d'injustice lorsque ceux qui font des efforts quotidiens, dans
la difficulté du marché de l'emploi et de la concurrence,
entendent les autres réclamer toujours plus sans jamais
remettre en question ni leur statut ni la structure dans laquelle
ils exercent leur activité.
Les
syndicats nous disent : "il faut prendre l'argent là
où il est". Si l'argent a jamais été
là, il est évident qu'ils feraient preuve d'un plus
grand sens des responsabilités en arrêtant de demander
l'argent "là où il n' est plus".
Les
salariés des entreprises privées, lorsqu'ils ne
sont pas satisfaits de leurs conditions ou quand ils s'estiment
mal considérés démissionnent et cherchent
ailleurs. Le faible nombre de fonctionnaires ou de salariés
des entreprises publiques qui partent dans le privé montre
que, malgré les protestations des syndicats, les plus malheureux
ne sont peut-être pas ceux qui crient le plus fort.