la chronique de résistance de notre ami Jean-Louis
Caccomo
La
révolution française avait pour but d’abolir
les privilèges, non de les étendre. La révolution
française avait pour objectif de supprimer les corporations,
non de les généraliser.
Notre pays est pourtant si fier de son histoire. Pourtant, il
se présente aujourd’hui comme le pays des corporatismes
multipliés sur l’exacerbation desquels on aura peu
de chances de construire une cohésion sociale durable ni
une économie prospère. L’éducation
est l'exemple frappant du corporatisme érigé en
forteresse. Les lycées descendent dans la rue pour manifester
contre le projet du ministre de l’éducation. C’est
un rituel. Les lycéens ne sont pas majeurs ; ils n’ont
pas encore le droit de vote et ne paient pas d’impôts
; mais ils ont déjà conquis le droit de manifester.
Leur devoir serait pourtant d'étudier et de mettre à
profit - d'amortir ! - ce considérable bien public que
la collectivité leur met à disposition au prix d'un
coûteux sacrifice.
Si aucun ministre de l’éducation, à droite
comme à gauche, ne parvient pas à faire évoluer
son ministère, il ne sert à rien de l’étendre.
A quoi sert-il d’avoir un ministère que l’on
ne saurait réformer ? C’est prendre le risque de
créer des blocages et des archaïsmes dans un des domaines
essentiels pour l’économie de demain et pour la société.
Nos ministres ne voient-ils pas que ces générations
de lycéens revendicatifs nous donnent, une fois parvenues
à l'université, des générations d'étudiants
qui négocient les notes, considérant les diplômes
comme un droit au nom de la lutte contre la sélection ?
Bastiat avait bien raison de considérer qu’il n’y
a pas pire monopole que le monopole de l’éducation
lui-même. Mes ennemis ont su se souvenir de cette sentence
quand il s’est agit de faire barrage à mon agrégation.
On ne saurait accorder une promotion à un fonctionnaire
de l'enseignement supérieur qui a le mauvais goût
d’apprécier les leçons d’un "dangereux
libéral".
Mais ils devraient lire plus complètement Bastiat car une
très belle occasion se présente aujourd’hui.
Les lycéens seraient d'ailleurs bien inspirés de
l’étudier bien qu’il y ait peu de chance que
son œuvre soit retenue par les examinateurs du baccalauréat.
Permettez-moi cependant de saluer la toute récente réédition
des « Sophismes Economiques » de Frédéric
Bastiat aux Editions des Belles Lettres (Paris). J'ai particulièrement
apprécié la magistrale introduction de Michel Leter.
Mais je savoure toujours avec bonheur et ravissement le style
et la pertinence de ce penseur oublié dans l'hexagone,
mais dont les écrits ont inspiré la plupart des
réformes dans les pays qui ont retrouvés les chemins
de la prospérité. Lisez Bastiat, c'est le plus sûr
antidote à l'intoxication économique (ce que certains
appellent paradoxalement l'intelligence économique). Vous
réaliserez que notre époque, et particulièrement
notre pays, ne souffrent pas d'un excès de libéralisme
ou de mondialisation ; mais plutôt que notre société
fait les frais de ces multiples interventions à prétention
régulatrice, en étant le laboratoire de théories
confuses aux fondements erronés. Mais je ne saurais mieux
dire que le maître.