Airbus,
errements
On a gagné ! On a battu les Américains ! L'A380
est plus grand que le plus grand des Boeing ! Les Français
exultent, oui mais pour cela il aura fallu dépenser une
bonne douzaine de milliards d'euros en frais de recherche et développement.
Pas de problème dit le patron d'Airbus, ça sera
vite amorti après la vente de 250 appareils… ce qui
voudrait dire que ces 12 milliards d'euros pourraient être
récupérés en prélevant 50 millions
d'euros sur chacun de ces 250 avions vendus à un prix unitaire
de $ 280 millions, ce qui n'est pas vraisemblable.
Les dépenses de R&D représentent globalement
7 % du chiffre d'affaires d'EADS en moyenne. En reprenant ce ratio,
il faudrait donc vendre plus de 650 avions pour amortir l'investissement
initial en R&D en retenant une parité d'un dollar pour
un euro. Comme les prévisions des ventes totales de l'A380
portent sur 700 appareils à terme, la rentabilité
globale du projet est loin d'être évidente d'autant
plus que les dépenses de R&D sont certainement à
majorer (elles seraient de 13 à 14 milliards d'euros d'après
certaines sources) et que l'euro restera durablement à
une parité supérieure à 1 US$.
L'A380 est par contre une bonne affaire pour les fournisseurs
d'Airbus, et en particulier pour les industriels… américains
qui produisent près de la moitié du prix de vente
de chaque appareil, en particulier des moteurs (General Electric
vient d'annoncer des bénéfices records). Par ailleurs,
les clients d'Airbus peuvent obtenir des réductions de
prix qui restent confidentielles mais qui se retrouvent finalement
dans les comptes d'EADS… en rouge car après avoir
perdu 299 millions d'euros en 2002, EADS n'en a gagné que
152 en 2003 pour un chiffre d'affaires de 30 milliards d'euros
alors que Boeing dégage des bénéfices : $
718 millions en 2003.
Un avion de ligne est un produit qui se vend sur des marchés
compte tenu de contraintes financières, ce n'est pas un
instrument de propagande contre les Américains.
***
Les
comptes d'EADS sont difficiles à trouver (!) et ils
ne donnent pas une image fidèle de la réalité.
Les dettes à long terme sont affichées à
€ 4,8 milliards pour des capitaux propres de € 16,1
milliards, ce qui est a priori parfait, mais € 11,3 milliards
apparaissent sur une ligne autres dettes d'exploitation qui mentionne…
€ 7,2 milliards de dettes à plus d'un an dont €
4,9 milliards d'avances remboursables de gouvernements européens
(note 21) ! Les dettes à long terme d'EADS sont donc en
réalité de € 11,9 milliards.
Par ailleurs, € 8,7 milliards de provisions devraient être
comptabilisés en charges (car € 4,9 milliards sont
relatifs à des risques réels, et ils devraient donc
venir en diminution des bénéfices) et en diminution
des capitaux propres (€ 3,8 milliards pour les retraites).
Boeing publie ses comptes en appliquant ces règles. EADS
devrait faire de même et afficher des… pertes de €
6,2 milliards (compte tenu de produits et charges constatés
d'avance pour € 1,4 milliards), des dettes et des capitaux
propres à € 12,4 milliards.
Les dirigeants d'EADS trompent délibérément
le public, ce qui leur vaudrait aux Etats-Unis d'être poursuivis
et condamnés à des peines de prison ferme. Rien
de tel en Europe ! Pour que l'économie française
ne se crashe pas, il faudrait qu'il y ait (à l'instar de
ce qui existe aux Etats-Unis) de véritables comptables
pour tenir en toute rigueur les comptes des entreprises, des analystes
financiers capables de les interpréter correctement, des
journalistes pour les faire connaître aux gens qui devraient
avoir un minimum de culture économique et financière
pour en comprendre la signification, et surtout, des autorités
efficaces de police et de justice pour sanctionner les fraudeurs…
Les
comptes de Boeing sont clairs et nets. Les bénéfices
étaient de $ 2,8 milliards en 2001, assurant une rentabilité
normale de 5 % mais ils ont plongé par la suite en même
temps que les marchés du transport aérien. Pour
être rentable, un constructeur aéronautique doit
contenir ses frais de R&D à 3 % du chiffre d'affaires
comme le fait Boeing.
L'Airbus A 380 ne sera jamais rentable, comme ce fut déjà
le cas pour le Concorde…