L’abbé Pierre et le logement
L’Abbé Pierre, tel qu’en lui-même, nous
rappelle à la lucidité et à la générosité,
en termes percutants ! Saluons le rôle essentiel de ces
grandes consciences, qui nous tirent hors de notre quotidien.
Son appel mérite attention, car tous les problèmes
de nos sociétés ne sont pas résolus, même
si nous avons fait d’immenses progrès depuis cinquante
ans
L’exclusion
existe toujours en France, des poches de pauvreté subsistent,
et tout particulièrement sur la question du logement.
Après
des décennies d’efforts et d’immenses dépenses
pour l’aide au logement, pourquoi ne sommes-nous pas plus
avancés ? Le constat est négatif, peut-être
faut-il donc réexaminer les moyens mis en œuvre ?
Avons-nous des propositions à faire ? certes.
Les
libéraux traitent les causes des problèmes, et ils
définissent ainsi des solutions durables. Soigner les effets,
cela peut se justifier au début d’une urgence, mais
si l’urgence perdure depuis cinquante ans, c’est qu’il
faut changer nos outils ?
Nous
avons construit un effarant empilement de lois, de réglementations,
de traitements fiscaux, financiers, d’assistances, qui coûtent
des sommes considérables en eux-mêmes et aussi par
leurs frais de gestion - pas toujours très efficacement
contrôlés…
Les
protections, comme toujours, sont difficilement réversibles,
car elles ont créé des situations de droits acquis,
qu’il faut ensuite racheter : la loi de 1948, les plafonds
de loyers, les protections des locataires indélicats, les
difficultés de revente des logements sociaux, etc., etc…
inextricable maquis ! Les offices d’HLM jouent un rôle
incontournable, et il est reconnu que leur gestion n’est
pas toujours optimum (exemple entre beaucoup d’autres, le
contrôle sur les plafonds de ressources de leurs locataires…).
Les
logements locatifs disponibles sont trop rares et chers : allégeons
les obstacles à leur développement, et nous les
verrons réapparaître, spontanément !
Une
première clé, très simple, est identifiée
depuis longtemps (R. Barre, 1976) : remplacer l’aide à
la pierre par l’aide à la personne.
« L'aide à la pierre est inefficace et injuste,
et elle provoque la création de ghettos, en regroupant
les occupants sur le critère d'un plafond de ressources.
Curieusement, le secteur HLM cumule toujours les deux types d'aides.
» (Les Echos, 7 juin 2000)
Une
autre approche est bien connue aussi : vendre les logements sociaux
à leurs occupants (même si c’est à un
prix très bas pour les secteurs les plus difficiles). Les
nouveaux propriétaires seront responsabilisés. Nous
avons fait des propositions précises sur ce point (par
exemple en décembre 2001). Le premier acte serait d’alléger
les contraintes qui pèsent sur les offices d’HLM.
Une
relativisation de la carte scolaire aiderait aussi : combien de
locataires se refusent à déménager pour ne
pas dégrader la condition scolaire de leurs enfants ?
Le
droit de préemption par les communes est à remettre
sérieusement à plat.
Les
enjeux financiers et politiques du travail à entreprendre
sont gigantesques. Mais nous devrons inévitablement entamer
une vraie réforme vraiment libérale, si nous voulons
réussir.
L’abbé
Pierre nous crie qu’il y a urgence : attaquons-nous enfin
aux causes des problèmes, et nous avancerons.
D.
Garrigues
