Le faux libéralisme chasse le vrai.
Brider les salaires, rogner les avantages sociaux pour être plus compétitif, ce n’est rien comprendre au nouveau monde. Hélas, cela passe à tort pour être une politique libérale…

Les traditions et les comportements électoraux ont la vie longue. Mais pourtant, comme nous le soulignions la semaine dernière ( «La grande coalition de la droiche ») les clivages d’hier ne correspondent pas aux réalités d’aujourd’hui.

Nous sommes entrés dans ce que Alvin TOFFLER a appelé «la troisième vague» de l’histoire de l’Humanité. Après « la première vague » de la révolution agricole et «la deuxième vague industrielle», voici la révolution de la société du savoir portée par les nouvelles technologies de communication.
Une société globalisée marquée par l’entrée de plusieurs millions d’hommes dans un monde placé sous le signe des libertés économiques et du libre-échange.

Le clivage se creuse entre les pays aux politiques délibérément tournées vers « la troisième vague » (Etats-Unis, Angleterre, et l ’Europe du Nord) et les pays dont les politiques, à l’instar de l’Allemagne ou de la France, restent marquées par la résistance au changement et les pesanteurs de « la deuxième vague industrielle ». A la décharge de ces gouvernements, on est bien forcé d’observer que, sur le marché politique, s’il n’existe pas de groupe de pression en faveur de la troisième vague ( car ses principaux acteurs sont déjà engagés dans le monde) il existe en revanche de puissantes forces – à droite, une grande partie du patronat, à gauche, les syndicats – pour défendre et protéger le statu quo.

Ceci conduit ces pays à mener des politiques protectrices de l’économie de la «seconde vague», des politiques qui sous des formes diverses cherchent à diminuer le coût du travail et les dépenses sociales pour rester compétitif.
- Diminuer artificiellement le coût du travail à coups d’allègements de charges sociales, reporter celles ci sur d’autres impôts (TVA).
- Freiner les augmentations de salaire en agitant la peur des délocalisations et du chômage, voir en rognant les droits des chômeurs. (C’est le cas en Allemagne des mesures dites HARTZ IV – que l’on tente de copier en France - qui ont très sévèrement diminué l’indemnisation du chômage dans l’espoir de pousser les chômeurs à reprendre un emploi. Faute de croissance et de création d’emplois ces mesures n’ont bien évidemment aucun effet sur le chômage mais en aggravant la peur du chômage elles ont permis de limiter les salaires, au risque de dégrader le climat social des entreprises.)
- Diminuer les dépenses sociales en déremboursant toujours plus et en renvoyant une part toujours plus grande des couvertures vers les mutuelles complémentaires.

Il existe un vrai danger pour la droite à s’identifier à des politiques punitives et frileuses qui visent à brider les salaires et rogner les avantages sociaux, même si elle tente à faire croire qu’il existe quelques recettes protectionnistes pour limiter l’impact d’une telle politique.
Le drame, c’est que sur notre très française toile de fond culturelle qui aime opposer le libéral et le social, de telles politiques, antisociales sont aussitôt qualifiées de libérales. Le faux libéralisme chasse le vrai.