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Les
4 vérités sur la mondialisation
par Alain MADELIN
Un proverbe chinois nous dit :
« Lorsque les vents du changement commencent à souffler,
certains cherchent à se protéger du vent quand d’autres
construisent des moulins à vent ».
Aujourd’hui, assurément les vents du changement nous conduisent
vers un nouveau monde. Certains cherchent à s’abriter, d’autres
cherchent à s’adapter pour en tirer le meilleur parti. Il
faut à la fois refuser les visions maléfiques de la mondialisation,
elle nous apporte le mal ou les visions béates, elle nous apportera
d’elle-même ses bienfaits.
Si ce nouveau monde bouscule nos repères, il inquiète parfois.
Certains sont habiles à exploiter cette inquiétude et même
à fabriquer les peurs.
Arnold Toynbee, le grand historien, a magnifiquement montré comment
en de telles circonstances un pays et une civilisation pouvaient soit
aller vers de nouveaux progrès soit se laisser entraîner
par le déclin.
Si l’on veut relever les défis, et échapper au déclin,
il nous faut comprendre le sens de ce qu’apporte la mondialisation.
Deux fois déjà dans l’histoire de l’humanité,
les hommes ont inventé de nouvelles méthodes de productions
de richesses.
La première grande révolution vers la fin du premier millénaire
a été la généralisation d’une civilisation
fondée sur de nouvelles techniques de productions agricoles.
La deuxième révolution a été la révolution
industrielle.
Elle a changé toutes les habitudes des peuples concernés.
Ce fut la production de masse, la consommation de masse, les idéologies
de masse, la démocratie de masse.
Cette révolution a été rude pour l’homme et
pour l’environnement.
Voici qu’intervient aujourd’hui la troisième grande
vague de changement de l’histoire de l’humanité, avec
la chute du mur de Berlin, symbole de la fin d’un monde, du monde
de la souveraineté absolue des Etats sur les individus. Avec la
révolution du savoir numérique que symbolise « Internet
».
Ce nouveau monde échappe de plus en plus au contrôle classique
des Etats. Si le 20ème siècle a été le siècle
de la confiance en l’Etat, le nouveau siècle s’annonce
comme celui de la confiance retrouvée dans la liberté et
la responsabilité de l’homme.
Oui, nous avons le devoir de comprendre ce nouveau monde, non pas pour
en changer, inventer un « autre monde », mais pour répondre
à ses défis et en tirer tout le parti possible.
C’est donc autour du débat sur la mondialisation - et je
me réjouis qu’il soit ouvert par l’UMP - que se structure
maintenant et encore plus demain le débat intellectuel et politique.
Dans ce débat la France cependant fait monde à part, car
les sophismes de l’anti-mondialisation primaire y ont sûrement
plus de force qu’ailleurs.
Le moment est venu de remettre les idées à l’endroit.
En bref
1ère vérité : Le nouveau monde c’est
d’abord celui du partage de la démocratie, du savoir et des
cultures
La mondialisation, avant d’être commerciale est d’abord
la mondialisation des valeurs universelles des droits de l’homme
et de la démocratie, celles qui font reculer l’oppression.
Et s’il est vrai que les démocraties ne se font pas la guerre,
les progrès de la démocratie sont les progrès de
la paix.
Dans ce nouveau monde, la souveraineté absolue des Etats s’efface
au profit de l’affirmation des droits inaliénables de l’Homme,
nous obligeant à remettre en cause toutes les institutions conçues
au temps de la Guerre froide, à inventer non pas le super-gouvernement
du monde, mais les nouvelles institutions de la coopérations humaine,
de nouveaux contre-pouvoirs face aux nouveaux pouvoirs.
L’efficacité économique et sociale est le résultat
d’un ordre social fondé sur la confiance dans la liberté
et la responsabilité de la personne qui n’est que le reflet
de choix fondamentaux éthiques en faveur d’une libération
responsable des hommes. Ce nouvel ordre juridique et institutionnel qui
se développe dans le monde c’est celui de l’état
de droit, à valeur universelle qui en soumettant le pouvoir à
des normes juridiques supérieures protège les faibles contre
l’arbitraire. La mondialisation c’est d’abord la victoire
des droits de l’homme.
L’échange avant d’être celui des marchandises
est d’abord l’échange des connaissances et le partage
du progrès et des connaissances accumulées.
La mondialisation, c’est la nouvelle civilisation du savoir.
La quasi totalité du savoir mondial sera accessible quasi gratuitement.
Les services les plus élaborés de l’éducation
de demain et déjà les cours les plus sophistiqués
comme ceux du MIT seront disponibles gratuitement.
La mondialisation n’est rien d’autre que cette extraordinaire
opportunité offerte à tous les habitants de la planète
d’échanger toute sorte de biens, de services, de capitaux,
d’informations sans avoir à se préoccuper de l’existence
des frontières.
A l’exemple de la musique, formidable bouillonnement culturel où
viennent s’entre-épouser les cultures musicales du monde
entier.
Elle nous rappelle que la valeur est en nous et non dans les choses et
qu’il existe bien des choses qui n’ont pas de valeur marchande.
La liberté ne créée pas l’uniformité,
mais la diversité.
2ème
vérité : le libre-échange, on a tous à y gagner
Il y a dix ans, au moment des accords de Marrakech qui allaient donner
naissance à l’OMC, les adversaires du libre-échange
et de la mondialisation nous expliquaient que les pays les plus riches,
l’Europe et la France allaient être déstabilisés
par les pays les plus pauvres moins exigeants en terme de salaires, de
protection sociale et d’environnement. Ces Cassandre se sont trompés.
L’horreur économique et la fin du travail n’ont pas
été au rendez-vous. Aussi les mêmes nous expliquent
aujourd’hui que ce sont les pays pauvres qui sont victimes des pays
riches.
En réalité, la réflexion comme l’expérience
montrent sans discussion possible les dangers du protectionnisme et les
bienfaits pour tous du libre-échange mondial. Le libre-échange
est un jeu à somme positive, le gain de l’un n’est
pas la perte de l’autre.
Mais Il est vrai cependant que le libre-échange s’accompagne
d’effets d’optique. On voit souvent les effets sociaux destructeurs
des délocalisations. On ne voit pas, ou l’on voit moins,
la redistribution du gain du consommateur, qui grâce à la
mondialisation a trouvé un produit moins cher, vers une autre production
ou vers un autre service. « J’achète des chaussures
moins cher, mais cela me permet d’aller davantage au restaurant
ou au cinéma ».
De même que l’on ne comprend pas toujours que l’argent
des importations est nécessairement recyclé par des achats
ou des placements dans l’économie française qui sont
sources d’autres entreprises et d’autres emplois. «
Celui qui a fabriqué mes chaussures achètera avec ses euros
des machines, du vin ou des films made in France ».
En réalité le libre-échange ne supprime pas d’emplois,
il les déplace et il en invente de nouveaux.
Les bienfaits pour un pays comme la France seront d’autant plus
grands que notre économie fera preuve de souplesse et de capacité
d’innovation et d’adaptation.
Il faudrait, nous disent certains, subordonner les droits économiques
à des droits fondamentaux comme les droits sociaux et les droits
de l’environnement. Il n’est pas sans intérêt
de noter que ceux qui affirment cela oublient assez volontiers les droits
de l’Homme dans leur énumération.
1- Les libertés d’agir, d’échanger ou de choisir
font partie des droits fondamentaux.
2- Les pays pauvres, et ils n’ont pas tort, voit dans l’invocation
de ces limitations l’expression d’un protectionnisme déguisé.
Les riches devraient échanger entre eux, les plus pauvres pourraient
leur acheter, mais surtout pas leur vendre !
3- Réserver le libre échange aux pays démocratiques
ou à ceux qui ont atteint un stade de développement qui
leur permet de payer de bons salaires et de mieux protéger leur
cadre de vie, c’est condamner les pays pauvres à la pauvreté,
abandonner les militants des droitsde l’homme victimes de l’oppression
qui sont les premiers à souhaiter l’ouverture aux échanges
commerciaux, car ils y voient la chance de desserrer leur étreinte.
Les droits de l’homme ne sont pas des droits de douanes.
4- D’ailleurs les adversaires de la mondialisation qui utilisent
ces arguments devraient réaliser que faire de la privation du libre-échange
la punition des méchants pays c’est reconnaître que
le libre-échange est un bienfait !
Il faudrait aussi refuser « la dictature des marchés financiers
». En fait, personne ne peut être forcé de prêter
à un pays ou d’y investir. Les marchés financiers
n’imposent aucune dictature, mais ils sont faits de disciplines
salutaires.
Les mouvements journaliers considérables des marchés financiers
correspondent à des opérations complexes de couverture qui
réduisent les risques et permettent au capital de se diriger là
où l’énergie et le talent des hommes l’utiliseront
au mieux. Il serait non seulement impossible mais aussi absurde de taxer
ces mouvements sauf à rendre le crédit plus cher pour ceux
qui en ont le plus besoin.
3ème
vérité : la mondialisation c’est la chance des pays
pauvres
Avec la mondialisation, la pauvreté, la faim, la misère
et l’oppression reculent. La démocratie avance, l’éducation
progresse, la santé s’améliore.
La mondialisation profite au plus grand nombre : tel est le sens du mouvement.
Les pays en voie de développement qui ont le plus joué le
jeu du libre-échange mondial en ouvrant largement leurs frontières
sont ceux qui ont aujourd’hui atteint un stade de développement
parmi les plus élevés.
Ils ont connu une croissance économique par personne deux fois
et demi supérieure à celle des pays développés
et trois et demi supérieure à celle des pays en développement
peu ouverts.
Quel est le type d’économie et de relation mondiale qui permet
aux peuples qui sont en bas de l’échelle de sortir le plus
vite possible de la pauvreté ? Poser la question, c’est y
répondre. En tout cas les pays les plus pauvres y ont répondu.
Ils veulent plus de libre-échange et moins de protectionnisme.
Cela est si vrai que l’on se presse aux portes de l’OMC pour
y entrer et que personne ne souhaite en sortir.
Certes, il y a des inégalités même si celles-ci globalement
reculent.
Mais la question des inégalités est différente de
celle de la pauvreté. Les inégalités peuvent progresser
alors que la pauvreté diminue, ce qui est souvent le cas dans une
phase d’enrichissement, d’accumulation primitive du capital.
Les pourfendeurs de la mondialisation obnubilés par leurs objectifs
politiques nous livrent de bien douteuses démonstrations où
l’on tire des liens de causalités entre des phénomènes
qui ne sont que simultanés, où l’on fait dire aux
chiffres le contraire de la réalité par des comparaisons
biaisées. Des comparaisons qui ne tiennent pas compte par exemple
des parités de pouvoir d’achat ou qui occultent les causes
politiques les désordres sociaux, la corruption dans le malheur
des peuples. Ils sont les faux amis des pays pauvres.
L’échec de Cancun est la conséquence de l’extraordinaire
égoïsme américain et européen dont les productions
subventionnées du coton et du sucre font la ruine de beaucoup de
pays pauvres. C’est l’échec d’un multilatéralisme
dont le socle est d’offrir à tous les pays la clause de la
nation la plus favorisée.
Certes, il n’est pas difficile de trouver des exemples de populations
très pauvres dont la situation s’est aggravée. Mais
comme le dit Geremek le grand historien polonais de la pauvreté
: « N’instrumentalisez pas la pauvreté et la famine
».
Si 850 millions de personnes dans le monde sont concernées par
des problèmes de malnutrition ou de famine, cette malnutrition,
comme le dit Jean-Christophe Ruffin, le président d’Action
contre la faim, est moins liée au sous développement qu’aux
problèmes liés aux convulsions politiques. Comme le remarque
Amartya Sen, prix Nobel d’économie 1998, les famines ont
toujours disparu avec l’apparition des régimes démocratiques.
Le problème de la pauvreté et de la faim est devenu aujourd’hui
essentiellement celui de l’Afrique où les terres des cultures
vivrières ont été rebelles à la « révolution
verte » à tel point que le Programme des Nations-Unies pour
le Développement y recommande aujourd’hui l’usage des
OGM.
Le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique
a pris acte de l’échec des modèles de développement,
fondés sur le socialo-tiers-mondisme ou le dirigisme étatique.
Il propose une nouvelle vision de sociétés africaines ouvertes
assurant le respect des droits humains fondamentaux, prenant en charge
leur développement économique avec le nécessaire
appui des pays les plus riches pour favoriser la santé, l’éducation
et les infrastructures essentielles. Il attend beaucoup des progrès
du libre échange même si celui ci n’est pas la potion
magique qui règlerait tous les problèmes.
La richesse d’un pays vient d’abord de l’intérieur
et non de l’extérieur. Le principal bienfait de la mondialisation
est de favoriser les évolutions institutionnelles, culturelles,
juridiques qui font la richesse des nations.
Le libre-échange est une condition nécessaire, mais insuffisante
du développement.
Et si le libre-échange n’exclut pas certaines protections
pour les pays en développement, celles-ci doivent rester l’exception
et le libre-échange de la règle.
4ème
vérité : le progrès scientifique n’est pas
le problème, mais la solution
Qui peut sérieusement nier les bienfaits des progrès scientifiques
et technologiques. Certes, chaque étape d’un nouveau progrès
n’est pas sans créer de nouveaux problèmes. Souvenez-vous,
il n’y a pas si longtemps, des catastrophes planétaires annoncées
par le club de Rome. Il y avait trop d’hommes, pas assez de matière
première, pas assez d’énergie. Et pour ces nouveaux
néo-malthusiens, il fallait d’urgence renoncer à la
croissance, et retrouver les solutions du partage. Tout ceci était
faux.
Aujourd’hui les mêmes ou peu s’en faut, nous disent
: la population va exploser, l’effet de serre nous promet un tropicalisation
du globe, l’air est toujours plus pollué les forêts
disparaissent.
Tout cela est faux, comme le reconnaît Claude Allègre, chez
qui le politique n’a pas occulté le scientifique.
Ou encore Joan Lomborg, cet ex-animateur danois du mouvement Greenpeace
qui a voulu avec méthode passer au crible de la vérification
scientifique toutes ces affirmations pour démonter la vulgate catastrophiste.
Trop souvent l’émotion l’emporte sur la raison, et
la mauvaise science chasse la bonne sur les plateaux de télévision.
La vérité est que ce sont les moteurs propres et les progrès
de nos industries qui font reculer la pollution de l’air, que ce
sont les mécanismes de marchés et les quotas de productions
qui permettent de maîtriser nos émissions. Comme nouvelle
source d’énergie propre, l’hydrogène a plus
d’avenir que l’éolienne.
N’ayons pas peur du progrès. Même si, comme l’a
noté, le président de l’académie des sciences,
Etienne-Emile Baulieu : « Il semble aussi difficile de se faire
aux OGM au début du 21e siècle que de monter dans les trains
au début du 19 siècle où on craignait de mourir dans
les tunnels ».
Refuser systématiquement les OGM quand on veut combattre la faim
dans le monde, c’est dangereux, comme le dit Bernard Kouchner.
Bien entendu, laissez faire n’est pas laisser polluer, laissez passer
n’est pas laisser contaminer. La liberté a besoin d’être
accompagnée par des règles de responsabilité, à
l’exemple des règles de circulation maritime américaine
qui nous auraient épargné les marées noires de l’Erika
ou du Prestige.
Bien entendu la science doit s’accompagner de la prudence. Mais
prenons garde aussi, comme le dit toujours le président de l’académie
des sciences : « Il importe de ne pas faire du principe de précaution
un principe de suspicion et une pratique d’inaction ».
Prenons garde à ne pas détruire l’édifice même
d’une liberté responsable par une inversion dangereuse de
la charge de la preuve.
Ceci me rappelle l’histoire de l’anarchiste Fénéon
arrêté au début du siècle car il portait un
couteau. Au Président du Tribunal qui lui lançait «
avec ce couteau, vous auriez pu tuer quelqu’un », il répondit
simplement « oui, j’aurais pu... Mais Monsieur le Président,
est ce que vous savez que vous avez sur vous de quoi commettre un viol
! »
Ce qui caractérise les adversaires de la mondialisation, la «
mondialisation libérale » comme ils disent, c’est le
refus plus ou moins grand d’une société de liberté.
Etrange coalition au demeurant que celle qui rassemble aujourd’hui
les extrêmes, de gauche et de droite, du parti communiste au front
national, les adversaires d’une économie et d’une société
de liberté, les nostalgiques du Tout politique.
Soit qu’ils défendent la souveraineté de l’Etat
à travers la préférence nationale appliquée
à l’agriculture ou à la culture, la souveraineté
culinaire, c’est-à-dire la prédominance des choix
collectifs sur les choix individuels
Soit qu’ils imaginent un chimérique gouvernement mondial,
nouveau Léviathan, imposant ses décisions et ses choix au
nom du bien ou des exigences supérieures de la planète !
Dans le plus profond de lui-même, le mouvement anti-mondialisation
cache un refus radical, une rupture avec le capitalisme, l’économie
de marché, la démocratie libérale, d’autant
plus radical qu’il est orphelin d’un système alternatif.
Ceux qui hier vilipendaient les démocraties libérales pour
leur incapacité à produire des richesses les clouent aujourd’hui
au pilori pour leur trop grande capacité à la faire.
Il ne manquait pas hier d’intellectuels, de prétendus économistes
pour nous expliquer que le libéralisme économique était
condamné par le socialisme scientifique à tel point que
mes amis dirigeants des nouveaux pays démocratiques libérés
du joug communiste à l’Est me disaient non sans humour :
« il faut que nous trouvions notre chemin tous seuls car s’il
existe à l’Ouest une infinie collection de manuel et de programmes
expliquant comment passer d’une économie capitaliste à
une économie socialiste il n’en existe guère expliquant
comment faire le chemin inverse ».
Aujourd’hui, la réaction contre la liberté est toujours
de mode, même si elle se pare d’habits nouveaux. Le moment
est venu de remettre les idées à l’endroit. Voici
pourquoi.
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