Un
régime présidentiel équilibré à la
française |
|
Poser la question de la durée du mandat présidentiel, adopter le quinquennat c’était inéluctablement poser la question de la nature du pouvoir présidentiel et de la nécessité de redistribuer et rééquilibrer les pouvoirs trop concentrés au sommet de l'Etat. Et le débat sur l'avenir de nos institutions que nous aurions du avoir au moment du quinquennat, voici qu'il s'ouvre aujourd'hui, enfin !. Certains parlent de " revenir aux origines de la Vème République ", de retrouver l' " esprit des institutions ". Curieux débat, curieux chassé croisé où l'on voit les héritiers du Gaullisme être contre, quand les héritiers de Lecanuet et de Mitterrand sont pour. Les libéraux, héritier de la tradition de séparation et d'équilibre des pouvoirs, du courant républicain, libéral et indépendant, ont la conviction qu'un tel retour aux sources de la Vème ne constituerait pas aujourd'hui un progrès mais un recul. Au moment ou nous devrions faire plusieurs pas en avant sur le chemin de la modernisation de nos institutions, nous ferions un pas en arrière. Les institutions de la Vème République, faut-il le rappeler, ont été forgée dans des circonstances historiques exceptionnelles, celles de 1958, à la mesure d'une personnalité exceptionnelle, celle du Général De Gaulle. Mais depuis, le monde a évolué, la société a évolué, nos institutions elles-mêmes ont évolué. Et ce n'est pas remettre en cause les vertus des institutions de la Vème République que de dire que le modèle d'origine ne constitue pas un modèle d'équilibre des pouvoirs satisfaisant pour la France d'aujourd'hui. Car les institutions de la Vème République sont aussi celles qui ont permis le développement de cette extraordinaire concentration des pouvoirs au sommet de l'Etat si caractéristique de ce qu'on appelle le mal Français et ans équivalent dans aucune autre démocratie. L'Elysée, Matignon, l'Administration, l'Assemblée Nationale, et même la Justice et la Télévision au tout début de la Vème République, tous ces pouvoirs en une seule main. Certes, une telle concentration des pouvoirs correspond à un moment compliqué de l'histoire de France dans un monde de guerre froide. Certes, cette concentration a été tempérée, au plan politique, par les vertus des premiers présidents de la Vème République, mais elle a entraîné une confiscation des pouvoirs par la haute administration. Et c'est ainsi que la France a été de plus en plus étatisée. On a ajouté les lois aux lois, les règlements aux règlements, les impôts aux impôts, les dépenses aux dépenses, les fonctionnaires aux fonctionnaires. Super Etat, à l'efficacité décroissante, incapable de se réformer lui-même, " l'absolutisme inefficace " diagnostiquera et écrira Jean-François Revel. " " Omnipotence présidentielle " dont François Mitterrand restera le symbole, et si bien décrite par Alain Peyrefitte: " La présidentialisation progressive du régime s'est faite omnipotence, l'Elysée interfère dans toutes les décisions, il forme un obscur super gouvernement, dont les compétences sont d'autant plus envahissantes qu'elles ne sont nulle part définies. Au pouvoirs que lui donne la Constitution, le chef de l'Etat a ajouté l'autorité qu'il détient sur le parti dont il a su faire sa chose. La liberté de manoeuvre de l'Elysée est sans limite ; On ne connaît rien de tel dans les grandes démocraties ; la France est devenue au fil des temps une monarchie, élective certes, mais quasi absolue. La toute puissance à l'abri de l'irresponsabilité. L'Etat touche à tout. On a vu le propre fils du président chargé de mission à l'Elysée. Jamais on a vu pareille colonisation sous la Vème République. L'esprit de parti est le parti du Président " Certes, nos institutions ont évolué au fil du temps. La Justice a affirmé son indépendance. Le Conseil Constitutionnel est venu borner le pouvoir du législateur. Le droit européen s'est imposé. Des autorités indépendantes de régulation se sont affirmées. La cohabitation est venue changer la nature de nos institutions. A la lecture présidentielle des institutions, celle qui faisait dire au Général De Gaulle, " n'employez pas l'expression Chef du gouvernement pour parler du premier ministre, le chef du gouvernement c'est moi. Car le gouvernement procède de mon choix, il n'agit que moyennant ma confiance " a succédé avec la cohabitation une lecture parlementaire de notre constitution qui donne sa pleine dimension à son article 20, " le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation ", confinant le Président de la République dans un rôle accessoire et un domaine réservé. Il est temps
que nos institutions trouvent le moyen d'un meilleur équilibre
qui nous évite de passer d'un extrême à l'autre. La crise que nous vivons n'est pas une crise de la société française, c'est essentiellement une crise politique, la crise de tout un système de pouvoir et de décision aujourd'hui usé, incapable de se réformer et qui suscite la défiance. Oui, une crise de défiance face à une classe politique qui apparaît trop souvent coupée de la vie, repliée sur elle-même ; face à un Etat qui semble trop souvent assurer le triomphe des intérêts particuliers sur l'intérêt général, et renoncer à faire respecter la loi ; face à une corruption que l'on croit généralisée et des abus de bien public qui ne trouvent jamais ni responsable ni coupable. Si nous voulons que cette démocratie de défiance fasse place à une démocratie de confiance, il nous mettre fin aux excès et aux dérives de cette concentration des pouvoirs, mieux séparer et équilibrer les pouvoirs, les redistribuer vers les citoyens, les collectivités locales, les partenaires sociaux.
En faisant
en sorte que l'élection législative suive l'élection
présidentielle n'était-ce pas prendre le risque d'absorber
la majorité législative par la majorité présidentielle,
et donc de renforcer la confusion des pouvoirs au risque d'aggraver le
mal Français ? Et vouloir de plus pérenniser ce calendrier
là, comme le proposent certains, serait à coup sûr
pérenniser cette absorption et cette confusion. Un régime présidentiel équilibré à la française Le véritable
enjeu institutionnel est ailleurs : redistribuer les pouvoirs, mieux les
séparer, mieux les équilibrer. " On
ne doit toucher aux lois qu'avec des mains tremblantes ", disait
Montesquieu et cela est encore plus vrai lorsqu'il s'agit de lois fondamentales
Quelle peut-être cette modernisation de nos institutions ? Un président qui préside. Un gouvernement qui gouverne et qui collabore avec le Parlement pour l'élaboration de la Loi. Un parlement qui légifère et qui contrôle. Une Justice indépendante et impartiale. Des collectivités locales responsables. Un droit plus clair et plus léger qui laisse une plus large part au contrat (A commencer par le contrat des partenaires sociaux). Première modernisation : retrouver l'unité de l'exécutif Sous la Vème
République, l'essence même du pouvoir présidentiel
c'est d'éclairer les Français sur leur destin et les grands
choix auxquels ils se trouvent confrontés, de tracer un futur souhaitable,
un futur possible, et de définir une orientation dont il est le
garant. Un régime
présidentiel équilibré, c'est celui qui sait organiser
la coopération entre les deux grands pouvoirs issus du suffrage
universel direct. D'un côté le gouvernement qui
procéderait du seul Président de la République ;
de l'autre, l'Assemblée Nationale, qui doivent être associées
sur un pied d'égalité, à la confection et à
l'adoption des lois à la manière de la co-décision
législative européenne. Troisième modernisation : assurer une Justice indépendante et impartiale Un régime présidentiel équilibré, c'est encore l'affirmation d'une justice indépendante et impartiale ( ce qui pose le problème de son recrutement, de sa formation et de ses contre pouvoirs de contrôle) qu'on ne saurait réduire à l'application pure et simple de la loi. Quatrième modernisation : redistribuer les pouvoirs vers les collectivités locales et les partenaires sociaux Un régime
présidentiel équilibré, c'est, enfin, un régime
qui sait redistribuer les pouvoirs. Il faut équilibrer le pouvoir
central par le pouvoir donné aux régions. Vouloir
une vraie régionalisation, donner vie au principe de libre administration
des collectivités locales inscrit dans la Constitution,
suppose une pleine dévolution de blocs de compétence dans
un certain nombre de domaines comme l'urbanisme, le logement, l'aménagement
du territoire, l'environnement, la culture, l'éducation, la sécurité,
les transports, la santé, le tourisme, l'agriculture, les infrastructures…
Cette dévolution doit s'accompagner de ressources fiscales propres
à rebours de la confiscation aujourd'hui organisée par l'Etat,
et d'un " pouvoir normatif " délégué. |