Seules
la responsabilité et la liberté pourront sauver notre système
de santé |
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Dans le contrat qui liait la majorité parlementaire élue en 1993 il y avait l'engagement de construire un nouveau système de responsabilité contractuelle décentralisée. C'est un autre choix qui a été fait. Celui d'une étatisation rampante de notre système d'assurance maladie. Un projet sorti des tiroirs de la CFDT selon la CFDT elle-même. En politique, comme l'a dit Winston Churchill, il faut savoir ce que l'on veut, quand on le sait il faut avoir le courage de le dire, quand on l'a dit, il faut avoir le courage de le faire. J'aurais donc préféré qu'on applique alors le programme de la majorité plutôt que d'emprunter celui de la CFDT. Résultat : On a demandé aux parlementaires de voter chaque année une loi dite d'équilibre de la sécurité sociale. Résultat : côté santé, 80 milliards de déficits accumulés. On a rendu les médecins responsables de ces déficits, collectivement, au risque d'en faire des bouc-émissaires aux yeux de l'opinion. Et on a voulu les faire payer dans un système de sanctions collectives aussi injustes qu'inapplicables. Ces sanctions
collectives ont toujours été pour moi impensables et inacceptables.
Voilà
pourquoi je n'ai pas voté le plan Juppé. Vous y avez vu
à juste titre un rationnement bureaucratique, une maîtrise
comptable aveugle et une étatisation déresponsabilisante.
Vous aviez raison. Et ceci n'a fait que s'aggraver avec les gouvernements
qui ont suivi. On ne peut pas continuer comme cela. Dans un système d'ensemble sans aucune clarté ni logique, on utilise l'argent de la sécurité sociale pour payer les 35 heures ou assurer le bouclage du budget de l'Etat. L'Etat a
mis la main sur tous les leviers de gestion de l'assurance maladie. Que d'erreurs. C'est la combinaison de millions de choix médicaux qui sont chacun des choix singuliers. Un acte médical est une décision complexe, une relation avec la souffrance d'un être humain, qui sollicite, certes, des contraintes économiques, mais aussi et sans doute de plus en plus des arbitrages éthiques qui font appel à la conscience du médecin qui doit avoir comme premier souci de servir d'abord les intérêts de celui qui vous confie sa santé et sa vie, dans un lien de confiance total. Aucun système
centralisé ne peut déterminer le juste prix ou le bon tarif.
Seule la pratique de la liberté, de la responsabilité dans
un processus d'essais et d'erreurs permet de découvrir, et le vrai
coût de chaque pathologie, et le type de relation contractuelle
le plus efficace. Il ne s'agit pas de faire des économies sur la santé des Français mais de bâtir une véritable économie de la santé, de faire en sorte que chaque franc dépensé par les Français pour leur santé soit géré au mieux. Le problème n'est pas de dépenser plus ni de dépenser moins, mais de dépenser ce qu'il faut, comme il faut. Il ne faut
pas, comme l'a fait Martine Aubry, renforcer le contrôle de l'Etat
sur l'assurance maladie, mais développer l'autonomie de notre système
d'assurance par rapport à l'Etat. Ceci doit nous conduire à une vraie régionalisation des caisses régionales autonomes et responsables avec l'ouverture de possibilités de délégations de gestion à des assurances et des mutuelles dans le cadre d'une vraie politique contractuelle avec tous les professionnels de santé, médecins, hôpitaux, cliniques. Ouvrir des espaces de liberté contractuelle pour permettre de couvrir de nouvelle pratiques, découvrir de nouvelles formes d'organisation, inventer la médecine de demain. C'est une logique contractuelle de responsabilité organisée de bas en haut. Une logique qui permet d'intéresser les acteurs du système de santé aux économies réalisées ensemble. Notre système de santé doit être un espace de liberté et de responsabilité. On a tous à y gagner : les malades, l'assurance maladie, les contribuables et bien sûr les médecins et tous les professionnels de santé. Mais permettez-moi
de vous dire aussi que le combat pour une médecine plus libre et
plus responsable n'est pas seulement un combat professionnel, c'est avant
tout un choix politique, un choix de société. |