Coût du travail et baisse des charges

Dans le nouveau monde qui se dessine, la compétition se fait de moins en moins sur le coût du travail et de plus en plus sur l'innovation, la créativité, la mobilisation de la matière grise intégrée à la création d'une valeur ajoutée nouvelle.
Pour cela, nous voulons tirer l'économie vers le haut, fabriquer un pouvoir d'achat nouveau en utilisant pleinement le talent, l'initiative, le travail de tous ceux qui sont les plus créatifs et les plus entreprenants.

On entend souvent dire que les salaires des Français sont trop élevés par rapport à ceux des nouveaux pays à bas salaires, avec lesquels nos entreprises se retrouvent aujourd'hui en concurrence.

On ajoute volontiers que le niveau très élevé des charges sociales pénaliserait l’emploi. En renchérissant le coût du travail français par rapport aux autres pays, il représenterait un handicap très sérieux dans la course à la compétitivité internationale.

Faut-il donc baisser les salaires ou du moins le coût du travail, à coups de subventions publiques pour lutter contre cette concurrence ?

Il est évident qu’agir ainsi serait absurde. Tout simplement, parce que dans le cadre de la nouvelle croissance ce n'est plus la masse salariale versée par les entreprises, qui est le principal facteur de leur degré de compétitivité. La concurrence se fait de moins en moins sur le coût de la main-d’œuvre, et toujours plus par l'innovation, la mobilisation de la matière grise, intégrées à la création de valeur ajoutée nouvelle.

En matière d’emploi, ce qui compte ce n’est pas le niveau des charges sociales payées par l’entreprise, mais le coût total du travail.

Certes, les charges sociales payées par l’entreprise sont plus élevées en France que chez beaucoup de nos partenaires. Mais cela ne suffit pas à expliquer notre chômage. Ce qui compte pour un employeur, ce n’est pas le niveau des charges sociales, en lui-même, mais le coût total du travail (salaire direct + charges).

Or le coût total du travail n’est pas en France globalement plus élevé que la moyenne de nos principaux partenaires.

Mais, il est vrai qu'il est trop élevé aux deux extrêmes. En bas de l'échelle des salaires, nous avons érigé une barrière à la création d’emplois à faible valeur ajoutée et, en haut, nous surtaxons notre matière grise.

Le problème du coût du travail c’est d’abord celui des charges et des impôts qui pèsent sur le travail hautement qualifié.

Ainsi, en haut de l’échelle des salaires, nous surtaxons notre matière grise et le travail hautement qualifié ( mais comme on sent bien qu'il y a là un problème et comme l’on ne peut pas ou du moins, l'on n’ose pas baisser franchement les taux d'imposition marginaux, on multiplie les exonérations et les déductions fiscales.)

Depuis leur déplafonnement, les cotisations sociales (sauf retraite) sont devenues l’équivalent d’un impôt proportionnel sur les salaires. Toutefois, une fraction de plus en plus grande des prestations étant distribuée sous conditions de ressources, il en résulte que le système évolue vers une structure de nature progressive.

Le travail de ceux qui apportent le plus à la création de valeur ajoutée nouvelle est davantage taxé que celui des autres.

Pour le travail très qualifié à forte valeur ajoutée, il existe en France un taux marginal de prélèvement global (charges sociales + fiscalité progressive) qui atteint aujourd’hui le record des pays industrialisés. Le total des prélèvements fiscaux et sociaux peut dépasser 70% sur le travail le plus qualifié. Résultat : une aggravation de la démotivation de ceux qui ont encore la volonté et le désir d’entreprendre et de créer ainsi du travail pour les autres.

Il est absurde de considérer comme objectif majeur la stimulation de l’emploi qualifié dans une économie développée et d’aller fiscalement et socialement à contre-courant. C’est pourtant ce que nous avons fait depuis deux décennies.

Dans la compétition internationale, face à la concurrence extérieure d’une main d’œuvre bon marché, la solution ne consiste pas à chercher à baisser notre coût du travail au niveau de celui des Vietnamiens ou des Chinois, mais à mettre toujours plus de valeur ajoutée dans nos produits ou nos services.

Si dans la nouvelle croissance la matière grise fait la différence, surtaxer le travail hautement qualifié, c’est brider la croissance et le progrès social.

Le problème du coût du travail c’est aussi celui du coût des emplois non qualifiés à faible valeur ajoutée

Il est sûr que le coût du travail des emplois non qualifiés à faible valeur ajoutée, auquel s’ajoute le coût des contraintes administratives, constitue une barrière beaucoup trop haute à l’entrée sur le marché du travail (particulièrement pour les activités de service à faible valeur ajoutée).

Cette barrière à l’emploi porte chez nous un nom : le SMIC que de nombreuses études de l’OCDE, jusqu’au rapport Mattéoli ont mis en cause et que les gouvernements successifs se sont ingéniés à contourner.

On a fait du salaire minimum instrument de solidarité nationale qui s’analyse comme un prélèvement obligatoire, l’entreprise étant invitée à effectuer un transfert de revenus qui normalement relèveraient de la solidarité et de l’impôt.

Son mode d’indexation fait qu’il progresse d’année en année dans des proportions très largement supérieures, en termes réels à l’indexation sur l’évolution des prix.
Pour les économistes, l’existence d’un salaire minimum trop élevé est le plus sûr moyen d’augmenter le chômage et d’exclure du marché du travail les plus vulnérables, les moins expérimentés ou les plus qualifiés.

Décréter que personne n’a le droit de travailler s’il ne vaut un SMIC, c’est interdire l’emploi à ceux dont la qualification et l’expérience ne permettent pas de prétendre d’emblée à ce niveau de salaire. Ceux dont la productivité est inférieure au SMIC + charges sociales se retrouvent exclus du marché de l’emploi.

Chaque fois que l’on déplace ainsi vers le haut la frontière des bas salaires, on augmente le nombre des « pas de salaires » et on développe sans le vouloir le travail illégal.

Faut-il pour autant supprimer le SMIC, instaurer un SMIC-jeune ou un salaire d’insertion différencié ?

Une telle remise en cause du SMIC ne paraît aujourd’hui ni souhaitable ni possible, compte tenu du fait que celui-ci est considéré comme un revenu minimum pour les Français au travail et qu’il constitue un élément de consensus social d’autant plus important que nous sommes en crise.

Cependant, la mise en place d’un revenu familial minimum garanti 5 serait de nature à poser le problème sous un autre angle.

Faute de modifier le SMIC, un certain consensus semble se faire sur l’idée qu’il faudrait baisser les charges sur les bas salaires.

Ainsi, en bas de l’échelle des salaires, pour baisser le coût du travail, à défaut de baisser les salaires, de vastes politiques de baisse de charges sociales ont été engagées.

Mais en réalité, comme les dépenses sociales ne baissent pas, de telles politiques consistent à transférer des charges sociales sur d'autres prélèvements. Tout cela, sans vrai résultat sur l'emploi et avec de nombreux effets pervers.

-> Ce transfert de charge pèse au bout du compte sur le travail qualifié
-> Il en résulte une diminution globale de la productivité
-> En raison des effets de seuil, ces politiques tirent les salaires vers le bas. On réduit toujours plus les charges sociales sur les salariés aux alentours du SMIC. Cette politique des charges sociales sur les salariés crée « une trappe à smicard » dans la mesure où, pour une entreprise, franchir le seuil des exonérations se traduira, directement, par un bond en avant des charges sociales.
-> Elles constituent un effet d’aubaine pour de nombreuses entreprises
De plus, s’il existe des bas salaires à faible valeur ajoutée pour lesquels une réduction du coût du travail peut se justifier, la même exonération de charges pour les emplois des industries à forte valeur ajoutée équivaut à une subvention non justifiée en faveur de ces entreprises.

À dépenses sociales constantes, il n’existe pas de manipulation miracle qui rende l'économie plus compétitive et plus créatrice d'emplois. Toutes les manipulations fiscales et sociales destinées à alléger les charges sur les bas salaires ne peuvent conduire qu'à taxer un peu plus le travail qualifié par rapport au travail non qualifié, à charger un peu plus les entreprises dynamiques et donc à renchérir le coût du capital et de l'investissement.

Une diminution des prélèvements sur le travail est souhaitable, mais pour être efficace elle doit être le résultat d’une baisse des dépenses et de l’endettement publics.