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LE
BANC d'ESSAI des LIBERAUX
La
"Social-Economie"
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Conférence
de presse de
François Bayrou |
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D’accord,
très bien |
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Attention
ambiguïté |
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Pas
d’accord, attention danger |
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| ...
Il n'y a de lien social possible qu'avec
une économie créative tournée vers l'innovation
qui produit de la richesse et qui offre du travail. Si bien que
social et économie doivent désormais se dire et se
penser en un seul mot. Donc, je défendrai devant vous une
« social-économie ».
...
La
lutte contre la dette est un combat social. Quand j'emploie le mot
de dette, en réalité, je ne devrais pas l'employer
au singulier, mais au pluriel, parce que nous n'avons pas qu'une
seule dette, la dette financière dont on parle en général.
Nous
avons une dette financière, une dette générationnelle
et une dette écologique. Selon moi, enfin selon nous tous,
la dette financière est désormais une idée
que bien peu critiquent : le déficit actuel de l'État
qui la nourrit ne soutient plus la croissance, mais, au contraire,
la freine. Elle la freine parce que, en ajoutant cette dette financière
aux déficits sociaux, se crée un climat d'incertitude
face à l'avenir, qui incite les familles ou les agents économiques,
en général, à épargner, afin de se prémunir
contre les menaces que fait planer sur eux la perspective d'avoir
un jour à payer la facture, à la payer par des hausses
d'impôts, des baisses de prestations, par des diminutions
de retraite. Donc, ce déficit plombe la consommation des
ménages plus qu'il ne la soutient. Deuxième source
de freinage : parce que cette dette absorbe, plombe une part très
importante de l'épargne et cette part très importante
sert donc à couvrir des dépenses de consommation ou
de fonctionnement courant plutôt que des investissements.
...
Il
faut avoir à l'esprit que ce combat, cette rigueur pour l'équilibre
des finances publiques, cet équilibre qu'il faut absolument
retrouver et réintroduire dans la culture politique, ce n'est
pas un caprice de théoricien, c'est le premier geste social
que nous pouvons faire. Voilà pourquoi j'ai voulu faire de
la lutte contre la dette la priorité de cette conférence
de presse sur la « social-économie ». Tout le
monde a à l'esprit que, en effet, la dette est si immense
que personne ne peut s'en représenter le montant. Chacun
se dit au fond : qu'est-ce que cela change pour moi d'avoir cette
dette immense au-dessus de nous ? C'est cela qu'il faut absolument
combattre.
Depuis
vingt-cinq ans, tous les gouvernements ont été coupables
de ce laisser-aller et nous vivons
aujourd'hui une situation où la France connaît l'un
des taux de prélèvements obligatoires les plus élevés
des pays industrialisés et, en même temps, doit emprunter
pour financer les dépenses courantes de l'État.
C'est ainsi que, comme vous le savez, tous les jours, l'État
dépense 20 % de plus que ce qui rentre dans ses caisses.
Si c'était des élus locaux qui le faisaient ou qui
se rendaient coupables de ce laxisme, ce serait immédiatement
la Cour de discipline budgétaire. Si c'était des familles,
ce serait immédiatement le surendettement et, pour l'État,
en dehors de quelques mises en garde - comme l'on dit - de Bruxelles
et quelques pénalités parfois, aucune responsabilité
lourde n'est assumée.
...
C'est
pourquoi, j'ai dit et je redis devant vous que je ne ferai aucune
promesse, je ne prendrai aucun engagement qui ne soit pas entièrement
financé par une économie correspondante, qui ne soit
gagé par une économie.
C'est
la raison pour laquelle je veux vous présenter ces chiffres
qui ont été établis avec la garantie de Charles
de Courson qui est là, dont l'expérience suffit. Si
vous avez besoin d'explications supplémentaires, il vous
les donnera. Je veux vous dire les grands chiffres de ce projet.
Notre
projet représente vingt-et-un milliards d’euros de
dépenses nouvelles avec, en face, vingt-et-un milliards d’euros
d'économie. Aucune augmentation des prélèvements
obligatoires, je veux vous en donner les grandes lignes.
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Nos
commentaires |
Nous
concentrerons progressivement, en trois ans, les exonérations
de charges sur les petites et moyennes entreprises et sur les salaires
en dessous de 1,3 SMIC. Cela représentera neuf
milliards d’euros d'économie. Nous proposerons aux collectivités
locales de passer, avec elles, un contrat de solidarité parce
que je veux vous rappeler que les collectivités locales participent
évidemment à la dépense publique du pays.
Nous
essaierons d'obtenir, en trois ans, trois milliards d’euros
d'économie avec elles.
Nous
plafonnerons progressivement le montant global des niches fiscales
et cela représentera quatre milliards d’euros d'économie
et nous proposerons des actions de modernisation de l'État
pour un montant de cinq milliards d’euros d'économie.
...
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Les
exonérations de charges sont aujourd’hui réservées
aux salaires inférieurs à 1,6 Smic. Il en résulte
une « smicardisation » des salaires avec près de
70% des salaires inférieurs à ce seuil de 1,6 Smic qui
joue comme un plafond qu’il est coûteux de dépasser.
Le réduire à 1,3 Smic entraînera une autre forme
de compression des salaires. En réalité c’est
le principe même des exonérations à l’efficacité
douteuse qui doit être remis en question. En les transformant
par exemple en exonérations sur les 400 premiers euros, ce
qui favoriserait le temps partiel. |
Je
propose d'abord d'inscrire, dans la Constitution, l'interdiction
pour un gouvernement de présenter un budget en déficit
de fonctionnement hors période de récession.
En clair, l'État s'interdira, désormais, de financer
ses dépenses courantes, son train de vie, par la dette. Manquer
à un tel engagement serait immédiatement illégal
et sanctionnable par Le Conseil constitutionnel et la Cour des Comptes.
Cette
interdiction s'accompagne, pour moi, d'un
calendrier pour supprimer le déficit de fonctionnement.
Je propose que cette suppression soit faite en trois ans : suppression
d'un montant de vingt-eux milliards d’euros de déficit
du fonctionnement de budget de l'État. Nous avons préparé
ce scénario en retenant une prévision
de croissance raisonnable de l'ordre de 2 % par an
de croissance annuelle et de 1,8 % de progression de l'inflation.
A ce
rythme, 2 % de croissance, l'augmentation des recettes de l'État
est de quatorze milliards d’euros par an. Nous proposons de
consacrer la moitié de cette somme, soit sept milliards d’euros
par an, à la diminution du déficit de fonctionnement.
Au bout de trois ans, 3 x 7 = 21, on a retrouvé l'équilibre
du budget de fonctionnement. La part de la dette dans la richesse
nationale se met à baisser et, après ces trois ans,
une fois que l'on a retrouvé l'équilibre, l'État
et les collectivités locales retrouvent donc sept milliards
d’euros par an de marges de manoeuvre. Notre conviction est
que c'est évidemment sur les dépenses que nous devons
agir plus que sur les recettes. Je crois profondément que
le Parti socialiste se trompe quand il déclare qu'il faudra
augmenter les impôts et les prélèvements obligatoires
et je trouve irresponsables les déclarations du côté
de l'UMP qui promettent au contraire de baisser de quatre points
de PIB, soit soixante-douze milliards d’euros les recettes
de l'État.
Je
veux vous rappeler, c'est Hervé Morin qui me le disait ce
matin, que, au plus beau temps de
Margaret Thatcher et de Reagan, personne n'a jamais baissé
les prélèvements obligatoires de plus de 1,5 point.
C'est donc dire que l'annonce que l'on baisserait les prélèvements
obligatoires de 4 points est évidemment hors de portée,
à moins de faire trois fois mieux que Margaret Thatcher.
Je ne crois pas, compte tenu du niveau de nos prélèvements
obligatoires, que leur augmentation serait efficace, pas plus que
leur baisse réaliste. Comme vous le savez, nous avons, en
France, à plus de 45 % du PIB, l'un des prélèvements
obligatoires les plus élevés des pays de l'OCDE. Comme
vous le savez, dans un monde où la mobilité est considérable,
la fiscalité est un paramètre très important
de la fixation des grandes entreprises et de l'attractivité
d'un pays. Elle influe beaucoup sur le pouvoir d'achat des ménages
et, comme vous le savez aussi, l'État, qui regarde la société
française en encourageant vivement les entreprises à
faire des efforts de productivité, ne peut pas, ne doit pas
pouvoir normalement s'exonérer de ce genre d'efforts pour
lui-même.
Deuxième
dette, après la dette financière : la dette des générations,
c'est-à-dire la menace que fait peser sur la société
française la grande question des retraites. Tout le monde
connaît ce sujet depuis le Livre Blanc de Michel Rocard. La
réforme des retraites est une obligation nationale, car ni
le retour en arrière ni l'immobilisme ne régleront
la question. C'est pourquoi j'ai été stupéfait
lorsque j'ai lu, dans le programme du Parti socialiste, que son
engagement était d'abroger la loi Fillon votée en
2004 dont chacun sait qu'elle ne fait qu'une partie du chemin. Le
projet de « social-économie » veut traiter la
question de la solidarité entre générations.
Tout le monde y a le plus urgent des intérêts, particulièrement
les retraités qui vont voir leur pension menacée assez
vite, particulièrement les plus jeunes des Français
qui vont avoir à porter un poids qui sera au-dessus de leurs
forces. Je veux vous rappeler que, en 1950, il y avait cinq actifs
pour un retraité en France et que, aujourd'hui, nous allons
vers un temps où il y aura très vite un actif pour
un retraité et, assez vite, d'ici vingt ans, on aura plus
de retraités que d'actifs dans notre pays. Ceci, nous le
savons tous, est insupportable. Il n'est pas imaginable que les
actifs acceptent ainsi de porter une charge qui sera largement au-dessus
de leur force. |
|
| Elu
Président de la République, j'engagerai un débat
national sur ce sujet des retraites. |
Un
débat de plus. |
| Je
saisirai les partenaires sociaux, j'associerai à ces travaux
le Conseil économique et social, tous les organismes publics
et privés concernés et le monde associatif. Ce travail
devra aboutir, en prenant le temps nécessaire, à
un projet de loi que je soumettrai, une fois voté, au référendum,
car il me paraît essentiel que, sur un projet aussi important,
les Français puissent se prononcer en connaissance de cause
et directement, de manière que la réforme adoptée
soit incontestable, pérenne et s'impose à tout le monde.
Pour moi, cette réforme devra s'orienter autour des principes
suivants : égalité des
Français devant la retraite, en particulier
par la prise en compte de la pénibilité du travail dans
le calcul des trimestres cotisés. Cette égalité
ne consiste donc pas à mettre tous les Français sous
la même toise, mais à considérer que, à
situation égale, les droits doivent être égaux. |
…et
si les Français votent non ? |
Naturellement, cette réforme
devra prendre en compte les régimes spéciaux autant
que le régime général. Cette
idée repose sur l'idée qui est à peu près
la même que celle des retraites
par points, qui est celle aujourd'hui des caisses
de retraite complémentaires, des droits qui se créent
au fil du temps et une pension qui s'accroît au fur et à
mesure des cotisations. Cela entraîne la liberté pour
chacun des actifs de choisir l'âge de son départ à
la retraite à partir de soixante ans, en fonction ou en toute
connaissance de cause de la pension qui sera la sienne. S'ils considèrent
que la pension est suffisante, pour lui ou pour elle, ils font le
choix de partir à la retraite, s'ils considèrent,
au contraire, que cette pension doit être améliorée,
alors ils décident de prolonger leur activité.
... |
Une
bonne idée défendue par les libéraux |
Il
y a une troisième dette dont, pour l'instant, nous n'avons
pas pris la mesure. C'est la dette écologique.
J'ai trouvé un grand mérite à la démarche
qu'a initiée Nicolas Hulot. Elle a su cristalliser des attentes
qui, jusqu'ici, étaient confuses, des angoisses qui n'étaient
pas exprimées, un sentiment général que cette
question de l'environnement n'avait pas trouvé d’expression.
Nicolas Hulot a puissamment aidé à l'apparition de cette
réflexion de même que le film d’Al Gore : Une vérité
qui dérange. Désormais, personne ne peut ignorer ce
qui nous attend et personne ne peut ignorer la menace que le réchauffement
climatique fait peser sur nous, non pas comme pays ou comme continent,
mais comme espèce sur la planète. La question principale
ou la raison principale, comme vous le savez et comme les scientifiques
réunis à Paris au mois de janvier l'ont dit, c'est le
rythme auquel nous avons consommé les énergies fossiles
accumulées depuis des millions d'années à la
surface de la planète. |
Concept
fumeux |
Et,
donc, j'ai retenu l'idée, qui a été avancée
par un certain nombre de chercheurs, d'une
taxation progressive des énergies fossiles.
Cette idée est stratégique. Elle vise à placer
chacun en situation de responsabilité dans cette stratégie
d'économie qu'il convient de faire, à pousser chacun
à avoir un comportement citoyen non pas seulement par une prise
de conscience morale, mais parce qu'il aura un intérêt
direct à être actif dans l'innovation, le choix de voiture,
de mode de transport, qui seront des modes de transport économes
en énergie. Et, cette fiscalité écologique, je
propose qu'elle soit programmée sur une très longue
durée dans le temps, parce qu'on ne peut pas l'imposer sans
avoir proposé à chacun de s'adapter à ce changement
culturel qui viendrait. Donc, trois années, par exemple, de
préparation avant les premières applications de l'augmentation
progressive de cette taxe sur les énergies fossiles. Cette
crise énergétique nous oblige à changer notre
modèle de développement social et économique.
La crise de l'énergie et les défis climatiques doivent
être une chance. C'est la chance d'une vie différente,
d'une vie plus équilibrée. Bien sûr, cela
demandera un énorme effort de recherche, d'innovation, effort
pour réinventer les appareils techniques, l'urbanisme, les
véhicules, tout ce qui fait l'infrastructure technique de notre
vie. |
C'est-à-dire
en fait un renchérissement de l’énergie et tout
particulièrement de l’essence payée par les Français,
un renchérissement dont on dit par ailleurs qu’il se
fera déjà par la raréfaction des sources d’énergies
fossiles. |
Ce
n'est pas la fin de la croissance. Ce n'est pas la fin de l'économie.
Ce n'est pas la fin de l'entreprise du progrès technique, ce
n'est pas un retour en arrière. C'est le besoin d'encore plus
de croissance, d'économie d'entreprise, de progrès techniques,
pour construire cette nouvelle façon de vivre ensemble.
Cela nous conduira forcément à changer les indices avec
lesquels nous mesurons notre développement, les indices qui
mesurent la santé de notre économie. Le PIB donne la
même valeur à une activité humaine qui détruit
l'environnement et à une activité humaine qui le sauvegarde.
Le travail de dépollution, entraîné par le naufrage
de l'Erika, est compté positivement dans le PIB. Cela ressemble
à une entreprise qui ne proposerait pas de bilan et qui ne
différencierait pas ses investissements de ses frais généraux
et, donc, je pense qu'il faut que la France soit à l'avant-garde
pour que l'on puisse mesurer internationalement, non pas l'activité
seulement, mais le développement humain. |
François
Bayrou n’oppose heureusement pas l’écologie au
progrès et à la croissance |
Je
voudrais aborder le deuxième chapitre de ce projet pour une
« social-économie », avec cette affirmation :
je veux faire de la France un pays pro entreprise
et pro recherche. Pour nous, la clef de la réussite, c'est
l'inventivité, la création, l'encouragement à
entreprendre et la valorisation du risque. C'est du côté
de la création et de l'innovation que la France doit se trouver.
|
Bonne
approche.
Mieux eut valu dire aussi une politique «procroissance ».
|
Cela
veut dire orienter toute l'action publique vers le soutien de la
recherche et vers le soutien à l'entreprise.
Cela
veut dire que toutes les décisions, en matière de
modernisation de l'État, de politique fiscale, doivent être
orientées autour de cette idée : créer
un environnement favorable, favorable à la recherche et favorable
à l'entreprise. Un environnement fiscal,
un environnement social, un environnement administratif. Je vais
commencer par la recherche publique et privée pour souligner
que la recherche est de la vraie création de valeurs et que
dans la création de valeurs pour un pays, à mes yeux,
tout n'est pas marchand. On a bien d'autres exemples, dans le monde
d'Internet par exemple, de cette création de valeurs non
marchandes, non mesurées, mais pourtant très actives.
La
recherche, c'est la clef de la réussite de notre pays dans
la mondialisation et chacun sait que les conditions de travail des
chercheurs sont de plus en plus précaires, que la recherche
est considérée, en France, comme isolée, dans
son coin, comme une activité à part, alors qu'elle
est regardée dans bien des pays comme une formation qui conduit
aussi bien au métier de chercheur qu'à la responsabilité
dans l'entreprise et dans la sphère publique.
...
Donc,
nous voulons regarder cette question du métier de chercheur
parce que, quand vous êtes payé 1 300 € par mois,
que votre angoisse est d'arriver à nourrir votre famille,
comment peut-on imaginer être productif, créatif, pleinement
impliqué sur des missions de recherche ? Je veux, de la même
manière, faire de la recherche l'une des voies privilégiées
pour la sélection des élites dans notre pays, ce qui
passera par un accord entre les universités et les grandes
écoles, par la possibilité d'allers-retours entre
les deux filières, par exemple, continuer une formation aux
grandes écoles par une thèse à l'université
ou bien effectuer une année dans une grande école
comme école d'application d'une formation doctorale. Dans
les deux sens, des allers-retours entre les grandes écoles
et les universités. |
|
Pour
encourager la recherche et montrer la place éminente que nous
souhaitons qu'elle ait dans notre pays, je propose une décision
emblématique. Je propose d'exempter
d'impôts les revenus des brevets déposés par des
chercheurs français ou résidant en France,
ce qui encouragera puissamment l'installation ou la réinstallation
en France des chercheurs les plus performants. |
La
croissance et la prospérité dépendent de la créativité
et des mesures fiscales sont de nature à stimuler les plus
créatifs. Mais cette approche ne saurait être limité
à l’exemple des brevets. |
| Je
veux, enfin, ne pas passer sous silence la question de la gouvernance
des universités. Naturellement, je tiens au statut national
des diplômes, mais la gouvernance de l'université française
est déresponsabilisante et labyrinthique. Pour réussir
ce changement dans la gouvernance des universités, il faut
que nous réfléchissions à la
simplification de cette gouvernance et à la
nouvelle définition des fonctions d'encadrement. Les universités
joueront, demain, dans le monde de la création, le rôle
que l'usine a joué dans la société industrielle.
Avoir des universités performantes, où tout le monde
travaille dans la même direction, où les expériences
des uns et des autres se fécondent mutuellement, ouvertes sur
l'entreprise, c'est la clef de la compétitivité nationale
dans les prochaines années. |
Une
meilleure gouvernance est nécessaire mais elle doit accompagner
l’autonomie des universités. |
Naturellement,
comme vous le voyez, cela pose la question des pôles de compétitivité
qui sont une bonne idée, qui ont été créés
pour rapprocher les entreprises et les petites et moyennes entreprises
de la recherche, mais, de l'aveu unanime, aujourd'hui, les petites
et moyennes entreprises y ont peu accès et notamment très
peu accès aux crédits qui ont été débloqués.
L'immense majorité des crédits a été captée,
drainée par les grandes entreprises et ceci n'est pas normal
et mérite un réinvestissement. |
|
De
la même manière, les chercheurs expriment souvent le
sentiment que, dans ces pôles de compétitivité,
leur place n'est pas reconnue, n'est pas bien définie dans
la direction de ces pôles. Tout cela demande un engagement précis
sur les moyens. J'ai proposé, depuis longtemps, et cela est
budgétisé, un engagement national trans-partisan, sur
une augmentation régulière et sur le long terme du budget
de la recherche. J'ai proposé que cette augmentation soit de
5 % par an pendant dix ans. On voit que, ainsi, la
recherche, d'un côté, et l'entreprise, de l'autre, doivent
enfin se rencontrer et que c'est à l'État de les y aider.
|
La
recherche n’est pas qu’affaire de budget. Elle est affaire
de structures. |
J'en
viens à l'entreprise qui est naturellement le chapitre central
dans cette réflexion sur la « social économie».
Je veux faire de la France un pays de création. La création,
c'est la recherche - je viens d'en parler - mais pas seulement,
c'est aussi le travail quotidien, le risque des entrepreneurs. Je
veux que la France devienne un pays favorable à la création
et au développement des entreprises. C'est
aujourd'hui un point faible de la société française.
Le manque de considération pour l'entreprise et les entrepreneurs,
alors qu'ils jouent naturellement un rôle central dans la
santé, la richesse et l'emploi du pays. Peut-être plus
encore que le manque de considération, comme un désintérêt
à leur endroit, ce désintérêt, il faut
le changer en intérêt. Beaucoup d'entrepreneurs vous
racontent que, lorsqu'ils ont décidé de se mettre
à leur compte, comme l'on dit, lorsqu'ils sont allés
voir leur banquier, lorsqu'ils ont recherché des garanties,
ils ont rencontré de grands déboires et un sentiment
d'avoir perpétuellement à remonter le rocher de Sisyphe
et donc, il faut que nous créions un environnement amical
pour l'entreprise, y compris un environnement fiscal particulièrement
pour les petites et moyennes entreprises. J'ai proposé que
tout contrôle et toute sanction soient précédés
d'un conseil, d'un avis, comme on le ferait pour un ami, au lieu
d'être perpétuellement enfermés dans la culture
d'inquisition et de suspicion qui est la traditionnelle culture
française.
Cela
oblige à aborder le problème de la création
d'entreprise. La première difficulté d'un créateur
d'entreprise, c'est la solitude. Cela va mieux quand il trouve un
parrain pour l'accompagner, mais, quand ils n'en ont pas, le taux
de réussite est beaucoup plus faible. Deuxième problème
qu'ils rencontrent : les banques. Les banques françaises
ont mille opportunités pour placer les fonds qui leur sont
confiés en achetant des titres de la dette publique ou d'autres
placements avec moins de risques, mais elles sont assez peu intéressées
lorsqu'il s'agit de prêter cinquante mille euros au boucher
– dont Hervé Morin m’a raconté l’histoire
- qui veut reprendre une boucherie ou aux associés qui recherchent
cent mille euros pour créer une garage spécialisé
sur une marque de moto dont ils sont fans. |
|
Je
propose trois choses : premièrement, des centres de créativité
qui reprendront l'expérience américaine, canadienne,
je l'ai évoqué dans le small business act, deuxièmement,
une incitation pour les cadres, notamment les cadres qui viennent
de prendre leur retraite, à s'impliquer sur l'accompagnement
des entreprises débutantes et, troisièmement,
une aide et une
incitation aux business angels dont le nombre est,
en France, infiniment plus réduit. Le nombre de ces entrepreneurs
individuels qui vont aider à prendre des risques est infiniment
plus réduit qu'il ne l'est dans d'autres pays. Je veux vous
donner le chiffre : on estime qu'il y a en France trois mille cinq
cents business angels, il y en a cinquante mille aux États-Unis.
Ce rapport de un à douze ou de un à quinze est un rapport
naturellement extrêmement défavorable pour notre pays.
|
Oui
à l’incitation fiscale. Pourquoi une «aide»
? |
Enfin,
quatrième idée, qui est probablement l'idée la
plus importante pour aider à la création d'entreprise,
c'est la mise en place pour ces activités débutantes,
ces entreprises qui se créent d'un
système de caution mutuelle permettant de garantir aux banques
une meilleure sécurité de leur intervention.
Voilà pour la création d'entreprise, en insistant évidemment
sur cette activité de caution mutuelle de manière que
les banques se risquent moins frileusement qu'elles ne le font qu'aujourd'hui.
Il faut ensuite un plan de soutien de la petite entreprise. Christian
Saint-Etienne insiste beaucoup sur l'idée que, ce qui manque
en France, ce sont des entreprises moyennes. Que lorsqu'on compare
le tissu des entreprises allemandes et des entreprises françaises,
le défaut de la société économique française,
c'est évidemment l'absence de ces entreprises moyennes qui
maillent le territoire et permettre une réactivité beaucoup
plus grande, notamment en matière de commerce extérieur,
de gains de part de marché à l'exportation. Ces entreprises,
aujourd'hui, font défaut dans notre pays. Or, qu'est-ce qu'une
entreprise moyenne ? Une entreprise moyenne, c'est une petite entreprise
qui a réussi. Le soutien et la protection des petites entreprises
est un puissant aliment à la création d'un réseau
d'entreprises moyennes. C'est la raison pour laquelle je propose que
nous adoptions une loi de protection et de soutien à la petite
entreprise, un small business act à
la française. Il y a un certain nombre de gens
qui disent : "Mais, ce n'est pas possible, parce qu'il y a des
règlements européens qui s'y opposent, parce qu'il y
a, à l'OMC (l’Organisation mondiale du commerce.), des
engagements que nous avons pris et qui ne permettent pas de faire
face à cette nécessité". Je m'inscris en
faux contre ce défaitisme. |
Ces
cautions mutuelles existent déjà pour certains métiers.
Ce serait une erreur de confondre le rôle des banques avec
celui du capital-risque ou du capital-développement.
Voir "SBA
à la française ?" dans la lettre des cercles
|
Je
veux rappeler que les États-Unis ont adopté ce small
business act en 1953, il y a donc 54 ans, que la Small business
administration, avec seulement trois mille fonctionnaires, est un
puissant atout et un puissant soutien à l'activité
de ces petites entreprises. Je veux rappeler que le Canada, à
l'égale des États-Unis, a fait acter par l'OMC qu'il
avait le droit au small business act. Je considère que l'Europe
doit faire la même démarche. Au demeurant, dans les
quatre objectifs qui me paraissent nécessaires pour une loi
de protection et de soutien de la petite entreprise, trois d'entre
eux ne supposent, à mon sens, aucune remarque de l'Union
européenne. Je veux reprendre ces quatre objectifs. Le premier
: la simplification. L'ensemble des
règlements et des contraintes qui pèsent sur les entreprises
en France est extrêmement lourd pour les petites
s'il est supportable par les grandes. Les grandes entreprises ont
tout ce qu'il faut de DRH, de direction juridique, de relation avec
les administrations, de connaissances de la jurisprudence, de maîtrise
des outils informatiques, pour parfaitement maîtriser les
contraintes qu'on leur impose. Il est injuste de demander les mêmes
contraintes aux petites entreprises.
Ce
travail de simplification doit être conduit. Cela fait 25
ans que l'on en parle et 25 ans qu'il est, comme l'Arlésienne,
jamais présent au rendez-vous. Je propose que l'on prenne
une décision cette fois-ci de changement profond. Je propose
que l'on fasse faire la simplification par les usagers et que l'on
assied autour de la table, non pas seulement les administrations
qui répugnent au changement, mais les usagers qui ont intérêt
au changement. Cette simplification, je suis sûr que l'on
trouvera très rapidement à l'imposer, ne serait-ce
que par la constitution de banques de données librement acceptées
où chaque administration pourrait aller piocher en libre
accès les éléments dont elle a besoin pour
l'édification des dossiers qui sont les siens. Voilà
pour la première idée : simplification faite par les
usagés. |
|
Il
y a une deuxième idée qui est celle sur les marchés
publics. Les États-Unis ont, depuis longtemps, adopté
cette règle. Je propose qu'on la transpose chez nous. Cette
règle est celle-ci : tout marché
public de moins de cinquante mille euros est dévolu aux petites
entreprises à 100 % ; pour tout marché public supérieur
à cinquante mille euros, on réserve à ces petites
entreprises une part de 20 % sur ces marchés publics.
Vous vous apercevrez que c'est une manière de protéger
les sous-traitants, parce que les grands donneurs d'ordre prennent
des marchés et, ensuite, ils imposent leurs contraintes aux
sous-traitants de manière à alimenter leur trésorerie
et à faire des bénéfices sur ceux qui n'ont pas
les moyens de discuter des contraintes que le marché suppose.
|
Voir
"SBA à la française" |
Troisièmement,
je propose que l'État fasse un pas dans une direction à
laquelle jusqu'à maintenant il a répugné. Je
propose que l'État et les collectivités locales respectent,
en matière de délai de paiement, les mêmes règles
qu'ils imposent aux autres acteurs de la société française.
L'État impose des délais de paiement tout à fait
forts et tout à fait justes au secteur privé. Je dis
qu'il faut que l'État, désormais, respecte les mêmes
règles pour lui-même et qu'il demande aux collectivités
locales de faire la même chose. |
Des dispositifs de relais (Oséo) existent en cas de retard
de paiement. |
Quatrième
aide, et là on entre dans l'emploi, en direction des entreprises
: comme je l'ai dit, je considère que l'emploi est la clef
du modèle social que nous avons à rétablir et
à reconstruire, mais l'emploi,
ce n'est pas seulement en parler qu'il faut, c'est le multiplier.
C'est pourquoi je veux défendre devant vous cette idée
nouvelle d'une mesure simple, compréhensible par tout le monde
pour l'emploi, idée qu'il faut replacer naturellement dans
la réflexion plus générale sur la concentration
des charges sociales sur l'emploi créé en France.
|
|
Jean
Arthuis sera particulièrement favorable à cette idée
parce qu'il développe depuis longtemps cette réflexion
qui est aussi une réflexion qui est désormais partagée
par les Allemands, qui est l'idée que ce n'est pas possible
que, dans la solidarité à l'égard de la protection
sociale, soient favorisées les entreprises qui détruisent
de l'emploi et soient défavorisées les entreprises qui
en créent. A chiffre d'affaires égal, à production
égale, si vous détruisez de l'emploi, vous participez
moins à la protection sociale. Si vous créez des l'emplois,
vous participez davantage et cela vous coûte plus cher. Ce n'est
pas normal et ce n'est pas juste. Jacques Chirac lui-même avait
eu cette réflexion il y a quelques mois et il avait proposé
que l'on réfléchisse à une assiette des cotisations
sociales sur la valeur ajoutée. Cette idée n'a pas pu
être poussée à son terme. On voit très
bien pourquoi. Ce n'est pas seulement parce que c'est difficile, c'est
parce que la menace qui existe c'est que les entreprises fortement
créatrices de valeur ajoutée se délocalisent.
On a donc à réfléchir à d'autres types
d'assiette pour les charges sociales. Jean Arthuis est un défenseur
ardent de la TVA sociale. La TVA sociale
est une idée intéressante. Les Allemands
viennent de faire un pas, un petit pas dans cette direction. Comme
chacun l'aura observé, cela n'a pas entraîné de
hausse des prix en Allemagne et même, pour le mois de janvier,
les prix en Allemagne ont baissé de 0,2 % si ma mémoire
est fidèle et si je suis bien informé. |
Voir
notre critique |
Cette
expérience mérite d'être suivie, mais en tout
cas nous pouvons faire un pas sans avoir à remettre complètement
en cause l'édifice si compliqué, la charpente de la
répartition des charges de la protection sociale en France
et, ce pas c'est, pour moi, la proposition
faite à toute entreprise qui le souhaitera de créer
deux emplois nouveaux sans charge pendant cinq ans. Deux
emplois nouveaux, cela signifie évidemment un très grand
nombre d'emplois disponibles, un gisement très important. Je
veux vous rappeler les chiffres, pour ceux qui ne les auraient pas
en mémoire : il y a, en France, 2 650 000 entreprises. Sur
ce chiffre, 1 500 000 n'ont aucun salarié. Cela veut dire que
plus de 60 % des entreprises n'ont aucun salarié. Un million
de plus ont entre un et neuf salariés. Cela signifie donc qu'en
dessous de dix salariés, vous avez 95 % des entreprises françaises.
Deux emplois sans charge, sans aucune autre exigence, ni de secteur
d'activité, ni de type d'emploi offert, avec un plafonnement
pour éviter les abus, par exemple, peut-être un plafonnement
à cinq mille euros, pour éviter qu'il n'y ait des recyclages
de stock-options qui puissent se faire sous cette forme. Mais deux
emplois sans charge, sans aucune exigence et notamment pas d'exigence
que ce soient des emplois sans qualification parce que la concentration
des aides sur les emplois sans qualification a contribué beaucoup
à la SMICardisation des trente-cinq heures aussi. A la SMICardisation
de la société française. |
C’est de
fait une subvention de plus à l’emploi, avec certes un
effet de levier pour la création d’emplois dans les TPE
mais aussi les inconvénients d’un effet d’aubaine.
|
Je
pense que, au contraire, il faut que ce ballon d'oxygène
s'adresse à tous les types d'emplois et à tous les
types d'entreprises, à tous les secteurs d'activité.
C'est quelque chose de très important naturellement que nous
proposerons. Je répète qu'il s'agit d'emplois nouveaux.
Cette action a été financée -vous trouverez,
auprès de Charles de Courson le détail du financement
que nous avons proposé- et se monte à quatre milliards
d’euros pour deux emplois nouveaux sans charge par entreprise.
Je veux insister sur le fait que, si cette politique marche, elle
créera des centaines de milliers d'emplois. Je vous ai donné
les chiffres. Si elle crée des centaines de milliers d'emplois,
elle créera immédiatement de la croissance, du Produit
intérieur nouveau et elle permettra d'économiser beaucoup
sur les prestations sociales qui s'adressent à ceux qui n'ont
pas d'activité. C'est à la fois un soutien pour la
petite entreprise et une mesure puissante pour l'emploi en France.
Voilà l'idée que je voulais développer devant
vous pour ce qui est de faire de la France un pays pro entreprise,
de la stratégie nationale pro recherche et pro entreprise.
Je
voudrais dire un mot, maintenant, d'un chapitre particulier, essentiel,
qui est la construction et la mise en place d'une politique économique
européenne. Nous avons besoin de l'Europe pour répondre
au défi de la mondialisation. Les réponses nationales
sont insuffisantes. Nous n'avons pas l'Europe à laquelle
nous avons droit. Il y a, au contraire, un enlisement européen
sur lequel je n'ai pas besoin de vous faire de dessins et même
une manière pour l'Europe de se perdre dans les mots. J'ai
suivi, comme beaucoup d'entre vous, les décisions européennes
autour de la stratégie de Lisbonne. Excellente intention,
effet extrêmement faible. L'Europe verbale a remplacé
l'Europe active. Il y a là quelque chose qui n'est pas, pour
nous, acceptable. Nous voulons une Europe concrète et une
Europe qui agisse et nous voulons que s'édifie une politique
économique européenne notamment évidemment
dans la zone euro.
Je
m'arrête un instant sur l'Euro. Je
ne partage pas les critiques et les affirmations négatives
qui ont été faites autour de la Banque centrale européenne
par Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy.
Je ne suis pas de cet avis. Je pense, au contraire, que ces remarques
sont extrêmement dangereuses. Je veux rappeler devant vous
que, lorsqu'une banque centrale indépendante, et il est heureux
qu'elle le soit, est en action, elle vise à deux objectifs
et ces deux objectifs sont sociaux et sont des objectifs de croissance.
Premier objectif : lutter contre la hausse des prix. Quand j'entends
dire que la banque centrale est trop restrictive en matière
de lutte contre la hausse des prix, il suffit de regarder les chiffres
publiés par cette banque centrale, pour mesurer à
quel point elle a au contraire permis que la masse monétaire
augmente, ces derniers mois et ces dernières années,
de manière impressionnante. Le chiffre, si ma mémoire
est fidèle, s'agissant des acteurs non financiers, est de
12,9 % dans la dernière année d'augmentation de la
masse monétaire. C'est dire que l'on n'est pas dans la restriction.
On est au contraire dans une régulation assez ouverte, mais
si la banque centrale ne luttait pas contre la hausse des prix,
particulièrement dans le domaine immobilier où, pour
l'instant, on ne peut pas dire qu'on ait obtenu des résultats
impressionnants, si elle ne luttait pas contre la hausse des prix,
c'est à coup sûr les plus faibles et les plus fragiles
qui paieraient l'addition. C'est toujours les plus faibles et les
plus fragiles qui paient l'addition lorsque l'inflation dérape.
Et bien, moi je veux défendre l'idée, en effet, d'une
action contre la hausse des prix. C'est une action sociale, celle-là
aussi.
Deuxièmement,
aussi pour servir la croissance, la confiance dans la monnaie est
un facteur absolument essentiel. Je veux vous rappeler que, aujourd'hui,
la France emprunte sur les marchés financiers, pour financer
sa dette, à 3,85 % à cinquante ans, je dis bien à
cinquante ans. On emprunte à 3,85 % ! Naturellement, tout
le monde voit bien ce que cette confiance dans la monnaie entraîne
comme modicité des taux d'intérêt et, donc,
comme soutien à l'investissement. Ceci est extrêmement
puissant comme levier pour la croissance et, donc, je ne participe
pas à cette recherche de bouc émissaire du côté
de la Banque centrale européenne. En revanche, en matière
monétaire, il y a en effet des impératifs que l'Europe,
pour l'instant, n'assume pas et je voudrais insister sur ce qui
est, à mon avis, une incidence qui n'est pas de bon aloi
de la part des responsables politiques de l'Union européenne
et particulièrement de la part des responsables politiques
de la zone euro, silence sur le déséquilibre
dans les monnaies de la planète notamment lorsque l'on considère
le taux actuel du Yuan, la monnaie chinoise.
J'étais
à Castres hier et nous l'avons mesuré avec des professions
aussi différentes que les granitiers, ceux qui fabriquent
des plaques en granit, et que les ouvriers du textile dans une des
dernières filatures de cette région, concurrence extrêmement
brutale, extrêmement sévère, cette concurrence
repose naturellement sur le coût du travail qui est très
bas. Elle repose naturellement sur des contraintes écologiques
qui n'existent pas, mais elle repose principalement sur la sous-évaluation
de la monnaie chinoise. Toutes les puissances occidentales et démocratiques
devraient avoir intérêt à poser cette question.
L'Amérique en est empêchée pour la raison que
vous savez, c'est que la puissance chinoise détient plus
de mille milliards de dollars de titres sur le Trésor américain
et que, donc, la menace d'ouvrir le robinet et de commencer à
lâcher des titres libellés en dollars sur les marchés
internationaux fait peser sur les décideurs américains
un risque dont chacun peut mesurer la portée sur l'effondrement
de leur monnaie. Nous, Européens, ne sommes pas encore dans
une situation comme celle-là. Nous devrions donc poser publiquement
l'exigence d'avoir une équité en matière monétaire
qui permettrait d'avoir un fair-play dans le commerce international
et l'industrie qui n'existe pas aujourd'hui. |
|
Beaucoup
s'interrogent sur la protection que l'Europe peut apporter à
nos salariés et à nos entreprises. Ceci serait une protection
efficace. Il y a une inquiétude sur la sous-évaluation
d'un certain nombre de monnaies, en particulier la monnaie de la puissance
impressionnante chinoise, qui doit être une démarche
politique de notre part. Dans la mondialisation dont nous connaissons
les contraintes, l'Europe doit faire respecter les principes du droit
d'équité et de réciprocité. Nous avons
besoin d'une harmonie dans la politique économique à
l'intérieur de l'Europe. C'est pourquoi je considère
comme une priorité d'institutionnaliser le groupe des pays
de la zone euro, l'Euro groupe qui pourrait porter et définir
la politique que je viens d'évoquer devant vous, pousser à
l'harmonisation de nos politiques nationales, pousser
à l'harmonisation des politiques fiscales, empêcher la
course au moins-disant fiscal, établir, pour
chaque impôt ou pour chaque grande famille d'impôts, des
règles d'assiette commune, des fourchettes de taux communs
avec un minimum et un maximum, autrement dit un serpent fiscal comme
il y eu naguère un serpent monétaire. De la même
manière, on pourrait réfléchir à une harmonisation
de l'impôt sur les sociétés. Il y a quelques années,
nous avions proposé que cet impôt devienne l'impôt
européen pour alimenter le budget européen.
C'était répondre à deux impératifs en
même temps. De la même manière, on pourrait réfléchir
ensemble à la fiscalité écologique que j'évoquais
au début et qui sera une nécessité. C'est l'écotaxe
que la Commission de Jacques Delors avait évoquée dès
1992. |
C’est
le même argument que Nicolas Sarkozy : il est déloyal
que d’autres pays en Europe imposent moins leurs citoyens
ou leurs entreprises que nous!
Le rêve des technocrates européens
|
Je
veux aborder le chapitre de la fiscalité devant vous. Chaque
mesure que la multiplication des niches en France, d'abord la multiplication
des règles fiscales, l'instabilité perpétuelle
dans laquelle nous sommes et qui fait que même les experts fiscaux
les plus pointus n'arrivent plus à se retrouver dans l'épaisseur
des codes que nous avons définis, c'est une grande faiblesse
pour notre pays. La multiplication des niches, des dérogations,
la survivance d'un poids archaïque notamment de certains impôts
locaux a rendu notre fiscalité illisible, complexe et injuste.
Nous considérons, nous, que la
fiscalité doit être incitative, qu’elle
doit récompenser l'activité l'innovation et la recherche,
récompenser les comportements respectueux de l'environnement.
Elle doit être juste, non rétroactive et mettre les citoyens
à contribution à raison de leurs facultés, ce
qui est, je vous le rappelle, le texte de la Déclaration des
droits de l'Homme et du citoyen en son article 13. |
|
Je
voudrai vous parler de l'impôt sur le revenu. Les niches que
l'on a multipliées représentent de l'ordre de quarante
milliards d’euros sur l'impôt sur le revenu. Alors, ne
comptez pas sur moi pour aborder, une par une, la question de la suppression
des niches qui ne peuvent évidemment que susciter des conflits
avec des catégories différentes et très nombreuses
de la population, parce qu'immédiatement vous donnez l'impression
de montrer du doigt ceux qui en bénéficient, de stigmatiser
telle ou telle catégorie de Français, d'attaquer telle
ou telle politique publique et c'est tout l'inverse de ce que je voudrais
que soit la « social-économie » qui est un projet
de rassemblement et de réconciliation. Je propose donc, en
face des niches fiscales, une autre stratégie. Je propose que
l'avantage fiscal né du cumul des niches soit plafonné
pour chaque contribuable à un montant fixé en pourcentage
de son impôt, par exemple, 20 % de l'impôt dû,
avec un plancher pour que les petits revenus ne soient pas défavorisés,
si l'on compte uniquement en pourcentage. |
Les
niches fiscales méritent une réforme d’ensemble
dans le cadre d’une réforme fiscale globale. A la suppression
ou à la limitation des niches doit correspondre une baisse
de l’impôt. |
Au
fond les niches fiscales, les avantages divers et variés, sont
un menu que l'on passe devant vous et vous choisissez au menu, mais
vous ne pouvez pas dépasser "plus de" mettons -c'est
un chiffre que je cite à titre d'exemple- 20 % du montant total
de l'impôt sur le revenu que vous déclarez. Je vois dans
vos yeux s'allumer des lueurs d'inquiétude ! Je mesure donc,
là, l'importance des niches fiscales dans la société
française. J'ai vu fonctionner des petites calculettes dans
vos esprits. Je vous promets que ce sera une stratégie progressive,
par exemple, établie en trois ans, mais, pour nous, il est
très important que l'on n'ait pas une fiscalité-gruyère
dans laquelle on multiplie les trous et dans laquelle ne paient que
les pauvres naïfs qui ne savent pas se servir de ces niches.
|
|
Je veux vous dire un mot de l'impôt sur la fortune. C'est un
impôt qui, selon moi, a un caractère symbolique, je le
mesure, a fait du tort à la France, parce que, lorsque les
riches s'en vont, quelque incivique que soit ce comportement, dont
je mesure l'incivisme, il s'agit d'un appauvrissement continu du pays.
Comme l'on dit chez moi, lorsque les
riches s'en vont, les pauvres ne sont pas moins pauvres, ils sont
plus pauvres. Il nous a manqué des dizaines
de milliards qui sont partis à l'étranger et qui ne
sont pas venus s'investir en France pour créer de l'emploi,
de l'activité, des entreprises, de l'innovation, du commerce.
C'est quelque chose dont, à mon sens, nous ne pourrons pas
nous accommoder pendant longtemps. Je ne suis pas d'accord avec l'hypocrisie
qui règne dans un certain nombre de propositions, notamment
je n'approuve pas la proposition de bouclier fiscal à 50 %.
La proposition de bouclier fiscal est une proposition très
simple. Elle consiste à exonérer
les plus riches de l'impôt sur la fortune et à maintenir
cet impôt sur la fortune pour les catégories intermédiaires.
Il y a là quelque chose qui est profondément choquant,
même si l'on y ajoute l'impératif de devoir investir
dans tel ou tel aspect de la population. J'ai donc défendu
l'idée d'une réforme profonde de l'ISF qui permettrait
d'avoir une base large et un taux très léger de manière
que chacun puisse faire face à ses obligations fiscales. J'ai
proposé le taux de 1 sur 1 000 un peu imprudemment ; je m'étais
avancé en réfléchissant à un élargissement
très important de son assiette, par exemple, outils de travail,
oeuvres d'art. |
Dire implicitement que l’ISF devrait être réservé
aux plus riches est contradictoire avec la critique de l’effet
pervers de l’ISF qui pousse les plus riches à s’expatrier.
|
J'ai
eu suffisamment de réactions nombreuses, diverses, variées,
autorisées, pour que nous puissions, en effet, réfléchir
à un impact négatif de cette idée. Je pense,
donc, qu'il faut garder à cet impôt, pour l'instant,
l'assiette et envisager l'élargissement de cette assiette par
une incitation à de plus justes déclarations, une incitation
à voir les contribuables déclarer le vrai montant de
leur patrimoine. Cette incitation, je
pense qu'on peut la trouver dans un avantage sur les droits de succession
qui fera que les plus-values, lorsque vous aurez affaire à
une succession, si vous avez déclaré
le vrai montant de votre patrimoine, votre patrimoine sera moins taxé
qu'il ne l'aurait été si vous aviez sous-estimé
ce patrimoine. Autrement dit, je suis pour élargir l'assiette
en incitant au civisme, en trouvant un intérêt dans le
civisme. Donc, cette proposition de réforme de l'impôt
sur la fortune fait que tout le monde est à égalité
devant l'impôt et que, si tout le monde est à égalité
devant l'impôt, il n'y a plus besoin de ces hypocrisies et de
ces manoeuvres que sont, par exemple, le bouclier fiscal. |
A défaut
de supprimer l’ISF, il y a effectivement une piste de réforme
possible en le considérant comme un à-valoir sur les
successions. |
Je
veux ajouter un mot sur les droits de succession. Je ne suis pas d'accord
avec un certain nombre de choses qui ont été dites sur
ce sujet. Je pense qu'il faut exonérer de droits de succession
les petites successions, mais qu'il faut laisser les droits de succession
sur les grosses successions, parce qu'autrement vous accumulez le
capital au travers des générations et vous faites des
familles de nantis et, à côté, des familles de
gens qui n'ont pas cet avantage. Vous créez des distorsions
de longue durée dans la société à laquelle
vous appartenez et c'est un problème d'équité
qui se pose au travers des générations. Le fossé
devient infranchissable entre les uns et les autres. Je propose, donc,
que l'on exonère complètement les successions en ligne
directe jusqu'à deux cent mille euros et que l'on relève
l'abattement par part d'enfant en même temps que l'on baptise
un vrai encouragement ou un encouragement supplémentaire, étant
donné l'allongement de la durée de la vie, à
transmettre le patrimoine du vivant des personnes concernées
et qu'elles détiennent. |
|
Je
veux aborder le dernier chapitre ou l'avant-dernier chapitre de cette
intervention. On a besoin, s'agissant de l'emploi, de remettre le
pied à l'étrier à ceux qui sont loin de l'emploi.
Je veux aborder le problème de l'emploi des jeunes. Cet emploi
des jeunes, un certain nombre d'entre eux n'ont plus accès
à des formations et n’ont aucune chance d'entrer dans
l'emploi. Je propose que l'on s'inspire de la pratique qui est celle
de nombreux pays. Je pense à l'Autriche en particulier qui
apporte une aide directe à l'entreprise pour offrir une première
expérience professionnelle aux jeunes qui sont exclus de la
formation. Après tout, si ces jeunes étaient restés
au lycée, ils auraient coûté l'équivalent
de quelque dix mille euros par an. Je pense que l'on doit une période
de formation. J'avais appelé cela le
contrat emploi-formation, une période dans
laquelle l'entreprise serait puissamment aidée, pour tout ou
partie de la rémunération de ces jeunes, à leur
offrir une première expérience professionnelle. Je veux
aussi insister sur l'idée que le service civique universel
va être d'un grand effet pour l'emploi des jeunes parce qu'il
leur offrira, dans des domaines de responsabilité, une première
expérience à indiquer lorsqu'ils auront à rencontrer
des employeurs. Je veux toujours, dans cette idée de remettre
le pied à l'étrier à ceux qui sont loin de l'emploi,
insister sur la stratégie que nous proposons de développer
à l'égard des minima sociaux. Comme vous le savez, un
grand nombre de personnes, singulièrement un grand nombre de
femmes, demeurent dans l'inactivité et sont soumises aux minima
sociaux parce que la complexité des règlements fait
que, si elles acceptent un emploi, elles perdent un certain nombre
d'aides, d'allocations, d'exonérations qui leur rendaient la
vie plus facile, par exemple, l'exonération de la redevance
télévision, une aide pour les transports, une aide pour
la cantine des enfants, au contraire des allocations plus importantes
dans le domaine du logement. Ces femmes-là, si elles trouvent
un emploi, sont en situation ou en risque de perdre beaucoup par rapport
à leur situation de RMIste. Ceci n'est pas normal et n'est
pas bien. La stratégie générale
que nous proposons est que, si l'on passe de l'inactivité à
l'activité, on soit assuré d'y gagner et non pas d'y
perdre, on soit assuré d'être récompensé
et non pas sanctionné.
Donc, je propose l'unification des minima sociaux
en une allocation unique, calculée par points, conciliable,
pendant un certain temps, avec un salaire en cas de reprise du travail,
de manière dégressive. |
Sous
une autre forme c’est l’idée libérale
de l’impôt négatif.
Voir "Impôt
négatif"
|
| C'est
principalement naturellement aux mères de famille que cette
proposition sera faite. Il restera un certain nombre de personnes
en inactivité. Je propose qu'on les tourne vers l'activité
en appliquant le principe d'activité universelle qui fait que
chacun d'entre eux, de ces femmes ou
de ces hommes, se voit proposer une activité au service de
la société qui lui permettra, dans des associations
ou des collectivités locales, d'abord d'arrondir ses fins de
mois parce que la situation des trois cent quatre-vingt trois euros
que représente un RMI n'est pas une situation enviable
en dépit de ce que l'on entend dire quelque fois ici ou là,
qui lui permettra aussi de retrouver une image de lui-même ou
d'elle-même, qui soit une image de reconnaissance, qui se voit
et se verra comme quelqu'un qui est reconnu dans ses compétences
dans la société où il vit et cela évitera
aussi des accusations trop nombreuses portées contre ceux qui
ne se lèvent pas le matin entre guillemets. Je veux aborder
la question du pouvoir d'achat des Français et je m'acheminerai
vers la conclusion de cette intervention. Deux orientations : la première
est l'orientation d'une gestion complètement nouvelle des trente-cinq
heures par le biais des heures supplémentaires, entre la trente-cinquième
et la trente-septième heure. Vous connaissez la situation aujourd'hui
pour les heures supplémentaires. Quand vous êtes dans
une petite entreprise, une entreprise en dessous de vingt salariés,
l'heure supplémentaire vous rapporte 10 % de plus qu'une heure
normale. Lorsque vous êtes, dans une entreprise de plus de vingt
salariés, l'heure supplémentaire vous rapporte 25 %
de plus qu'une heure normale. Je considère cette disparité
comme injuste et je l'ai dénoncée dès 2002. Il
n'y a aucune raison que le travail des uns soit si considérablement
sous-payé par rapport au travail des autres. Le principe "à
travail égal salaire égal" devrait s'appliquer
aussi dans ce domaine. |
L’offre
d’emploi dit « d’utilité collective »
est effectivement avant tout une exigence de dignité. Ce n’est
pas une punition comme le présente parfois Sarkozy.
|
Je
propose, donc, que l'heure supplémentaire rapporte désormais
à tout salarié 35 % de plus qu'une heure normale et
que cette prime pour heures supplémentaires soit déduite
des charges à payer de manière que l'heure supplémentaire
coûte à l'entreprise exactement le même prix qu'une
heure normale, qu'elle représente exactement le même
coût qu'une heure normale. Vous voyez que cette
proposition est très largement différente de la proposition,
d'ailleurs, à mon sens, inconstitutionnelle, de Nicolas Sarkozy
qui dit : "Je supprime complètement les charges sociales
et l'impôt sur le revenu pour les heures supplémentaires,
tout en continuant à les payer 25 % seulement de plus parce
que, si vous avez des heures supplémentaires non chargées
et non imposées, alors, c'est une puissante incitation à
concentrer le travail sur les heures supplémentaires et, donc,
à refuser d'embaucher." Au contraire, le fait que l'heure
supplémentaire et l'heure normale coûtent le même
prix, cela permet à l'entrepreneur d'envisager de manière
équitable la répartition du travail qui serait le sien.
Voilà pour la première idée. La deuxième
idée, c'est celle d'une puissante incitation à l'intéressement,
c'est-à-dire au partage des bénéfices de l'entreprise
à la fin de l'année. Pour l'instant, cet intéressement
n'est pas suffisamment pratiqué. La participation, lorsqu'elle
est assumée, qui est assez importante, bloque les fonds pendant
cinq ans. Je pense qu'il faut rendre
immédiatement accessibles les avantages de l'intéressement
et, pour cela, une puissante incitation fiscale est à définir
pour que l'entreprise ait intérêt à partager ses
bénéfices avec ses salariés.
Voilà pour le rapport au travail : retrouver le travail et
mieux payer le travail. |
C’est
une proposition voisine de celles de Nicolas Sarkozy. Après
avoir subventionné les entreprises pour travailler moins
ou les subventionner pour travailler plus. Cherchez l’erreur
! Au surplus l’offre d’heures supplémentaires
dépend avant tout de la croissance.
Voir "Détaxer
le travail disent-ils…"
Cela revient à renforcer la part variable des rémunérations,
ce qui est souhaitable.
|
Je
voudrai finir avec deux observations qui sont des observations d'ordre
du modèle. Je veux défendre, devant vous, un modèle
économique dont on ne parle pas assez et dont je considère
qu'il est profondément en phase, en résonance, avec
le modèle républicain français que je veux
défendre au cours de cette campagne électorale : c'est
le modèle de l'économie mutualiste et coopérative,
l'économie sociale et solidaire. C'est un modèle coopératif
qui, dans notre pays, a une très longue histoire et une histoire
en particulier dans le monde agricole. Cher Marcel Deneux, c'est
un modèle qui permet à la fois une responsabilité
plus grande, une visée humaniste et responsable et un ancrage
territorial qu'il faut encourager.
Pour
moi, le modèle coopératif, ce n'est pas un modèle
qui appartient au passé, c'est un modèle qui appartient
à l'avenir. Il n'aura échappé à personne,
à aucun de ceux qui s'intéressent aux délocalisations
et aux prises de contrôle des sociétés par des
centres de décision extérieurs, que de surcroît
le modèle coopératif est un puissant protecteur d'un
certain nombre d'entreprises et de secteurs d'activité français,
comme on le voit dans des domaines aussi variés que la banque,
les grandes activités agricoles et agro alimentaires. Je
veux soutenir aussi l'économie solidaire, à la fois
le commerce éthique et les réseaux de micro crédit
et de création d'entreprise par les demandeurs d'emploi qui
sont un plus considérable dans le projet de « social
économie » que je veux défendre devant vous. |
|
Dernier
point, je veux rappeler, et pas seulement rappeler, mais affirmer,
que, pour nous, la démocratie sociale est l'horizon vers lequel
nous nous dirigeons. Nous voulons que
les partenaires sociaux, la société organisée
en face de l'État, soient regardés comme responsables
d'un certain nombre de secteurs du pays, notamment chaque fois qu'il
s'agira de droit social, de droit du travail, de tout ce qui touche
à la négociation nécessaire des branches et des
entreprises et, donc, lorsqu'il s'agira des heures supplémentaires,
lorsqu'il s'agira de la protection sociale, les propositions qui sont
les miennes, seront d'abord soumis aux partenaires sociaux.
|
Mieux vaudrait délimiter la part du droit de la responsabilité
du législateur citée plus haut. |
Cette
démocratie sociale doit d'abord s'appliquer à la recherche
de ce modèle nouveau que l'on appelle de flexi-sécurité.
J'ai été extrêmement frappé, et peut-être
vous aussi, en rencontrant, organisations patronales et organisations
syndicales, de ce que chacune d'entre elles nous disent : "Nous
sommes intéressés par le modèle scandinave de
flexi-sécurité", chacune d'entre elles sans exception.
C'est vrai du MEDEF, des autres organisations patronales et de chacune
des organisations syndicales que j'ai rencontrées. Tout le
monde voit bien ce qu'il y a derrière cette idée : au
fond, une plus grande responsabilité à assumer le risque
d'avoir à connaître une séparation temporaire
ou définitive entre salariés et entreprises, dans le
cadre d'un contrat de travail qui permettrait de conserver un certain
nombre des avantages salariaux et de formation qui sont ceux du contrat
de pleine activité. Je pense qu'il faut demander aux organisations
patronales et syndicales de se mettre autour de la table, je crois
qu'elles ont déjà commencé à parler un
peu et à faire des propositions précises et, si possible,
consensuelles sur ce sujet de la flexi-sécurité.
|
|
Je
pense que l'on peut imaginer, on doit imaginer que, en effet, la
situation de sécurité ou plus exactement que les garanties
de sécurité apportées aux salariés à
l'avenir ne soient plus seulement des garanties, comment dirais-je,
de plein exercice dans l'entreprise, que l'on puisse envisager des
périodes pendant lesquelles on peut exercer le contrat de
travail, soit dans le cadre d'un réseau d'entreprises, soit
en pouvant bénéficier des avantages de formation que
l'on aurait acquis au travers de son contrat de travail, des périodes
de plein emploi et, lorsque ce plein emploi est moins justifié,
des périodes de formation, des périodes de partage
de l'emploi entre plusieurs entreprises. Voilà respecté
le rôle des partenaires sociaux, restaurée la démocratie
sociale. Cela va bien au-delà de la réglementation
du travail ou des problèmes de licenciement.
C'est aussi respecter la pleine autonomie de ces partenaires
sur les questions qui concernent essentiellement employeurs et salariés.
Ainsi, je l'ai dit, le modèle retraite par répartition
universelle, que je propose, devra être géré,
à mes yeux, en pleine responsabilité par les partenaires
sociaux.
...
|
Contradictoire
avec l’intervention du législateur cité plus
haut |
|