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Extraits
du discours de clôture
de François Bayrou
Colloque "Relations internationales, défense : quelle
place pour la France ?"
22.06.06
La démocratie n'est pas un luxe de pays riche, elle n'est pas le
fruit du développement. La démocratie c'est le développement,
et même dans un grand nombre de cas, la condition du développement.
Tous les hommes y ont droit, pas seulement ceux qui ont la chance d'appartenir
à un pays riche, et cela doit devenir la ligne principale de la
politique étrangère française. Cela tourne la page
sur ce qu'on a appelé ce matin le "relativisme intéressé"
- on accepte les dictatures si elles contribuent à un ordre international
qui nous arrange. Ce qui veut dire : soutien actif aux opposants qui portent
le poids, lourd, rude, des dictatures.
Cela emporte
un certain nombre de conséquences :
La France doit respecter elle-même ce qu'elle exige des autres.
Cela impose que toute intervention de sa part doit se faire dans le cadre
d'un mandat de l'ONU. Peut-être cela impose-t-il une transparence
plus grande des accords de défense. Je pense notamment à
l'Afrique et à la Côte d'Ivoire.
Cela exige
une réflexion sur la dette. Il est anormal de faire rembourser
aux peuples des sommes qui ont été détournées
par les tyrans qui les opprimaient. Cette dette doit être annulée,
cela servira de leçon à ceux qui prêtent de bon cœur
à des dirigeants, en sachant à l'avance l'usage détourné
qui en sera fait.
Cela exige aussi que l'aide internationale à laquelle la France
participe comme décideur, soit conditionnée au respect de
l'état de droit, notamment à des élections libres.
Ce ne sont pas nécessairement des élections qui donnent
comme vainqueurs les plus démocrates ! La question touche au degré
du droit, ou du devoir, d'ingérence. Mais rien ne peut se construire
à long terme sur l'étouffement des opinions. On a vu que
ceux qui essayent d'étouffer ces opinions sont parfois obligés
d'aller plus loin, dans le sens de l'islamisation, que ceux qu'ils combattent.
Chapitre délicat : je voudrais dire un mot du nucléaire.
Il faut que nous consacrions une réflexion nouvelle aux enjeux
du nucléaire en France.
La dissuasion a changé de visage.
Le Président de la République a dit un certain nombre de
choses, en matière d'évolution de la doctrine nucléaire
de la France, notamment à l'égard d'États voyous,
ou qui soutiennent les terroristes, cela mérite une réflexion
approfondie.
Je ne vois pas de quelle manière on va éviter dans le siècle
qui vient, les risques de prolifération nucléaire. Quand
on voit ce qui se passe en Iran : ce sont des technologies à la
portée d'un appareil scientifique convenable. Il y a des risques
de fuite.
Les Etats
qui détiennent l'arme nucléaire considèrent comme
légitime qu'ils la détiennent, et que les autres ne la détiennent
pas !
La question
n'est pas tant celle des armes que celle des détenteurs des armes,
de la personnalité de ceux qui les détiennent, de leur caractère
stable ou instable. Le droit d'ingérence se lit à l'aune
de cette stabilité ou instabilité, qui pourraient être
analysés par la communauté internationale.
Il faut consacrer,
nous Français, le temps nécessaire pour que nous nous posions
la question de la mutualisation, ou au contraire du caractère national,
de cette approche du nucléaire en Europe. C'est de la dissuasion
nationale, mais nos intérêts nationaux ne sont pas limités
à nos frontières. Cette réflexion est à poursuivre
en parlant aux autres Européens détenteurs de l'arme nucléaire
- je pense naturellement aux Anglais.
Il est donc nécessaire que nous reformulions notre doctrine en
matière nucléaire.
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