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la
discrimination positive
marque le « retour au droit
des orangs-outans »
Anne-Marie
Le Pourhiet, professeur de droit public à l'Université Rennes-I,
se livre dans cet entretien à l'Observatoire du communautarisme
à une dénonciation en règle des principes de la discrimination
positive et du règne du politiquement correct qui pèse chaque
jour davantage sur le débat public. Rappel des principes républicains
élémentaires, défense de l'assimilation comme modèle
historique, du droit à la distinction et au jugement et critique
de l'indifférenciation postmoderne : un entretien tonitruant et
décapant !
Entretien réalisé par courrier électronique
Observatoire du communautarisme : Quels sont les principes
de la discrimination positive ?
Anne-Marie
Le Pourhiet : Le terme de discrimination lui-même est aujourd'hui
tellement galvaudé qu'on ne sait plus du tout de quoi l'on parle.
Il paraît donc nécessaire de « déconstruire
» un peu notre sujet.
Le
mot « discriminer » n'a a priori aucun sens péjoratif
ou répréhensible puisqu'il désigne simplement le
fait de distinguer, séparer, sélectionner ou discerner et
vous m'accorderez qu'il est en principe tout à fait louable de
savoir distinguer les êtres, les choses, les caractères ou
les oeuvres. Il est rassurant de jouir de ses « facultés
de discernement » et c'est le contraire qui est jugé inquiétant
par le corps médical. Savoir distinguer un homme courageux d'un
lâche, un homme vertueux d'un fainéant, un savant d'un ignorant,
le permis de l'interdit ou encore un chef d'oeuvre d'un barbouillage est
traditionnellement une qualité.
Il se trouve cependant que par un glissement sémantique dont on
ignore l'origine mais qui est peut-être lié au goût
postmoderne pour l'indifférenciation, le terme de discrimination
a acquis une signification essentiellement péjorative désignant
des distinctions arbitraires et mal fondées. Dès lors, une
discrimination devient une sélection négative préjudiciable
à celui qui la subit au point d'être moralement et/ou juridiquement
condamnée. C'est ce qui résulte clairement de la politique
dite de «lutte contre les discriminations». On n'affirme pas
haut et fort vouloir lutter contre de bonnes actions. En conséquence,
parler de discrimination positive n'a a priori pas de sens puisque cela
revient à reconnaître un caractère positif à
ce contre quoi on prétend lutter y compris pénalement !
Il faut donc être cohérent : si la discrimination c'est le
mal, alors toutes les discriminations sont mauvaises, sans exception.
La
vérité est cependant plus complexe car elle est essentiellement
idéologique.
Tout
d'abord, il n'est plus certain que la capacité de discernement
soit encore perçue comme une qualité dans nos sociétés.
Distinguer une tenue de sport d'une tenue de classe et s'étonner
qu'une élève vienne au collège en jogging constitue
désormais une « humiliation », de même que rendre
les copies par ordre de notes décroissantes (Le Monde, 14 septembre
2005) ; qualifier un certain art contemporain d'« excrémentiel
» est un scandale ; distinguer les sexes et les âges est pénalement
répréhensible tandis que différencier l'enfant légitime
de l'enfant adultérin est civilement inacceptable ; donner une
dictée ou une dissertation à faire à des élèves
ou candidats est un « mode de reproduction des inégalités
sociales » ; vouloir sélectionner à l'entrée
des Universités est une faute politique impardonnable. De façon
plus générale, sélectionner, préférer,
hiérarchiser ou tout simplement juger est devenu révélateur
d'une «phobie» c'est-à-dire d'une maladie mentale à
soigner d'urgence par les moyens idoines. Dans ces conditions, le terme
de discrimination est évidemment voué à un usage
illimité et la «Haute Autorité» en charge de
la lutte contre cette infamie à un fabuleux destin de Big Brother.
L'«apparence physique» étant récemment devenue
un motif de discrimination sanctionné par le droit français
on se demande comment les agences de mannequins et le concours de Miss
France sont encore tolérés.
Il est donc désormais interdit de discriminer sauf ... quand il
s'agit d'attribuer des privilèges à ceux qui ont la chance
d'appartenir au club très prisé des « dominés
». Femmes, handicapés, « issus de l'immigration africaine
et maghrébine », homo-bi-trans-sexuels, originaires de régions
« à identité forte », etc. ont le droit de bénéficier
d'avantages refusés aux hommes mâles, blancs, valides, hétérosexuels
et originaires de régions hexagonales à identité
faible. Voilà très exactement ce qu'est une discrimination
« positive » : un passe-droit reconnu aux membres de catégories
ethnico-culturelles ou sexuelles ayant réussi à se forger
un statut de victimes d'une domination perpétrée par une
catégorie de bourreaux qui ne sera donc pas fondée à
s'en plaindre. Préférer une femme à un homme n'est
pas répréhensible, c'est, au contraire une discrimination
« positive » fortement encouragée. Préférer
recruter un chômeur français qu'un étranger est révélateur
d'une « xénophobie populiste » mais réserver
les emplois et professions des collectivités d'Outre-mer aux autochtones
est une judicieuse prise en compte de la «situation de l'emploi
local ». La «Haute Autorité» précitée
devrait plutôt s'intituler de «lutte contre certaines discriminations
seulement».
Mais le terme de discrimination positive est un oxymore si flagrant et
révélateur de l'imposture intellectuelle qu'il désigne
que les promoteurs de cette politique de passe-droit le laissent aujourd'hui
au placard pour lui préférer une terminologie plus neutre
et moins voyante du type «promotion de l'égalité des
chances» ou «diversité».
Il existe aussi une autre forme de camouflage terminologique qui consiste
à utiliser, au contraire, la notion de discrimination positive
tous azimuts pour tenter de la banaliser en la neutralisant. C'est ce
qu'a tenté de faire Eric Keslassy dans son livre consacré
aux discriminations positives. On prétendra alors voir des discriminations
positives dans la moindre subvention aux agriculteurs, prime à
la délocalisation d'entreprise ou à l'emploi dans les zones
rurales. Une dispense de concours d'entrée dans une grande école
pour les candidats à la peau basanée sera ainsi mise sur
le même plan que l'adoption d'une mesure fiscale d'aménagement
du territoire anodine et inoffensive donc. La stratégie consiste
à feindre de confondre discrimination positive et politique publique
prioritaire. Dans ces conditions la loi de finances de l'année
n'est plus qu'une collection de discriminations positives et on réussit
ainsi à « noyer le poisson ».
Personnellement, je ne considère pas la politique des zones d'éducation
prioritaires comme une discrimination, c'est une priorité scolaire
comme tant d'autres. Quand il faut rénover cinquante lycées
il faut bien hiérarchiser les urgences et commencer par les plus
abîmés. Un instituteur qui s'attarde à l'école
pour aider à faire ses devoirs à un élève
qui a de mauvaises conditions de travail chez lui ne pratique pas une
discrimination, en revanche s'il s'amuse à le dispenser d'épreuve
ou à lui remonter ses notes il trahit l'esprit républicain
et renie son métier. C'est toute la différence entre le
système de l'ESSEC et celui de Sciences-Po : le premier aide à
affronter l'obstacle alors que le second l'enlève, le premier respecte
la règle du jeu méritocratique, le second la bafoue, il
triche. La raison pour laquelle la vraie discrimination positive, celle
qui déroge à la règle, est si sulfureuse c'est qu'elle
transgresse précisément nos grands interdits républicains,
philosophiques et juridiques.
OC : En quoi sont-ils opposés aux principes de
la République française ?
AMLP
: Dans notre pays où la Révolution a substitué
le droit écrit à la coutume et donc l'autodétermination
à la tradition, les principes de la République ne sortent
pas de l'air du temps mais de textes explicites auxquels il suffit de
se référer pour comprendre en quoi la discrimination positive
est en totale contradiction avec ces valeurs. Je constate souvent que
pas un seul de nos dirigeants n'est capable de citer un article de la
Déclaration de 1789 ou de la Constitution de 1958 et qu'en particulier,
le Président de la République, pourtant garant de notre
texte fondamental, semble ignorer copieusement son contenu. Lisons-le.
« Les hommes naissent libres et égaux en droits. Les distinctions
sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité
commune » (article 1er de la Déclaration de 1789), «
La loi doit être la même pour tous, soit qu'elle protège
soit qu'elle punisse. Tous les citoyens, étant égaux à
ses yeux, sont également admissibles à toutes dignités,
places et emplois publics, selon leur capacité et sans autre distinction
que celle de leurs vertus et de leurs talents » (article 6). «
Tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance
possède des droits inaliénables et sacrés »
(préambule de la Constitution de 1946, alinéa 1), «
La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits
égaux à ceux de l'homme » (alinéa 3). La France
« assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens
sans distinction d'origine, de race ou de religion » (préambule
de la Constitution de 1958).
Tous ces textes ont pleine valeur constitutionnelle et sont d'une parfaite
clarté : ils proclament l'égalité de droit, elle-même
consubstantielle à la liberté, mais aucunement une égalité
de fait. C'est Marx qui a précisément critiqué le
caractère formel des libertés révolutionnaires en
les qualifiant de libertés bourgeoises que seules les nantis auraient
les moyens d'exercer. Mais il s'inscrivait ouvertement dans une remise
en cause radicale de ces conceptions. Or on constate aujourd'hui que de
nombreux hommes politiques, militants ou « sociologues » en
arrivent à revendiquer une rupture de l'égalité juridique
et une remise en cause de ces principes explicites en invoquant pourtant
les valeurs de la République, c'est un comble ! On convie la République
à sa répudiation, quelle imposture !
Lorsque le Conseil constitutionnel explique, en 1982 et en 1999, que «ces
principes constitutionnels s'opposent à toute division par catégories
des électeurs ou des éligibles» et qu'il invalide
en conséquence les quotas par sexe ou la parité dans les
élections, il applique à la lettre et dans son esprit la
philosophie juridique de la République française. En contournant
cette jurisprudence pour pouvoir imposer la parité, le pouvoir
politique a donc délibérément écarté
les valeurs de la République et introduit une contradiction fondamentale
au sein du texte constitutionnel. De même, en consacrant une «
préférence autochtone » en matière d'accès
aux emplois et professions et même à la propriété
foncière en Nouvelle-Calédonie puis dans toutes les collectivités
d'Outre-mer régies par le nouvel article 74 de la Constitution
la droite et la gauche françaises confondues ont renié l'article
1er qui interdit les distinctions entre citoyens français fondées
sur la race ou l'origine. Lorsque Monsieur Baroin ose citer l'Outre-mer
comme modèle de non-discrimination (Le Figaro du 12 juillet 2005)
il oublie les «horreurs constitutionnelles» qui ont été
commises sous l'égide de son ministère et feint d'ignorer
que les collectivités qui relèvent de sa responsabilité
baignent entièrement, comme la Corse, dans la discrimination «
positive » c'est-à-dire les privilèges systématiques,
de fait ou de droit, avec les résultats finaux (désastreux)
que l'on sait. Le même ministre ne propose t-il pas d'introduire
une nouvelle discrimination ultra-marine dans le droit de la nationalité
?
OC : Que penser du débat autour des « statistiques
ethniques », c'est-à-dire la mise en place d'indicateurs
statistiques triant la population en ethnies ? Que vous inspirent les
récentes déclarations d'Azouz Begag : « Il faut inoculer
dans le corps social le virus de l'origine pour se débarrasser
de l'origine dans le corps social. J'utilise en quelque sorte la méthode
Pasteur » ?
AMLP
: Il faut bien comprendre ce qu'on est en train de faire et pourquoi
on le fait. Si je me mets, comme Renaud Camus, à compter le nombre
de journalistes juifs à France-Culture c'est parce que je m'apprête
évidemment à juger qu'il y en a « trop » à
partir d'un critère standard qu'il me faudra bien expliciter. Que
veut dire « trop » ou « pas assez de » ? Si le
gouvernement et le patronat demandent à la CNIL l'autorisation
de recenser les origines ethniques ou nationales des salariés c'est
bien pour que ce comptage débouche sur une appréciation
de type « trop » ou « pas assez de » d'inspiration
proportionnelle. Et où cela nous mène t-il directement ?
A des quotas, bien entendu, même si le mot est pudiquement caché
et si l'on se garde bien d'afficher publiquement les standards numériques
retenus. L'IEP de Paris n'a sans doute pas fixé à l'avance
un pourcentage officiel de Beurs ou de Noirs à recruter chaque
année, il n'en demeure pas moins que l'objectif est bien, pour
parler comme Fernand Raynaud, d'en faire entrer « un certain nombre
». On introduit bien le poison de l'ethnicité dans les critères
de recrutement et de promotion. Or ce critère est foncièrement
injuste et pervers. Alors que le concours et le mérite provoquent
une concurrence et une compétition stimulante entre les individus,
l'introduction d'un critère ethnique ne peut que provoquer des
rivalités inter-ethniques et un permanent sentiment de frustration
et d'injustice. C'est une erreur politique et psychologique colossale.
Ayant
plusieurs fois lu et entendu Monsieur Azouz Begag avant sa nomination
je ne peux m'empêcher de penser que celle-ci constitue elle-même
une discrimination positive car la vacuité et la médiocrité
de ses idées ou propos ne le destinaient certainement pas objectivement
à une carrière ministérielle. Quand il ne compare
pas la France à une voiture il se prend lui-même pour Pasteur
en confondant cependant les microbes et les virus, c'est lourd et c'est
irresponsable. Les déclarations de Dominique de Villepin sur sa
prétendue hostilité aux discriminations positives alors
qu'il nomme M. Begag ministre délégué auprès
de lui-même c'est-à-dire chargé d'agir et parler pour
le compte et sous la responsabilité de Matignon sont d'une incroyable
hypocrisie, on baigne dans le mensonge public le plus effronté
et on prend les Français pour des imbéciles. C'est bien
M. Begag qui affirmait que « la police nationale a besoin de recruter
des jeunes issus de l'immigration magrébine et africaine mesure
effectivement adoptée sous le nom trompeur de «cadets de
la République») et proposait d'imposer une présence
systématique de policiers issus de l'immigration dans les jurys
ainsi que d'abandonner des épreuves « trop culturellement
marquées » ! Tout cela commence à sentir sérieusement
le népotisme. C'est aussi ce que proposent certains syndicats étudiants
d'obédience musulmane : il faudrait «adapter» les modalités
d'examens et de notation universitaires aux différences culturelles
! On va finir en république bananière !
On
constate cependant, depuis très peu de temps, une tendance à
rendre publiques un certain nombre d'informations jusque là occultées.
Le journal Le Monde se met à révéler l'existence
de réseaux puissants et structurés de personnalités
« issues de l'immigration » dont le lobbying (Club du XXIème
siècle, Club Averroès, notamment) est à l'origine
desdites revendications et qui démontrent de façon éclatante
la fausseté des affirmations selon lesquelles les « minorités
visibles » seraient absentes des lieux de pouvoir (« L'élite
beurre mène le débat sur les minorités hors des partis
», Le Monde, 20-21 février 2005). Ces clichés victimaires
sont, en effet, totalement faux et la liste est longue des personnes très
influentes qui effectuent un lobbying efficace en faveur des discriminations
positives rebaptisées « diversité ». De même,
plusieurs rapports récents remettent en cause les préjugés
généralement colportés sur l'échec scolaire
des enfants d'immigrés. A force de concentrer l'attention médiatique
et politique sur les « sauvageons » des mauvais quartiers
on a fini par occulter la réussite tout à fait répandue
de très nombreux Beurs et Noirs. J'ai moi-même distribué
d'excellentes notes d'oral à un très fort pourcentage d'étudiants
issus de l'immigration qui ont fait ensuite de belles carrières.
Bien entendu, ces étudiants sont parfaitement assimilés,
s'expriment dans un français impeccable et ont une culture et une
tenue correctes, on n'imagine pas que des individus incultes au vocabulaire
limité à moins de cent mots et déboulant au collège
en jogging à capuche en injuriant des professeurs vont pouvoir
rentrer à l'ENA ! Un chasseur de têtes africain expliquait
récemment dans la presse qu'il recrute en France des diplômés
d'origine africaine pour essayer de les faire revenir au pays, c'est donc
bien que cette élite existe (Le Monde, 16 septembre 2005). Quant
aux Antillais - dont je ne parviens pas à comprendre pourquoi ils
veulent s'assimiler aux immigrés alors qu'ils sont Français
depuis plus longtemps que les Corses et les Savoyards - cela fait longtemps
que les « hussards » de la République en ont fait des
avocats, des procureurs, des professeurs, des énarques, des médecins
etc.Š Un ancien député martiniquais se plaît
à affirmer que son île est la région de France où
il y a le plus d'intellectuels au mètre carré ce qui n'est
d'ailleurs pas forcément un gage de bonne santé économique.
OC : Quel bilan peut être fait des politiques de
discrimination positive aux Etats-Unis ?
AMLP
: Votre question présuppose déjà que le
but de l'Affirmative Action est en soi légitime et qu'il suffit
de vérifier s'il a été atteint ou non. Or précisément,
on peut être tout à fait colour ou sex blind et se moquer
du point de savoir s'il y a ou non des Noirs ou des femmes dans telle
profession ou assemblée politique. Je ne serais pas du tout gênée
s'il n'y avait aucune femme à l'Assemblée Nationale car
je me moque du sexe des députés comme de celui des anges
d'autant que les interventions et travaux des parlementaires féminins
ne sont guère brillants et que la parité n'apporte évidemment
et absolument rien au regard de l'intérêt public. Je suis
un jour tombée des nues en entendant un de mes étudiants
martiniquais me faire remarquer qu'il y avait deux professeurs juifs dans
un jury de thèse que j'avais composé je ne m'en étais
pas aperçue et j'ai trouvé cette remarque obscène.
Je dois sans doute être « ethnophobe » et le simple
constat qu'il y a ou qu'il n'y a pas de Noirs, d'Arabes, de Juifs ou de
Bretons dans un endroit me choque profondément, je trouve cela
vulgaire et déplacé. Ernest Renan appelait cette comptabilité
de la « zoologie » et y voyait un « retour au droit
des orangs-outans », je partage tout à fait son analyse.
Je suis trop individualiste et libre pour pouvoir raisonner en termes
de groupe et ne comprends pas qu'on puisse accepter d'être rangé
dans un troupeau.
Le bilan de l'AA aux USA est évidemment impossible à faire
sérieusement puisque son évaluation véritable supposerait
qu'on puisse savoir où en serait aujourd'hui l'Amérique
sans cette politique. Autant dire qu'on ne pourra jamais vraiment juger.
Il y a de toute évidence en Amérique beaucoup de Noirs qui
ont parfaitement réussi naturellement, sans le secours de l'AA
(Condoleezza Rice et le maire de la Nouvelle-Orléans, Ray Nagin,
par exemple). Il est coutumier de dire que l'AA a permis l'émergence
d'une moyenne bourgeoisie noire mais il est difficile d'affirmer que celle-ci
n'aurait pas existé sans cette politique. Je suis personnellement
tellement habituée à côtoyer une grande et moyenne
bourgeoisie antillaise, pur produit de l'élitisme républicain,
que j'ai peine à imaginer que des progrès similaires ne
se sont pas aussi faits spontanément aux USA. Pour ce qui est du
domaine que je connais, c'est-à-dire l'Université, il faut
bien admettre que les quotas ayant évidemment conduit à
recruter au moindre mérite ont surtout débouché sur
la spécialisation des Noirs dans les voies de garage des black
studies. Les sciences sociales sont le réceptacle privilégié
des étudiants moyens ou faibles qui n'ont pas le niveau pré-requis
pour les disciplines littéraires ou scientifiques. Lorsqu'on n'est
pas recruté sur les mêmes critères d'exigence que
les autres on n'arrive pas non plus à suivre le même cursus.
On n'entre pas par effraction dans l'élite scientifique. Ceci s'observe
évidemment aussi en France où les écoles Centrale
et Polytechnique ne pourraient pas s'offrir un gadget de type Sciences-Po,
on ne triche pas avec la science et ce qui est possible dans une école
de pouvoir ne l'est pas forcément dans un lieu de savoir. On peut
dispenser de dissertation dans une école de « tchatche »,
on ne peut pas dispenser de résoudre une équation dans une
école d'ingénieurs. Si l'on pratiquait des discriminations
positives à l'Ecole nationale d'aviation civile je ne monterais
plus dans un avion !
OC : Vous avez vécu aux Antilles : quelle est
votre expérience des politiques de discrimination positive là-bas
?
AMLP
: Il n'y a pas officiellement de politique de discrimination
positive dans les DOM puisque, contrairement aux collectivités
de l'article 74 (ex-TOM), ils sont soumis au principe de l'assimilation
juridique simplement « adaptée ». Il y a néanmoins
des méthodes de recrutement qui aboutissent de facto à une
préférence autochtone : par exemple si on déconcentre
le recrutement de certains fonctionnaires territoriaux en organisant les
concours sur place, il est évident que des candidats métropolitains
ne vont pas faire le voyage et que ce système privilégie
partout, mais surtout dans les collectivités insulaires, le recrutement
local.
Mais on trouve cependant aux Antilles et en Guyane, à la différence
de la Réunion où ne sévit pas cette mentalité,
le même comportement « nationaliste » qu'en Corse qui
aboutit à une discrimination positive de fait dans tous les domaines.
Du point de vue économique, on connaît d'abord les privilèges
fiscaux, sociaux et salariaux délirants aux effets pervers inouïs
mais qu'on ne parvient pas à supprimer puisqu'ils sont considérés
comme des « droits acquis » intouchables par des syndicats
qui se disent indépendantistes mais dont le comportement infantile
plombe l'économie de leur région et l'enfonce définitivement
dans la dépendance. On retrouve la même spirale qu'en Corse,
dans le Mezzogiorno italien et, maintenant aussi, dans les länder
d'Allemagne de l'Est qui vivent sous perfusion et dont la population s'aigrit
d'un système de transfert censé lui profiter mais qui l'installe
durablement dans l'assistanat et le ressentiment. Du point de vue ethnique
la « préférence nationale » est également
revendiquée aux Antilles et en Guyane et le « modèle
» calédonien a fait des envieux. En tout état de cause
la racialisation des rapports sociaux et professionnels est omniprésente
et délibérément entretenue car elle permet des chantages
efficaces. En métropole des militants antillais se plaignent des
« écrans pâles » mais en Martinique, le personnel
de RFO n'hésite pas à se mettre en grève pour protester
contre la nomination d'un directeur blanc. La vulgate habituelle consiste
à dénoncer le fait que les magistrats et les hauts fonctionnaires
de l'Etat sont majoritairement métropolitains en faisant semblant
d'imputer cela à la « persistance d'une situation coloniale
» alors qu'il s'agit évidemment des conséquences quantitatives
d'une simple logique minoritaire. Dès lors que le personnel de
direction de l'administration d'Etat est recruté par concours nationaux
et que la mobilité est une condition essentielle de l'impartialité
et de la qualité du service, il est inévitable que les préfets,
recteurs et directeurs de services soient essentiellement métropolitains.
Cela résulte du caractère unitaire de l'Etat français
et n'a rien à voir avec le colonialisme. J'ajoute que bon nombre
de hauts fonctionnaires et magistrats antillo-guyanais ne souhaitent nullement
être affectés dans leur région d'origine par crainte
des pressions du milieu local mais aussi par préférence
pour l'horizon et l'esprit continentaux plus larges. Dans l'enseignement
supérieur la préférence raciale joue depuis longtemps
dans le recrutement et la promotion des enseignants-chercheurs et le résultat
est regrettable. Alors que l'université de la Réunion s'en
sort plutôt bien grâce à un esprit d'ouverture, l'université
des Antilles et de la Guyane a raté ses ambitions. Par exemple,
le président de l'université de la Réunion peut parfaitement
être métropolitain alors que c'est impensable aux Antilles
où on préférera avoir comme doyen de faculté
un assistant « local » non docteur à la légitimité
scientifique absolument nulle plutôt que d'avoir un doyen blanc
aux titres reconnus. Pour le contingent local de promotion des maîtres
de conférences et des professeurs, on assiste parfois à
des situations ubuesques : sera promu un professeur « local »
non agrégé dont les publications se résument à
quelques articles sans intérêt dans une revue locale ou même
dans France-Antilles tandis qu'un professeur agrégé métropolitain
au CV exemplaire devra renoncer Š Cela n'a heureusement pas de conséquence
personnelle grave dans la mesure ou la majorité des promotions
est bien assurée au niveau national mais cela discrédite
totalement l'établissement ainsi voué à végéter
scientifiquement. J'ai vu le conseil d'administration de l'Université
refuser d'entériner le recrutement d'un très bon maître
de conférences métropolitain pour réserver le poste
à la promotion ultérieure d'un candidat local dont aucune
université métropolitaine n'aurait voulu. L'« antillanisation
» du corps enseignant est désormais ouvertement prêchée
par certains de mes anciens collègues. Le problème est que
lorsqu'une institution commence à faire passer le mérite
au second plan elle recrute des médiocres qui ne supportent pas,
ensuite, de voir arriver des meilleurs de telle sorte que le pli s'installe
durablement et qu'on ne peut plus remonter la pente. Même entre
deux candidats locaux on préférera, au bout du compte, choisir
le moins bon pour qu'il ne fasse pas d'ombre et la rivalité devient
plus aiguë encore à l'intérieur même du milieu
local. Quand le mérite s'efface, il ne reste plus que l'arbitraire
et la « tête du client » c'est à dire la loi
de la jungle et le ridicule. Les spécialistes de sciences des organisations
analysent très bien ces phénomènes psychologiques
à l'¦uvre dans les ressources humaines et devraient s'emparer
davantage de l'audit des discriminations positives. Le problème
est que le sujet est tabou et que personne n'ose vraiment l'affronter.
On parle aussi souvent du racisme des Corses à l'égard des
continentaux et des maghrébins mais on retrouve le même aux
Antilles à l'égard des Métropolitains, des Haïtiens
ou des Saint-Luciens et je ne parle pas de la campagne antisémite
effroyable qui s'est développée il y a quelques années
dans un journal martiniquais auquel collaborent les principaux apôtres
de la « créolité ». La « concurrence des
victimes » sévit partout.
OC : quelles sont les forces politiques qui poussent
à l'adoption de politiques de discrimination positive ? Pourquoi
?
AMLP
: Bonne question à laquelle je n'ai malheureusement pas
de réponse. Là aussi il faut approfondir l'analyse pour
essayer de comprendre. On voit bien quels sont les lobbies à l'¦uvre
dans cette affaire, les associations et réseaux divers et variés
de minorités défendant leur part de gâteau. Ce qui
est plus difficilement explicable c'est le positionnement politique sur
cette question. Globalement, je pense que l'état de faiblesse de
nos dirigeants de tous bords et surtout leur clientélisme éhonté
les empêche de dire « non » à quelque revendication
que ce soit y compris la plus immorale et la plus nocive pour la société.
Depuis une décennie, hormis la loi sur le voile, nous n'avons pas
vu une seule décision politique de refus : c'est toujours «
oui ». Qu'un gouvernement censé appartenir à la droite
libérale ait pu faire adopter une loi liberticide, digne des soviets,
sur la répression des propos sexistes et homophobes malgré
l'avis négatif de la Commission nationale consultative des droits
de l'homme est proprement ahurissant. La vénalité et la
couardise de notre classe politique défient l'entendement.
La gauche nous a habitués à préférer l'égalité
réelle à la liberté, c'est l'essence du marxisme
et on ne s'étonne donc pas trop de sa conversion aux discriminations
positives.
Mais à droite je ne comprends pas. On veut m'expliquer que le libéralisme
et le communautarisme vont de pair mais je ne parviens pas à saisir
le lien logique qui les unirait. Quoi de plus anti-libéral que
la sanction des discriminations dites « indirectes », les
CV anonymes et l'obligation de recruter des membres des minorités
? Tout est autoritaire voire totalitaire là dedans. J'avoue que
ce que Pierre Méhaignerie peut trouver aux discriminations positives
m'échappe complètement.
Quant à la prétendue opposition entre messieurs de Villepin
et Sarkozy sur cette question elle et évidemment totalement factice
et Azouz Begag est là pour le démontrer quotidiennement.
Jacques Chirac s'était offusqué à Nouméa de
ce que les fiches de recensement comporte la mention de l'origine ethnique
alors que c'est lui qui a promulgué les lois constitutionnelle
et organique qui consacrent l'ethnicisation juridique du « caillou
», et que c'est encore lui qui a étendu cette préférence
autochtone aux autres collectivités d'Outre-mer à la demande
de son ami Gaston Flosse. Il a aussi commencé par juger que ce
n'était pas « convenable » de chercher un préfet
musulman puis s'est quand même empressé d'en nommer un et
il se fait maintenant le chantre de la fameuse « diversité
» qui n'est évidemment que le faux nez de la discrimination
positive. A vrai dire je ne suis pas certaine que le président
de la République pense beaucoup. Il semble n'avoir aucune conviction
réelle et lire des discours préparés par des collaborateurs
dont la culture philosophique et juridique est inégale. Tout cela
est consternant et je ne crois pas qu'il faille réellement chercher
d'autres explications à ces choix que le clientélisme, la
lâcheté et peut-être la bêtise.
La seule chose réjouissante à observer est le parfait accord
des républicains de gauche comme de droite sur la condamnation
des discriminations positives. L'avenir leur donnera raison mais peut-être
trop tard.
OC : Face à la question des « discriminations
» quel diagnostic et quelles politiques mener ? Quelles réflexions
vous inspirent la question de la lutte contre les discriminations ?
AMLP
: Pour « diagnostiquer » des discriminations il faut
d'abord s'entendre sur la définition de ce terme et s'accorder
sur ce qui est juste et ce qui ne l'est pas. Constater qu'il y a peu de
descendants d'immigrés maghrébins ou africains à
Polytechnique ou peu de handicapés au barreau de Paris ou aucune
femme sur les échafaudages des ravalements d'immeubles ou derrière
les camions-poubelles ne permet pas forcément de crier à
l'injustice et à la discrimination. Encore faut-il accepter d'examiner
les choses avec bonne foi et réalisme au lieu de le faire avec
du sectarisme idéologue et de l'opportunisme militant.
Il est évidemment, naturellement et normalement plus difficile
à des enfants d'immigrés de réussir rapidement dans
la société d'accueil qu'à des nationaux de souche.
Et plus la différence culturelle et économique avec cette
société est grande, plus longue et difficile sera l'intégration.
A fortiori si une idéologie multiculturaliste conseille aux migrants
de ne pas s'assimiler et de cultiver leur différence, les chances
d'intégration se réduisent et le risque de rejet et de ghettoïsation
se développe. Prétendre contester ces évidences ou
les combattre relève de l'angélisme ou de l'intégrisme.
Avant de dénoncer la « panne » de l'ascenseur social
regardons donc ce qu'on inflige à cet ascenseur : n'est-il pas
trop ou mal chargé, auquel cas il est inévitable qu'il s'arrête
?
Il n'est pas anormal pour un client de préférer être
défendu par un avocat valide que par un handicapé, il n'est
donc pas forcément discriminatoire pour un cabinet de tenir compte
des exigences de la clientèle. Il n'est pas interdit aux femmes
de bouder les métiers du bâtiment et leur absence des chantiers
n'est donc pas forcément révélatrice d'une discrimination
sournoise.
J'ai entendu le président de la HALDE, Louis Schweitzer tenir dans
l'émission « Les matins de France Culture » des propos
parfaitement circulaires et vides de sens qui semblaient en lévitation
au-dessus du réel et révélaient son incapacité
à savoir exactement contre quoi l'institution qu'il préside
est chargée de « lutter ». Cela n'a rien d'étonnant
car le sujet des discriminations baigne dans le politiquement correct
tel que le décrivent fort bien André Grjebine et Georges
Zimra (1), c'est-à-dire « un discours hypnotique qui anesthésie
l'esprit critique et qui s'impose comme une croyance ». On ne sait
tout simplement plus de quoi on parle tant le slogan creux s'est substitué
à l'argument.
Nul ne répond d'abord à des questions de pure légitimité.
Pourquoi, si l'on a un studio à louer ou un emploi à offrir,
serait-ce « mal » de préférer le donner un citoyen
français qu'à un étranger et pourquoi serait-ce au
contraire « bien » de faire le choix inverse ? Pourquoi inscrit-on
dans la Constitution de la République la préférence
locale de type ethnique dans les collectivités d'outre-mer et pourquoi
la simple préférence nationale, juridique et non ethnique,
au niveau de la France entière est-elle condamnée pour xénophobie
? L'existence même de l'Etat n'implique t-elle pas, par définition,
une solidarité et une priorité nationales ? Pourquoi le
Premier ministre peut-il faire preuve de « patriotisme d'entreprise
» pour s'opposer aux OPA d'actionnaires étrangers et pourquoi
ne pourrait-on pas donner la priorité d'emploi aux demandeurs français
?
Si un employeur préfère un candidat français blanc
moins diplômé et expérimenté qu'un candidat
français noir, il est certainement raciste et commet sans doute
une grosse erreur managériale préjudiciable à son
entreprise, mais à CV équivalent en quoi est-ce «
mal » de préférer le Blanc et, au contraire, «
bien » de préférer le Noir ?
En quoi est-ce critiquable, pour un jeune créateur d'entreprise
aux débuts difficiles, de préférer recruter un homme
plutôt qu'une femme enceinte qui va devoir partir rapidement en
congé ? En quoi est-ce condamnable de préférer mettre
en contact avec le public un employé élégant au physique
agréable plutôt qu'un handicapé ou un obèse
? En quoi est-ce répréhensible de ne guère apprécier
la collaboration avec un homme maniéré et efféminé
?
Faute de vouloir aborder ces questions toutes simples le législateur
s'expose à l'incompréhension des citoyens qui ne parviennent
plus à distinguer en quoi tel ou tel comportement qui leur paraît
parfaitement légitime est cependant illégal. Le divorce
entre les deux appréciations mènera au mieux au mépris
de la loi, au pire au goulag.
Il devient indispensable de crever la bulle politiquement correcte et
de passer chaque questionnement au crible si on ne veut pas continuer
à dire et faire n'importe quoi.
La « concurrence des victimes » a débouché sur
un nivellement et une indifférenciation entre les différentes
revendications qui se traduit par une législation fourre-tout ou
l'on mélange absolument tout : les Noirs et les homosexuels, les
femmes et les handicapés, les Juifs et les obèses, la religion
et l'âge, l'apparence physique et l'opinion, l'origine nationale
et l'appartenance syndicale, les violences physiques et les plaisanteries
verbales, etcŠ
Les conséquences de cette disparition du jugement au profit d'une
confusion mentale et morale généralisée peuvent être
dramatiques. Un jeune Noir me disait récemment dans une réunion
publique que la mauvaise indemnisation des Sénégalais engagés
dans l'armée française était un « génocide
» ! On utilise les mêmes notions pour désigner un massacre
et une injustice matérielle !
Max Gallo s'est récemment fait traiter de « révisionniste
» pour avoir osé dire qu'il ne savait pas si l'esclavage
était un crime contre l'humanité. Examinons la question
de plus près. Il n'a pas nié l'existence matérielle
de l'esclavage en prétendant qu'il n'avait pas eu lieu mais a seulement
exprimé un doute sur le bien-fondé de sa qualification politico-juridique,
c'est-à-dire sur le point de savoir si on peut ou non le qualifier
de crime contre l'humanité (au même titre que la Shoah, cela
s'entend). Cette question est tout à fait légitime car la
notion de crime contre l'humanité est évidemment politique
et a été forgée en 1945 pour décrire une extermination
physique moderne de telle sorte qu'utiliser le même terme pour désigner
aussi une exploitation économique ancienne est évidemment
très discutable au regard de la rigueur nécessaire aux catégories
juridiques. Et ce que révèle ce refus de la hiérarchisation
et cette tendance à la confusion conceptuelle c'est bien, au final,
la non-discrimination généralisée.
En
somme, il est devenu juridiquement obligatoire d'être idiot et de
ne plus rien savoir distinguer. Monsieur Schweitzer et sa HALDE pourraient
ainsi se transformer bientôt en instrument totalitaire de lutte
contre l'intelligence.
OC
: Le dernier concept à la mode est celui de « diversité
». S'oppose t-il celui d' « assimilation » qui semble
être devenu un véritable tabou ?
AMLP
: J'ai déjà indiqué auparavant que la diversité
est simplement devenue le faux nez de la discrimination positive. Ce terme
n'a pas d'autre fonction que de camoufler la politique de passe-droit
généralisé qui se met en place. Mais en lui-même,
il ne signifie absolument rien, c'est un slogan débile.
J'avais pu vérifier en 1996 aux Antilles, lors de l'anniversaire
de la loi de départementalisation, combien le mot « assimilation
» était curieusement devenu imprononçable. C'est un
repoussoir absolu pour la doctrine multiculturaliste mais je constate
cependant que ce terme est encore largement revendiqué à
la Réunion Š autre mentalité. J'approuve personnellement
le mouvement de Nicolas Dupont-Aignan, Debout la République, qui
aborde cette question de façon très décomplexée
en utilisant délibérément le terme d'assimilation
au lieu et place de celui d'intégration.
Le journal Libération avait accusé Le Fabuleux destin d'Amélie
Poulain de propagande frontiste au motif que le seul Arabe du film se
prénommait Lucien ! Ce prénom « assimilé »
semblait déplaire au journaliste pour lequel un « bon »
Arabe est sans doute exclusivement celui qui s'appelle Mohammed ou Mustapha.
Pour ma part, si ma fille faisait un jour sa vie en Italie je lui conseillerai
vivement d'appeler ses enfants Massimo ou Umberto pour signifier leur
appartenance à la nouvelle patrie, j'y vois une question d'hommage
à la terre d'accueil et de respect pour celle-ci.
Je crains que la nouvelle idéologie qui nous submerge nous apporte
davantage « d'indigènes de la République » schizophrènes,
pétris de bêtise et professionnels du ressentiment que de
citoyens dignes de ce nom et bien dans leur peau. Je ne suis guère
optimiste.
Anne-Marie
Le Pourhiet |