Beaucoup voient dans la «discrimination positive» prônée par Nicolas Sarkozy et refusée par Dominique de Villepin une vraie différenciation politique. La réalité est plus complexe... Car aujourd’hui derrière le choc de la formule, le président de l’UMP met en place un ensemble de mesures destinées à promouvoir la mobilité sociale et à compenser les handicaps qui n’ont rien à voir avec une vraie politique de discrimination positive qui consiste à donner par la loi des droits à une communauté en tant que telle et donc à encourager le repli communautaire.
Les libéraux, pour leur part, s’ils sont favorables à une action positive pour favoriser la mobilité sociale, refusent énergiquement toute loi de discrimination positive.
Sur le même sujet, lire l’entretien percutant de Anne Marie Le Pourhiet

Discrimination positive

Donner à chacun sa chance c’est aussi favoriser la promotion sociale des minorités par le biais d’une action positive qui ne doit en aucun cas prendre la forme d’une loi de discrimination positive.
Un des principes fondamentaux de la pensée libérale et républicaine est celui de l’égalité devant la loi, et toute discrimination négative ou positive doit être condamnée. S’il est normal de souhaiter engager une action positive pour qu’à tous les niveaux le pluralisme de la société française puisse être représenté, ceci doit être fait sans le recours de lois qui conféreraient des droits spécifiques à des minorités spécifiques au risque de les amener à se refermer sur elles-mêmes pour bénéficier de ces droits.
Il est donc essentiel de promouvoir l’égalité des chances et de lutter contre les discriminations.
Les libéraux sont favorables à une action positive en faveur des plus défavorisés mais s’opposent à des lois discriminatoires qui engendrent plus de difficultés qu’elles n’en résolvent. Il est dangereux d’imposer une obligation de résultat fondée sur des quotas ethniques ou communautaires explicites ou implicites.
Autant nous sommes pour l’égalité des chances et une France aux couleurs de la vie, autant nous sommes opposés à la discrimination positive, inspirée du modèle américain. Ce modèle, aujourd’hui contesté aux Etats Unis, vise à attribuer par la loi des droits à une minorité en tant que telle, ce qui nécessairement risque, pour pouvoir revendiquer ces droits de passer de l’existence de communauté, ce que les libéraux trouvent juste, au communautarisme, qui doit être rejeté.
Par ailleurs, l’engouement pour la discrimination dite «positive», exportée des Etats Unis au moment même où elle est contestée, révèle la façon dont certains groupes sociaux tentent de justifier le bénéfice de privilèges dérogatoires. La première étape consistant à créer un statut de « victime », à partir d’une mémoire sélective de « discrimination passée » ou « présente ».
Comme l’a démontré l’américain Thomas SOWELL « l’affirmative action » a en réalité pour conséquence d’encourager les populations ciblées à rester dans l’assistanat tout en jetant la suspicion sur ceux qui réussissaient.
L’exemple des latinos-americains, cité par Thomas SOWELL, est lui aussi significatif : Les habitants de Porto-Rico - américains et donc bénéficiant des programmes de l’affirmative action - sont en moyenne plus pauvres que les immigrants d’Amérique du sud aux USA, qui ne bénéficient pas de telles aides mais doivent vivre de leur travail.
De même, un Noir américain peut très bien être fondamentalement brillant, mais à cause de la mauvaise réputation de ses collègues noirs «parachutés», les entreprises se méfieront toujours du caractère exceptionnel de son curriculum vitae lors d’un entretien d’embauche. Ainsi, à force de contredire un marché de l’emploi qui retrouve un nouvel équilibre malgré ces mesures artificielles, la «discrimination positive» favorise l’émergence d’une authentique discrimination négative...
L auteur démontre surtout que c’est le plein emploi qui permet de mettre un terme à la ghettoïsation.
L’acceptation tant philosophique que juridique de la discrimination positive aux Etats-Unis découle de la conception d’une nation faite d’ethnies et de races différentes, "nation of many people", à l’opposé de l’idéal républicain, selon lequel les citoyens sont tous égaux. Il n’est donc pas possible, dés lors de transposer ce concept dans nos lois.