La Lettre des Cercles Libéraux, du 25 novembre 2005

Le socialisme de la terre plate
Naguère le Parti socialiste prônait « la rupture avec le capitalisme » et proposait de "changer la vie". Aujourd’hui il veut la rupture avec le libéralisme et se propose de changer le monde, faute de le comprendre.

Quand la droite cède aux sirènes de l’antilibéralisme primaire, prône le protectionnisme et la préférence communautaire, cède aux idées baroques d’une fiscalité morale et médiatique (fiscalité écologique ; taxe Tobin sociale ; taxe mondiale sur les billets d’avion...), quand elle érige son incompréhension de l’économie de marché en politique d’Etat (patriotisme industriel, dirigisme immobilier...) toute la géographie politique française se trouve bouleversée.
Quand la droite chasse sur les terres des idées de gauche, le Parti socialiste se déporte à l’extrême gauche.

L’approche économique du Parti socialiste, par rapport aux réalités du monde d’aujourd’hui, s’apparente à la croyance de ceux qui imaginaient la terre plate avant la révolution copernicienne.
La presse a noté que la synthèse du Parti socialiste proposée à l’issue de son Congrès du Mans a été nettement « gauchisée » :
- Renforcement des droits de douane pour mieux protéger les industries européennes ;
- Un gouvernement économique européen pour mieux contrôler la Banque centrale européenne et une réforme du pacte de stabilité – comprenez, une fuite en avant dans l’endettement publique –
- Exporter les services publics à la française – comprenez, porter nos monopoles publics au niveau européen –
- Augmenter l’impôt sur les sociétés pour doubler le budget européen ;
- Abroger les réformes pourtant modestes, engagées par le gouvernement ces dernières années sur les retraites, l’assurance maladie et le code du travail ;
- Reconstruire une EDF 100% public ;
- Instaurer les 35 heures pour tous et pénaliser les heures supplémentaires ;
- Rendre la CSG progressive, relever la progressivité de l’impôt sur le revenu, revenir sur la baisse de l’ISF, reformer la taxe d’habitation - comprenez en faire un nouvel impôt sur le revenu ;
- Taxer les entreprises qui licencient ;
- Taxer les entreprises qui importent des produits concurrents aux produits communautaires...

Hélas, cette synthèse n’exprime pas seulement un laborieux compromis tactique gauchisant pour réussir un congrès, si l’on décortique la motion majoritaire présentée par François Hollande on y retrouve peu ou prou les mêmes ingrédients. On trouvera en annexe un florilège de quelques-unes des mesures proposées par cette motion, dite plus modérée.

C’est bien tout le Parti socialiste qui est touché par cette fièvre gauchisante. C’est Jack Lang qui lance cette formule « il faut faire rendre gorge au capitalisme sauvage». C’est Dominique Strauss-Kahn qui, après avoir déclaré dans le Financial Times que le Parti socialiste cherchait une 3éme voie entre le libéralisme et le radicalisme de gauche, propose d’imposer des « nationalisations temporaires ».

Plus d’impôt, plus de services publics, plus de fonctionnaires, plus de dépenses publiques, plus de dirigisme..., nous sommes bien loin du socialisme de gouvernement qui faisait dire naguère à Lionel Jospin « l’Etat ne peut pas tout faire ». Désormais pour les socialistes l’Etat peut tout, l’Etat fait tout...et la terre est plate !


Alain Madelin

A LIRE  
Ecoute, petit Français
de Eric Revel
JC Lattès
La morale face à l'économie
de Bertrand Lemennicier,
Editions d'Organisation
« Ecoute bien, petit Français, mon frère qui grimace dés que l’on prononce le mot de libéralisme... ». Eric Revel, Rédacteur en chef à LCI, nous livre un livre alerte, agréable à lire à contre courant des idées dominantes. Des réflexions pleines de bon sens (sauf peut être pour sa promotion de l’Allocation universelle). Des dénonciations des divagations de l’esprit français bien présentes, au total un vrai régal.
Pour Bernard Lemennicier, l’économie a une morale. Cet essai, aux conclusions parfois surprenantes, expose en quoi l’économie s’occupe nécessairement des questions qui intéressent l’homme et donc la morale. Sur des sujets de sociétés tels que la drogue, l’avortement, les transplantations d’organe, la privatisation des rues, la discrimination, la démocratie...l’auteur développe l’apport éthique de l’économie au débat.

COURRIER DES LECTEURS

Toutes les nouvelles de l'activité des Cercles libéraux

Vos réactions, réflexions et contributions nous intéressent

     

Le PS est devenu le parti de la Restauration
Dominique Reynié, professeur des universités à l’IEP de Paris, a décrypté dans le Figaro le congrès du Parti socialiste.
"Depuis 2002, dans l'opposition, le Parti socialiste était devenu une sorte de parti conservateur. Il devient maintenant le parti de la restauration, se plaçant à contre-courant de l'Union européenne et à grande distance de tous les grands partis sociaux-démocrates voisins." Ainsi, "la gauche semble préparer, en cas de victoire, ou bien l'échec de sa politique économique et sociale, ou bien la répétition d'un revirement que ses électeurs assimileront, avec raison, à un nouveau reniement, aussitôt la victoire acquise."
Lire l'article

Une alouette ne fait pas le printemps socialiste
Relevé cette fausse note dans le concert gauchisant du congrès du Mans à l’égard de l’analyse de la société faite par François Rebsamen, membre de la direction du PS et proche de François Hollande :"Nous ne partageons pas la vision des deux France – celle qui va bien et celle qui va mal – car nous pensons que la société est beaucoup plus fragmentée que cela, qu’il y a de grandes différences de conditions au sein d’une même couche sociale. Il ne suffit pas que l’Etat décide de soutenir la France qui va mal. Il faut mettre en place des solutions beaucoup plus individualisées et faire intervenir d’autres acteurs. Par exemple, décider unilatéralement de l’augmentation du SMIC, comme le veut Fabius, ne touche pas les populations les plus précaires et risque de créer des effets de seuil pénalisant".



HUMEUR :
Viviane Forrester vient d’être promue par le ministère de la Culture officier dans l’ordre national du Mérite ! Son mérite c’est d’avoir commis deux best seller, « L’horreur économique » et « Une étrange dictature » qui indiscutablement sont des chefs d’œuvre d’ignorance économique. Le monde est soumis à une dictature ultra-libérale qui plonge les peuples dans toujours plus de pauvreté et de chômage. Le précédent gouvernement subventionnait ATTAC. L’actuel promeut la culture anti- économique, anti-entrepreneuriale et anti-libérale de madame Forrester. Plus qu’un symbole, il ne reste plus qu’à faire Fidel Castro Commandeur dans l’ordre de la Légion d’honneur !
A lire le portrait décapant de Mme Forrester par Guy Millière


LE CHIFFRE LA CITATION
0%
L’investissement dans l’industrie française est en panne. Zéro l’an dernier, zéro cette année, zéro l’an prochain. Voilà qui est préoccupant quand on se souvient de la formule «les investissements d’aujourd’hui sont les emplois de demain».
«L’esprit innovateur
s’attire l’inimitié de ceux
qui se satisfont des anciennes lois, mais ne s’attire
que la tiède défense de ceux
qui espèrent profiter
des lois nouvelles.
»

Machiavel

Ça bouge
Les bonnes initiatives gouvernementales sont rares. Raison de plus pour saluer la mise en oeuvre du Chèque emploi pour les petites entreprises par Renaud Dutreil et l'ouverture à la concurrence de l'ANPE.
Le chèque emploi pour les trés petites entreprises

Ce chèque permet par une déclaration simplifiée d’embauche à l’employeur de bénéficier d’un calcul des cotisations dues et d’un bulletin de paye à transmettre au salarié. Une idée libérale, enfin mise en oeuvre.
La sous-traitance des missions de l'ANPE. Depuis février, l’ANPE n’a plus le monopole du marché du retour à l’emploi. Il est ouvert à la concurrence privée pour deux ans. Ainsi, dans le Nord, plus de 1 200 allocataires sont « suivis » par un cabinet privé de placement australien, Ingeus, en lieu et place de l’ANPE.
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Privatisation des chemins de fer en Grande-Bretagne : ça marche
La privatisation des trains en Grande-Bretagne, largement décriée en France et certainement mal conduite à ses débuts, est aujourd’hui à nouveau sur les rails. On lira avec intérêt dans la revue Rail Passion, de novembre 2005, l’histoire de cette réussite. La lente métamorphose des franchises est illustrée par le succès de Virgin Trains qui est en passe de tenir ses promesses : «renouveler totalement le matériel en circulation, augmenter notablement les fréquences et réduire significativement les temps de parcours. La réalisation la plus spectaculaire étant l’instauration d’une liaison à grande vitesse entre Londres et Manchester. Les efforts d’investissement consentis semblent porter leurs fruits, les voyageurs affluent et le train regagne des parts de marché sur l’avion.»
A lire aussi "Pourquoi privatiser et mettre en concurrence la SNCF ?" de Christophe Maillard.

La France des quotas
Notre ami Jacques Garello défend avec conviction et justesse le choix de la responsabilité, de la liberté et du respect des autres. Les quotas et la discrimination positive, sources d’éclatement social à long terme ne sont pas des solutions. Pour répondre aux comportements induits par l’Etat Providence, « un droit général à bien vivre sans ne rien faire », il faut changer les règles du jeu social.
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  Réforme libérale du système éducatif anglais
Au moment où notre système éducatif étale ses échecs dans les banlieues, l’Angleterre montre à nouveau la voie avec une profonde réforme des collèges anglais. Objectif affiché : "favoriser l’accès du plus grand nombre à un enseignement de qualité, notamment dans les quartiers les plus pauvres des grandes villes ". Les maîtres mots de cette réforme "indépendance, choix, diversité" sont très exactement ceux des réformes proposées en France par les libéraux
.
«Tony Blair va révolutionner les collèges anglais».

 Où faire des affaires en 2006 ? La france, 44 ème choix !
Dans son rapport annuel, «Doing business» établit pour la première fois un classement mondial des réglementations liées aux entreprises. Les pays de l’Europe de l’Est mettent en œuvre les réformes de simplification les plus importantes à l’opposé des pays africains et du Moyen Orient. Cette comparaison des performances en matière réglementaire dresse un classement des pays sur la facilité d’y faire des affaires. Si 11 pays européens sont classés dans les 30 premiers, la France en est absente (44ème position!).
Lire le rapport publié par le groupe de la Banque mondiale "Doing Business in 2006"

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Incroyable mais vrai !
Le nouveau programme du PS
Florilège des mesures proposées par la motion Hollande


> Toujours plus d’impôts, de dépenses publiques
et de dettes

« Les annonces de baisse d’impôts pour 2007 seront remises en cause. »

« Le domaine de la progressivité doit s’étendre au détriment de la proportionnalité.»

« Doubler le budget européen, à 2% du PIB en se dotant d’un impôt européen qui pourrait être une taxe additionnelle à l’impôt sur les sociétés. »

« Un plafonnement du quotient familial dans le calcul de l’impôt sur le revenu. »

« La modulation de l’impôt sur les sociétés, selon l’ampleur des bénéfices mis en réserve pour l’investissement. »

« Mise en place d’une fiscalité écologique juste et efficace. »

« Garantir à chacun une retraite fondée sur un taux de remplacement en mobilisant de nouvelles ressources à travers notamment une contribution de solidarité sur l’ensemble des revenus. »

« Le transfert d’une partie des cotisations sociales patronales, qui pèsent aujourd’hui sur la seule masse salariale, sur la valeur ajoutée. »

« La taxe d’habitation est injuste. Pour corriger cette injustice, il faudra prendre en compte les revenus. »


> Toujours plus de dirigisme

« La création d’une société de participation publique qui deviendra le pôle financier du secteur public. »

« De nouveaux services publics seront organisés : petite enfance, autonomie des personnes âgées, logement, eau, service bancaire de base. »

« La Caisse des Dépôts pourrait devenir le levier et l’instrument des interventions financières de l’Etat par la voie de la participation en capital au nom de l’intérêt stratégique des secteurs ou des entreprises concernées. »

« Généraliser la réduction du temps de travail. »

« Créer un service public de la petite enfance. Les inégalités sont massives à cet âge. »

« Un effort national de construction de logements sociaux avec l’objectif de construction de 120 000 logements par an. »

« Une véritable politique de mixité sociale, avec un renforcement des obligations et des sanctions pesant sur les villes en application de la loi SRU, en matière de logement HLM. »

« La densification des villes est un des outils indispensables pour lutter contre la pollution et le gaspillage énergétique. »

« Une agence nationale garantissant à tous les Français, quelle que soit leur place sur le territoire, un accès aux réseaux numériques à très haut débit. »

« Il nous faudra revoir les critères du pacte de stabilité. » et « Réviser les statuts de la Banque centrale européenne.» Comprenez : supprimer les freins européens à l’endettement public.

« Introduire un revenu minimum européen, qui traduirait les droits économiques du citoyen européen – le droit à un niveau de vie minimum. »

« Créer le gouvernement économique européen. »

> Anti mondialisation primaire et protectionnisme

« Toute notre démarche consiste à maîtriser, réguler, encadrer, contester le marché pour faire valoir l’intérêt général. C’est notamment le rôle que nous attribuons au service public. C’est vrai à l’échelle de la France, de l’Europe et du monde. »

« Le principe directeur de la gouvernance économique mondiale est aujourd’hui le libre-échange et la libéralisation de toutes les activités...Le monde a besoin d’un renversement de perspective. Les socialistes doivent le promouvoir. »

« La recherche de ressources assises sur les richesses créées en permanence par la mondialisation est indispensable. Il peut s’agir de taxes sur les transactions financières (type Tobin), sur les émissions de gaz carbonique, sur le transport maritime ou aérien, ou encore d’un prélèvement supplémentaire sur l’impôt sur les sociétés dépassant un certain chiffre d’affaires. »

« Définir une politique monétaire mondiale, fondée sur des marges de fluctuation prédéfinies entre les principales devises internationales. »

« Placer le FMI, la Banque Mondiale et l’OMC sous la tutelle d’un organe des Nations-Unies : le conseil de développement humain. »

« Changer les règles de l’OMC. »

« La communauté internationale ne doit pas accepter que le commerce se développe au prix du dumping social, du travail forcé ou celui des enfants, mais utiliser le commerce comme levier pour accroître le niveau social des pays du Sud. C’est pourquoi il est légitime de demander que l’ouverture commerciale s’accompagne de standards plus forts en matière de droits sociaux et syndicaux. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A gauche,
la victoire sera cruelle

Professeur des universités à l'IEP de Paris, Dominique Reynié, auteur du Vertige social nationaliste (La Table ronde), décrypte pour le Figaro le congrès du Parti socialiste qui vient de se tenir au Mans. Il estime, au plan tactique, que François Hollande a réussi une contre-offensive en faisant éclater la fronde montante.

LE FIGARO - Que penser de la synthèse du PS réalisée au Mans ? S'agit-il d'une alliance de circonstance ou pourra-t-elle mettre un terme aux luttes engagées entre «socialisme de transformation» et «socialisme d'accompagnement» ?
Dominique REYNIÉ. – François Hollande a préféré ressouder les troupes plutôt que de trancher les questions de fond. Cette synthèse circonstancielle pourrait coûter cher. Le PS ne parvient pas à sortir de la position exceptionnelle qu'il occupe en Europe, en investissant une ligne programmatique qui paraît rompre avec le cadre environnant. Il s'agit – et c'est frappant – d'un tribut payé à ce «social-nationalisme» qui fait retour en 2005, durant la campagne référendaire, prenant la nation pour cadre principal et l'Etat comme unique levier d'une politique sociale qui ne vise plus la simple conservation des «acquis sociaux», mais bien, désormais, leur restauration : nationalisation d'EDF, abrogation du contrat nouvelles embauches, de la loi Fillon sur les retraites... Depuis 2002, dans l'opposition, le Parti socialiste était devenu une sorte de parti conservateur. Il devient maintenant le parti de la restauration, se plaçant à contre-courant de l'Union européenne et à grande distance de tous les grands partis sociaux-démocrates voisins. Le PS français paraît prendre le risque de devenir un parti de la restauration dans un monde en pleine révolution. Cet ancrage idéologique est comme indépassable. Les efforts de François Hollande, dans son discours de clôture, pour trouver un équilibre entre le devoir de réalisme et l'unité du Parti ne sont pas parvenus à contenir les promesses qui laissent prévoir de grandes déceptions. Ces désillusions feront évidemment les beaux jours des forces protestataires, de gauche comme de droite. Un tel programme de gouvernement mènerait, s'il était mis en oeuvre, à la répétition du dilemme de 1983 : faut-il poursuivre cette politique en assumant la rupture avec l'Union européenne, c'est l'option «sociale-nationaliste», ou bien au contraire faut-il choisir l'Europe et investir l'option sociale-libérale ?

La gauche se retrouverait-elle, une fois de plus, dans un labyrinthe ?
Oui, elle prend le risque de se retrouver à la fois perdue et isolée au sein de l'Union européenne. La gauche semble préparer, en cas de victoire, ou bien l'échec de sa politique économique et sociale, ou bien la répétition d'un revirement que ses électeurs assimileront, avec raison, à un nouveau reniement, aussitôt la victoire acquise. Certes, on peut considérer que ces discours n'engagent pas, en réalité, le Parti socialiste, que leur utilité est limitée à la victoire électorale, mais une telle hypothèse est déjà porteuse de catastrophes électorales pour la gauche de gouvernement et peut-être pour le pays tout entier.

C'est un mode de fonctionnement à la Pyrrhus que vous décrivez là !
Dans cette hypothèse, en effet, la victoire sera cruelle. Dans le monde qui est le nôtre, compte tenu de ce que la France doit à son environnement, de notre interdépendance, de la compétition fiscale, de la mobilité du capital, un tel programme ne peut qu'aboutir à un échec retentissant.

Le PS français gagnerait-il à s'inspirer des modèles socialistes de nos voisins?
Si l'on est socialiste, il serait judicieux d'observer non pas les partis socialistes qui ont réussi à gagner des élections, mais ceux qui ont réussi à être réélus, comme le faisait remarquer François Hollande dans son discours de clôture. C'est le cas du Parti travailliste britannique ou du SPD allemand. Ils ont tous les deux tranché la question doctrinale et sont devenus de puissants partis de gouvernement. Leur pragmatisme contraste spectaculairement avec notre PS, fasciné, aveuglé, par les marges électorales du gauchisme. Cette inclinaison conduit à la défaite économique ou à la débâcle morale, voire aux deux. Les grands partis sociaux-démocrates européens ont pourtant été capables de prendre en charge des réformes nécessaires sans être sanctionnés électoralement, sachant qu'aucun parti démocratique n'est destiné à gouverner toujours. En cela, ils jouent pleinement leur place dans l'histoire de leur pays et tendent maintenant à peser plus que nous sur l'orientation de l'Europe.

Le PS a-t-il définitivement renoncé au réalisme qui a permis en son temps la création de la SFIO ?
Il est frappant de voir le PS renouer avec le thème des nationalisations. EDF n'a pas été privatisée au sens où elle appartiendrait à de grandes entreprises du secteur privé. EDF conserve un capital majoritairement public et c'est presque 5 millions de Français qui en sont désormais actionnaires ! On peut en déduire que l'actionnariat populaire n'est pas légitime aux yeux du PS. Accroché à une conception jacobine de l'économie, le PS révèle ainsi une défiance non seulement vis-à-vis du secteur privé mais aussi de la société civile. Le succès de la privatisation partielle d'EDF traduit l'engagement massif d'épargnants modestes et ne devrait pas susciter de telles réactions de la part d'un parti qui ambitionne par ailleurs de mobiliser les classes moyennes comme les classes populaires.

Le PS doit-il tout espérer d'un homme providentiel ?
Aujourd'hui, la personnalité qui a réellement émergé de ce Congrès, c'est bien François Hollande. Sur un plan tactique, il a réussi une contre-offensive faisant éclater la fronde montante. Arnaud Montebourg est d'ailleurs reparti avec son projet de VIe République sous le bras ! Par ailleurs, il a réussi à ramener dans ses filets des personnalités qui, comme Henri Emmanuelli et Jean-Luc Mélenchon, proclamaient jusque-là ne plus voir de différence entre le 1er secrétaire de leur parti et un homme politique de droite. Apparemment, le Congrès se termine au bénéfice de François Hollande. Depuis 2002, il est celui qui, presque sans cesse, raccommode et reconstruit. Nul ne peut plus lui contester le rôle de patron. Il reste que le schisme du 29 mai n'a pas été dépassé, mais simplement enfoui. Les désaccords vont immanquablement resurgir. Le PS vient de reculer, une fois encore, devant l'épreuve de vérité si nécessaire, non seulement à ce parti politique, mais aussi à la démocratie française et à l'Union européenne.

Propos recueillis par Marie-Laure Germon
22 novembre 2005

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les fantasmes
de Madame Forrester


Voici quatre ans Viviane Forrester avait publié ce qui fut sans aucun doute le livre le plus inepte et le plus stupide de la décennie.Les médias français qui sont composés de fins connaisseurs et d'excellents pratiquants dans les domaines de l'ineptie et de la stupidité lui ont fait un triomphe.
Enfin, ils avaient entre les mains un livre d'économie qu'ils pouvaient comprendre de la première à la dernière page : et c'était normal, il n'y était pas un seul instant question d'économie. Enfin, ils pouvaient lire un livre qui leur présentait le monde contemporain comme ils se l'imaginaient en fréquentant les sauteries gauchistes de chez Maxim's : peuplé de rapaces ignobles avides du sang des masses laborieuses. En ce début d'année 2000, Viviane Forrester récidive.
Il y a dans son nouvel essai, « Une étrange dictature », un certain nombre de progrès par rapport à l'ouvrage précédent : Viviane Forrester ne prétend plus parler d'économie et nous offre l'occasion d'admirer sa cuistrerie et son ignorance sous un angle beaucoup plus large. Ce qui ne manque pas d'intérêt.
À un certain degré, le vide mental peut se révéler vertigineux à observer.
Elle pose, qui plus est, sur la quatrième page de couverture,davantage décorée de bijoux,de boules dorées et de guirlandes qu'un arbre de Noël à la fin du mois de décembre et porte sur son visage un sourire qui révèle au grand jour ce qui était flagrant déjà dans « L'horreur économique », mais qui, là se montre dans toute son obscénité: madame est riche et aime le montrer,madame a des loisirs et elle est généreuse, alors elle se penche sur cette espèce qu'elle connaît si mal : les pauvres; et sur une espèce qu'elle connaît encore plus mal : les entrepreneurs. On peut ajouter à cela, dans le travail du style, ce qui est un autre progrès, une volonté nette de faire des effets d'écriture montrant que tout cela n'est pas sérieux : madame a des fantasmes et des visions hallucinatoires et entend les faire partager, quitte à forcer un peu dans la dimension apocalyptique.
Au centre des visions de madame, il y a un monde soumis à un régime dictatorial, méprisant, cynique, arrogant, celui, vous l'avez deviné, de l'ultra-libéralisme (dans le monde de madame, le libéralisme n'existe pas, il n'y a que ultra libéralisme).Ce régime cruel, nous dit madame,va chaque jour de fiasco en fiasco (on s'étonne d'ailleurs qu'il ne se soit pas encore effondré, mais rassurez-vous, ça ne sa urait ta rder). Les populations du monde, asservies, opprimées, de plus en plus exsangues, ne se révoltent pas car le régime cruel dispose d'efficaces instruments de propagande. On vous parle d'économie de marché, mais non, ne vous y trompez pas, c'est d'ignobles spéculations marieuses qu'il s'agit et de la frénétique "dévoration instituée de tous et de tout par quelques-uns" qui a pour seul but, au nom de l'infâme profit, de "généraliser la misère et de générer des enfers terrestres". On vous parle de démocratie, mais ne vous laissez pas duper : la seule question que se pose le régime cruel face aux populations est "comment s'en débarrasser"?
Exterminer est devenu difficile à grande échelle,alors en attendant que ce soit possible, on licencie, on réduit à l'indigence. Les adeptes du régime cruel, ces ultra libéraux qu'il aurait déjà fallu sans doute, selon madame, éliminer, vous disent pour vous tromper que tout va mieux en Amérique.
Mais ne vous y trompez pas : l'Amériq ue est un pays peuplé de créve la-faim errant hagards dans les rues en quête de pitance sous le regard hautain de quelques milliardaires, et, si une famille sur deux y possède des actions en bourse, c'est qu'on a conçu un piège pour mieux voler leurs maigres économies. Comble de scandale,on veut y faire travailler ceux qui restent un peu trop longtemps en situation d'assistés sociaux Quelle horreur! Leur demander de travailler! Ce sera, nous dit madame,ajouterà leur misère un ii mépris absolu »,et qui sait si çà ne pourrait pas donner un jour l'idée aux cruels gouvernants de parquer ces inutiles, ces parasites dans des réserves et des camps (avec fil électrique et mirador?). Déjà en Europe, ajoute madame, on offre aux chômeurs moins d'argent qu'à ceux qui travaillent, alors qu'une société "incapable de leur offrir le travail auquel ils ont droit devrait au contraire leur donner des prestations supplémentaires",et,vraisemblablement les payer davantage que ceux qui travaillent et dont le "droit au travail" n'a pas été violé.
Bientôt, insinue madame,c'est aux assistés européens qu'on finira par demander de travailler vous verrez... Bientôt, on va faire en Europe comme en Amérique : on va voler les pauvres en leur faisant acheter des actions en bourse, et on appellera ça fond de pension, comme en Amérique. Madame vous l'aura bien dit ! Et comme un malheur ne vient jamais seul,cela pourrait risquer de pousser les pauvres à s'intéresser à la rentabilité des entreprises dont ils seront actionnaires.
Quel malheur en effet !
Au bout de cette vision de cauchemar,à faire pâlir les survivants des camps de concentration nazis et soviétiques, madame, convaincue de vous avoir envoûté, vous propose la Solution : résister,refuser,crier que vous ne voulez pas de cette abomination.
Comme on est dans le domaine du fantasme, bien sûr, madame, ne vous propose pas de solutions concrètes- Mais pourquoi parler de la vile réalité dans un univers fantasmatique ? Madame se refuse à parler de l'avenir et des prochains épisodes : "face à l'inadmissible, écrit-elle, il ne s'agit pas de dicter un avenir précis". Surtout pas !
Madame a dû être punk dans sa jeunesse et se souvient des bons slogans : No future ! Madame a dû connaître Mai 1968 aussi et a dû faire partie des jeunes gens qui ricanaient quand ceux à qui ils venaient de hurler qu'il fallait détruire ce monde pourri leur demandaient ce qu'ils voulaient mettre à la place. Rien, bien sûr. lls ne voulaient rien mettre à la place. Madame non plus ne veut rien mettre à la place.
Elle veut juste faire peur, juste cracher sa haine, juste aller au bout de ses délires et de ses démons intérieurs.
Dans une époque normale, on ne devrait voir là rien d'autre qu'un livre d'épouvante un peu médiocre à classer sur le rayonnage d'une librairie spécialisée entre les sous produits bas de gamme du Frankenstein de Mary Shelley et ceux du Dracula de Bram Stoker.
Malheureusement, nous ne sommes pas dans une époque normale. Il y a des gens pour croire que les fantasmes de madame décrivent l'univers dans lequel nous vivons. Il y en a dans les journaux, et des gens qui écrivent dans le quotidien Le Monde, pourtant réputé sérieux, ont cru voir dans le livre ci-dessus décrit une alternative au « libéralisme planétaire ». Il y en a au gouvernement : observez le regard fixe et pétrifié de Lionel Jospin et vous comprendrez que les fantasmes de madame lui ont secoué le bulbe.
Vous verrez que les effets du livre vont se faire sentir, susciter des débats.
Il ne faudrait pas prendre tout cela trop au sérieux, bien sûr, et nous ne saurions conseiller aux lecteurs des "Quatre vérités" que de répliquer à qui leur parlera d' "Une étrange dictature" par un grand éclat de rire et par quelques mots de compassion. Néanmoins (et c'est pour cela que nous avons consacré tant de place à un livre qui en mériterait fort peu), quand ceux qui prennent les vessies pour des lanternes et les fantasmes masturbatoires pour la réalité se font nombreux, on peut se demander s'il n'y a pas péril en la demeure. Nous saurons dans quelques années s'il s'agissait d'un véritable péril. Néanmoins,si au cours des mois qui viennent vous voyez des gens toujours plus nombreux se promener dans les rues en citant Madame Forrester et en arborant un regard halluciné et jospinien, nous ne saurions vous conseiller qu'une seule solution: fuyez...

Guy Millière

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand la concurrence
réveille l'ANPE

Chômage Depuis février, l'ANPE n'a plus le monopole du marché du retour à l'emploi. Il est ouvert à la concurrence privée pour une expérience de deux ans. Le «taux d'adhésion des chômeurs est très inférieur aux prévisions», estime l'Unedic. Reportage.

«AUJOURD'HUI, on s'appelle tous Dominique.» Jean-François, jean, baskets et tee-shirt jaune, enfonce la touche du magnétophone. En fond sonore, des bruits de casseroles et de couverts s'entrechoquent. Assis autour de la table en U, six éducateurs de l'ANPE) testent une nouvelle méthode de recrutement : la «simulation par profil», chère au ministre de l'Emploi, Jean-Louis Borloo, dans laquelle l'évaluation des compétences passe théoriquement avant le CV et les diplômes.
Agence nationale pour l'emploi («Dominique, des crêpes pour vingt personnes», réclame brusquement le magnétophone. Personne ne rit. Les éducateurs-stagiaires vont pendant deux heures simuler la vie d'une cuisine de restaurant, la fabrication des plats, le suivi des commandes, la préparation des assiettes. Le rythme s'accélère. Le bruit augmente à l'heure du coup de feu.

• Les plates-formes de vocation de l'ANPE

Cette méthode de recrutement utilisée à Lille sera ensuite appliquée à Roubaix. La «plate-forme de vocation» du quartier de Moulins a été inaugurée par l'ANPE en octobre, au premier étage d'une ancienne filature en brique rouge. Elle a pour objectif de «valoriser» auprès des jeunes non qualifiés les métiers «en tension». En clair, ceux pour lesquels il y a plus d'offres d'emploi que de demande : hôtellerie, restauration, bâtiment, nettoyage. Le Nord-Pas-de-Calais compte cinq plates-formes de vocation, à Lille, Calais, Liévin, Roubaix et Valenciennes.
Les tests ont été élaborés par les entreprises elles-mêmes (Flunch, McDo, Léon de Bruxelles), qui ne trouvent pas de personnel. «Il s'agit de repérer chez les candidats au poste d'employé polyvalent de restauration leur capacité à travailler sous pression», explique Catherine Jaussème, l'animatrice responsable de la plate-forme. En moins de deux mois plus de 70 jeunes sont passés au 124 de la rue de Douai.

Ce n'est pas le seul changement dans le service public de l'emploi. Le gouvernement a décidé de faire de Lille, de Rouen, de la région Rhône-Alpes le terrain d'expérimentation de la «privatisation» du «marché de l'accompagnement des chômeurs». Menées depuis février dernier, les évaluations sont encore en cours. Avec un taux de chômage de 13,4%, dont 12,2% pour le seul bassin de Lille, la région paie au prix fort la disparition de son tissu industriel. Près de 60% des offres d'emploi viennent aujourd'hui des services, du commerce de détail, de la santé et de l'action sociale. «La proportion d'établissements projetant de recruter est plus faible que pour la France entière, 18,7% contre 22,8%», note l'Assedic du Nord-Pas-de-Calais.

• Le «job café» d'Ingeus

Au début de l'année, un appel d'offres a donc été lancé pour une expérience pilote de 24 mois visant à remettre en selle les demandeurs d'emploi présentant un «risque aigu de chômage de longue durée». L'australien Ingeus l'a emporté à Lille. Adecco, Altedia, Etap'Carrière ont décroché des missions similaires ailleurs en France. Son objectif est simple. Il doit, au rythme d'un accompagnement de dix mois maximum, reclasser 6 000 personnes préalablement sélectionnées par l'Assedic à Lille et à Rouen en deux ans.

Au cinquième étage d'un immeuble arrondi, à dix minutes à pied de la gare de Lille-Europe, les locaux d'Ingeus ressemblent à la proue d'un bateau dont la coque serait une baie vitrée. Murs blancs, moquette bleue, plantes vertes, écrans plats, tout s'ordonne impeccablement sur 800 mètres carrés. A côté de l'espace de travail où 24 conseillers reçoivent leurs «clients» une fois par semaine, une «salle de ressources» met à la disposition des stagiaires une quinzaine d'ordinateurs, des téléphones, des journaux, une photocopieuse, une revue de presse. On y vient quand on veut. «On l'appelle le job café pour que les gens se l'approprient», explique Annick Chautard, responsable du site.
L'accompagnement proposé n'est pas une obligation. Selon Annick Chautard, 80% des chômeurs l'acceptent dès leur premier rendez-vous et sur les 20% qui le refusent, 1% seulement le font par principe ou parce qu'ils jugent la formule trop contraignante. Les résultats sont pour l'instant mitigés. Sur 2 957 demandeurs d'emplois contactés par téléphone par l'ANPE, 1 517 personnes avaient accepté fin septembre un rendez-vous chez Ingeus. 1 201 ont suivi le cursus, mais seulement 315 d'entre eux ont retrouvé une activité professionnelle, calculent l'ANPE et l'Assedic des pays du Nord. Et Ingeus est souvent accusé de faire faire du marketing sur le dos des chômeurs et de favoriser l'emploi précaire.

• L'Assedic et ses «clients»

Pour Karim Khetib, directeur de l'Assedic des pays du Nord, l'arrivée d'Ingeus a toutefois le mérite de faire changer les habitudes : «Cela nous a permis de travailler différemment.» Il le fallait.
La première démarche d'un chômeur passe en effet par l'inscription à l'Assedic. Ce qui est le plus souvent synonyme de bousculade, files d'attente et guichets alignés qui ne préservent aucune intimité. Pourtant cette étape est cruciale : c'est dans ses premiers mois d'arrêt qu'un chômeur a le plus de chance de retrouver un emploi. Plus on laisse passer de temps, plus le reclassement est difficile. Le conseil et l'accompagnement du chômeur sont donc à ce stade indispensables.

L'antenne Assedic de Lomme, la plus importante de Lille, s'est ainsi complètement réorganisée. Elle accueille désormais les demandeurs d'emplois sur rendez-vous et ses 18 conseillers disposent de bureaux privés pour les entretiens. Deux bornes Internet – bientôt quatre – sont à la disposition des demandeurs d'emploi au rez-de-chaussée. «Le débat n'est pas celui d'Ingeus, c'est celui de l'accompagnement personnalisé. Avant, on donnait une aspirine à tout le monde, aujourd'hui, on doit adapter la prescription au demandeur d'emploi», résume Denis Cavillon, directeur adjoint, responsable du réseau clients. Réseau clients ! L'expression fait sourire, mais, ajoute-t-il : «Le chômeur croit toujours pouvoir s'en sortir seul et c'est au huitième mois qu'il se rend compte que personne ne l'attend.»

L'Unedic (qui regroupe les Assedic) et l'ANPE, qui va recruter 4 500 agents supplémentaires, vont en outre rapprocher leurs actions, leurs sites et leurs outils informatiques, comme le prévoit une nouvelle convention en cours de négociation. L'ANPE devra recevoir dès le 1er janvier 2006 chaque chômeur au moins une fois par mois. Dans le Nord-Pas-de-Calais, où 250 postes doivent être créés, 8 000 candidats se sont présentés au concours. Gaëtan Lermusieaux, diplômé de l'école de commerce du Havre, qui dirige l'agence ANPE de Lille-Bleuets, est convaincu que la situation va changer très vite. «Les conseillers auront chacun leurs clients et les agences vont pouvoir se spécialiser par métiers». Lui aussi pense que la collaboration avec des entreprises privées est bénéfique. «Elles nous apprennent à faire de l'accompagnement ciblé, du coaching. Nous leur apportons nos relations privilégiées avec les entreprises.»

• Concurrence et contrôle renforcé

Pour le moment, en effet, Ingeus et les autres «puisent dans le vivier que nous leur proposons. Ils n'ont pas de fonds de commerce et cherchent à en créer un», souligne Denis Cavillon. «Nous n'avons pas d'équipe commerciale, reconnaît Annick Chautard, mais nous travaillons en partenariat avec certaines entreprises de la région. Elles sont aussi en relation avec l'ANPE. Après, c'est au plus réactif de jouer. Et là, nous avons l'avantage du privé», assure la patronne d'Ingeus Lille ! L'agence ANPE des Bleuets ne compte pas rester les bras croisés. «L'équipe doit récolter 3 200 nouvelles offres d'emploi cette année et démarcher 950 entreprises. Chaque conseiller fera 10 visites par mois et aura un objectif de résultat», avertit Gaëtan Lermusieaux.
En parallèle, le chômeur sera plus sévèrement contrôlé. Le gouvernement a renforcé à la fin de l'an dernier les sanctions qui peuvent aller jusqu'à la suppression de l'indemnisation au troisième refus d'une «offre valable d'emploi». A Lille entre 2% et 3% des demandeurs d'emplois ne se présentent pas aux convocations de l'Assedic. «Mais les fraudeurs sont extrêmement marginaux et, pour nous, les règles sont claires, il n'y a pas de raison qu'il n'y ait pas de sanctions», tranche le directeur adjoint de l'agence de Lomme. «Dans tous les systèmes il y a des droits et des obligations qu'il faut respecter», reconnaît la directrice régionale de l'ANPE, tout en soulignant qu'il n'y a pas plus de radiations de chômeurs à Lille qu'ailleurs.

• Des agences d'intérim très motivées

Reste que le renforcement des contrôles semble avoir un impact direct sur les sociétés de travail temporaire qui, dans le cadre de la loi de cohésion sociale de janvier 2005, sont autorisées à faire du placement en contrat à durée indéterminée. «Cette activité de recrutement double pratiquement de mois en mois», estime François Roux, délégué général du Syndicat des entreprises de travail temporaire (SETT). Il y voit un réel avenir pour la profession, à l'image de ce qui se fait en Angleterre. «Chez nous, si quelqu'un veut vraiment un job, il le trouve. La concurrence aidant, il n'a que le choix entre les agences», ajoute l'un des adhérents du SETT.

Arnaud Rodier
23 novembre 2005

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pourquoi privatiser et mettre en concurrence la SNCF ?


Les premières gelées hivernales n'auront pas refroidi les ardeurs grévistes des fonctionnaires de la SNCF et de la RATP. Les grandes parades rouges sont devenues une banalité, une sorte de rituel social tellement coutumier que c'est leur absence qui interpellerait les Français. Ces conflits font penser à ces scenarii de films qui, présentant toujours la même trame, ne surprennent plus personne : mêmes revendications, mêmes issues. Défense du service public, de l'emploi, et des salaires d'un côté et, de l'autre, un déliement des cordons de la bourse étatique afin d'acheter la paix sociale.

Le nombre tout à fait anormal de ces conflits, leur coût - aussi bien pour le contribuable que pour les grévistes non payés - et l'aspect pénalisant pour tous ceux qui souhaitent pouvoir se rendre au travail, dans les écoles, les hôpitaux ou plus simplement en vacances doit nous amener à repenser l'organisation de la SNCF. Le combat à mener est rude pour nos politiciens car ils rencontreront la fureur des conservateurs refusant d'ôter leurs oeillères et de voir en face un monde qui évolue à contre-courant de leur pensée et de leurs acquis. A l'heure où les syndicats dénoncent la « privatisation rampante », rares seront ceux qui oseront prendre le contre-pied de ces organisations professionnelles pour réclamer sans complexe une privatisation rapide et salvatrice de la SNCF ainsi que l'ouverture des transports ferrés à la concurrence. Loin de reposer sur une réaction épidermique aux grèves, cette proposition s'assied sur des raisons d'ordre social, économique et moral.

Une privatisation rendrait la SNCF indépendante du pire des gestionnaires qu'est l'Etat et responsabiliserait par là même la direction et les employés en cas de conflit : la direction, sous la pression des actionnaires en quête de rentabilité, ne pourrait laisser pourrir des situations de désaccord et devrait entamer dès que nécessaire des discussions afin de prévenir ou de limiter la durée de ces coûteux conflits. De l'autre, les salariés auraient tout intérêt à ne pas s'arc-bouter sur des positions indéfendables et mettant en danger la continuité d'exploitation de l'entreprise ou plus simplement ses capacités à augmenter les salaires ou à développer l'emploi en son sein. Seule la responsabilisation de la direction comme des syndicats peut amener à une amélioration du dialogue social. De l'autre, les clients de la SNCF verraient le nombre de conflits diminuer et pourraient envisager le choix du transport ferroviaire plus sereinement. Nous brisons ici le premier tabou : la privatisation a pour support intellectuel une raison d'ordre social !

La privatisation se justifie également pour des raisons d'ordre économique : nombreux sont ceux qui décrient les mauvaises pratiques de gestion de la SNCF. Des trains quasiment vides aux errances de la comptabilité analytique, c'est un sentiment d'abandon de gestion qui s'offre à nous. En privatisant, des actionnaires deviennent - proportionnellement à leur investissement - propriétaires de la SNCF. Or, la création de la propriété est à la source d'une meilleure gestion et d'une meilleure attention portées au bien dont on est justement propriétaire. Aristote nous le rappelait déjà en son temps : « ce qui appartient à tout un chacun est le plus négligé, car tout individu prend le plus grand soin de ce qui lui appartient en propre ». En d'autres termes, la pression économique des actionnaires engendrera une meilleure gestion au service du contribuable comme de l'usager.


Enfin, la privatisation se justifie par des raisons d'ordre moral : la transport ferroviaire est aujourd'hui financé par des contribuables qui ne voyagent pas nécessairement en train. Nous pensons que le principe utilisateur / payeur est le seul principe qui soit moralement juste. On nous rétorquera alors que le financement actuel a pour fondement le principe de « solidarité » - les plus aisés venant en aide aux plus démunis - et que la recherche de la rentabilité amènera à la suppression de certaines lignes, au détriment de l'aménagement du territoire. Ces raisonnements sont de courte vue. En effet, une société privatisée doit satisfaire un maximum de citoyens pour atteindre ses objectifs de rentabilité ; cette satisfaction maximisée engendra un accroissement certain de l'utilisation des transports ferroviaires, abaissant ainsi le point mort et permettant donc de diminuer les prix. Le transport devient alors accessible aux personnes à moindre revenu comme l'est aujourd'hui devenu le téléphone. Le service public n'est d'ailleurs pas gage de bas prix : il suffit de consulter le tarif d'un simple aller et retour Paris / Lyon pour le constater. Enfin, pour ce qui est des suppressions de ligne, on peut penser qu'effectivement certaines lignes très peu utilisées seront supprimées. Cependant, le besoin des quelques personnes qui utilisaient ces services pourra être satisfait par des services alternatifs que le secteur privé mettra en place dès qu'il percevra la demande. Un service de bus privé entre deux petites villes qui étaient auparavant desservies par un train dont les coûts structurels étaient démesurés par rapport au service rendu pourra par exemple répondre de manière plus adaptée et plus juste au besoin local. Ces services ne se développent pas aujourd'hui car le financement par le contribuable créé une distorsion du marché. N'y a-t-il pas là quelque chose d'immoral à empêcher des individus, par la taxe arbitraire de contribuables impuissants, de développer un commerce adapté à un besoin ?

La privatisation de la SNCF ne peut néanmoins pas faire l'économie de sa mise en concurrence. A quoi sert-il de réformer la SNCF si l'on en reste à un monopole, fût-il privé ? La mise en concurrence se justifie également au nom de principes moraux. Au nom de quoi interdirait-on un concurrent d'entrer sur le marché ? Au nom de quoi priverait-on les citoyens de leur liberté de choix ? La concurrence est une nécessité urgente car elle est le moteur du service au public : elle est la seule à créer une émulation des sociétés afin qu'elles servent au mieux et à moindre coût leurs clients. Sans concurrence, aucune incitation à mettre en place les efforts nécessaires afin que le service au public soit le meilleur possible.

D'un point de vue économique, la concurrence accélèrera la baisse des prix amorcée par la privatisation. Les clients recherchant à qualité égale un coût moindre, les entreprises réaliseront des économies structurelles afin de développer au mieux leur fonds de commerce. Or, une diminution des coûts pour les usagers, associée à un retrait du contribuable, conduit à une augmentation salvatrice du pouvoir d'achat en ces périodes de revendication salariale ! Par ailleurs, des transports ferroviaires plus adaptés, moins coûteux, plus à l'heure, moins en grève et assurés par de multiples compagnies auront pour effet non accessoire d'augmenter les droits de passage que RFF facture. Les contribuables, comme les autorités Bruxelloises, ne seront pas insensibles à une telle évolution.

Enfin, l'augmentation du trafic aura également pour conséquence le désengorgement des routes et la diminution des transports plus polluants, qu'ils soient automobiles ou aériens. La privatisation et la concurrence ne peuvent donc faire que des gagnants : les clients, les contribuables, les employés et l'environnement !

Ce discours choquera certainement plus d'un énarque, mais il à l'avantage d'être dans le sens de l'Histoire. Le service au public ne s'obtiendra ni par le statu quo ni par une « privatisation rampante » mais bien par une privatisation galopante avec mise en concurrence !

Christophe Maillard, le 20 novembre 2005

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA FRANCE DES QUOTAS

Nos dirigeants politiques cherchent la solution du drame français du côté de la discrimination. Jacques CHIRAC nous donne des leçons de morale : nous écarterions de l’emploi et de la communauté des gens qui auraient pour seule tare de ne pas nous ressembler. Avis aux entrepreneurs : ils doivent cesser de recruter sur des critères raciaux, religieux, physiques ou géographiques. De son côté Nicolas SARKOZY, depuis plusieurs mois, s’est fait le chantre de la discrimination positive, il avait d’ailleurs installé avec éclat un préfet musulman. Le législateur lui-même a voté une loi contre la discrimination, et notamment l’homophobie, dont il est fait un usage quotidien. Tous égaux, parce que tous pareils.

Certes je suis convaincu de l’égalité fondamentale entre les hommes s’il s’agit de dire que nous sommes tous des êtres humains et à ce titre jouissant de droits individuels imprescriptibles : vie, liberté, propriété. Mais cette égalité en dignité ne signifie ni l’identité ni la négation des différences innées ou acquises, et c’est une grave erreur que de prétendre effacer la singularité des êtres humains : tout homme est unique et irremplaçable.

De ce point de vue, la chasse à la discrimination ne me semble ni efficace ni surtout légitime, elle peut conduire à l’explosion de la société plutôt qu’à sa cohésion.

Elle n’est pas efficace car l’origine des violences est à rechercher avant tout dans les comportements induits par l’Etat Providence. Je m’en suis expliqué la semaine dernière. En transformant des hommes libres en assistés sociaux, en faisant de l’école « une usine à crétins » (Brighelli), en s’occupant du logement, des transports, de l’emploi, l’Etat tutélaire a semé et entretenu l’illusion d’un droit général à bien vivre sans ne rien faire, il a appris l’irresponsabilité et l’impunité. Des jeunes qui ne se respectent pas eux-mêmes parce qu’ils ont le sentiment de leur inadaptation, de leurs lacunes, ne respectent pas davantage les autres, et encore moins l’Etat. N’en déplaise à Jacques CHIRAC ils n’ont pas été exclus par discrimination, ils se sont auto-exclus par leur choix en faveur du non travail, du non civisme, du non droit. Un choix auquel ils ont été conduits par les institutions de l’Etat Providence. On ne change pas les comportements par décrets. Les comportements changent avec les règles du jeu social. Changeons les.

Elle n’est pas légitime parce qu’elle juge de la qualité d’une personne en fonction de son appartenance et non de ses talents, de ses efforts, de ses performances. Depuis deux siècles, l’application à l’école, la politesse et la bonne moralité, l’ardeur au travail, la créativité, la productivité avaient été des atouts incontestables de promotion sociale. Chacun constituait ce que nous appelons le « capital humain », ce bagage de connaissances, d’expériences, de qualités morales qui vont permettre à chacun d’aller au plus loin de son potentiel. C’était le schéma classique de « l’ascenseur social ». Et s’il y avait des fils à papa et des pistonnés, ils étaient une minorité, et les fils de famille sans talent dilapidaient leur fortune : l’ascenseur descendait aussi bien qu’il montait. Maintenant on veut nous proposer un ascenseur collectif, un monte-charge où peuvent prendre place des gens de toutes qualités, des bons et des mauvais, des capables et des nuls. De la sorte, les mauvais et les nuls sont sûrs de pouvoir monter.

Il n’est pas légitime de devoir sa position sociale et le montant de ses revenus à sa seule appartenance à une communauté, quelle qu’elle soit. Je vois malheureusement qu’on est prêt à mettre en place une France des quotas. On a commencé avec l’égalité hommes-femmes dans les élections politiques. Puis on a vu le mouvement se préciser dans l’enseignement : Sciences Po s’est donnée un quota d’étudiants venus des zones réputées difficiles. La discrimination positive a pourtant donné des résultats catastrophiques là où elle a été pratiquée, et notamment dans les écoles et les universités publiques aux Etats-Unis. Si les Américains ont réussi leur brassage, ce n’est sûrement pas grâce aux quotas, mais à la qualité de leurs institutions et à la dynamique du marché. Les quotas ont au contraire piégé nombre de jeunes, trop heureux d’en bénéficier pour entrer dans un cursus universitaire qui leur aurait été sans doute fermé compte tenu de leur niveau, mais qui s’aperçoivent quelques années plus tard que les diplômes ainsi obtenus n’ont aucune valeur. Les quotas sont donc des cadeaux empoisonnés. Tôt ou tard les lois de l’économie et du bon sens prennent leur revanche : on ne peut investir de responsabilités des irresponsables, on ne confie pas une tâche à un fainéant.

La discrimination positive devient alors un facteur supplémentaire d’éclatement social. Tout d’abord, une fois le système de l’ascenseur collectif mis en place, chacun voudra qu’il aille plus vite ou plus haut que les autres. Va naître alors la surenchère communautariste : pourquoi eux et pas nous ? Le sentiment d’envie, l’égalitarisme absolu que dénonçait jadis Tocqueville, aboutit à des tensions permanentes entre des groupes dont chacun s’estime lésé, victime d’exclusion et d’injustice. Ensuite, quel va être le sentiment dominant chez les individus ? Ils vont démissionner devant tout effort d’investissement personnel, ils ne constitueront pas ce « capital humain » qui est la vraie source de la prospérité et du bonheur. Ils sont prêts pour la violence et la haine.

Je ne peux donc reconnaître la moindre vertu à la discrimination positive et aux quotas. J’en reste à une idée simple et bête : la liberté, la responsabilité, l’émulation et le respect des autres sont les sources d’une vie prospère et heureuse. La qualité des personnes fait la vraie différence, la seule qui demeure à long terme.

Jacques Garello
Le 21 Novembre 2005

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

TONY BLAIR
VA REVOLUTIONNER
LES COLLEGES ANGLAIS

Au moment où la France s’enfonce jour après jour dans la centralisation colbertiste, y compris en matière d’éducation, Tony BLAIR nous montre sinon la voie, du moins une voie possible : on peut changer en profondeur l’éducation « nationale ». Dès 1997, le premier ministre martelait : « éducation, éducation, éducation : telles sont les trois priorités ». Huit ans plus tard, Tony BLAIR propose une réforme en profondeur des collèges anglais. Celle-ci vient d’être présentée dans un livre blanc aux Communes par le ministre de l’éducation Ruth KELLY.

Les trois mots clefs de la réforme sont « indépendance, choix, diversité ». Chez nous, c’est centralisation, monopole, uniformité. Tout le contraire. Le centre du projet, c’est la possibilité (non pas l’obligation) offerte à tous les collèges de devenir indépendants, en adoptant le statut de fondation. Le Monde, qui rapporte cette information, précise que ce label « leur donnera une plus grande liberté en matière de gestion, de recrutement des enseignants, de sélection des élèves ou de choix des programmes ». De quoi faire rêver chez nous.

Qui va gérer ces fondations ? Soit des entreprises, soit des associations caritatives, soit des institutions religieuses, soit des universités, soit des groupes de parents d’élèves, soit même des individus. Déjà le ministre a indiqué que l’Eglise anglicane et l’entreprise Microsoft avaient fait acte de candidature. Et ces nouveaux gestionnaires seront incités (ce ne sera pas obligatoire) à investir leur propre argent dans les écoles, en plus de l’argent public.

Autre aspect intéressant de la réforme : les parents auront beaucoup plus de pouvoirs. « Leurs associations pourront ouvrir de nouvelles écoles, ou demander la fermeture de celles qui ne sont pas à la hauteur. Ces établissements disposeront d’un an pour se bonifier. ». La grande idée du projet, c’est que la réussite de certaines écoles va stimuler les autres : leur exemple devrait être suivi par tous. C’est ce que l’on appelle les vertus de la concurrence.

Le projet doit être soumis au Parlement début 2006. Il suscite un certain nombre de réactions négatives, comme on l’imagine. Celles-ci viennent d’une part de la gauche du parti travailliste, de l’autre des syndicats d’enseignants, ce qui nous semble très bon signe et nous rend le projet encore plus sympathique.

Parmi les objections avancées, on prétend que la réforme pourrait profiter aux enfants de familles aisées, qui auront les moyens de trier parmi les collèges. Tony BLAIR répond en instaurant un système de transport gratuit par bus permettant aux plus défavorisés de fréquenter les meilleurs collèges jusqu’à 10 kilomètres de leur domicile. Bien sur les meilleures écoles seront prises d’assaut, mais d’une part les autres devront s’adapter ou périr, d’autre part chacune sera incitée à prendre des élèves de tous niveaux.

Bien entendu, comme le souligne Le Monde, tout n’est pas réglé. Les parents, souvent peu actifs, vont-ils s’impliquer ? A nos yeux oui, car s’ils sont inactifs, c’est qu’on les a jusque là privés de tout pouvoir. Certains y voient un prélude à une privatisation de l’enseignement public. Et pourquoi pas, est-ce un crime ou une absurdité ? Mais le but est clairement posé : « Favoriser l’accès du plus grand nombre à un enseignement de qualité, notamment dans les quartiers les plus pauvres des grandes villes ». « M. BLAIR fait le pari que davantage de choix et de diversité contribuera à tirer l’ensemble des écoles vers le haut, au profit d’un nombre accru d’enfants défavorisés ».

Nous ne prétendons pas que la proposition de Tony BLAIR soit le modèle à suivre. Bien d’autres modalités techniques auraient pu être envisagées. Et les collèges, en dépit des craintes de l’extrême gauche, continueront à être publics, au moins dans un premier temps. On peut trouver la réforme timide. Mais nous trouvons un grand mérite à ce projet : il est clair, précis, et repose sur l’indépendance, la liberté de choix, la diversité, la concurrence. C’est déjà énorme.

Mais nous, en France, nous préférons le service public unifié et laïque de l’éducation nationale. Confier nos collèges à des fondations qui pourraient être gérées par des institutions religieuses ou des particuliers, quelle atteinte scandaleuse à la laïcité et au service public ! Il vaut mieux confier nos enfants aux bons soins des syndicats. Décidément, ils sont vraiment fous, ces Anglais…

Jacques Garello
Le 16 Novembre 2005

 

 

 

 

 

 

 

 

Le rapport de l’année passée, Doing Business en 2005, et toute autre information supplémentaire, peuvent s’obtenir à : http://www.doingbusiness.org

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Doing Business en 2006: les pays de l’Europe de l’Est encouragent l’activité des entreprises grâce à des réformes réglementaires énergiques. Les pays du Moyen-Orient et d’Afrique sont à la traîne




Washington, D.C., 13 septembre 2005 — D’après un récent rapport publié par le groupe de la Banque mondiale, les pays d’Europe de l’Est mènent une campagne intensive pour encourager l’activité entrepreneuriale. Ces pays mettent en œuvre des réformes de grande portée pour simplifier la réglementation des entreprises et les taxes. Dans le même temps, les pays d’Afrique et du Moyen-Orient, où le taux de chômage des jeunes est élevé, continuent d’imposer aux petites et moyennes entreprises de lourdes contraintes juridiques et des réformes fragmentaires.
Selon Doing Business en 2006: Créer des emplois rapport co-financé par la Banque mondiale et la Société financière internationale, le bras de la Banque mondiale pour l’investissement privé, de telles réformes, alors même qu’elles sont souvent simples, peuvent contribuer à la création d’un grand nombre de nouveaux emplois.

« L’emploi, est la priorité pour tout pays, particulièrement les plus pauvres. Faire plus d’efforts pour améliorer les réglementations est essentiel pour créer plus d’emplois et de croissance et également dans la lutte contre la pauvreté. Les femmes, qui dans certaines économies en développement représentent près des trois-quarts de la population active, pourraient bénéficier de ces réformes. Ceci est également valable pour les jeunes à la recherche de leur premier emploi. Les pays ayant entrepris des réformes avec succès l’an dernier (de la Serbie au Rwanda), indiquent la voie à suivre. Nous devons tous nous inspirer de leurs expériences. » déclare Paul Wolfowitz, président du groupe de la Banque mondiale.

Selon ce rapport annuel qui, pour la première fois, établi un classement mondial des réglementations et des réformes majeures relatives aux entreprises dans 155 pays, les pays africains sont ceux qui imposent le plus d’obstacles réglementaires aux entrepreneurs et représentent les plus lents à se réformer au cours de l’année passée. Par contre, chaque pays de l’Europe de l’Est a amélioré au moins un aspect de la réglementation des entreprises. Des pays tels que la Serbie et le Monténégro ainsi que la Géorgie, se classent au premier rang mondial pour la plupart des réformes entreprises.

Ce rapport examine une série d’indicateurs relatifs à la réglementation des entreprises en ce qui concerne la création, le fonctionnement, les activités commerciales, les impôts, et la fermeture d’entreprises, en évaluant le temps et les coûts liés aux exigences réglementaires des différents états. Il n’étudie pas des variables telles que la politique macroéconomique, la qualité des infrastructures, la volatilité des monnaies, le point de vue des investisseurs ou les taux de criminalité.

A titre d’exemple, pour enregistrer une nouvelle entreprise au Mozambique, un entrepreneur doit accomplir 14 démarches différentes pour une durée moyenne de 153 jours. En Sierra Leone, payer toutes les taxes professionnelles coûterait à une entreprise 164% de ses bénéfices bruts. En Syrie, 63 jours, 18 documents, et 47 signatures, sont nécessaires entre l’arrivée au port de marchandises importées et leur livraison à l’usine.

En général, les pays européens se sont montrés plus prompts à réformer. L’année dernière, les 12 premiers réformateurs ont été, dans l’ordre : la Serbie et le Monténégro, la Géorgie, le Vietnam, la Slovaquie, l’Allemagne, l’Égypte, la Finlande, la Roumanie, la Lettonie, le Pakistan, le Rwanda et les Pays-Bas.

« De nombreux pays africains, au sein desquels le besoin de nouvelles entreprises et de nouveaux emplois est crucial, risquent d’être, plus encore, distancés par les pays qui simplifient leur réglementation, et créent un environnement plus favorable aux entreprises, » déclare Michael Klein, vice-président en charge du développement du secteur privé de la Banque mondiale/SFI, et économiste en chef de la SFI.

Les auteurs de l’étude ont toutefois noté des exceptions : le Rwanda fait partie des pays qui ont fait le plus de réformes l’année dernière; l’Ile Maurice a également mis en œuvre des réformes dans plusieurs domaines, et fait partie, tout comme l’Afrique du Sud, des pays où les conditions de création des entreprises sont les plus favorables. Cependant, pour trois pays africains qui améliorent leurs réglementations en matière d’entreprise, un autre les rend plus coûteuses.

Les gouvernements des pays touchés par les conflits ont particulièrement besoin de créer des emplois. Pour maintenir la paix, ils doivent démobiliser les armées rebelles et trouver des moyens de subsistance pour les milliers de réfugiés et d'anciens combattants. Cette année, et ce pour la première fois, le rapport Doing Business étudie 5 pays touchés par la guerre: l'Afghanistan, l'Erythrée, l'Irak, le Soudan et le Timor Leste. Parmi ceux-ci, l'Afghanistan était celui qui avait fait le plus de réformes l’année dernière. Le nombre de procédures nécessaires à la création d’une entreprise est passé de 28, à 1, et le délai pour accomplir les formalités est passée de 90 à 7 jours. Les infrastructures de transport et les registres de propriété sont également en cours de modernisation.

Doing Business en 2006 met à jour les indicateurs présentées dans le rapport de l’année précédente. Ces derniers couvrent 7 aspects de la règlementation d’entreprises : créer une entreprise, recruter et licencier du personnel, assurer l’exécution des contrats, enregistrer un titre de propriété, obtenir du crédit, protéger les investisseurs, et fermer une entreprise. Les recherches sur ces différents aspects couvrent 155 pays. Le rapport définit 3 nouveaux indicateurs concernant l’octroi de licences, le commerce transfrontalier, et le paiement des impôts.

Les nouveaux indicateurs proposés par le rapport de cette année renforcent encore le besoin pressant de réformes, en particulier dans les pays pauvres. Le rapport établit que ce sont les pays les plus pauvres qui exercent le plus de pression fiscale du monde sur les entreprises. Il y a là une incitation a l’évasion fiscale, et, pour nombre d’entreprises, à rejoindre le secteur informel, ce qui a pour effet de réduire les recettes fiscales de l’Etat. L’analyse montre également qu’une réforme du coût administratif des opérations commerciales éliminerait des obstacles significatifs à l’exportation et à l’importation. Contrairement à l'opinion généralement reçue, les procédures de douanes et autres démarches réglementaires (« infrastructure intangible ») sont les causes principales des retards dont pâtissent des exportateurs et des importateurs. Moins d’un quart des retards ont pour origine le mauvais état d’infrastructures tangibles, tels que les ports ou les routes. Pour les entreprises de fabrication installées dans les pays en développement les coûts administratifs, qui entravent l’activité commerciale, sont supérieurs à ceux occasionnés par les droits de douanes et les quotas.

Ce rapport annuel permet aux autorités d’un pays de comparer leur performance en matière règlementaire à celle d’autres pays, de tirer des leçons de pratiques modèles sur la scène internationale, et d’établir des priorités dans leurs programmes de réformes. Aujourd’hui dans sa troisième année, le rapport a déjà eu un impact sur les réformes de la réglementation d’entreprises autour du monde. « Les comparaisons que propose Doing Business ont inspiré et appuyer des réformes dans plus de 20 pays. Depuis le dernier rapport, 9 nouveaux pays ont demandé à être inclus dans le rapport Doing Business. », selon Caralee McLiesh, l’un des auteurs du rapport.

Les 30 premières économies du classement relatif a la facilité de faire des affaires sont dans l’ordre: Nouvelle Zélande, Singapour, États-Unis, Canada, Norvège, Australie, Hong Kong/Chine, Danemark, Royaume-Uni, Japon, Irlande, Islande, Finlande, Suède, Lituanie, Estonie, Suisse, Belgique, Allemagne, Thaïlande, Malaisie, Puerto Rico, Maurice, Pays-Bas, Chili, Lettonie, Corée, Afrique du Sud, Israël et Espagne

Chacun de ces pays règlemente la vie des affaires, mais le fait de façon moins onéreuse et moins contraignante pour les entreprises. Les pays nordiques, qui appartiennent tous à ce peloton de