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choix par Alain Madelin Introduction - Une évaluation transparente pour tous les établissements
pour améliorer la qualité Aujourd'hui, notre système éducatif centralisé, notre éducation standardisée ne répondent plus aux exigences de notre époque et ne permettent plus d'assurer l'égalité des chances et la promotion sociale. Un système trop lourd, trop centralisé conduit à trop d'injustices. Trop d'injustices ! Il y a encore beaucoup trop de " laissés pour compte " de l'éducation : trop de jeunes qui ne maîtrisent pas les bases du savoir ; une trop piètre préparation à la vie professionnelle ; une médiocre transmission de notre culture ; trop de dons mal révélés, mal cultivés ; trop de handicaps accumulés qui ne se comblent plus et se terminent dans des classes dites "spécialisées", dernière étapes avant l'exclusion sociale. S'il est une exigence nationale, c'est bien celle-ci : que l'école favorise l'égalité des chances et l'ascension sociale. C'est-à-dire permettre à chacun de développer toutes ses aptitudes, sans considération de ses origines familiales ou sociales. L'école républicaine, celle qui fait notre fierté, est celle qui sait intégrer, celle qui fait du mérite le vrai facteur de promotion sociale, et non l'argent ou les relations. Malheureusement, les statistiques montrent aujourd'hui que ce mécanisme s'est grippé. Notre enseignement démocratique a ses filières privilégiées réservées aux initiés. A ceux, par exemple, qui savent contourner la réforme du collège unique par de multiples biais. A ceux, qui, par leur domicile, ont accès à des écoles et des lycées réputés les meilleurs. L'éducation se trouve ainsi placée aujourd'hui au coeur de la construction d'un nouveau monde, nouvelle étape de la civilisation. A l'aube de la nouvelle civilisation du savoir, notre avenir dépend plus que jamais de la qualité de notre éducation et de notre formation. A la formation classique avec unité de temps, de lieu et d'action se substitue l'éclatement des temps et des lieux de formation. Les nouvelles technologies impliquent une vraie révolution pédagogique. Cette révolution éducative est en marche. La question est de savoir si elle se fera dans l'école et avec l'école ou en dehors de l'école et contre l'école au risque d'aggraver considérablement les injustices et les inégalités. A la formidable mutation de notre société doit correspondre une mutation profonde de notre système éducatif. Celui-ci a besoin de souplesse, de beaucoup de souplesse, pour s'adapter à la diversité des attentes et aux évolutions de notre société. Libérer, responsabiliser et faire confiance Alors que nous sommes dans une société plurielle, ouverte, l'école fonctionne encore sur un modèle centralisé et standardisé. S'adapter ! Pour donner leur chance à tous les enfants de France, pour déceler et développer leurs dons, détecter et corriger à temps leurs faiblesses, il faut faire place à la diversité. Il faut libérer l'initiative et les énergies, responsabiliser et faire confiance. Cette adaptation ne se décrétera pas d'en haut, mais se découvrira d'en bas, jour après jour, par l'initiative et l'expérience. Depuis des années déjà nous disons, comme d'ailleurs l'indiquent tous les rapports sur l'école -depuis le rapport Schwartz, jusqu'au rapport Fauroux en passant par celui du Collège de France ou le rapport Laurent- qu'il faut donner davantage d'autonomie aux établissements, davantage de liberté et de responsabilité aux acteurs du système éducatif. Le système actuel, montre, chaque fois que l'on fait un projet innovant ou que l'on mène une expérience pilote, l'extraordinaire capacité des enseignants. Le problème n'est pas de démontrer la capacité des enseignants mais de la libérer. Nous ne proposons pas une énième réforme du système éducatif comme ce fut la tentation au cours des dernières années, mais une méthode de changement pour une révolution tranquille. 1. Une évaluation transparente pour tous les établissements pour améliorer la qualité Si l'on veut améliorer la qualité de notre système éducatif, développer l'autonomie des établissements, renforcer la liberté de choix des parents, il faut d'abord se donner le moyen de mesurer, d'évaluer cette question. Les résultats scolaires, la qualité de l'enseignement, l'efficacité des politiques éducatives et les performances des établissements sont l'objet de nombreux débats ; chacun y va de sa théorie, de ses critères. Aujourd'hui, le système est opaque. Il est temps de mettre en place une évaluation transparente. Il ne s'agit pas, bien entendu, de classer les établissements en fonction des seuls résultats aux examens, mais d'apprécier plus finement le parcours réel accompli par les élèves sur des critères tenant compte de la multiplicité des formes d'intelligence et permettant de faire place à l'expression des talents la plus large. Proposition : Mettre en place un système d'évaluation transparent et public pour tous les établissements. 2. Un modèle d'établissement autonome pour faire bouger l'Education En proposant un statut d'autonomie aux établissements qui le souhaitent nous faisons un choix de confiance en les directeurs d'écoles et les enseignants. Nous savons que, pour peu que nous leur en donnions les moyens, ils peuvent faire une meilleure école. C'est pourquoi nous proposons : Un statut de pleine autonomie pour les établissements qui le souhaitent. - Autonomie dans l'organisation, le recrutement, l'ouverture sur l'extérieur, la pédagogie dans le cadre du respect des diplômes nationaux, aménagement des rythmes scolaires sur l'année. - Autonomie financière garantie par une dotation globale sur une base proportionnelle aux nombres d'élèves accueillis ( et corrigé selon les spécificités de l'établissement notamment dans les zones difficiles). - En contre partie de cette grande liberté de moyens, ces établissements se fixeront des objectifs en terme de résultats avec l'Education nationale, selon le principe du National Curriculum britannique. - Les établissements privés pourront opter sous certaines conditions en matière de gratuité et de laïcité, pour le même statut d'autonomie que celui des établissements publics. L'objectif pour faire bouger l'Education nationale, c'est de parvenir dans les meilleurs délais à un réseau de 500 établissements (lycées et collèges) expérimentaux ayant choisi le statut d'autonomie. Mais au-delà de ce statut d'établissement autonome, nous voulons aussi offrir des marges de manœuvres supplémentaires pour l'ensemble des établissements - en permettant aux responsables d'établissement de recruter librement une partie des enseignants (10%). - en développant une enveloppe de moyens financiers autonomes à disposition des établissements pour adapter leur enseignement et innover. 3. La suppression progressive de la carte scolaire pour favoriser la liberté de choix des parents et réduire les injustices Tout le monde reconnaît que le système de la carte scolaire qui avait pour objet de favoriser la mixité, a conduit au contraire à la "ghettoisation scolaire", elle-même reflet d'un urbanisme ségrégatif. Il y a là de véritables injustices et de véritables inégalités entre les enfants des classes dirigeantes qui savent trouver les moyens d'échapper aux contraintes de la carte scolaire et ceux qui en restent les otages. Il faut reconnaître que le système d'ajustement par la carte scolaire fonctionne mal. Il faut en inventer un autre. Cela ne se fait pas du jour au lendemain. Mais le sens d'orientation est clair : il faut rendre aux parents la liberté de choisir l'école de leurs enfants. Beaucoup de pays autour de nous, dont l'Allemagne, n'ont pas de carte scolaire, et leur système éducatif n'est pas pour autant, bien au contraire, considéré comme injuste. Qu'on ne dise pas que la carte scolaire fabriquerait l'injustice et des écoles à deux vitesses, car c'est là très exactement la situation d'aujourd'hui et à laquelle la suppression progressive de la carte scolaire peut apporter une solution. A certaines conditions toutefois. Si la suppression progressive de la carte scolaire agit comme un détecteur de problèmes, elle ne peut être mise en œuvre qu'à condition de savoir réagir rapidement, répartir autrement les moyens disponibles, d'offrir un projet de revalorisation (et notamment au travers du statut d'établissement autonome) aux établissements en difficulté. A ces conditions, cette liberté sera profitable tant à l'enseignement public qu'aux familles qui lui font confiance. Elle y développerait une saine émulation : la liberté rendue aux parents et aux élèves rendrait service aux enseignants. Elle encouragerait les établissements justement renommés, et inciterait à se ressaisir ceux qui le sont moins. 4. Tolérance 0 pour la violence L'Etat a le devoir de garantir la sécurité à ceux qui éduquent nos enfants comme aux élèves eux-mêmes. Les enquêtes d'opinion montrent que les Français la placent aujourd'hui en première priorité. Nous devons nous fixer un objectif : le zéro tolérance. Propositions : - Recruter un personnel d'encadrement spécialisé. - Renforcer la législation sur la responsabilité civile et pénale des parents. - Assurer un respect strict de l'obligation scolaire, en permettant, au policier ou à l'éducateur spécialisé de raccompagner dans l'établissement le mineur qui déserte l'école. Ajoutons que les différentes fuites devant l'école sont souvent le résultat d'une inadaptation de l'enseignement à l'enfant et que le statut d'autonomie et les moyens donnés à cette autonomie sont aussi une forme de réponse à la violence scolaire. 5. Réussir la révolution technologique et pédagogique Les nouvelles technologies impliquent une vraie révolution pédagogique. Elles modifieront le rôle de l'enseignant qui pourra les utiliser au service d'une pédagogie davantage individualisée. Les nouvelles technologies viennent modifier la formation classique avec unité de temps (scolaire) et de lieu (l'école) : l'élève, l'étudiant ou l'adulte peut désormais se former quand il veut, où il veut, à son rythme. Il ne s'agit pas seulement de mettre internet dans les écoles mais les écoles sur internet. Démocratie libérale entend développer une réflexion spécifique et permanente sur cette question, car elle est au cœur de la mutation de notre société et de notre système éducatif. Quel est l'impact de ces nouvelles technologies ? Comment favoriser la société d'éducation et d'information ? Comment empêcher que se créent de nouvelles inégalités ? Quel régime fiscal pour ces nouvelles technologies ? Quel peut être le rôle des uns et des autres ? 6. Permettre l'accès de tous aux activités périscolaires La France connaît un retard considérable en matière d'enseignements artistiques, d'activités culturelles, de pratiques sportives. L'enseignement artistique et culturel doit enfin être reconnu au même titre que les autres enseignements et faire partie intégrante de la formation scolaire primaire et secondaire. Les inégalités sociales en matière d'accès à la culture demeurent aujourd'hui encore très fortes. Favoriser l'égalité des chances, c'est donner à chaque enfant l'accès à un enseignement artistique et culturel de base. La pratique et la connaissance des arts sont des facteurs de liberté et d'épanouissement personnel. L'Education artistique aiguise le sens critique de l'enfant, développe l'imaginaire, la sensibilité, la créativité. Elle constitue un mode d'intégration, d'ouverture, d'expression et de communication indispensable. Elle peut favoriser l'aptitude à d'autres disciplines. Proposition : Créer un chèque éducation-artistique et culturelle prévoyant le financement d'un nombre d'heures ( entre 120 et 180 heures) auprès d'organismes, ou d'associations extérieures agrées. Le développement de ces activités péri-scolaires est bien entendu lié à la modification des rythmes scolaires. 7. Valoriser la fonction d'enseignant Les enseignants sont les premiers acteurs de la modernisation de notre système éducatif. Aussi il est inutile, injuste et contre productif de leur faire un procès permanent comme le fait actuellement le Ministre de l'Education nationale. De nombreux exemples montrent leur capacité d'adaptation, pourvu qu'on leur en donne les moyens. C'est pourquoi nous voulons faire des enseignants les partenaires d'un projet et permettre une meilleure récompense de ceux qui s'engagent dans cette transformation de notre système scolaire. Propositions : - Revaloriser la part du mérite dans le barème de notation des enseignants par rapport à celle de l'ancienneté. - Introduire dans tous les concours de recrutement des enseignants l'appréciation de leurs compétences pédagogiques. - Développer un système de formation continue pour les enseignants. - Assouplir le statut de l'enseignant afin de permettre des passerelles entre le monde de l'enseignement et celui de l'entreprise. Sans doute faudra-t-il aller jusqu'à valider les acquis professionnels pour permettre à certains jeunes cadres de choisir l'enseignement après quelques années d'expériences professionnelles ; ouvrir les fonctions d'enseignement et de tutorat à des professionnels expérimentés qui préfèrent une deuxième carrière à une pré-retraite qui équivaut à une " mise à la casse " de leur savoir et de leur expérience accumulée. - Mieux récompenser les enseignants qui engagent un effort supplémentaire dans le cadre de contrats passés dans l'établissement. - Revaloriser le statut des chefs d'établissements : compte- tenu de la responsabilité croissante des chefs d'établissement dans la conduite de leur "projet", il est indispensable de revaloriser leur statut en termes de rémunération et de carrière.- 8. Indépendance pour nos universités Nous devons donner à nos universités un statut de pleine autonomie qui les place à égalité avec les autres universités dans le monde. Propositions : - Donner aux universités une autonomie dans la gestion des financements publics. - Permettre aux universités de bénéficier d'un financement diversifié, comparable à celui des grandes écoles. Bien entendu, la diversification de ces financements n'est pas toujours possible. Diversifier, c'est aussi permettre aux financements publics de se recentrer sur les formations qui échappent à toute logique professionnelle et aux possibilités d'un financement alternatif, comme nombre d'enseignements littéraires ou scientifiques. - Favoriser fiscalement la création de fondations à vocation éducative. - Donner la pleine liberté de recrutement des professeurs. - Développer une politique ambitieuse d'accueil des étudiants et des professeurs étrangers, à l'instar des universités américaines ou britanniques. - Accorder le droit à chaque université de définir ses propres critères d'admission des étudiants tout en veillant à ce que le système universitaire dans son ensemble puisse offrir une place à chacun - Créer des incitations fiscales et des procédures de garantie pour favoriser le développement des prêts d'étudiants. 9. Mieux réussir par l'enseignement technique et professionnel L'objectif doit être de bousculer la hiérarchie de note système éducatif et ne plus faire de l'apprentissage la voie de relégation des victimes de l'échec scolaire. L'apprentissage, la formation en alternance doivent être une voie normale de formation et de réussite à part entière ; une voie normale pour devenir technicien supérieur, ingénieur ou cadre commercial. L'enseignement professionnel doit être d'abord organisé selon une logique des métiers, avec une offre de formations qui n'enferment pas les élèves dans des spécialités trop étroites afin de leur ouvrir un véritable avenir professionnel. S'il est un domaine ou l'autonomie s'impose plus qu'ailleurs, c'est bien celui de l'enseignement professionnel. Donnons-lui des structures propres fortement articulées sur les régions, un budget autonome, des règles particulières en matière de recrutement, de carrière et de rémunération de ses enseignants. Nous devons nous fixer deux objectifs : - Engager une décentralisation totale des lycées techniques et professionnels au niveau des Conseils Régionaux. - Elaborer les diplômes nationaux avec les professions. 10. Permettre la formation tout au long de la vie Chacun devrait disposer, en matière d'éducation et de formation, d'une véritable créance sur la société, d'un capital formation, de sorte que tous ceux qui n'ont pas bien tiré parti de la formation initiale puissent la compléter plus tard. Ainsi, ceux qui n'ont pas pu réussir un diplôme quand ils étaient jeunes auront droit à une formation générale, technique ou professionnelle. Dans le système actuel, ils n'ont ni les moyens, ni le droit de le faire. Après plusieurs années de vie professionnelle active, reprendre des études ou compléter sa formation pour se perfectionner relève, le plus souvent, du parcours du combattant. A l'inégalité des chances au départ s'ajoute le fait que notre système offre rarement la possibilité d'une deuxième chance. Aujourd'hui la formation continue est particulièrement difficile dans les petites entreprises où l'absence du salarié pénalise lourdement le fonctionnement de l'entreprise. Propositions : - Engager un nouveau champ de politique contractuelle, en donnant la possibilité à chaque salarié de recevoir une formation gratuite, prise en charge par les entreprises, en dehors de son temps de travail. - Créer, en complément, un chèque-éducation (équivalent à 1000 heures ou à une année sabbatique), financé par l'Etat, pour tous ceux qui ont interrompu leurs études depuis plus de trois ans sans bénéficier d'un second cycle.
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