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TVA sociale :
le retour des alchimistes |
La
fausse piste
de la TVA sociale
L’idée d’une TVA sociale vient d’être relancée
par un rapport du Sénat mis à l’étude par le
gouvernement.
L’idée est simplissime. Pour lutter contre la concurrence
des méchants produits étrangers vendus trop peu chers, il
suffirait de basculer les cotisations sociales prélevées
sur les salariés dans un surplus de TVA payée par tous les
consommateurs. Ainsi disent les promoteurs de cette idée : «
les produits étrangers seront mis à contribution pour financer
nos régimes sociaux ».
On est presque gêné de troubler ce nouveau « politiquement
correct » par le rappel, certes dérangeant, de quelques lois
économiques qui hélas pour nos inventeurs ne se votent pas
au Parlement.
1° Ce ne sont pas les produits étrangers qui paient la TVA,
mais les consommateurs. Comme le dit la vieille sagesse fiscale : «
si vous mettez un impôt sur les vaches, ce ne sont pas les vaches
qui paient les impôts ».
La TVA n’est pas un droit de douane (comme l’a montré
le père de la TVA française, Maurice Lauré). Rapidement
l’augmentation de la TVA est rattrapée par une augmentation
des salaires, les prix et/ou les monnaies s’ajustent. D’ailleurs
si la TVA jouait le rôle d’un droit de douanes nul doute que
nos partenaires commerciaux nous en auraient depuis longtemps parlé
dans les discussions commerciales internationales. L’exemple du
Danemark, cité dans le rapport du Sénat, car il a largement
effacé ses charges sur les salaires en portant la TVA à
25%, ne prouve rien, car à l’évidence la France n’est
pas inondée de produits danois devenus moins chers.
Si l’idée de la « TVA sociale » ressurgit aujourd’hui,
c’est parce que compte tenu de notre absence de réformes,
de notre compétitivité déclinante et d’un euro
paradoxalement trop haut (par rapport aux fondamentaux de la zone euro),
certains cherchent désespérément des mesures équivalentes
à une dévaluation monétaire.
Il est évident qu’une baisse de l’euro de 20 ou 30%
effaçant la hausse de l’euro par rapport au dollar (et aux
monnaies rattachées de fait au dollar) de ces 18 derniers mois,
aurait beaucoup plus d’impact pour les entreprises de main d’œuvre
françaises soumises à la concurrence internationale qu’une
hypothétique TVA sociale.
2° Vouloir effacer la totalité des charges sociales payées
par les entreprises françaises (environ 200 milliards), suppose
d'augmenter la TVA de 50 points, c’est-à-dire porter le taux
normale de TVA à 69,6% !
L’audace des sénateurs est beaucoup plus modeste (…
et donc l’impact beaucoup plus restreint). Ils proposent dans un
premier temps de transférer 1 point de PIB -soit environ 15,6 milliards
d’euros- de cotisations sociales employeurs vers la TVA qui verrait
ainsi son taux normal augmenter de "seulement" 4 points.
Mais économiquement cela revient à prélever 1 point
de PIB d’impôt en plus sur les Français pour le donner
en subventions aux entreprises françaises. Encore que le rapport
du Sénat n’est pas clair. Comme il le note avec une innocence
désarmante, « cette baisse importante des charges sociales
rendrait très largement inutiles les dégrèvements
actuellement financés par le déficit budgétaire et
qui représentent de l’ordre de 17,1 milliards d’euros
à la charge de l’Etat ». Autrement dit, si l’on
suit bien, l’opération serait neutre pour les entreprises,
mais elle ne serait pas neutre pour les consommateurs et si les salariés
peuvent espérer récupérer la hausse de TVA dans une
augmentation de salaire, il en va de même bien entendu des retraites
et des chômeurs.
Après le retour de l’animisme économique voici les
retours des alchimistes. Après les alchimistes de gauche qui pensaient
en finir avec le chômage, avec les 35h et la transmutation du temps
de travail, préservons nous des alchimistes de droite qui pensent
lutter contre les délocalisations et le chômage grâce
à l’alchimie fiscale de la transmutation des charges sociales
en TVA !
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