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Adam
Smith Institute : les idées, l'action et la réussite.
La Grande-Bretagne est un pays qui va très bien économiquement.
"Société Civile" (n°47) lui a même consacré
un dossier. A l’origine de ces succès, c’est moins
d’Etat et plus d’initiatives privées, idées
soutenues par un petit think-tank, avec à sa tête Madsen
Pirie, ancien conseiller de Margaret Thatcher, qui a accepté de
nous parler de son travail de réforme.
C’est une porte discrète située sur Great Smith Street,
dans le Westminster, à deux pas du Parlement britannique. Il n’y
a pas vraiment d’enseigne, juste une sonnerie. Pourtant, derrière
cette porte se trouve le Adam Smith Institute, le think -tank britannique
à l’origine de la plupart des réformes conservatrices
réalisées en Grande-Bretagne.
Fondé en 1977, ASI a toujours encouragé les libertés
économiques, la concurrence, les privatisations et les réductions
d’impôts. Ses idées trouvent leurs sources dans les
écrits du philosophe Adam Smith mais son programme de réformes
a depuis longtemps dépassé les limites de la tour d’ivoire
philosophique : "Adam Smith Institute n’est pas seulement un
think-tank, c’est aussi un do-tank", souligne son président
Madsen Pirie, infatigable pourfendeur de l’étatisme et de
ses ravages.
A la tête d’une petite équipe d’une dizaine de
personnes, Madsen Pirie a convaincu les politiques de la nécessité
de transformer la Grande-Bretagne. Parmi ces politiques, Margaret Thatcher,
mais aussi de nombreux députés conservateurs et même
travaillistes. Fier de ses succès, Pirie nous raconte comment il
a bataillé pendant des années pour convaincre les fonctionnaires
qu’ils avaient plus à gagner en changeant de statut. "Il
fallait leur expliquer que avoir un statut de cadre pouvait être
beaucoup plus avantageux que rester fonctionnaire pendant toute sa vie".
Les Agences par exemple – organismes privés et semi- privés
– qui ont remplacé aujourd’hui les administrations
classiques, fonctionnent comme des entreprises. Les employés ont
un contrat de droit privé, peuvent être licenciés
à tout moment mais ont des primes au résultat.
En même temps, de nombreuses missions d’Etat ont été
transférées au privé. Délivrer des cartes
d’identités et des passeports ? C’est à des
entreprises privées de le faire. Finies les attentes aux guichets
et les délais de plusieurs semaines : tout le monde est gagnant.
Les transports ? Le système de bus londonien, considéré
comme l’un des meilleurs au monde, est géré par une
dizaine d’entreprises privées. La privatisation du métro
s’achèvera bientôt et les chemins de fer, après
une mauvaise ouverture à la concurrence, seront effectivement passés
dans le giron du privé. Et, cas unique en Europe, le nombre de
voyageurs dans les trains est en constante augmentation depuis quelques
années.
"En Grande-Bretagne, il n’y a plus aucune aide à la
création d’entreprises"
"Nous avons réussi à convaincre le gouvernement que
le meilleur service qu’on pouvait rendre aux contribuables c’était
de ne plus les faire payer à perte". Et le gouvernement de
Thatcher a compris cela, ainsi que celui de Blair qui continue sur la
même voie. "Je ne devrais pas vous le dire, chuchote Pirie,
un sourire au coin des lèvres, mais Blair est très bon.
Je n’ai pas grand-chose à lui reprocher. Regardez la réforme
du système de santé. Il introduit la concurrence entre les
hôpitaux et soutient que l’efficacité est la meilleure
façon de faire des économies".
Et les "machins administratifs", ces organismes publics et para-
publics qui ne servent à rien mais dont la France raffole ? En
1979, il avait présenté à la BBC une liste de 3 068
de ces "machins" (quangos). Quelques années plus tard,
707 d’entre eux avaient déjà été supprimés
et des dizaines de millions de livres économisées. Mais
l’une des plus grandes réussites a été la vente
des logements à bas prix (HLM) aux locataires. En 1980, 25% du
budget de l’Etat était consacré à l’aide
aux logements. Conseillée par le ASI, Thatcher décide la
vente de ces logements à leurs locataires, mais une vente largement
en dessous du prix du marché, avec des prêts à taux
zéro. Cela a eu un double effet : d’une part, les aides au
développement ont baissé de 65%, de l’autre, les quartiers
"défavorisés" sont devenus beaucoup plus propres,
en devenant propriétaires, les gens se sont mis à préserver
leur environnement.
Pour ce qui est de l’emploi et de la création d’entreprises,
la Grande-Bretagne peut donner des leçons à tout le monde.
Un taux de chômage à 3% et 7 millions d’emplois de
plus que la France. La raison ? Surtout pas d’aides à la
création d’entreprises ! Seulement de la défiscalisation
pour inciter les individus à créer leur entreprise ou à
investir (les business angels) dans la création d’entreprises.
Tandis que le placement des chômeurs est assuré par les Job
centres, organismes semi- privés dont les employés ont un
statut de commercial : ils sont payés en fonction des résultats,
donc en fonction du nombre de chômeurs qui trouvent un emploi. Rien
à voir avec notre ANPE et encore moins avec les fameuses "Maisons
de l’emploi" créées par Jean-Louis Borloo. Toujours
à propos de certaines "mesures" Borloo, les fameux "pôles
de développement", en Grande-Bretagne on a préféré
les "entreprises zones", des zones où les entreprises
choisissent de s’installer sans passer par aucun organisme d’Etat
et sans payer d’impôts. Et ce sont les entreprises qui se
regroupent en fonction de leurs intérêts ; aucune administration
ne leur dit comment elles doivent s’y prendre.
Malgré ces réussites, Madsen Pirie n’a pas encore
le sentiment du devoir accompli. La bataille continue. Il faut arriver
à finir la réforme du système de santé et
introduire la fameuse flat tax à 22%. "Les pays de l’Est
l’ont fait, la Grèce et la Finlande vont suivre, pourquoi
pas la Grande-Bretagne ? Il faut juste persévérer".
C’est là une des clefs du succès : la persévérance
dans le lobbying auprès des députés. L’action
pour faire passer les idées.
Nicolas
LECAUSSIN
Société Civile n°50
septembre 2005
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