Le cercle des 12, 13 et 14èmes arrondissements de Paris propose une rencontre Le mercredi 18 janvier 2006 à 20h, FIAP Jean MONNET, Salle Copenhague, 30, rue Cabanis, 75014- PARIS (Métro: Glacière ou St Jacques)
avec Jean-Pierre Portefait, urbaniste qui nous présentera son diagnostic et les éléments d'une politique contre les désordres urbains et l'exclusion sociale , sous le titre : « Banlieues en flammes : impasses et solutions » en quelques propos politiquement incorrects sur des quartiers vraiment difficiles.
Contacter Alain Schlosser alain.schlosser@club-internet.fr

Le cercle libéral Flandre Maritime
invite à une conférence « A propos du plan local d’urbanisme » Le jeudi 19 Janvier 2006 à 19h30, Maison du Quartier du Méridien, 181 rue de Cambrai à Dunkerque. Avec Sylvie Desmarescaux, Sénateur-Maire et Alain Clesse, de l’Agence d’Urbanisme de Dunkerque
Contacter Edith Varet edith.varet@wanadoo.fr

Le cercle de Gironde
organise un dîner-débat Le JEUDI 26 JANVIER 2006 à 20 heures
A l'hôtel Mercure Château Chartrons, 81 cours Saint Louis 33300 Bordeaux
(Parking gratuit accessible par le cours Journu-Auber)
" La France en manque de libéralisme, libéralisons les réformes ! "
Contacter Pascal Bérillon pascal.berillon@wanadoo.fr

 

Billet d’humeur de notre ami, Bruno Pineau Valencienne, responsable du cercle Canada et USA
Regard d’un franco- canadien sur l’élection fédérale du 23 Janvier 2006
Le sujet ne concerne pas directement nos lecteurs français s’agissant d’une élection à l’étranger mais compte tenu des liens étroits qu’entretiennent les deux pays, l’accession éventuelle au pouvoir de Stephen Harper, candidat conservateur mais résolument réformateur, pourrait avoir un impact positif en France. En effet, sa plateforme électorale est très proche du programme des libéraux français notamment en matière fiscale.

Le vrai libéral réformateur ne serait –il pas Stephen Harper ?

À quelques jours du scrutin, les libéraux de Paul Martin qui se retrouvent envasés dans plusieurs scandales sur fond de détournements d’argent public et de délits d’initiés n’ont jamais parus aussi menacés à la lecture des derniers sondages qui indiquent clairement une nette inversion de tendance et une cristallisation des intentions de vote en faveur des conservateurs de Stephen Harper lesquels incarnent désormais le vrai changement après les 13 années au pouvoir du tandem Chrétien-Martin. La campagne électorale du chef libéral ressemble de plus en plus à un Golgotha ! Le syndrome «Jospin» gagne le premier ministre canadien qui semble être victime de la stratégie surréaliste d'une non campagne électorale alimentée d'une certaine dose d'arrogance le conduisant à dévisser inexorablement dans les sondages. À moins d’un événement exceptionnel très improbable, le 24 Sussex devrait donc connaître un nouveau locataire le 23 Janvier prochain. D’ailleurs, la perspective d’un gouvernement conservateur majoritaire semble plus que jamais d’actualité en dépit d’une campagne de publicités négatives de dénigrement montée à la hâte et qui se retourne finalement contre le parti libéral victime d’un effet boomerang. Il y’a des signes qui ne trompent pas sur l’ampleur du balayage d’Est en Ouest qui risque d’emporter les libéraux et son chef. Ce dernier fait actuellement l’objet de spéculations sur sa propre succession à la tête du parti libéral où le «bal des hyènes» a déjà débuté avant même le verdict des urnes! Comme si cela n’était pas suffisant, le très influent quotidien libéral de Toronto The Globe and Mail et le journal Montréalais La Presse très proche du milieu des affaires apportent à la surprise générale un soutien sans équivoque au candidat conservateur dans cette dernière ligne droite.

Tout au long de cette campagne, Paul Martin n’a cessé de jouer avec le feu et c'est tout le pays qui risquait de s'embraser !

La fougue du premier ministre canadien sur l'unité nationale lors des premiers débats télévisés ne fût en réalité qu'un

feu de paille en l'absence de projet de réforme des institutions dont le pays aurait grandement besoin. D’autre part, Il a réitéré, lors du troisième débat télévisé, son numéro d’illusionniste en promettant à la hâte dans un geste désespéré un amendement constitutionnel très discutable et dont personne ne veut . Il eut été plus constructif de proposer des mesures visant à moderniser le fédéralisme canadien en décentralisant les pouvoirs afin de donner beaucoup plus d'autonomie aux provinces. Il aurait, du même coup, évacué la question québécoise qui devient un abcès de fixation dans cette élection fédérale. Créer artificiellement cet enjeu référendaire en jouant sur l'unité nationale à des fins électoralistes relève de la pure folie car ``l'on ne peut demander à un pyromane d'éteindre lui même l'incendie`` comme le rappelait adroitement le jeune Premier Ministre conservateur du Nouveau Brunswick Bernard Lord. D'autre part, Paul Martin affaiblit son propre camp au Québec en

balayant du revers de la main le Premier Ministre Québécois Jean Charest, pourtant issu de la même formation politique que lui et dont il prédit de facto une

défaite ``annoncée`` lors des élections provinciales de 2008. L’intéressé n’a d’ailleurs pas tardé à apporter un soutien indirect au chef conservateur et il est

fort à parier que la structure opérationnelle du Parti Libéral Québécois devienne, dans les derniers jours précédant le scrutin, le porte avion

des troupes de Stephen Harper lequel lui a rendu un vibrant hommage lors des débats télévisés. Dans ces conditions, il ne serait pas étonnant que plusieurs députés conservateurs se fassent élire dans la Belle Province déjouant ainsi tous les pronostiques. Stephen Harper a d’ailleurs besoin de ministres québécois dans son futur Cabinet. Le ressac brutal que connaît actuellement le Bloc québécois, parti indépendantiste confiné dans un rôle d’opposant éternel sur la scène fédérale, est compensé corrélativement par une remonté fulgurante des conservateurs au Québec lesquels se présentent comme une alternative fédéraliste crédible face à la faillite morale des libéraux et à un vote contestataire stérile en faveur du Bloc. Les Ontariens et le reste du Canada n’accepteront probablement pas le marché de dupes de Paul Martin qui consistait à transformer cette élection fédérale en un référendum sur la souveraineté du Québec.

À contrario, Stephen Harper s'est imposé comme un leader arborant une stature présidentielle. Calme, souriant, il a minutieusement présenté les grandes lignes de son programme avec beaucoup de professionnalisme et d'assurance : Un sans faute!

Nous sommes loin de l'image du ``docteur Attila``que ses adversaires ont voulu lui coller lors de l’élection fédérale de 2004. Lucide il a reconnu très vite, au début de la campagne, la nécessité pour le Canada de diversifier ses partenaires commerciaux eu égard à la question du bois d'œuvre qui est venue exacerber des tensions canado américaines palpables depuis quelques mois. À l’inverse, Paul Martin qui prônait au début de son mandat des relations plus «sophistiquées» avec son grand frère américain ne cesse de le dénigrer espérant ainsi surfer sur une certaine animosité ambiante à l’encontre de nos voisins du sud, éludant ainsi les conséquences d'une dégradation des relations bilatérales pour le Canada. Diversifier les relations commerciales avec d'autres pays demeure l'enjeu principal des années à

venir pour assurer la prospérité aux générations futures et les rendre moins vulnérable sur le plan économique. Faut il rappeler que plus de 80% de nos échanges se font avec les États-unis. L'absence de vision sur ce dossier de notre premier ministre actuel est pour le moins surprenant voir inquiétant ! Rappelons aussi à Monsieur Martin que l'économie canadienne a été en grande partie dopée par la croissance américaine ce qui devrait l’inciter à un plus de retenu dans ses critiques acerbes de l’administration Bush, puisse t-il avoir au moins la reconnaissance du ventre ! Il reste quelques jours aux électeurs canadiens de faire le choix entre «nettoyer les écuries d'Augias» en élisant un premier ministre conservateur, réformateur et vraiment libéral (Quelle ironie !) afin de donner au pays l'impulsion nécessaire pour se moderniser en s’appuyant sur un fédéralisme d’ouverture ou de reconduire tristement au pouvoir des libéraux de Paul Martin fatigués, plus centralisateurs et interventionnistes que jamais ! Puissions nous espérer que l’élection de ce jeune Premier Ministre de 46 ans, économiste de formation, sur les traces de Brian Mulroney qui fut le chantre du libre échange avec Ronald Reagan dans les années 80 avec l’avènement de l’ALENA, inspire le courant réformateur libéral français et la classe politique dans son ensemble compte tenu des liens étroits et indéfectibles qui existent entre les deux pays.

 

Notre ami, Jean-Paul Oury, responsable du cercle de Nancy, nous propose un résumé du livre « Eloge de la société de consommation »(1970) du philosophe Raymond Ruyer

Le parasite, c’est l’Etat

On a beau tourner et retourner le problème dans tous les sens, il ne fait aucun doute que les libéraux ne réussiront jamais à imposer leurs valeurs aux français tant qu’ils n’auront pas chassé le sort qui leur a complètement tourné la boule et qui leur fait prendre l’Etat pour un sauveur et les acteurs du monde économique pour des voleurs. La puissance et la persistance de cette hallucination profondément ancrée se remarque par le fait que l’on est sans doute l’un des derniers pays à avoir un invité communiste préposé d’office à tous les plateaux politiques. Pour échapper à cet endoctrinement, il a fallu du bon sens et beaucoup d’effort à chacun d’entre nous, mais aussi, avouons-le, un peu de chance. Mais pour quel résultat ? Pour s’arracher les cheveux à démontrer que le libéralisme est social ? Pour emmitoufler nos idées avec des couches de précautions et terminer en raffarinades ? Tant d’efforts, alors que la vérité qui s’impose à nous, c’est que « le vrai parasite, c’est l’Etat ». C’est la thèse que le philosophe Raymond Ruyer soutenait en 1970 et dont nous proposons une lecture dans le cadre de notre entreprise de diabolisation de l’Etat Providence.

La comédie des erreurs

Il y a trente cinq ans, dans un ouvrage intitulé Eloge de la société de consommation[1], Raymond Ruyer, démontrait que le marxisme est le principal responsable d’une énorme erreur judiciaire : « le matérialisme historique, comme idéologie simplifiée a été une merveilleuse machine à blanchir les politiques. Ils auraient cherché un moyen de se camoufler qu’ils n’auraient pu rien trouver mieux. Telle politique d’un Etat vous scandalise ? Ne cherchez pas, c’est qu’il y a le capitalisme derrière la façade (entendez aujourd’hui l’ultralibéralisme du référendum européen). Allez au fond des choses : vous êtes sûrs de trouver l’œuvre du capitalisme. L’alibi est fourni, d’avance, aux accusés par leurs victimes. (…) Les faits, tout au long de l’histoire ont beau écrire en lettres énormes : « l’Economie au service du Pouvoir », « l’Economie exploitée par le Pouvoir », les hallucinés lisent : « Le Pouvoir au service de l’Economie. » Ces lignes sont d’une terrible vivacité. Transposez-les mentalement dans les problématiques actuelles et vous verrez que rien n’a changé : « Le clan au pouvoir est une sorte de placenta, implanté en suçoir sur l’économie, et nourrissant les activités extra économiques, politiques, « technologiques » (au sens ornemental du mot) et culturelles. » Alors que l’économie joue sur les équilibres, le parasitisme de l’Etat attaque et suce l’ensemble de l’organisme économique dont il ne fait pas partie. « Les spoliés peuvent être inconscients, ou prosternés, ou même reconnaissants. Ils peuvent adorer celui qui les dévore ; ils peuvent même croire qu’il les protège. Ils n’en sont pas moins violentés. » C’est bien connu, l’Etat de gauche ou de droite est là pour redistribuer et entretenir « la justice sociale » et seuls les patrons sont des voyous : le grand malheur de l’Etat, c’est « l’ultralibéralisme ».

Amour « sangsuel »

Aujourd’hui les libéraux sont seuls à dénoncer les travers de l’Etat providence. On est donc en droit de s’interroger sur l’origine de la « cote d’amour des citoyens » pour ce parasite. S’agit-il de masochisme ? La solution que propose Ruyer est que « la vie politique, pour l’homme, est psychologiquement, et aussi spirituellement, plus satisfaisante que l’activité économique, parce qu’elle l’exprime à la fois plus profondément et plus totalement. La dépense, le gaspillage, l’action dangereuse sont plus exaltantes que le travail et la nécessité. » Pourtant les résultats sont là et le philosophe resté dans l’ombre de la gloire de Sartre avait su tirer les conséquences historiques de ses analyses : « l’évolution économique et politique du XXème siècle aboutit, à l’Est, au capitalisme d’Etat, au monopole économique et politique de l’Etat partisan, avec une intelligentsia réclamant une libéralisation culturelle et, à l’Ouest, à l’Etat planificateur et utilisateur des restes affaiblis de l’entreprise privée, avec une intelligentsia réclamant au contraire l’achèvement de la planification étatiste et autoritaire. A l’Ouest la « nouvelle classe », néo-bourgeoise, de fonctionnaires et d’intellectuels, est formée dans sa partie active par les fonctionnaires de l’administration, qui envahissent les entreprises dites privées, et les gros bataillons sont fournis par les universitaires, les ‘clercs’, presque tous socialisants, mais continuant à vivre bourgeoisement sur le budget, et non plus comme la bourgeoisie d’affaires, sur le seul profit de leurs entreprises. » A la lecture de ses lignes, on comprendra la faible popularité de l’auteur parmi les universitaires et le fait qu’il soit encore aujourd’hui traité de « réac ». Toujours est-il que l’économophobie, doublée d’un Etat tentaculaire est bel et bien en train de faire mourir notre pays. L’exhumation de certaines problématiques d’époque n’est pas toujours un exercice vain, car même si tout le monde a oublié le problème de la lutte des classes, il n’en reste pas moins que : « Socialistes et communistes poussent au capitalisme d’Etat et aux dépenses d’Etat non rentables, sans voir que toutes ces dépenses prélèvent beaucoup plus sur les ouvriers et les paysans que les profits capitalistes de l’entreprise. »

« Une fin » de loup

On méditera enfin la conclusion du philosophe. D’après lui, l’avenir de ce système ressemblera nécessairement à l’histoire fantastique du Baron de Munchausen. Poursuivi par un loup affamé qui gagnait en vitesse sur le cheval, le baron se baissa juste à temps pour le laisser sauter par-dessus sa tête, et se jeter sur le cheval. Le loup ayant pris la place dans l’attelage après avoir dévoré celui-ci, il a pu mener le Baron jusqu’à Saint Petersbourg. Selon le philosophe, qui écrit, rappelons-le, en 1970, « la première phase, nous la vivons. Le premier cheval, l’entreprise capitaliste, n’est plus qu’un animal affolé, à demi dévoré par la nouvelle bourgeoisie fonctionnarisée. Mais le deuxième animal de proie est déjà sur les talons du premier, et beaucoup plus vigoureux que lui. On peut prévoir enfin qu’une fois en place, le deuxième prédateur sera bien obligé, par nécessité d’assurer lui-même la traction de la voiture, en réduisant la rente des mauvais producteurs. A moins, ce qui est toujours possible qu’une décadence générale du niveau de vie, due à l’économophobie persistante et transmise de nouvelle classe à nouvelle classe comme un virus, ne s’installe durablement, jusqu’à ce que l’histoire recommence avec d’autres chevaux et d’autres loups. »

Fonctionnaire libéral

Quel est le sens alors d’être libéral aujourd’hui dans ce pays où, les citoyens, les journalistes et les politiques sont prêts à croire que les émeutes des banlieues sont davantage dues aux patrons qui n’embauchent pas les jeunes parce qu’ils sont racistes, plutôt qu’à l’Etat qui impose trop de réglementations et de charges aux patrons et à leurs employés, le tout en n’assurant pas les responsabilités pour lesquelles il ponctionne abusivement les citoyens : l’enseignement et la sécurité. N’est-il pas utopique de vouloir aller à l’encontre des croyances d’un peuple ? Que pourraient faire les libéraux au pouvoir ? Se transformeraient-ils, à leur tour, en loup, comme dans la fable de Munchhausen ? En toute théorie, il est clair que s’ils restent fidèles à leurs principes, ils seront, paradoxalement, les fonctionnaires, les plus faignants que l’on puisse imaginer… Sauf, qu’ils auront tellement d’usines à gaz laissées par leurs prédécesseurs à démonter, qu’ils devront au moins travailler 35 heures… ce qui, pour un fonctionnaire, est vraiment beaucoup !


A lire le billet d’humeur de Vincent Bénard, responsable du cercle de Nantes

Le transfert d'assiette des cotisations sociales des salaires vers la valeur ajoutée: fausse bonne idée, vrai frein aux réformes de la protection sociale.

Jacques Chirac, lors de ses voeux à la presse, a annoncé qu'il souhaitait faire modifier le mode de calcul des cotisations sociales. Selon ses déclarations, il faut "maintenant aller vers une assiette de cotisations patronales qui ne prenne pas seulement en compte les salaires mais l'ensemble de la valeur ajoutée".

Certains économistes, sans doute pas les meilleurs, auraient soufflé à notre président que la mesure pourrait créer 200.000 emplois . Les syndicats trouvent l'idée intéressante. L'UDF, par la voix de Jean Arthuis, applaudit des deux mains. Seule voix discordante, mais de taille, celle de Laurence Parizot, , qui estime la mesure « simpliste ».

Laurence Parizot ne peut sans doute aller plus loin dans sa critique sans déclarer une guerre ouverte entre le MEDEF et la présidence. Mais elle a raison: la mesure n'est pas seulement simpliste, elle est porteuse de dangers insidieux contre une éventuelle réforme structurelle de notre protection sociale.

Pour comprendre pourquoi, intéressons nous à la valeur ajoutée et à ce qu'elle devient une fois créée par l'entreprise.

La valeur ajoutée est la différence entre la valeur de ce qu'une entreprise arrive à vendre et les achats de matières premières, de composants, d'énergie et de consommables qu'elle doit faire à l'extérieur de l'entreprise pour pouvoir produire. C'est parce que Renault arrive à transformer de l'acier, des sous ensembles, des plastiques, etc..., qui n'ont pas de valeur d'usage pour le client final pris individuellement, en voitures séduisantes, qu'elle peut vendre ses voitures bien plus cher que la somme des achats qu'elle a du consentir pour les fabriquer.

L'état taxe déjà la valeur ajoutée brute créée par les entreprises, au taux de 19.6% pour environ 85% des produits achetés par les Français. Le reste va irriguer quatre grands postes de dépenses (en gros, aux subtilités comptables près), quatre flux monétaires financés par la capacité de l'entreprise à ajouter, à créer de la valeur :

1. La masse salariale, soit le salaire immédiat (salaire net) plus le salaire différé (cotisations retraites), plus des transferts sociaux (assurance maladie, assurance chômage), plus quelques prélèvements byzantins (prélèvements formation, transports, logement...) ajoutés au gré des ans par l'état pour assouvir sa soif d'argent à gaspiller. Cette part représente environ 63% de la VA nette. La taxation de cette part sur un salaire médian est de 47%, c'est à dire que pour verser un salaire net

2. Les charges financières, intérêts à payer aux emprunteurs de l'entreprise et provisions pour coups durs anticipés.

3. Des taxes diverses.

4. La part des actionnaires, qui se subdivise en plusieurs postes, la dotation aux amortissements (financement de l'obsolescence et du renouvellement de l'outil de production), le résultat brut avant impôts, lui même divisé entre la part de l'état (IS), et le résultat net, dont une part est réinvestie dans l'entreprise, et une part redistribuée aux actionnaires. Selon les années, le Résultat net tourne autour de 2% du chiffre d'affaires des entreprises, soit environ 8% de la valeur ajoutée (avec de fortes disparités par entreprise et par secteur). Naturellement, si l'entreprise est peu performante, cette part des actionnaires peut être réduite à zéro voire négative.

Comme on le voit, non content de taxer la valeur ajoutée brute en amont, l'état est omniprésent dans le partage de la valeur ajoutée nette, et ceci sans compter les prélèvements auxquels sont encore soumis les sommes versées aux salariés et actionnaires une fois l'argent sorti de l'entreprise (impôts sur le revenu). On peut donc en déduire que quelques soit le flux sur lequel un prélèvement est effectué, il s'agit en définitive DEJA d'un prélèvement effectué sur la valeur ajoutée créée par l'entreprise, ou plus précisément d'un prélèvement rendu possible grâce à la valeur ajoutée créée par l'entreprise.

Changer l'assiette des cotisations sociales actuelles (prélevées sur le flux 1, en aval de la création de VA) pour taxer l'ensemble de la valeur ajoutée (flux 1 à 4 en amont) revient à élargir l'assiette des cotisations en taxant l'argent entré dans l'entreprise plus en amont de sa redistribution, pour appliquer un taux de prélèvements plus faibles au niveau de la valeur ajoutée, qui s'ajouterait à la TVA. Mais cela ne change pas fondamentalement le fait qu'il s'agisse toujours d'un prélèvement opéré sur la valeur ajoutée, à un autre moment de sa circulation en flux dans l'entreprise.

Economiquement, cette « TVA bis » aurait un effet négligeable: certes, elle permettrait de réduire l'affichage du coût de la main d'oeuvre en pourcentage du salaire net versé, mais la part attribuable à cette même main d'oeuvre, ainsi qu'aux investissements, serait réduite du montant de la « TVA bis »: Que l'on vous prélève une part du gâteau sur la part que l'on vous sert ou sur le gâteau global avant de vous en couper une part importe finalement très peu. Ce qui importe, c'est le montant global du prélèvement ! Comme l'a très bien expliqué l'économiste Elie Cohen sur BFM, le problème français est lié au montant excessif des charges globales pesant sur les entreprises, donc sur la valeur ajoutée qu'elles créent, et nécessite donc de couper dans les dépenses financées par ces prélèvements pour réduire le prélèvement total.

Croire, comme le feignent certains économistes, qu'un simple changement de calcul de la façon dont l'état taxe la VA va permettre la création d'emplois est donc un pur sophisme dont Fréderic Bastiat se serait sûrement gaussé en termes bien plus talentueux que les miens s'il avait pu observer notre époque.

Plus ennuyeux, taxer la valeur ajoutée dissuade de créer de la valeur ajoutée: augmenter la TVA (directement, ou par un artifice permettant de la faire apparaître comme un prélèvement séparé) risque d'entraîner une baisse d'attractivité du territoire France pour des investisseurs multinationaux. Toutefois, cet argument reste de portée assez limitée, pour les mêmes raisons que celles ci dessus évoquées: c'est le prélèvement total qui compte plus que son mode de calcul en amont ou en aval des flux monétaires rendus possibles par la création de valeur ajoutée qui déterminera majoritairement le choix des investisseurs.

Mais il y a pire.

Notre système de protection sociale, basé sur le monopole de l'inefficace et archaïque sécu, est certes plein de défauts, mais le mode de calcul actuel de son financement permet d'établir une certaine « vérité des prix » pour le salarié (la part de la CSG prélevée sur les revenus du capital est très minoritaire dans les ressources totales des organismes sociaux). Sur sa feuille de paie, celui ci peut très bien faire la différence entre le « coût total employeur » et le « salaire net » qu'il perçoit, et en déduire un coût très fiable de sa protection sociale. Certes, les allègements de charge sur les bas salaires, dits « allègements Fillon », faussent un peu le calcul, mais celui ci reste en gros pertinent.

Cette situation permet aux libéraux d'argumenter aisément en faveur de la privatisation de l'assurance maladie et de la retraite par capitalisation: si la totalité du coût total employeur était versée aux salariés, à charge pour celui ci de financer sur ce coût ses assurances maladie, chômage et vieillesse, celui ci pourrait espérer choisir des assureurs privés au rapport qualité prix meilleur que les monopoles publics actuels, et donc améliorer son pouvoir d'achat.

Transférer une partie des coûts de la protection sociale sur une « TVA bis » perçue bien à tort comme indolore par ceux qui la paient, revient à « noyer » ces coûts dans un grand melting pot fiscal qui rend illisible son vrai coût pour les assurés sociaux, et rend donc beaucoup moins attractive une éventuelle proposition de restituer les charges artificiellement réduites aux salariés en vue de privatiser les assurances sociales. Cela porterait un coup très dur contre les espoirs d'une réforme libérale de ces assurances, qui seraient pourtant les seules à pouvoir nous sortir du cercle vicieux des déficits récurrents et des augmentations de cotisations ou diminution de prestations afférentes.

Voilà sans doute pourquoi les syndicats sont tellement favorables à cette réforme. Ils s'étaient il y a environ vingt ans opposés à ce que les employeurs soient autorisés à faire figurer le « coût total employeur » sur la feuille de paie. Ils sont aujourd'hui favorables à une mesure qui rendrait opaque le coût réel de la protection sociale pour les salariés, ce qui éloignerait le spectre d'une privatisation de cette protection.

Quand on connaît le nombre de salariés des organismes sociaux publics qui sont en fait des permanents syndicaux à temps plein (plusieurs milliers d'emplois « fictifs légaux »), ce qui est une source de financement indispensable à leur survie, on comprend mieux pourquoi les syndicats se félicitent d'une mesure qui rendrait plus difficile le démantèlement des dits monopoles publics !

Voilà pourquoi les libéraux ne doivent à mon sens pas soutenir la proposition de Jacques Chirac, qui semble une fois de plus se jeter la tête la première dans un piège tendu par les forces étatistes qui confisquent depuis trop longtemps la vie économique et sociale de notre pays.