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Gare
à l'autophobie ! « Mettre fin à cette haine irraisonnée de l'auto, probablement inspirée par la haine de tout ce qui est individuel et la glorification de tout ce qui est collectif, tel devrait être le programme clairement affiché des candidats aux élections municipales du futur, tout au moins de ceux qui souhaiteraient rompre avec le collectivisme à l'échelon local. » A plusieurs reprises, la presse a relaté le cas d'hommes politiques qui ont été verbalisés à Paris, parce qu'ils empruntaient les couloirs d'autobus au volant de leur voiture. Ils ont généralement réagi vigoureusement aux observations des agents de la circulation et ils ont cherché à justifier leur comportement en disant qu'ils étaient très pressés. Pressés, ils l'étaient certainement, comme la plupart de ceux qui roulent en voiture à Paris ou dans les grandes villes. Pourtant, s'ils ont précédemment eu l'occasion d'exercer le pouvoir, ils ont certainement entonné le refrain de la "priorité aux transports collectifs". Mais ils supportent mal de redevenir de simples citoyens, démunis de voitures officielles et de gyrophares, obligés de subir les contraintes qu'ils ont imposées aux autres. Car dans ce domaine comme dans tant d'autres, les collectivistes imposent des tabous que presque personne n'ose dénoncer ou transgresser. Parmi ces tabous, la guerre contre la voiture individuelle tient une place éminente.
Que peut-on alors dire au sujet de la circulation automobile dans les villes ? Une idée simple devrait inspirer le débat, à savoir qu'il existe uniquement deux ressources rares pour les individus : l'espace et le temps. Il convient donc d'économiser le temps et d'utiliser l'espace le mieux possible en fonction des besoins des uns et des autres. De ce point de vue les couloirs d'autobus représentent une aberration. Ils représentent tout d'abord une effrayante stérilisation de l'espace. Chacun de nous a l'expérience de ces couloirs d'autobus totalement vides, alors qu'à côté les véhicules s'agglutinent sur un espace ridiculement restreint. Et la municipalité socialiste de Paris a accru ce gaspillage d'espace en augmentant de manière démesurée la largeur de certains de ces couloirs et en ajoutant d'énormes, hideuses et dangereuses banquettes de béton . Quant aux couloirs pour vélos, ils sont le plus souvent déserts, le climat parisien et la conception de la ville n'étant probablement pas bien adaptés à ce type de transport (et d'ailleurs les déplacements en vélo ont diminué de 4 % l'an dernier !). Mais cela n'a pas empêché l'adjoint parisien à la circulation de présenter récemment un plan de création de 150 kms de couloirs pour vélos à Paris ! Or, il est choquant que l'espace public soit ainsi attribué en priorité à ceux qui paient le moins d'impôts, alors que les automobilistes - qui doivent en particulier subir l'un des fardeaux fiscaux les plus élevés du monde pour leur essence - se trouvent réduits à la portion congrue et sont donc victimes d'une injustice profonde. La manière dont le temps des individus est traité est également paradoxale : les couloirs d'autobus et de vélos consistent en effet à réserver des voies rapides pour les véhicules les plus lents ! S'il est logiquement plus cher de se déplacer en auto qu'en autobus ou, encore plus, qu'en vélo et si on choisit malgré cela d'utiliser une auto, c'est parce qu'on y trouve un avantage relatif, qui justifie le surcoût. Cet avantage correspond évidemment à un plus grand confort, à la possibilité d'aller d'un point à un autre sans rupture de trajet, de transporter des objets lourds ou encombrants, mais aussi en principe de gagner du temps. Et n'est-ce pas d'ailleurs pour cette raison que l'auto a été inventée et qu'elle a été si largement plébiscitée ? Le fait que tant de gens utilisent une auto n'est pas le signe d'une quelconque attitude asociale - comme voudraient nous le faire croire des Verts qui rêvent d'un monde où la nature pourrait vivre sans être encombrée par la présence des êtres humains - mais la manifestation d'un choix conscient. Il existe alors une contradiction absurde entre ce désir si fortement révélé de se déplacer rapidement en auto et cet objectif clairement affiché par tant de municipalités et consistant à ralentir les véhicules automobiles ! Tout ce qui crée des embouteillages fait frétiller de joie les Verts, leurs acolytes socialistes, mais aussi tous leurs compagnons de route ... Ils oublient d'ailleurs qu'en ralentissant ainsi les voitures, ils les amènent à produire plus abondamment des émissions polluantes. Mais ils oublient surtout qu'une politique humaine ne devrait pas servir un but abstrait et utopique - lutter contre les transports individuels, promouvoir les transports collectifs (ou collectivistes) - mais simplement se contenter de respecter la diversité concrète des besoins concrets d'individus concrets. Mettre fin à cette haine irraisonnée de l'auto, probablement inspirée par la haine de tout ce qui est individuel et la glorification de tout ce qui est collectif, tel devrait être le programme clairement affiché des candidats aux élections municipales du futur, tout au moins de ceux qui souhaiteraient rompre avec le collectivisme à l'échelon local. Cela impliquerait évidemment de mettre fin aux méthodes actuelles. Elles se caractérisent par le fait que l'espace urbain est censé être gratuit, mais dans la mesure où il est rare - et même particulièrement rare - il faut bien trouver des procédures d'allocation de l'espace. Pour le moment celle-ci se fait de manière arbitraire à partir des lubies de doctrinaires politiques. Mais d'autres solutions existent - ou seraient inventées dans un monde moins monolithique - en particulier à une époque comme la nôtre où on peut recourir à des techniques sophistiquées. Sans vouloir entrer dans le détail, l'idée qu'il conviendrait de mettre en application consisterait à faire payer l'utilisation de l'espace urbain à son juste prix, comme l'exemple vient d'en être donné à Londres (et non sans réduire par ailleurs la charge fiscale globale qui pèse sur les automobilistes). Ceci impliquerait certes un paiement par personne plus important pour celui qui utilise une voiture particulière que pour celui qui utilise un transport en commun. Mais ceci étant acquis, chacun serait libre de faire ses propres choix en fonction des coûts des diverses solutions et de l'appréciation de ses besoins et de la valeur de son temps. Et l'on pourrait alors même imaginer que des couloirs de circulation rapide puissent exister et qu'ils soient réservés à ceux dont le temps leur paraîtrait justifier le paiement d'un péage plus important. Au principe rigide et absurde de la "priorité aux transports collectifs", pourquoi ne pas substituer le principe de "priorité à l'imagination au service des individus" ? Pascal Salin |