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Le dossier Flat Tax
de l'IREF |
«Flat
tax»
et professeurs fous en quête
de nouveaux entrepreneurs
Pauvre
Mme Merkel ! Pauvre CDU ! Pauvre Allemagne, finalement. Le professeur
Paul Kirchhof, spécialiste de finances publiques, a (comme beaucoup
de ses confrères) préconisé le passage à la
«flat tax»** (taux unique d'imposition) dans ses écrits
académiques. Pressenti par la CDU pour un poste dans le futur gouvernement
Merkel, cela a suffi pour que M. Schröder se déchaîne.
Les riches paieraient moins d impôts que les pauvres! L’Etat
providence et les «acquis sociaux» seraient menacés
! Les électeurs allemands, déjà partagés quant
à savoir quelles réformes adopter, et à quel rythme,
ont montré leur désarroi dans les urnes.
Il n'est donc pas trop tôt pour lancer un débat plus serein
sur la «flat tax », thème qui ne va certainement pas
s'éclipser, malgré les propos hystériques entendus
lors de la campagne électorale allemande. Le débat va également
surgir en Suisse, car nous sommes au cœur de l'Europe et fortement
concurrencés par les pays de l'Europe centrale et orientale, où
le mouvement en faveur de la «flat tax » a débuté.
Le débat va également surgir en Suisse, car nous sommes
au cœur de l'Europe et fortement concurrencés par les pays
de l'Europe centrale et orientale
De quoi
s'agit-il? Remplacer un système d'impôt progressif à
plusieurs paliers par un taux unique. Ainsi, les riches et les pauvres
seraient taxés au même taux, mais bien sûr ne paieraient
pas les mêmes montants en termes absolus (les propos de M. Schröder
étaient mensongers, mais dans le feu de l'action politique...).
Une telle idée est, en effet, révolutionnaire. Pour les
générations de l’après-guerre, il semblait
naturel que «les riches» dussent acquitter proportionnellement
plus d'impôts que les pauvres: la redistribution des revenus devait
avoir lieu à la fois du côté des recettes et du côté
des dépenses sociales. C'était normal.
Viennent maintenant les années 90 et les pays dits «en transition»
du système communiste, en ruine, vers une économie de marché
encore inconnue et chancelante; des populations qui en ont par-dessus
la tête de la solidarité imposée. étatique
et théorique, pour l'avoir expérimentée de près;
et des finances publiques inexistantes et chaotiques. D’abord dans
les pays Baltes, minuscules donc insignifiants, mais plus tard en Russie
(difficile de l'ignorer), en Ukraine, et maintenant dans une bonne dizaine
de pays voisins de la Suisse, la «flat tax » s'implante pour
de bon. Les taux uniques vont de 12% (en Géorgie) à 33%
(en Lituanie). Donc il ne s'agit pas nécessairement de taux particulièrement
bas. Il s'agit surtout d'une très grande simplification du système
fiscal. Un enfant de 10 ans pourrait calculer le montant de l'impôt.
Il règne une transparence extrême. On peut réduire
de façon dramatique le coût du recouvrement de l'impôt.
Si le taux est bas, comme en Russie, la population se transforme du jour
au lendemain de fraudeurs acharnés en contribuables honnêtes
- car le jeu de la fraude n'en vaut plus la chandelle. Les finances de
l'Etat se redressent comme par miracle. Les «riches», au lieu
de dépenser une fortune pour échapper légalement
aux impôts, commencent à les payer... Une libération
impressionnante de ressources humaines des deux côtés de
la division publique-privée peut s'opérer.
Une
fois les recettes engrangées, le gouvernement peut toujours décider
des dépenses- même renforcer l'Etat providence. Mais il n'est
finalement plus nécessaire d'inclure l'élément de
redistribution du côté des recettes. C'est pourquoi les propos
de Gerhard Schröder étaient purement électoralistes.
il a placé le débat sur un plan émotif, et cela a
très bien marché pour lui.
Observons ce côté émotif. «Prendre l'argent
là où il se trouve» est un dogme pour ceux qui poursuivent
des politiques de redistribution au nom du «progrès social».
Or, même si on ne met pas en cause l'argument moral, cette position
se heurte à un problème pratique fatal.
Comme l'avait identifié Benjamin Franklin. on ne transforme pas
un homme pauvre en riche en transformant un homme riche en pauvre. Une
république, toute redistributive qu'elle soit, doit conserver quelques
riches, car si tout le monde est pauvre, comment financer quoi que ce
soit? Or - autre réalité alarmante pour les redistributeurs-la
création de richesses n'est jamais acquise. Comment conserver notre
prospérité, comment la renouveler? Défi considérable
à l'heure de la mondialisation, à l'heure où la Chine
et I'Inde se réveillent.
La réponse: attirer de nouveaux entrepreneurs. Le problème:
sils réussissent (et ce n'est pas toujours le cas), ils ont le
sentiment d'avoir droit à ce qu’ils ont gagné. Ils
veulent bien payer des impôts raisonnables, comme tout le monde,
mais pas des impôts conftscatoires au nom du "progrès
social". Cependant, il est politiquement difficile, voire impossible,
pour la gauche d'arrêter la chasse aux «riches». La
jalousie est encore un puissant moteur électoral, comme Mme Merkel
vient de le constater à ses dépens.
Aujourd'hui,
les capitaux, les idées, les initiatives entrepreneuriales circulent
librement. Les biens et les services aussi.
Les entrepreneurs de demain pourront choisir entre les pays pratiquant
la progressivité de l'impôt, et ceux pratiquant la «fat
tax ». Mme Merkel est passée à côté d'une
victoire électorale franche pour avoir osé soulever ce problème
dans sa campagne. Mais il reste néanmoins posé : les professeurs
ne sont pas si fous, après tout. Nous devons, en Suisse, entamer
une discussion plus calme et plus sereine, car nous aussi, nous devons
penser à préserver et à attirer les entrepreneurs
de demain.
Victoria
Curzon Price, professeur ordinaire
à l’Université de Genève, présidente
du conseil
d’administration de l’Institut Constant de Rebecque
**"La «flat tax » est une idée développée
en 1980 par deux économistes de la Hoover Institution of Stanford
(Californie), Robert Hall et Alvin Rabushka. Elle a été
vulgarisée dans l’ouvrage qu'ils ont publié en 1985,
réédité en 1995 (Hoover Institution Press). Hongkong
applique toutefois une variante de ce système depuis 1948. En Europe,
c'est le Premier ministre d'Estonie, Mart Laar, qui, en 1994, a le premier
introduit un système d'impôt sur le revenu unique et proportionnel
Taux
uniques sur le revenu
| En
% |
taux |
Année
d’introduction |
| Estonie |
26% |
1994 |
| Lituanie |
33% |
1994 |
| Lettonie |
25% |
1995 |
| Russie |
13% |
2001 |
| Serbie |
14% |
2003 |
| Ukraine |
13% |
2004 |
| Slavaquie |
19% |
2004 |
| Georgie |
12% |
2005 |
| Roumanie |
16%
|
2005
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Source – Université de Genève
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