La Lettre des Cercles Libéraux, du 18 novembre 2005

Mi-mi Merkel
est mal partie
La potion amère du programme de grande coalition allemande mi socialiste, mi conservatrice, ne peut qu’échouer.

La grande coalition menée par Angela Merkel en Allemagne vient enfin de se donner un programme de gouvernement. Affligeant !
Tout se passe comme si, pour confectionner ce cocktail gouvernemental, on avait pris dans les programmes de la CDU et du SPD leurs plus mauvais ingrédients.

Résultat :
- l’idée déjà saugrenue de la CDU d’augmenter la TVA de 2% (dans le but de diminuer les charges sociales comme cela fût déjà fait en France par Alain Juppé en 1995) s’est transformée grâce au SPD - qui avait pourtant combattu cette idée - en augmentation de 3%.
- le taux marginal de l’impôt sur le revenu (diminué hier par le SPD) passera de 42% à 45%.
- les baisses d’impôt sur les sociétés (de 25% à 19%) décidées en commun par le SPD et la CDU au Printemps dernier, sont reportées après 2008...

Bref, après le « ni-ni » socialiste à la française, voici le « mi-mi » à l’allemande, mi-socialiste mi-conservateur, mi-chèvre mi-choux, la plus sûre recette de l’échec.
Comme nous l’avions déjà souligné, une grande partie de la droite allemande – et à plus forte raison la gauche – ne comprend rien à la nouvelle économie mondiale, celle de la 3ème vague, l’économie mondiale du savoir.
Elle accède un peu trop facilement aux revendications à courte vue que lui propose un patronat tout entier tourné vers la diminution du coût du travail et des coûts sociaux pour maintenir les exportations industrielles allemandes.

Au bout du compte, voici que l’on impose à l’économie allemande une nouvelle purge alors qu’elle aurait besoin de fortifiants. Si l’on ajoute à cela la politique monétaire menée par la Banque Centrale Européenne, nous avons là tous les symptômes d’une maladie qui a conduit l’économie japonaise à plus de dix ans de dépression.

Voilà qui est mauvais pour l’Allemagne. Voilà qui est mauvais pour la France aussi, à la fois parce que nous avons tout à perdre à «une mauvaise santé» de l’économie allemande et parce que, hélas, la phobie d’une vraie politique libérale est contagieuse.
Sans doute ne verrons-nous pas de grande coalition dans notre pays, mais comme j’avais tenu à le souligner dans cette lettre (voir La grande coalition de la «droiche»), la droite française emprunte déjà tellement d’idées aux socialistes et se méfie tellement aujourd’hui des solutions libérales, qu’elle est capable de mettre en oeuvre, demain, à elle toute seule un programme inspiré par le même « mi-mi ».
Le seul projet gagnant pour la France, c’est la mise en oeuvre de réformes franchement libérales qui permettent de trouver le chemin d’une forte croissance.
A la rigueur désespérante («se serrer la ceinture») les libéraux opposent la vigueur ( «se retrousser les manches»)

Alain Madelin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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OMC : Il faut soutenir Peter Mandelson
Très juste critique de Patrick Messerlin, dans les Echos, sur la position française en matière agricole. «Rien ne permet de dire que Peter Mandelson a outrepassé son mandat en ce qui concerne la «préférence communautaire». «D'abord, les baisses proposées sont prudentes». «Ensuite, ces dernières contiennent une clause, dite de «produits sensibles», pouvant «affaiblir considérablement les effets de la baisse proposée». «Enfin, les propositions de Peter Mandelson ne seront validées que si les autres pays nous ouvrent leurs propres marchés».
Conclusions : «L'affaire est encore plus désastreuse car elle va à l'encontre des intérêts bien compris de l'agriculture française. Parce que ses agriculteurs sont parmi les plus efficients en Europe, la France a intérêt à une réduction plus importante des subventions que celle annoncée par Peter Mandelson». «Un échec à Hong Kong aura un seul effet certain : il accélérera les accords régionaux auxquels songent l'Inde et ses voisins, la Chine et ses voisins, et les Amériques. Les Européens seront alors marginalisés pour longtemps, dans ces immenses marchés à potentiels fabuleux»
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La France déprime….
Marc Dugain
constate, dans le Figaro, que la dépression s’installe dans une France en panne de créativité. «Nous ne savons pas comment nous comporter devant ce nouveau monde qui ne l’est pas vraiment. Victime de notre schizophrénie qui consiste souvent à aimer tout chose mais pas son prix, le risque sans ses aléas, l’argent sans ses crimes, le pas cher sans délocalisation, la consommation sans fumée, l’air pur sans nucléaire, et le nucléaire sans se pulvériser, nous sombrons parfois à juste titre dans les états d’âmes



HUMEUR :
EDF ouvre son capital au public. Tiens donc ! La privatisation partielle d'un service public s’appelle « ouverture au public »... C’est que le mot public a deux sens. Le bon sens : une « public company » aux Etats-Unis est une entreprise privée, un espace ou une pelouse publique appartient à tout le monde. Le mauvais : en France une entreprise publique, un espace public appartiennent d'abord...à l’Etat. Voilà qui justifie les monopoles publics qui sont d’abord au service de leurs agents avant d’être vraiment au service du public. A méditer avant la journée d’action du service public du 19 novembre.


LE CHIFFRE CITATION

18%

«Quand la paie d’un salarié passe de 1 à 1,4 SMIC, son patron devra acquitter 18 points (soit 18% du salaire brut) de cotisation sociale en plus» a relevé Paul Fabra qui ajoute «C’est ce qu’on appelle une trappe à pauvreté».
«Le premier des droits de l'homme c'est la liberté individuelle, la liberté de la propriété, la liberté de la pensée, la liberté du travail»
Jean Jaurès

Banlieues : le diagnostic des étrangers
Il est de bon ton en France de s’offusquer des analyses des medias étrangers de notre crise des banlieues. Pourtant, à y regarder de près, la presse internationale n’est pas de si mauvais conseils. La dominante de toutes les analyses est simple, la France a avant tout besoin de croissance et d’emplois, et c'est là la première des politiques sociales.

Analyse libérale des émeutes
Patrice Vezine s'interroge sur les "cinq formes de déresponsablisation, encouragées par la gauche"
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  Emeutes urbaines : changer d'approche
Pour
Rachid Kaci le courage politique consiste à tenir un discours de vérité notamment aux plus jeunes.
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Pourquoi les Français n’aiment pas le capitalisme
Une analyse pertinente d’Yves de Kerdrel, dans le Figaro : «le capitalisme français, à l’inverse de son homologue américain, renvoie l’image d’un système où l’ascenseur social fonctionne mal, et où la méritocratie est peu présente».

 L’état Providence est mort, vive l’Etat !
Jean-Paul Oury, du cercle de Nancy, s'interroge sur l'Etat "Combien de temps ce système peut-il durer? Combien de temps peut-on continuer à niveler la société par le bas, en redistribuant à perte le peu de valeur ajoutée créée par les actifs"
Lire la suite
 

Les syndicats de la SNCF lancent encore un mot d'ordre de grève!
Alors que le salaire moyen des cheminots est de 2 800 euros par mois d'après les chiffres officiels du contrôle de gestion de la SNCF, avec en prime 125 milliards de dettes pour le transport ferroviaire ! Aucune réaction des Français face à ces catastrophes financières que sont la SNCF et les "services publics" en général... Lire l’analyse de Jean-Pierre Chevallier

A LIRE  
La société de la peur
de Christophe Lambert
chez Plon
Monsieur le Président, c’est une révolution qu’il faut faire ! de Thierry Desjardins, chez Albin Michel.
Christophe Lambert, Président de Publicis, décrit fort bien les peurs des Français : peur du chômage, peur de l’insécurité, peur d’une fiscalité écrasante, peur de l’avenir…Il tente de mieux faire comprendre l'état de la société française aujourd'hui pour anticiper sur ce qu'elle va devenir demain.
Un réquisitoire amer de l'ancien rédacteur en chef du Figaro sur l’histoire des dernières «réformes» est le cri du cœur d’un ami déçu de Jacques Chirac. «Le soir de votre réélection "triomphale", les Français se sont imaginé que vous alliez sauver la France. Vous aviez tous les pouvoirs...Qu'avez-vous fait depuis ? Rien ou presque...»

L’Alberta ou les fruits de la liberté
Comment trouver un travail en quelques jours... au Canada. L'expérience de notre ami Kornel Bangha, chômeur en France, parti à Calgary, la province la plus libérale du Canada.
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La primauté
des droits individuels

S'il existe un point d'accord entre tous les libéraux, c'est bien leur conviction commune de la primauté de l'individu, de la personne humaine, par rapport à la société.

La reconnaissance des droits individuels est le point de départ obligatoire de tout libéralisme. C'est là l'idée née en Grèce, il y a vingt-cinq siècles, sur le terrain de la pensée libre, portée par le grand souffle du christianisme et consacré par la Déclaration des droits de l'homme de 1789, véritable Charte de libertés individuelles.

Pour le libéralisme, il existe des droits individuels fondamentaux, souvent qualifiés de « naturels », qui tiennent à la nature de l'homme et qui sont le produit de l'histoire de notre civilisation. Ces droits existent indépendamment de l'Etat. Ils sont antérieurs et supérieurs aux conventions et aux lois humaines, et ils doivent être soustraits aux atteintes de l'Etat et du législateur.

Certains croient discerner pourtant, dans cette sorte d’individualisme juridique, le talon d'Achille du libéralisme. Le libéralisme, disent-ils, provoque le repli sur soi. Il encourage l'égoïsme et laisse le citoyen isolé face à l'Etat. Rien n'est plus taux.

Certes, les libéraux ont été les ennemis des corporations et de leurs privilèges, mais ils n'ont pas été pour autant les adversaires des groupements entre les hommes. Ils se sont faits au contraire les avocats et les initiateurs de la liberté d'association, de la liberté syndicale, des mutuelles, des bourses du travail, des institutions libres de protections sociales. Le jacobinisme triomphant n'appartient évidemment pas à la tradition libérale.

Le libéralisme considère la société comme antérieure à l'individu. Ce n'est que bon sens. Les hommes naissent associés par les liens de la famille, par les liens de la langue commune, des mœurs communes, des souvenirs communs, des traditions communes. L'homme du libéralisme est une personne dotée de droits individuels inaliénables, enraciné dans une civilisation en perpétuel échange avec ses semblables. Ce n'est pas un voyageur sans bagages mais un héritier. Ce n'est pas un numéro matricule mais un nom.

 

Le socialisme isole,
le libéralisme relie

Pour le socialisme, au contraire, dans la tradition de Jean-Jacques Rousseau, le fait primitif n'est pas la société mais l'individu isolé. La société est le produit d'un contrat entre les hommes. Il n'existe donc pas de droits individuels supérieurs à la volonté populaire. Une société peut être bâtie de toutes pièces par le droit pourvu que l'idéologie vous fournisse les plans de la cité idéale. Les libertés individuelles des Droits de l'homme sont noyées dans des droits sociaux qui légitiment l'intervention de l'Etat.

Cette conception du droit, qui déborde largement les seuls socialistes, s'est révélée profondément destructrice des valeurs et des cadres sociaux traditionnels. Si l'Etat peut modifier à sa guise les règles de droit, distribuer, au moyen de la loi, des avantages ou des privilèges à certains, quitte à heurter les droits des autres, alors commence le cercle vicieux où plus l’Etat intervient, plus on lui demande d'intervenir. Le corporatisme n'est pas le produit de l'individualisme mais l’exacerbation des égoïsmes individuels et la conséquence logique de la sociale démocratie redistributive.

Si le libéralisme relie les hommes au sein d'une société d'échange, le socialisme ou l’étatisme, les isole. Chacun pour soi, l'Etat pour tous. L'Etat providence déchaîne les égoïsmes des individus et des corporations. Pourquoi s'occuper de son voisin dans le besoin, il y a bien des fonctionnaires pour cela !

Aujourd'hui, les libéraux proposent de faire reculer l'Etat, de supprimer nombre de ses tutelles, d'élargir les libertés de choix des citoyens, de remettre en question les lourds mécanismes de l'Etat providence. C'est dangereux, disent leurs adversaires ou leurs faux amis ! Cela va renforcer l'individualisme et le repli de chacun sur ses intérêts égoïstes et laisser bien des individus désemparés, car privés de leur tuteur ! Qui sait même, si certains ne feront pas un mauvais usage de leurs nouvelles libertés? Bref, la peur de l'individualisme sert ici à jouer les prolongations de l'étatisme. Encore un instant messieurs les libéraux...

En réalité, le recul de l'Etat prôné par les libéraux tend à reconstruire la société créée pour développer les communautés naturelles, les associations volontaires, la libre organisation des hommes, à reconstituer les solidarités libres étouffées par l'étatisme au moyen de la tolérance, de la prévoyance, de la mutualité.

Les libéraux doivent prendre appui sur l’aspiration à davantage de libertés individuelles, davantage d'autonomie, davantage de liberté de choix. Le refus de l'embrigadement obligatoire ne signifie pas l'isolement obligatoire. L'esprit de famille, l'amitié, la solidarité, l’altruisme accompagnent le retour des valeurs individuelles, qui n'est pas une menace mais une chance à saisir.

ALAIN MADELIN

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La politique française
à l'OMC : de Charybde
en Scylla...


La crise entre Paris et Bruxelles fait apparaître, plus que jamais, l'isolement de la France en Europe. De façon moins visible mais tout aussi grave, aucun pays pauvre ne manque maintenant une occasion de dénoncer le cynisme du discours de la France en faveur du développement, face à son obstination à ne lui laisser aucune chance dans l'agriculture.

Car le commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson, n'a pas outrepassé son mandat. C'est clair en ce qui concerne les subventions aux agriculteurs - l'un des deux principaux points de négociation. Peter Mandelson n'a fait qu'essayer de « vendre » la réforme de la politique agricole adoptée en 2003. Les clameurs françaises n'ont réussi qu'à bien faire comprendre à tous les pays de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) que ce que Peter Mandelson s'efforçait de présenter comme une concession n'en était pas une !

De même, rien ne permet de dire que Peter Mandelson a outrepassé son mandat en ce qui concerne la « préférence communautaire », c'est-à-dire les propositions de baisse des droits de douane européens sur les produits agricoles étrangers (l'autre point critique des négociations). D'abord, les baisses proposées sont prudentes. Ainsi les droits de douane resteront-ils très élevés suite aux propositions de la Commission - de 36 à 100 % ! Ensuite, ces dernières contiennent une clause, dite de « produits sensibles », et il suffirait que de 1 à 2 % seulement des produits agricoles en bénéficient pour affaiblir considérable- ment les effets de la baisse proposée des droits de douane. Enfin, les propositions de Peter Mandelson ne seront validées qu'à la fin des négociations en cours, si les autres pays nous ouvrent leurs propres marchés. Aussi, nombreux sont ceux à Genève qui trouvent ridicule une France criant au loup avant même le début des négociations.

Le ministère français de l'Agriculture a récemment annoncé des prévisions apocalyptiques pour certains secteurs agricoles suite à cette possible baisse des droits de douane. Ces prévisions ne sont pas crédibles, et le fait que le ministère n'ait donné aucune information détaillée sur sa méthode de calcul est choquant. Prenons l'un de ces secteurs, le sucre par exemple, soumis aujourd'hui à un droit de douane de 110 %. Les propositions Mandelson feraient baisser ce droit à 50 % environ, à supposer que le sucre ne bénéficie pas de la clause de « produits sensibles ». Mais le sucre jouit aussi de subventions, et le tout catapulte le prix européen du sucre à près de trois fois le prix mondial. On voit mal le sucre en grand danger dans un pareil contexte ! Quant aux autres produits cités par le ministère, ils profitent en plus de normes sanitaires dont nombre sont de purs mécanismes de protection.

L'affaire est encore plus désastreuse car elle va à l'encontre des intérêts bien compris de l'agriculture française. Parce que ses agriculteurs sont parmi les plus efficients en Europe, la France a intérêt à une réduction plus importante des subventions que celle annoncée par Peter Mandelson. En effet, ces subventions font subsister des productions inefficientes dans d'autres pays européens, réduisant les ventes européennes des agriculteurs les plus efficients. En d'autres termes, la préférence communautaire, censée réserver le marché européen aux agriculteurs français, ne leur laisse que le marché français, « hypersaturé ».

Réduire les subventions aurait un autre effet intéressant. Ces dernières semaines, des agriculteurs se sont déclarés prêts à accepter la suppression des subventions si les prix à la production étaient plus élevés. Or le premier moyen pour accroître ces prix est de réduire les subventions qui dépriment les prix en favorisant la surproduction.

Toute cette histoire soulève deux questions. Premièrement, pourquoi les industriels et producteurs de services français se laissent-ils prendre en otages sans réagir ? Ils ont beaucoup à perdre dans cette affaire. Un échec à Hong Kong aura un seul effet certain : il accélérera les accords régionaux auxquels songent l'Inde et ses voisins, la Chine et ses voisins, et les Amériques. Les Européens seront alors marginalisés pour longtemps, dans ces immenses marchés à potentiels fabuleux. Le temps où le régionalisme jouait pour l'Europe est bien révolu. Pour les Européens, la réunion ministérielle de Hong Kong est un moment décisif où doit être gagnée la bataille pour une ouverture non discriminatoire des marchés mondiaux. Si ce n'est pas fait maintenant, cela ne le sera pas avant plusieurs décennies.

Deuxièmement, l'équation politique de la réforme et de l'ouverture de l'agriculture française est plus favorable qu'il n'y paraît si l'on traite différemment grandes et petites exploitations. Seules les premières devraient contribuer à la réduction des subventions internes. Si l'on prend en compte cet aspect essentiel, il est possible à la fois d'ouvrir l'agriculture française au monde - et le reste du monde aux produits (industriels et agricoles) et services français - et d'assurer un meilleur équilibre social entre grands et petits agriculteurs.

PATRICK MESSERLIN est professeur à Sciences po, où il est directeur du Groupe d'économie mondiale (GEM)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Analyse libérale des émeutes
Réhabiliter la responsabilité individuelle, une citoyenneté des devoirs dans un état de droit, assurer la sécurité, garante de la liberté des plus faibles, réhabiliter le mérite et l’effort, favoriser l’accession à la propriété , voici les réponses des libéraux, défenseurs d’un idéal républicain humaniste.

L'explosion de violence dans les banlieues doit être pour nous l'occasion d'affirmer une pensée libérale réfléchie, prélude à l'alternative politique que nous appelons de nos voeux. Si nous voulons proposer à nos concitoyens une offre politique convaincante, nous ne devons pas répondre aux violences par la caricature politicienne.
Dans un premier temps, écartons d'un revers de main la stigmatisation de toute une population banlieusarde par l'amalgame :
- Les racailles sont une minorité agissante, la majeure partie des jeunes banlieusards ne doit pas être assimilée à ces délinquants. La banlieue regorge aussi de jeunes qui se bougent et réussissent.
- La police, garante du maintien de l'ordre et des libertés individuelles, doit être exemplaire : nous ne cautionnons aucune bavure, aucune interpellation brutale injustifiée.
- La banlieue n'est pas représentée par une sous population mais par des femmes et des hommes qui aspirent majoritairement à exercer dignement leur citoyenneté.
Dans un deuxième temps, nous devons refuser toute compassion démagogique qui excuserait les actes de violence les plus barbares :
- La déresponsabilisation par le déterminisme social : Un homme pauvre qui commet un acte de violence est un homme personnellement responsable de ses actes. La condition sociale peut expliquer un sentiment de révolte mais n'excuse en rien les débordements de violence.
- La déresponsabilisation par le déterminisme géographique : l'Etat a certes fait construire des quartiers dont on peut contester le confort et l'esthétique, mais la responsabilité de la multiplication des tags et des dégradations à l'intérieur des immeubles revient à certains habitants eux-mêmes. Ce ne sont pas les ministres de l'intérieur successifs qui sont venus uriner dans les boites aux lettres, « graffiter » les murs ou mettre le feu aux poubelles.
- La déresponsabilisation par le déterminisme économique : fabriquer un cocktail Molotov n'est pas le meilleur moyen de trouver un emploi, mettre le feu à une banlieue n'est pas le meilleur moyen de combattre la discrimination à l'embauche, incendier le gymnase neuf d'un collège n'est pas la meilleure preuve de son attachement au service public.
- La déresponsabilisation par le combat politicien : en démocratie, la politique d'un gouvernement peut être contestée. De là à rendre personnellement responsable un ministre de la moindre voiture brûlée plutôt que d'accuser son auteur réel, il y a un pas que nous ne pouvons franchir.
- La déresponsabilisation par le déterminisme ethnique : l'intelligentsia des salons gauchisante est prête à brandir le carton rouge du racisme à quiconque essayerait de réfléchir aux conséquences d'une immigration incontrôlée, à quiconque dénoncerait le caractère délictueux des agissements d'un français d'origine étrangère.
Ces cinq formes de déresponsabilisation, encouragées par la gauche, servent la cause de l'étatisme mais détruisent dans le même temps ce qui fait le fondement d'une République qu'ils prétendent défendre : un Etat de Droit au service de citoyens libres et responsables, faisant valoir des droits dans la mesure où ils assument des devoirs.
Car, il convient, dans un troisième temps, de démystifier l'argumentaire des étatistes de gauche :
- Lorsque l'on apprend qu'un gymnase neuf a été brûlé, cela signifie qu'un gymnase avait été construit : pourquoi faire partir en fumée un argent public que l'on réclame sans cesse ?
- Lorsque que l'on apprend qu'une école est saccagée, cela signifie que l'on a fait disparaître un service public dans une cité : peut on dire que les casseurs militent pour la cause du service public ?
- Lorsque l'on apprend que des voitures sont incendiées, sont-ce les voitures des ministres ou de gens riches ? Non, il s'agit de l'outil de travail d'ouvriers smicards. Peut-on affirmer alors qu'il s'agit d'une révolution sociale ?
- Lorsque des caïds s'organisent pour défendre leur marché noir et le racket, peut-on dire que nous ayons à gérer une contestation grave du capitalisme ? Non, nous sommes en face d'une délinquance de nature économique dans une zone de non droit qui porte atteinte à la propriété et à la liberté d'autrui.
Il est alors facile de comprendre à quel point la gauche se trompe de combat. Mais elle se trompe volontairement car les individus des cités ne l'intéressent pas, sa stratégie se résume au futur score du PS ou de Besancenot et à la façon dont ces émeutes peuvent être exploitées politiquement contre le gouvernement.
Ainsi l'incendiaire est rapidement transformé en pompier au secours de leur misère idéologique et chargé d'éteindre le feu de leurs luttes de clans.
Derniers défenseurs d'un idéal républicain humaniste, les libéraux réhabilitent :
- La responsabilité individuelle, sans amalgame collectif et envers et contre tous les déterminismes.
- Un Etat de Droit qui exige de ses représentants l'exemplarité.
- Une citoyenneté des devoirs et non plus seulement l'assistanat sans contreparties des ayants droit.
- La sécurité, garante de la liberté des plus faibles.
- Une politique qui libère les initiatives et encourage le travail, le mérite et l'effort.
- Une rupture avec le collectivisme globalisant qui déverse un argent public qui part aujourd'hui en fumée (écoles incendiées, gymnases brûlés, immeubles dégradés).
- Une vision centrée sur l'individu : il faut favoriser l'accession à la propriété et l'esprit d'entreprise individuel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Emeutes urbaines : D’abord, rétablir l’ordre, ensuite changer la philosophie
Pour
Rachid Kaci le courage politique consiste à tenir un discours de vérité notamment aux plus jeunes.

A l’évidence, nous pouvons, sans grand risque, évoquer la participation massive de français issus de l’immigration dans les saccages et vandalismes de ces derniers jours.
Nous avons vu une nouvelle fois, comme c’est le cas depuis maintenant presque un quart de siècle, des jeunes et moins jeunes venir se plaindre de la société française responsable selon eux de tous les maux qui les accablent.
Il est vrai que, depuis plusieurs décennies, au discours sur la France qui culpabilise en répond un autre, « victimisant », destiné aux immigrés et aux Français issus de l’immigration, d’ailleurs tenus l’un et l’autre par les mêmes bons apôtres.
À partir des années 1980, on a inculqué aux enfants des cités l’idée qu’ils allaient forcément être victimes de discriminations du fait leur origine étrangère.
C’est ce discours qui a engendré les frustrations et colères actuelles. C’est ce même discours qui pousse dans les bras des islamistes des centaines de ces jeunes.
Il y a quelque chose de pathétique et de terrible dans l’observation des faits.
Les révoltés des banlieues ont perdu ce qui faisait la force de leurs parents : l’amour propre, la fierté et le goût de l’effort.
Ils s’en remettent dorénavant à autrui et à la société. Ils pensent ainsi trouver le salut dans la religion ou dans la pitié et la charité des gouvernements et institutions.
Pour en finir avec ces dérives, faire éclater le ghetto, écarter la menace islamiste, il devient aujourd’hui indispensable de responsabiliser les jeunes des cités et cesser d’avoir recours, en guise de politique, à des gadgets sociaux.
Le courage politique ne consiste pas à injecter, comme on le fait depuis trop longtemps, dans les quartiers des millions d’euros pour y acheter la paix sociale ou à s’en remettre encore une fois aux barbus mais à tenir un discours de vérité notamment aux plus jeunes.
Il est urgent de rappeler que la France n’est pas une terre de misère et qu’y vivre représente une chance que beaucoup leur envient. Il appartient aux jeunes Français des quartiers de saisir cette chance et de prendre leur destin en main en travaillant et en adhérant à la société française.
Le communautarisme, notamment religieux, ne résoudra rien ; il ne fera que les enfermer dans un ghetto d’où ils ne sortiront pas.
En attendant, on a beau gloser sur le racisme des employeurs et se lamenter en citant les chiffres du chômage dans les quartiers, rien ne changera tant que la sécurité n’y aura pas été restaurée et la loi française imposée.
Alors à qui profite le crime ? A cette majorité d’habitants des banlieues qui aspirent à vivre tranquillement ou à ces incendiaires, accessoirement mafieux ou racailles, qui veulent régner en maîtres en dehors des lois de la République sur des territoires entiers ?

Rachid KACI
Conseiller exécutif UMP
Président du Club « la Droite Libre »
Auteur de « la République des lâches » aux éditions des Syrtes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’état Providence est mort, vive l’Etat !

D’habitude, un Etat, ça impressionne et ça impose le respect. Défini par Hobbes comme un Léviathan, l’Etat rend possible les relations entre les individus en canalisant les peurs que ceux-ci ont l’un de l’autre pour faire respecter l’ordre : l’Etat tout puissant est une menace, mais il est une menace moindre que celle d’une société où la guerre de tous contre tous serait perpétuelle. Il sert donc de rempart aux individus qui font un pacte ensemble pour échapper à une mort certaine, mort susceptible d’être causée par nos voisins à n’importe quel moment. L’état, et cette fois-ci, c’est Locke qui parle, protège la propriété des individus et rend possible la jouissance des fruits de leur travail, sans quoi, ces mêmes voisins ne manqueraient pas de venir piller nos biens et nous n’aurions plus aucun intérêt pour le travail.
Ces brefs rappels des classiques nous permettent d’établir un pont
entre nos réflexions récentes et les événements actuels. Après nous être interrogés sur la peur que le libéralisme suscitait aux européens, nous avions envisagé la nécessité de communiquer sur une peur plus grande en capitalisant sur la diabolisation de l’Etat. Sans faire d’opportunisme morbide, l’actualité nous donne raison.
« Mais comment !», s’offusqueront certains. Au contraire, on voit la nécessité de la présence de plus d’Etat pour réguler la société. Il faut que l’Etat s’investisse et investisse davantage dans les banlieues. Il faut financer les associations pour apaiser les esprits, instituer de nouveaux emplois jeunes pour établir des relais. Et puis il faudra dénoncer les mauvais chefs d’entreprise et les propriétaires qui n’auront pas envie d’accorder une place à des individus dont le nom rappellera forcément ceux qui se sont illustrés lors des émeutes. Enfin, il faudra obliger des SSII à s’implanter au milieu de cités où elles sont certaines d’attirer de nombreux clients ravis de leur rendre visite. Toutes ces mesures qui relèvent du dirigisme ne sont pas moins présomptueuses que celles d’un Staline prêt à détourner un fleuve pour prouver la vérité du communisme. Toujours est-il que cela ne fait pas peur à nos étatistes patentés qui vont sans doute en profiter pour reprendre la main. On est donc reparti pour un couplet de « Chi’rap » :

« Une commission d’experts, pour des mesures d’enfer,
Un projet à coup de millions pour sauver la Nation
Des crédits nouveaux financés par l’ISR
Payés par les patrons voyous, qui sont plein de pognons »

Combien de temps ce système peut-il durer ? Combien de temps peut-on continuer à niveler la société par le bas, en redistribuant à perte le peu de valeur ajoutée créé par les actifs dont les voitures n’auront pas été brûlées (c’est-à-dire ceux qui peuvent continuer à se rendre au travail) ?
Comment mettre fin à ce système autrement qu’en mettant fin maintenant à l’Etat ? C’est à ce niveau de la réflexion qu’une distinction s’impose : l’Etat de droit n’est pas l’Etat providence. Les événements récents nous aident à prendre conscience que ces deux-là ne vont pas forcément de pair, et si le premier est indispensable, il semble que le second, tel qu’il existe en ce moment, est la source même de tous les problèmes. Pourquoi ? Depuis la mise en place de la 5è République, celui-ci s’est imposé dans tous les foyers avec un zèle outrecuidant. En voulant tout réguler il s’est immiscé dans les libertés de chacun au point d’ôter à tous le sens des responsabilités. Ce paternalisme exacerbé en déresponsabilisant autant les individus qui en profitent que ceux qui le financent a eu pour conséquence de brouiller les pistes dans les esprits.
Pas étonnant que l’on se pose la question du « poulet et de l’œuf ». Qui a commencé : « Sarkozy ou les Cailleras ? » Qui est le premier responsable : l’Etat qui n’a pas pris par la main chacun des enfants des cités ou ces rejetons qui n’ont pas voulu être de bons citoyens ? Et pourquoi l’auraient-ils voulu, puisque celui-ci ne leur donne pas de travail, donc pas de dignité ? Pourquoi continueraient-ils à vénérer ce pseudo- Dieu qui ne respecte pas ses engagements et qui, en faisant mine de tout distribuer, n’a, en vérité, rien à offrir. Situation on ne peut plus dangereuse quand à côté, d’autres fonctionnaires barbus font du pied aux âmes en peine pour leur offrir un programme politique (une guerre revancharde) et religieux (l’immortalité).
Voici donc qui devrait donner matière à réflexion à nos énarques : « l’Etat ne peut quand même pas tout faire », remarquait le trotskyste Jospin. Apparemment les apparatchiks du défunt RPR n’ont pas cette modestie. Monsieur Jacques, père d’une famille très nombreuse de 60 millions de membres, a quelques difficultés en ce moment avec les préadolescents et comme il ne veut rien déléguer, il se sent presque coupable de ne pas tous aller les chercher à la sortie de l’école. Autrement dit, la mauvaise conduite de ces individus exclus du système incomberait à l’Etat. Mieux vaut dans ce cas ne pas rentrer dans le système, puisque comme cela, on peut tout se permettre. La porte au terrorisme est donc ouverte.
Si nos énarques avaient eu une conscience claire du rôle de l’Etat, on peut penser que cette situation hybride dont on ne sait pas très bien qualifier la nature (guerre civile ou rébellion, émeutes ou révolution ?) aurait dû faire sur eux l’effet qu’a fait le 11 septembre dans la conscience des dirigeants américains. Non pas que les deux phénomènes soient objectivement comparables. Mais, au regard du « choc psychologique » provoqué dans les consciences, et lorsque l’on analyse les débats suscités par cette situation, il y a beaucoup de similitudes avec ces actes inédits de terrorisme qui ont fait rentrer les Etats-Unis dans une nouvelle ère historique. Si nous avions eu un vrai Etat à la place d’un Etat paternaliste, nous n’aurions sans doute pas attendu 11 jours de violence pour décréter un couvre-feu. Nous n’aurions pas eu droit à tous ces mea-culpa, ces précautions et ces justifications. Bien sûr, on peut toujours envisager ces « fauteurs de troubles » comme des victimes, mais ce n’est pas là le travail de l’Etat, c’est celui des sociologues. Et pour ceux qui ne sont pas encore convaincus par notre comparaison formelle : depuis combien de temps parle-t-on de la bombe à retardement des banlieues ? Cette réserve d’énergie est là à disposition de qui saura la canaliser. Arme parfaite, elle n’a même pas besoin de déclencheur. On a à faire à de la matière fissile à l’état brut : comment accuser les jeunes, ils ne sont pas majeurs, donc ils ne savent pas ce qu’ils font. Comment accuser les parents, les pères sont absents et les mères lasses. A qui la faute ? L’intégrisme rampant ou la République absente ? Une bombe idéale donc, puisqu’elle n’a ni besoin d’être guidée, ni besoin d’être posée avec préméditation : elle se déclenche seule, et l’Etat qui la subit ne sait pas comment l’arrêter. Il n’a pas conscience qu’elle pourrait être une des multiples variantes possibles de cette fameuse guerre des civilisations que certains refusent toujours de voir, incapables qu’ils sont de distinguer entre race et civilisation, individu et société...
Il est donc du devoir des libéraux de rappeler où commencent et où s’arrêtent les fonctions de l’Etat. On circonscrira son intervention à ses seules fonctions régaliennes : assurer la sécurité de tous les citoyens aussi bien contre les ennemis qui viennent de l’extérieur que de ceux qui viennent de l’intérieur. L’état n’a pas à privilégier une caste aux dépens d’une autre. Il doit donner à chacun la même chance de réussite à niveau comparable. Or en France l’incompréhension de ce principe a rendu l’Etat complice de la prise de pouvoir de certaines castes de privilégiés : celles qui sont capables d'avoir recours au chantage et au terrorisme pour se faire entendre. Ainsi, les syndicats, les grévistes occupants des postes dans des secteurs dont la suspension entraîne une paralysie de la société, toutes les corporations ; enfin, on peut le supposer, les jeunes qui vont chercher par la violence et le terrorisme, une nouvelle forme de reconnaissance.
Si l'Etat est mort, vive l'Etat! Vive un nouvel Etat qui doit avoir pour unique fonction de protéger la majorité des individus et non de privilégier certains d’entre eux. L'état minimaliste est celui que les libéraux doivent appeler de toutes leurs forces: c'est le négatif de l'Etat actuel. Celui-ci, en effet, fait tout le contraire de ce que l'on est en droit d'attendre ou de ne pas attendre. Il ne protège pas ses citoyens à moins 24000 véhicules brûlés. Il intervient dans tous les domaines où il ne doit pas intervenir: pourquoi faire des campagnes de communication pour dire que l'on va combattre l'obésité alors que l'on n'est même pas capable de maîtriser les pulsions destructrices des jeunes qui n’ont pas atteint la majorité ? La situation actuelle est donc propice à une prise de conscience de la part de l'ensemble des citoyens: ils sont seuls au monde et le Dieu étatique qui faisait mine fixer leur destin, n’est même pas capable de protéger leur liberté. Alors nous avons bien conscience du caractère systématique de cette analyse et de la contradiction dans laquelle elle nous mettrait si nous devions proposer demain un programme : il faudra bien avoir recours à des mesures étatiques pour s’extirper de cet état dans lequel l’Etat providence a mis la société. Mais pour nous la chose est simple : nul besoin de faire de promesses, tout dirigisme doit être banni. Notre premier objectif est de nature philosophique : nous souhaitons rendre leur liberté aux individus. Liberté de vivre dans le respect mutuel et liberté de s’enrichir en travaillant. Pour cela nous posons le postulat que nous avons à faire à des individus responsables. Aussi, le système que les libéraux doivent mettre en place ne doit pas se substituer à l’initiative individuelle, il doit la permettre. Et pour les mesures concrètes, il doit se plier au principe de cas par cas et éviter les systèmes.
Nous avons donc raison de craindre davantage un Etat qui, pour privilégier quelques-uns (généralement ceux qui outrepassent les règles) sacrifierait la liberté de tous, plutôt que d’avoir confiance en un Etat qui pour protéger la liberté de tous ne ferait de concession à personne.

Jean-Paul Oury

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les syndicats de la SNCF lancent encore un mot d'ordre de grève !
Alors que le salaire moyen des cheminots est de 2 800 euros par mois d'après les chiffres officiels du contrôle de gestion de la SNCF, avec en prime 125 milliards de dettes pour le transport ferroviaire ! Aucune réaction des Français face à ces catastrophes financières que sont la SNCF et les "services publics" en général...

Les comptes de la SNCF font peur ! Heureusement les Français sont tranquilles car ils ne s'y intéressent pas et la SNCF publie de jolis contes pour les bercer dans leurs illusions au lieu de les afficher clairement. Cependant, l'IFRAP a déniché le véritable chiffre d'affaires de la SNCF. Il est révélé à la ligne produit des trafics (l'expression est vraiment justifiée !) publiée dans le Mémo Stat du contrôle de gestion central de la SNCF alors qu'il aurait dû figurer en première ligne des comptes certifiés.
Pour le seul transport ferroviaire, 8,6 milliards d'euros seulement sont effectivement payés par les clients de la SNCF (par les voyageurs et pour le fret) pour un total des produits de 16,3 milliards en 2004, ce qui signifie que les clients ne paient que 53 % du véritable coût de leurs billets. Le reste, 7,7 milliards d'euros en 2004 soit 47 % est constitué de diverses subventions payées finalement par les contribuables… En transposant ces ratios pour le groupe SNCF, avec un chiffre d'affaires de 22 milliards d'euros, les subventions sont de l'ordre de 10 milliards. En outre, les contribuables supportent une dette à long terme de 55 milliards pour le transport ferroviaire (au 31 décembre 2004) selon les chiffres publiés dans les comptes certifiés de la SNCF et de RFF (Réseau Ferré de France).
Par ailleurs, les charges de retraite ne sont pas provisionnées… en conformité avec des lois fort opportunes ! Elles ne sont pas publiées. Cependant, ces créances existent. Elles sont certaines et elles sont à la charge des contribuables. Il en est de même pour La Poste dont le rapport de gestion retient 70 milliards d'euros pour… ce poste (note 26 page 92). Comme le nombre de retraités est du même ordre dans ces deux entreprises dont les caractéristiques sont très proches, les charges de retraite de la SNCF peuvent être évaluées à ce même montant.
Au 31 décembre 2004, la SNCF avait donc 55 milliards d'euros de dette à long terme + 70 milliards de charges de retraite soit 125 milliards de dettes, 2 000 euros par Français du nouveau né au centenaire, auxquels s'ajoutent une dizaine de milliards d'euros en 2005 de subventions pour couvrir les dépenses courantes.
Ce sont les contribuables qui paieront ! La SNCF n'est pas un service public que le monde entier nous envie, mais une catastrophe financière qui s'ajoute à d'autres comme celle de La Poste, EDF, GDF, la RATP, la SNCM, etc. Ce sont des centaines de milliards d'euros de dettes qui devront être payées à l'avenir par des impôts.
Les anciens dirigeants communistes ont provoqué de très grandes catastrophes financières. 900 millions de Chinois sont très pauvres. 400 millions d'autres travaillent très durement sans en profiter car il leur faut engranger 700 milliards de dollars de réserves dans les coffres de la Banque centrale pour compenser les 300 à 500 milliards de dollars de dettes d'entreprises publiques. Cependant, les Chinois ont de la chance car leurs dirigeants communistes actuellement au pouvoir ont compris que seul le capitalisme libéral peut assurer la richesse des nations et de ses habitants, et ils l'appliquent pour leur plus grand bonheur.
Aux Etats-Unis, les compagnies de transport ferroviaire sont des sociétés privées cotées en bourse qui gagnent de l'argent et qui en font gagner à leurs actionnaires et aux retraités qui placent leur épargne dans des fonds de pension qui l'investissent dans de telles entreprises.
Les centaines de milliards d'euros dilapidés par les administrations et les entreprises publiques auraient pu créer de la richesse au lieu d'en détruire s'ils avaient été investis dans de véritables entreprises. C'est de l'argent non gagné qui circule en contrepartie d'un travail dont le produit n'est pas payé par des clients, et c'est inflationniste pour l'avenir proche.
Les Français, sont très majoritairement opposés au libéralisme. Tant pis pour eux, tant pis pour nous. C'est du suicide collectif dit Silvio Berlusconi qui sait lire et comprendre des bilans, lui, et qui est confronté aux mêmes problèmes.

Jean-Pierre Chevallier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Alberta ou les fruits de la liberté
Comment trouver un travail en quelques jours... au Canada. L'expérience de notre ami Kornel Bangha, chômeur en France parti à Calgary, la province la plus libérale du Canada
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Le Canada étant un état fédéral, on peut s’attendre à une certaine disparité entre ses différentes régions, les provinces. Toutefois, j’ai découvert avec étonnement que derrière le taux de chômage national (actuellement à 6.6%), se cache un écart substantiel : ce taux dépasse les 10% dans plusieurs provinces atlantiques alors qu’il fluctue entre 3.5 et 4% en Alberta qui a une très bonne performance dans d’autres domaines : par exemple, la solde de la migration interprovinciale et le taux de natalité y sont les plus élevés parmi toutes les provinces.
Les raisons de ses bonnes performances sont, bien entendu, complexes et chacun peut proposer ses propres explications. Pour moi, la meilleure explication réside dans les choix de société des Albertains qui se manifestent aux urnes : ils ont voté pour le Parti Progressiste Conservateur depuis 1971, dirigé par Ralph Klein depuis 1992. Il s’agit d’un parti dont les principes fondateurs sont la liberté et la responsabilité. La mise en pratique de ces principes (taux d’imposition le plus bas au Canada, révision et réduction du rôle de l’état, élimination du déficit d’abord et de la dette ensuite) a donné des fruits : notamment une croissance économique et une prospérité qui permettent d’investir massivement dans l’éducation et la santé. Lorsque l’on a demandé à Klein de justifier son choix de réduire les dépenses plutôt que d’augmenter les impôts, il a répondu : « Notre problème, c’est les dépenses, ce ne sont pas des revenus. »
Ainsi, après quelques six mois de recherche d’emploi infructueuse en région parisienne, j’ai décidé donc de tenter ma chance en Alberta, plus précisément à Calgary, la ville la plus dynamique de la province. J’ai eu envie de faire l’expérience personnelle de tout ce qui semblait si merveilleux de loin. Dans quelle mesure ces chiffres et ces théories sont-ils adéquats à décrire une réalité vécue ?
J’ai habité au Québec pendant plus de cinq ans mais je ne suis jamais allé à l’ouest du Canada. Ma première expérience forte s’est passée à l’aéroport même de Calgary : j’ai pris un bus et commencé à discuter avec un autre voyageur. Je lui ai expliqué que c’était la première fois que je venais à Calgary et que je cherchais un emploi. Il m’a répondu : Vous allez en trouver, ici, c’est facile ! Pour se rendre compte de la force de cette expérience toute simple, il suffit d’imaginer une situation parallèle : imaginons donc quelqu’un qui arrive à Paris (ou dans une autre grande ville européenne), quelqu’un dont la langue maternelle n’est manifestement pas la même que la langue du pays, qui explique aux gens qu’il rencontre qu’il est à la recherche d’un emploi et à qui on répond : Vous allez en trouver, ici, c’est facile ! Il me semble que cela serait de la pure fiction. Pourtant, à Calgary, j’ai fait cette expérience plusieurs fois !
La deuxième expérience forte que je tiens à décrire ici concerne les agences pour l’emploi. Quand je suis allé à l’ANPE en France, j’ai attendu une bonne heure avant de rencontrer quelqu’un. Le seul intérêt de cette rencontre était de pouvoir m’inscrire ensuite à l’APEC. Malheureusement, à l’APEC, j’ai dû attendre plusieurs semaines avant de pouvoir rencontrer un conseiller. Quand je suis allé à une agence comparable à l’ANPE à Calgary, il n’y avait pas de temps d’attente : j’ai été reçu tout de suite ! Comme en France, on m’a redirigé vers une autre agence, plus spécialisée, un peu comparable à l’APEC. La rencontre était également comparable à celle que j’ai faite à l’APEC, à deux différences près. Premièrement, elle a eu lieu non pas plusieurs semaines après mon arrivée mais 45 minutes après ! Deuxièmement, on m’a réorienté vers une troisième agence qui proposait un programme complet pour les chercheurs d’emploi.
Dans cette troisième agence, nommé « Selling Success », j’ai pu tout de suite rencontrer un conseiller très professionnel qui, après une courte discussion m’a appris que je pouvais commencer un programme de 12 semaines le lundi suivant ! Cette compagnie est privée et son programme est entièrement subventionné par les gouvernements fédéral et provincial. Il s’agit d’un programme complet : on commence par l’identification de ses talents et de ses compétences et on finit par des stratégies pour garder son emploi. Malgré toutes les qualités de ce programme, plus de 80% des participants ne vont pas jusqu’au bout. La raison en est simple : ils trouvent un emploi avant la fin de la 12e semaine !
La plupart des participants qui ont commencé avec moi ont trouvé un emploi (CDD ou CDI) en quelques semaines. En ce qui me concerne, j’ai signé un CDI 11 jours après mon arrivée en Alberta et commencé à travailler le 22e jour. Voilà, une autre expérience forte ! Certes, on pourrait dire qu’il y avait une part de chance là-dedans (j’ai frappé à la porte de la bonne compagnie au bon moment) mais cette chance concerne non pas tant le fait d’avoir trouvé un emploi mais la rapidité avec laquelle je l’ai trouvé. En effet, quelque temps après mon arrivée chez mon employeur actuel, un deuxième poste similaire a été ouvert et comblé, et nous pourrions éventuellement engager une troisième personne si un candidat talentueux se présentait.
La durée légale du travail est de 40 heures par semaines mais les horaires sont assez souples. Les uns commencent à 7 heures, les autres après 9 heures. Certains déjeunent rapidement, les autres prennent des pauses plus longues à midi. Evidemment, il faut faire ses heures, mais la qualité du travail a clairement plus d’importance. La plupart du temps, il y a suffisamment de travail pour faire des heures supplémentaires. Ensuite, dans des périodes plus calmes, on peut récupérer ces heures en prenant des congés. Ceux qui ne le font pas seront payés en heures supplémentaires !
Il est vrai qu’il y a une certaine « précarité », même avec un CDI : si par exemple la compagnie n’arrive pas à obtenir suffisamment de contrats, nous pouvons être licenciés. Ce n’est pas seulement une possibilité théorique – je connais des personnes qui ont été licenciées de la sorte. Il est vrai toutefois qu’elles peuvent être réembauchées quelques mois plus tard quant il y a de nouveau des contrats – de nouveau, je connais des personnes qui sont dans ce cas. Par ailleurs, de la même façon, l’employé peut quitter son emploi aussi facilement.
Pour être plus précis, le terme « flexibilité » conviendrait mieux que le terme « précarité ». Je ne crois pas être à la merci de mon employeur : j’ai besoin de lui comme il a besoin de moi. Si je suis licencié, il me faudra de l’effort pour trouver un autre emploi ; de la même façon, si je démissionne, il lui faudrait de l’effort pour trouver un autre à ma place. Employeur et employé peuvent se parler quasiment d’égal à égal. C’est en tout cas l’impression que j’ai eue dès le début où j’ai pu négocier très facilement un salaire plus élevé que ce qui m’a été proposé.
Pour conclure, je ne peux m’empêcher de penser à Charles Gave qui a écrit dans « Des lions menés par des ânes », je cite de mémoire : Si l’expression « justice sociale » a un sens, elle ne peut signifier autre chose que le plein emploi…