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L’Alberta
ou les fruits de la liberté
Comment
trouver un travail en quelques jours... au Canada. L'expérience
de notre ami Kornel Bangha, chômeur en France parti à Calgary,
la province la plus libérale du Canada.
Le Canada étant un état fédéral, on peut s’attendre
à une certaine disparité entre ses différentes régions,
les provinces. Toutefois, j’ai découvert avec étonnement
que derrière le taux de chômage national (actuellement à
6.6%), se cache un écart substantiel : ce taux dépasse les
10% dans plusieurs provinces atlantiques alors qu’il fluctue entre
3.5 et 4% en Alberta qui a une très bonne performance dans d’autres
domaines : par exemple, la solde de la migration interprovinciale et le
taux de natalité y sont les plus élevés parmi toutes
les provinces.
Les raisons de ses bonnes performances sont, bien entendu, complexes et
chacun peut proposer ses propres explications. Pour moi, la meilleure
explication réside dans les choix de société des
Albertains qui se manifestent aux urnes : ils ont voté pour le
Parti Progressiste Conservateur depuis 1971, dirigé par Ralph Klein
depuis 1992. Il s’agit d’un parti dont les principes fondateurs
sont la liberté et la responsabilité. La mise en pratique
de ces principes (taux d’imposition le plus bas au Canada, révision
et réduction du rôle de l’état, élimination
du déficit d’abord et de la dette ensuite) a donné
des fruits : notamment une croissance économique et une prospérité
qui permettent d’investir massivement dans l’éducation
et la santé. Lorsque l’on a demandé à Klein
de justifier son choix de réduire les dépenses plutôt
que d’augmenter les impôts, il a répondu : «
Notre problème, c’est les dépenses, ce ne sont pas
des revenus. »
Ainsi, après quelques six mois de recherche d’emploi infructueuse
en région parisienne, j’ai décidé donc de tenter
ma chance en Alberta, plus précisément à Calgary,
la ville la plus dynamique de la province. J’ai eu envie de faire
l’expérience personnelle de tout ce qui semblait si merveilleux
de loin. Dans quelle mesure ces chiffres et ces théories sont-ils
adéquats à décrire une réalité vécue
?
J’ai habité au Québec pendant plus de cinq ans mais
je ne suis jamais allé à l’ouest du Canada. Ma première
expérience forte s’est passée à l’aéroport
même de Calgary : j’ai pris un bus et commencé à
discuter avec un autre voyageur. Je lui ai expliqué que c’était
la première fois que je venais à Calgary et que je cherchais
un emploi. Il m’a répondu : Vous allez en trouver, ici, c’est
facile ! Pour se rendre compte de la force de cette expérience
toute simple, il suffit d’imaginer une situation parallèle
: imaginons donc quelqu’un qui arrive à Paris (ou dans une
autre grande ville européenne), quelqu’un dont la langue
maternelle n’est manifestement pas la même que la langue du
pays, qui explique aux gens qu’il rencontre qu’il est à
la recherche d’un emploi et à qui on répond : Vous
allez en trouver, ici, c’est facile ! Il me semble que cela serait
de la pure fiction. Pourtant, à Calgary, j’ai fait cette
expérience plusieurs fois !
La deuxième expérience forte que je tiens à décrire
ici concerne les agences pour l’emploi. Quand je suis allé
à l’ANPE en France, j’ai attendu une bonne heure avant
de rencontrer quelqu’un. Le seul intérêt de cette rencontre
était de pouvoir m’inscrire ensuite à l’APEC.
Malheureusement, à l’APEC, j’ai dû attendre plusieurs
semaines avant de pouvoir rencontrer un conseiller. Quand je suis allé
à une agence comparable à l’ANPE à Calgary,
il n’y avait pas de temps d’attente : j’ai été
reçu tout de suite ! Comme en France, on m’a redirigé
vers une autre agence, plus spécialisée, un peu comparable
à l’APEC. La rencontre était également comparable
à celle que j’ai faite à l’APEC, à deux
différences près. Premièrement, elle a eu lieu non
pas plusieurs semaines après mon arrivée mais 45 minutes
après ! Deuxièmement, on m’a réorienté
vers une troisième agence qui proposait un programme complet pour
les chercheurs d’emploi.
Dans cette troisième agence, nommé « Selling Success
», j’ai pu tout de suite rencontrer un conseiller très
professionnel qui, après une courte discussion m’a appris
que je pouvais commencer un programme de 12 semaines le lundi suivant
! Cette compagnie est privée et son programme est entièrement
subventionné par les gouvernements fédéral et provincial.
Il s’agit d’un programme complet : on commence par l’identification
de ses talents et de ses compétences et on finit par des stratégies
pour garder son emploi. Malgré toutes les qualités de ce
programme, plus de 80% des participants ne vont pas jusqu’au bout.
La raison en est simple : ils trouvent un emploi avant la fin de la 12e
semaine !
La plupart des participants qui ont commencé avec moi ont trouvé
un emploi (CDD ou CDI) en quelques semaines. En ce qui me concerne, j’ai
signé un CDI 11 jours après mon arrivée en Alberta
et commencé à travailler le 22e jour. Voilà, une
autre expérience forte ! Certes, on pourrait dire qu’il y
avait une part de chance là-dedans (j’ai frappé à
la porte de la bonne compagnie au bon moment) mais cette chance concerne
non pas tant le fait d’avoir trouvé un emploi mais la rapidité
avec laquelle je l’ai trouvé. En effet, quelque temps après
mon arrivée chez mon employeur actuel, un deuxième poste
similaire a été ouvert et comblé, et nous pourrions
éventuellement engager une troisième personne si un candidat
talentueux se présentait.
La durée légale du travail est de 40 heures par semaines
mais les horaires sont assez souples. Les uns commencent à 7 heures,
les autres après 9 heures. Certains déjeunent rapidement,
les autres prennent des pauses plus longues à midi. Evidemment,
il faut faire ses heures, mais la qualité du travail a clairement
plus d’importance. La plupart du temps, il y a suffisamment de travail
pour faire des heures supplémentaires. Ensuite, dans des périodes
plus calmes, on peut récupérer ces heures en prenant des
congés. Ceux qui ne le font pas seront payés en heures supplémentaires
!
Il est vrai qu’il y a une certaine « précarité
», même avec un CDI : si par exemple la compagnie n’arrive
pas à obtenir suffisamment de contrats, nous pouvons être
licenciés. Ce n’est pas seulement une possibilité
théorique – je connais des personnes qui ont été
licenciées de la sorte. Il est vrai toutefois qu’elles peuvent
être réembauchées quelques mois plus tard quant il
y a de nouveau des contrats – de nouveau, je connais des personnes
qui sont dans ce cas. Par ailleurs, de la même façon, l’employé
peut quitter son emploi aussi facilement.
Pour être plus précis, le terme « flexibilité
» conviendrait mieux que le terme « précarité
». Je ne crois pas être à la merci de mon employeur
: j’ai besoin de lui comme il a besoin de moi. Si je suis licencié,
il me faudra de l’effort pour trouver un autre emploi ; de la même
façon, si je démissionne, il lui faudrait de l’effort
pour trouver un autre à ma place. Employeur et employé peuvent
se parler quasiment d’égal à égal. C’est
en tout cas l’impression que j’ai eue dès le début
où j’ai pu négocier très facilement un salaire
plus élevé que ce qui m’a été proposé.
Pour conclure, je ne peux m’empêcher de penser à Charles
Gave qui a écrit dans « Des lions menés par des ânes
», je cite de mémoire : Si l’expression « justice
sociale » a un sens, elle ne peut signifier autre chose que le plein
emploi…
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