|
Take
it easy guys !
C’est devenu le plat de résistance de toutes les rédactions depuis trois semaines, l’Étouffe chrétien des principales chancelleries scandinaves, à se demander même si les Danois ne sont pas en train de prendre Le Dernier Repas! Si Sacré rime avec Respect, en revanche, Politique et Religion ne font pas bon ménage : que les blasphémateurs et les Mollahs se le tiennent pour dit ! Derrière toute cette agitation suscitée par la publication maladroite de ces caricatures médiocres et les prises de position laborieuses et récurrentes qui s’en suivent depuis plusieurs jours entre laïques et religieux, sur le thème de la dualité entre liberté d’expression et liberté de culte débouchant sur un véritable dialogue de sourds, se profile en réalité une menace beaucoup plus grave qui ressemble d’avantage à une déclaration de guerre contre l’ensemble des pays européens. L’axe Téhéran-Damas, mis au banc de la communauté internationale, en est le principal instigateur choisissant délibérément la politique du pire dans un délire narcissique «Ou Moi ou le chaos» prenant pour cible les anciennes puissances coloniales qui se retrouvent aujourd’hui en première ligne pour régler non seulement l’épineux dossier du nucléaire iranien mais aussi la brûlante question libanaise où la Syrie ne semble pas avoir dit son dernier mot profitant de la situation explosive pour replacer ses pions dans le pays du cèdre. Quelques années auparavant la cause palestinienne servait d’alibi aux régimes islamiques corrompus pour relancer l’enthousiasme des foules à leur endroit alors qu’aujourd’hui ces derniers, à cours de subterfuges, utilisent l’image sacrée de Mahomet pour rallier le monde arabe dans une lutte à mort contre l’Occident. Pour l’anecdote, il est ironique de voir le dictateur Assad à la tête du parti Baas foncièrement laïque se porter au secours du prophète alors que son régime sanguinaire n’a pas hésité à massacrer et déporter les Frères musulmans en 1982. Que dire encore des Talibans lesquels ont commis un sacrilège en détruisant les Bouddhas de Bamiyan pourtant inscrits sur la liste culturelle de l’UNESCO et qui témoignaient de la présence du bouddhisme en Afghanistan à partir du III ème siècle avant JC. Ne nous laissons pas entraîner dans cette logique d’affrontement et intoxiquer par le prétendu choc des civilisations gonflé artificiellement par l’instrumentalisation de ces dessins. La réalité est toute autre. Le processus démocratique dans la région du Proche et Moyen Orient s’enracine comme en témoignent les forts taux de participation récents à des élections libres en Palestine ou dans des pays comme l’Irak, l’Afghanistan, et l’Égypte et ce ne sont pas ces soubresauts de l’actualité qui changeront le cours de l’Histoire. À ce sujet, la victoire récente du Hamas soulève bien des interrogations et des craintes légitimes de la part d’Israël et de la communauté internationale mais ayons confiance dans l’avenir car cette organisation radicale et violente portée au pouvoir par un vote anti-corruption, loin du plébiscite annoncé, a désormais une obligation de résultats et devra «livrer la marchandise» (selon l’expression consacrée au Québec !) pour faire oublier les années de gabegies du Fatah de Yasser Arafat sous peine de se voir elle même désavouée à son tour par son peuple. L’exercice du pouvoir s’annonce donc comme une entreprise périlleuse pour ce nouveau joueur politique incrédule qui n’en demandait pas tant. La Realpolitik prendra rapidement le dessus et les représentants du Hamas adopteront in fine une attitude conciliante sous la pression constante des grandes puissances à l’instar de ce qui s’est produit en Turquie où le Premier Ministre Recep Tayyip Erdogan pourtant issu de la mouvance islamiste ne ménage pas ses efforts pour moderniser son pays réalisant des progrès substantiels dans le domaine des droits de la personne et du respect des minorités en vue d’une éventuelle adhésion à l’Union Européenne. Cette dernière, par ailleurs, ne doit pas céder aux chantages et aux intimidations de Assad et Ahmadinejad qui ont des comptes à régler avec les Européens souvent présentés à tort ou a raison comme le talon d’Achille des démocraties occidentales. Ils veulent également tester notre détermination en jouant sur le timing puisque que l’effort de guerre et l’ensemble de la capacité offensive des États-Unis sont essentiellement mobilisés sur le théâtre des opérations en Irak. Ces caricatures leur ont donc fourni un prétexte en or pour faire oublier leurs agendas cachés et placer l’Europe sur la défensive espérant ainsi la déstabiliser de l’intérieur par cette controverse. La crédibilité de la politique étrangère de notre vieux continent est en jeu et aucune option ne doit être écartée fusse telle militaire. Il est fort à parier que nous n’aurons probablement pas le choix…et que la Grande Bretagne et la France seront mis à contribution cette fois ci. Pas question donc de capituler ni d’abandonner l’État Hébreux que l’on aimerait bien voir jouer les justiciers par procuration histoire de nous éviter de mettre directement les pieds dans le plat ! Le discours du Président Chirac le 19 Janvier dernier à L’Ile Longue lève toute ambiguïté sur ses intentions, comme pour mieux nous préparer au pire, marquant un changement de ton très net, aux antipodes de «l’esprit munichois» dans une posture guerrière face à l’imminence d’une menace réelle ou supposée. En dehors de ce psychodrame qui finira par s’estomper comme l’affaire Rushdie en son temps, profitons en plutôt pour appuyer les Musulmans modérés en encourageant sans relâche sur le terrain, jour après jour, le dialogue interculturel et œcuménique, l’empathie, la compassion, le respect d’autrui et le droit à la différence afin de tenir en échec les obscurantistes de tous poils. Sami Aoun, éminent professeur d’Histoire et de Sciences Politiques à l’Université de Sherbrooke au Québec rappelait récemment que le fond culturel n’est pas absent puisqu’il existe deux cultures qui regardent l’objet religieux. Dans la culture musulmane, la tendance athéiste voir la moins pratiquante a été encerclée voir marginalisée par la tendance lourde de la civilisation musulmane tandis que dans les derniers siècles, après celui des Lumières et de la Révolution Française, l’appel de Nietzsche, «Dieu est mort» s’incruste et constitue le point de départ de la déchristianisation en Europe au moment même où l’on assiste à une réislamisation de la culture arabe et musulmane. Ces deux grandes dynamiques lancées à pleine vitesse s’entrechoquent dans un fracas assourdissant dont nous sommes aujourd’hui des témoins éberlués. Le mouvement rationaliste laïque apparaît comme le grand perdant au sein du monde arabe, intimidé, décrié, dépourvu d’une voix suffisamment éloquente et privé de médias mais surtout en quête désespérée de leaders charismatiques pour le moment introuvables. Nous traversons une période charnière où s’offre à nous l’opportunité, quelques soient nos origines et nos croyances, de participer à une prise de conscience et de réaffirmer notre attachement au pacte social qui favorise un espace publique neutre dans lequel prosélytisme et athéisme ont leur place. Dans le cas contraire, nous courrons le risque d’un dérapage politique incontrôlable amenant une radicalisation des discours et la montée en puissance des extrêmes avec d’un côté, des mouvements populistes, nationalistes et racistes en Europe et de l’autre des organisations intégristes musulmanes qui se nourrissent de ces frustrations.
|