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Feu la carte scolaire !
Voici donc
la suppression de la carte scolaire au coeur du débat de la présidentielle.
Enfin !
La carte scolaire aujourd'hui (de son vrai nom la sectorisation) loin
de favoriser la mixité sociale comme ça en était
l'objectif, en affectant chaque élève à un établissement
déterminé par son domicile, est devenue profondément
injuste. Elle enferme les enfants des cités ghettos dans des écoles
ghettos quelle que soit la bonne volonté des enseignants. On sait
les mille et une ruses des parents, les plus favorisés, les plus
motivés ou les mieux initiés (c'est souvent le cas des enseignants)
pour échapper à cette carte forcée au travers d'établissements
privés, de domiciles fictifs ou d'options rares.
Depuis toujours, les libéraux proposent de donner à tous
les parents la liberté de choix de l'école de leurs enfants.
D'abord, parce qu'il s'agit là d'une liberté fondamentale
plébiscitée par 90% des Français. Pourquoi les responsables
politiques refuseraient-ils d'accorder aux enfants des autres la liberté
de choix qu'ils s'octroient le plus souvent au profit de leurs propres
enfants ?
Ensuite, parce que c'est une liberté que pratiquent sous des formes
diverses la quasi-totalité des pays autour de nous.
Enfin – et surtout – parce que c'est une forme de justice
à laquelle aspirent celles et ceux dont les enfants sont les victimes
des échecs de notre système éducatif.
Cette idée, encore iconoclaste hier, trouve aujourd'hui de nombreux
supporters. Nicolas Sarkozy n'hésite pas à critiquer la
carte scolaire, et l'UMP envisage sa suppression à terme. Plus
étonnant, Ségolène Royal propose d'ouvrir une liberté
de choix aux parents et affirme même que «l'idéal serait
de supprimer la carte scolaire». Et pour ne pas être en reste,
le ministre de l'Éducation nationale Gilles de Robien se propose
«d'assouplir la carte scolaire».
Bien entendu, même si des enseignants sont de plus en plus nombreux
à se poser des questions devant les injustices criantes de la carte
scolaire, de tels propos ne pouvaient que provoquer une levée de
boucliers. Les arguments des opposants ne sont pas sans valeur. La diversification
de l'offre éducative et la liberté de choix ne vont-elles
pas jouer au bénéfice des élèves déjà
les plus favorisés ? Ne restera-t-il pas alors, au sein de l'école
publique, que les enfants les plus défavorisés, ayant le
moins d'aptitude personnelle et le moins de soutien de leur entourage
familial ? Que deviendront les établissements délaissés
? N'y a-t-il pas un risque de communautarisation à rebours de l'intégration
républicaine ?
C'est pourquoi la suppression de la carte scolaire n'a de sens que si
elle s'inscrit dans une réforme plus large qui allie la liberté
de choix des parents et s'accompagne d'une diversification de l'offre
scolaire au moyen d'une plus large autonomie des établissements.
À une plus grande liberté des parents doit correspondre
une plus grande liberté des enseignants.
Supprimer la carte scolaire dans un système scolaire inchangé
ne ferait que renforcer les phénomènes «d'écrémage»
et de sélection «à rebours», soit par l'argent
en direction des établissements privés, soit par diverses
techniques de contournement connues d'un public d'initiés en direction
de grands établissements publics à l'excellence reconnue
(les gagnants aux palmarès des lycées et des collèges
régulièrement publiés par la presse). C'est pourquoi
la suppression de la carte scolaire doit s'accompagner d'une démarche
vers l'autonomie des établissements, ou à tout le moins
d'un statut de pleine autonomie à financement garanti aux établissements
qui le souhaitent afin de permettre d'élargir l'offre scolaire
au-delà des normes d'excellences traditionnelles qui ne conviennent
pas à tous les enfants et ne permettent pas d'épanouir tous
les talents.
Déjà, les quelques expériences d'autonomie ont montré
l'extraordinaire capacité des enseignants et des chefs d'établissements
à faire une meilleure école et à adapter l'éducation
au plus près de la réalité des élèves
: composition des classes, des groupes de niveau, tutorat, rythmes scolaires,
contenu de l'enseignement et méthodes pédagogiques, utilisation
des nouvelles technologies de formation...
Aussi la suppression de la carte scolaire, ou tout le moins son aménagement,
constitue, sans qu'il soit besoin de grande réforme, si elle est
accompagnée par un statut d'établissement autonome, le socle
d'une vraie rénovation de notre système éducatif.
C'est là une approche progressive et progressiste. Il est heureux
que cette idée émerge au coeur du débat de la présidentielle.
On peut certes encore aller plus loin et reprendre l'idée avancée
par les libéraux au début des années 1980, à
l'instar de Nicolas Sarkozy aujourd'hui, qui propose d'offrir à
chacun «un compte épargne formation, c'est-à-dire
un compte initial de formation, par exemple de 20 années, qui s'épuisera
au fur et à mesure des années d'études». (1)
Propositions révolutionnaires ? Pas tant que ça. On les
retrouve chez des personnalités aussi différentes que Jean
Jaurès, Léon Blum, Jacques Delors, le général
de Gaulle ou François Mitterrand...
Propositions de justice sociale ? Certainement. Les meilleurs supporters
de ces idées sont aujourd'hui les familles les plus défavorisées
des quartiers les plus difficiles. Assurément, pour ces parents,
la liberté de choix de l'école de leur enfant qui leur permet
d'échapper à la ségrégation urbaine, la multiplication
d'établissements autonomes qui leur permettent de briser la contagion
de l'échec scolaire et de trouver l'enseignement le mieux adapté
à leurs enfants, et plus encore, un capital éducation qui
permet de rouvrir des chances à ceux qui ont connu l'échec,
constitue un système plus égalitaire et plus juste.
Alain
Madelin,
le Figaro du 14 septembre 2006
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