La Lettre des Cercles Libéraux, du 4 novembre 2005

L'Etat sauvage
Nos cités en crise ne sont que le miroir grossissant des échecs de « l’étatisme sauvage ».

Les violences émeutières et festives de nos cités viennent de nous rappeler durement qu’une partie de la France et de notre jeunesse fait toujours « France à part ». Et que l’exigence politique va bien au-delà des seules questions de sécurité.

Pour éteindre l’incendie le gouvernement a aussitôt déversé des « canadairs » d’argent public : aides aux associations, augmentation des dotations de la solidarité urbaine, emplois jeunes...
Sans doute ne pouvait-il - et même ne savait-il - faire autrement. Pourtant, les vraies solutions sont ailleurs.
Ces cités en marge et leurs «sauvageons» - comme les appelait Jean-Pierre Chevènement - ne sont pas les victimes des excès d’une politique libérale, mais le produit de décennies «d’étatisme sauvage».

Lors de la dernière élection présidentielle, au risque de décontenancer nombre de mes amis, j’avais donné la priorité aux solutions à apporter aux problèmes des cités.
Il y avait à cela deux raisons, toujours d’actualité.

- La première, c’est que nous savons qu’une société de liberté, à laquelle les libéraux sont attachés, conduit forcément à des inégalités de résultats. Celles-ci ne sont acceptables que s’il existe une véritable égalité des chances, et que fonctionne l’ascenseur social.

- La seconde, c’est que les problèmes de ces cités ne sont que le miroir grossissant des échecs accumulés par l’Etat au fil des ans : l’emploi, le logement, l’urbanisme, la politique sociale, l’éducation et les difficultés rencontrées par l’Etat pour exercer ses vraies missions : la Sécurité, la Justice, la régulation de l’immigration...
Les solutions à ces problèmes nationaux exigent bien entendu des solutions libérales. Mais pour ces cités délaissées il y a « état d’urgence ». C’est pourquoi elles doivent être considérées comme prioritaires dans l’expérimentation de politiques nouvelles.

Il ne sert à rien de manier les grands mots : «Intégration républicain», «droits et devoir», «modèle français», «cohésion sociale». L’Etat a bien entendu un rôle à jouer dans ses fonctions régaliennes : Sécurité, Justice, régulation de l’immigration et du respect que doit inspirer l’Etat (pour être respecté, un Etat doit être respectable, la Justice égale pour tous et l’on ne dira jamais assez la désagrégation morale qu'ont provoqué dans nos banlieues certains scandales politiques et financiers).
Cependant, les maux concrets de nos cités s’appellent «école», «emploi», «logement».


ECOLE. Le premier échec de l’Etat dans ces quartiers difficiles, c’est l’échec de l’école et des zones d’éducation prioritaires.
Proposer de baisser l’age d’apprentissage à 14 ans au lieu de 16 n’est pas une vraie réponse (d’autant qu’il existait déjà une possibilité de préapprentissage dés 14 ans). C’est même prendre le risque d’accroître l’image de relégation de l’apprentissage.
En revanche, il est absolument nécessaire de diversifier l’offre scolaire pour les enfants en difficultés de ces cités. Ne disons pas qu’ils ne sont pas fait pour l’école, c’est l’école qui n’est pas faite pour eux.

Les solutions :

- Donner aux parents la liberté de choix de l’école de leurs enfants. Cette liberté de choix est d’ailleurs une revendication populaire refusée par une élite politique et syndicale qui sait très bien faire échapper ses enfants aux contraintes de la carte scolaire. En refusant aux autres parents la liberté de choix, elle assigne ainsi à résidence les enfants de cités ghettos dans des écoles ghettos.

- Offrir dans le même temps un statut d’autonomie aux établissements qui le souhaitent ou aux établissements nouveaux qui pourraient se créer ( les bonnes volontés sont nombreuses pour venir au secours de ces quartiers difficiles). Dotation forfaitaire, ouverture aux partenariats, mesure du résultat, grande liberté de moyens et d’adaptation aux réalités concrètes, tels sont les principaux traits de ce statut d’autonomie. Et faute de développer ce statut d’autonomie pour tous les établissements qu’on en permette au moins l’expérimentation – à l’instar de ce qu’ont fait les Anglais – aux quartiers en difficulté pour donner à leurs enfants en leur donnant la chance de meilleures écoles.

- Offrir aux enfants qui sont aujourd’hui les laissés pour compte du système scolaire, un capital éducatif de «deuxième chance » (qui capitalise ce qu’aurait été le coût d’une scolarité normale en leur offrant un droit tirage de « x heures de formation » ou « y points » d’éducation) pour des formations nouvelles dispensées dans de nouvelles écoles créées avec le concours des entreprises...



Violences urbaines :
les raisons de la contagion

Quand Lucienne Bui Trong
Commissaire divisionnaire honoraire, ancien chef de la section «Villes et banlieues» à la Direction centrale des renseignements généraux, analyse le phénomène global de la violence urbaine, cela nous donne une des meilleurs analyses sur les événements actuels.
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A lire sur le même sujet, les commentaires de nos amis
Jean-Louis Caccomo
et Bruno Pineau Valencienne

Lire le dossier très complet sur «Le libéralisme» paru dans la revue Enjeux les Echos, novembre 2005. Sous le titre «Le pays qui ne voulait pas changer», l’édito donne le ton « Plutôt morts que libéraux. Plutôt morts que de s’incliner devant ces pays qui ont, eux, réussi à traiter les maux dont nous souffrons. Plutôt morts que de capituler devant le bon sens... »


HUMEUR

Notre amie Sophie de Menthon, présidente d’ETHIC, vient de soulever une circulaire de la direction de la Sécurité Sociale du mois d'août, selon laquelle l’employeur ne pourra intégrer dans ses frais d’entreprise que 5 repas d’affaires par salarié et par mois. Au delà, ces repas seront considérés comme un avantage en nature et seront réintégrés en complément de salaire.
"Les somptueux frais de bouche gouvernementaux seront-ils taxés de la même façon ?
" ajoute-t-elle avec ironie.
Voir le communiqué de presse
d’ETHIC

LE CHIFFRE CITATION

10¹º

«...Manger du poulet en France aujourd’hui représente un risque 10¹º fois inférieur au risque de traverser la rue» a relevé Claude Allègre dans l’Express du 10 novembre 2005. Il ajoute «Lorsque le chef de l’Etat eut l’idée saugrenue de mettre dans la Constitution le fameux principe de précaution, j’avais dit qu’il donnerait naissance au concept absurde de risque zéro.»


«Plus ils organisent, plus la désorganisation est générale : plus ils dirigent les affaires, moins elles se laissent diriger. Ils trouvent la société dirigée de plus en plus difficile à diriger. En essayant de réglementer la vie d’un peuple, on multiplie le nombre des appétits et des résistances égoïstes et isolés....
Arrivés à ce point, les peuples doivent, s’ils veulent éviter des désastres plus grands encore, essayer de guérir en recouvrant plus de liberté.
»
Walter LIPPMANN


Ces entreprises françaises qui payaient Saddam Hussein...
180 entreprises françaises sont accusées par la Commission Volcker d’avoir versé des dizaines de millions de dollars de dessous de table au régime de Saddam Hussein en violation de l’embargo international. Entreprises voyous ?
la liste complète dans l’appendice du rapport

La baisse d’impôt sur les revenus pour les plus « riches » est-elle anti-sociale ?
C’est à cette question que l’Institut Molinari répond dans un excellent article de Xavier Mera.
Lire l'article

SIGNALE
Libertés
"Il ne se passe pas de semaine sans qu’un parlementaire y aille de sa proposition de loi qui, sous les prétextes les plus divers, entend en réalité réduire davantage les libertés"
Dans le collimateur de Jean-Philippe Feldman cette semaine, une proposition du socialiste Jean-Pierre Sueur qui veut légiférer Sur le risque de «privatisation des cimetières».

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  Une grande école d’économie socialiste
Le gouvernement vient d’annoncer la création d’une grande «Ecole d’Economie de Paris» richement dotée.
Plutôt une bonne idée, mais fallait-il en confier la responsabilité à des économistes socialistes?
C’est la bonne question soulevée dans la nouvelle lettre par Jacques Garello
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La Cour des comptes, et après ?
Contribuables Associés a plublié son «Rapport de la Cour des Comptes : quelles suites à donner»

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RENDEZ-VOUS
L’Institut Molinari organise un débat «sur le principe de précaution :un principe de prudence ?», le mardi 22 novembre 2005, avec Nathalie Kosciusko-Morizet, députée de l’Essonne, Jean-Philippe Feldman, avocat à la cour de Paris et professeur de droit public à l’Université Bretagne Sud.
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Liberté Chérie et l’Euro-American Liberty Institute vous invitent à une conférence-débat sur le thème «La fin de l’Etat-Providence, la providence pour demain» le jeudi 17 novembre 2005.
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A LIRE 
Economiquement incorrect
par Eric Le Boucher, chez Grasset

Politiquement incorrect, cet essai au ton vif s’en prend à toute les illusions de la pensée française qui ne voit dans la mondialisation que les dangers, et explique les mérites du libéralisme, économiquement très correct!…
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A signaler la Confèrences d'Euro92 avec Eric le Boucher
le 23 novembre 2005, à 19heures 30,
au 31 bd de La tour Maubourg, 75007 Paris.


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L’EMPLOI. Le second échec de l’Etat, c’est l’emploi. L’emploi reste le meilleur facteur d’intégration, le meilleur moyen de sortir d’une société d’assistanat généralisée qui enferme et détruit tant de familles aujourd’hui. Le retour au plein emploi est la meilleure des politiques sociales, celle qui change le rapport de force sur le marché du travail, réduit la précarité, pousse à l’augmentation des salaires, fait reculer la discrimination et remet en marche l’ascenseur social,
Le plein emploi n’est pas une chimère, c’est une réalité autour de nous. Mais il exige, on le sait, une autre politique économique et de vigoureuses réformes libérales (ouverture à la concurrence des secteurs protégés, libéralisation du marché de travail...)
Sans attendre on peut déjà :

- Libérer à l’instar de nombreux pays (comme la Grande-Bretagne ou l’Allemagne) une offre de petites activités de la part des particuliers ou des entreprises, sans formalités et avec une franchise de charges ( jusqu’à par exemple 400 euros) pour permettre aux jeunes désœuvrés de ces cités de gagner l’argent de poche qui leur fait défaut sans être obligés de s’inscrire dans les circuits de l’économie souterraine.

- Encourager le travail indépendant et la création d’entreprise. Ces quartiers, ces communautés en crise contiennent des ressources soit en sommeil, soit engagées dans une économie souterraine. Sachons utiliser, positiver cette énergie insoupçonnée pour générer des activités économiques légitimes et permettre aux entreprenants d’entreprendre.


LOGEMENT. Le troisième échec de l’Etat, c’est bien entendu celui d’un urbanisme collectif ségrégatif et inhumain.
Ces cités ghettos ne sont pas le fruit du hasard ou du marché. Ils sont le produit de politiques du logement interventionnistes qui ont mis en place un système de logement social par nature ségrégatif puisqu’il définit des catégories qui, en fonction de leurs ressources ont droit ou non à l’accès à ces logements.

 

Sur ces critères, on construit des quartiers, voire des villes entières. Ils étaient un espoir pour la France qui travaillait, ils sont devenus des ghettos avec le chômage et l’immigration mal maîtrisés.
On a matraqué fiscalement les petits propriétaires de logements modestes qui étaient par nature pourvoyeur de logements sociaux qui assuraient une vraie mixité sociale. On les a remplacés par nos offices de logements collectifs, constructeurs de ces tours, qui ont enfermé et enferment encore tant de personnes dans l'assistance et dans la dépendance, et qu'il nous faut aujourd'hui détruire.

Au lieu de prêter aux organismes HLM, on aurait mieux fait de prêter aux familles pour leur permettre de devenir propriétaires de logements bon marché qu’aurait su créer un vrai marché du logement.
Il faut aujourd’hui permettre l’accession à la propriété de leur logement à ceux qui en ont payé largement la valeur par leurs loyers versés depuis 20 ou 30 ans et dont les enfants disent, amers «Mon père n’est même pas propriétaire de son logement».
Ceci exige, non pas une offre d’accession à la propriété logement par logement, mais de grandes opérations de restructuration avec des immeubles entiers d’accédants à la propriété dans des conditions financières qui tiennent largement compte des loyers déjà versés.
Ceci exige aussi une réforme d’ensemble du marché immobilier afin d’abolir les barrières et cloisonnements qui entravent les possibilités d’acheter, de vendre et de revendre.

L’accession à la propriété est un facteur essentiel d’intégration. Elle offre aussi la possibilité de construire un capital pour faire face aux aléas de la vie et mobiliser des crédits pour entreprendre et assurer la réussite de ses enfants.

Ces quelques exemples montrent qu’il existe une autre politique, une autre approche que l’approche sociale, certes, parfois nécessaire, mais très largement insuffisante, si l’on veut ouvrir des chances nouvelles à celles et ceux qui aujourd’hui font «France à part»

Alain Madelin

 

 

 

Violences urbaines :
les raisons de la contagion

Les violences qui ont démarré le 27 octobre dernier à Clichy-sous-Bois sortent de l’ordinaire, par leur extension à d’autres quartiers, par leur durée, par l’importance des désastres.
Elles ne devraient pourtant pas nous surprendre, car elles s'inscrivent dans le phénomène global de la violence urbaine, embryonnaire il y a trente ans, en expansion constante depuis. Dès 1990, les Renseignements généraux ont vu dans cette violence un fait majeur de société. Ils en ont pris la mesure. Les émeutes se produisaient dans des zones déjà marquées par une violence au quotidien exercée par des petits groupes de jeunes, pour la plupart français nés de parents immigrés, occupant l'espace public, animés par le nationalisme de quartier et la haine des institutions. Il suffisait de faire le relevé de cette violence au quotidien : le degré atteint sur un site permettait de prévoir la force de la réaction collective en cas de survenance de drame ou de rumeur éveillant la solidarité de voisinage. On pouvait ainsi établir une cartographie des zones à risques.

Le dispositif a permis de montrer la vivacité croissante du phénomène et de dégager quelques tendances d'évolution. En 1991, nous repérions une centaine de points chauds, parmi lesquels quarante, plus gravement atteints, étaient le théâtre de violences contre les policiers ; en octobre 2000, ils étaient respectivement plus de huit cents et plus de cent soixante. Les modes opératoires ont durci : usage d'armes à feu lors de rixes entre bandes, réserves de projectiles et de bouteilles incendiaires, banalisation des guets-apens contre la police, montée des trafics qui transforment les territoires en zones de non-droit. Dès 1995, avec l'apparition des portables, la violence a débordé des quartiers d'origine : incidents dans les centres-villes, affrontements armés entre bandes, raids contre des lycéens lors de manifestations. Depuis 1997, des émeutes ludiques, dénuées d'incident déclencheur, éclatent lors des fêtes de fin d'année et du 14 Juillet. Enfermés dans une même contre-culture des banlieues basée sur le ressentiment et une haine attisée par l'actualité internationale, les casseurs potentiels s'exercent au quotidien, cultivent la contestation de la République et de ses institutions, propagent et entretiennent des rumeurs et des stéréotypes, ressassent les analyses explicatives de la violence qui les exonèrent de toute responsabilité personnelle. Quand le signal de la fête est donné, que les derniers verrous ont sauté, quasiment assurés de l'impunité, ils se lancent à coeur joie dans une aventure d'autant plus excitante qu'elle a l'air martiale (ce qui n'est que fausse apparence, car les déploiements massifs de forces ont pour seul objectif de permettre des interventions dénuées de risques pour les émeutiers).

Les événements actuels s'inscrivent dans ces grandes tendances. Tous les quartiers qui s'embrasent étaient répertoriés comme difficiles. Aucune des exactions commises n'est nouvelle en soi. Ainsi que le laissaient augurer les émeutes ludiques, des violences éclatent ici et là simultanément, sans être déclenchées par un événement local. Toujours à l'oeuvre, le nationalisme joue un rôle d'émulation.
D'un point de vue qualitatif, il n'y a donc rien de nouveau dans nos banlieues. On peut toutefois s'interroger sur les raisons de cette expansion forte, alors que les émeutes, depuis quelques années, restaient contenues, atteignaient rarement la gravité et la durée de celle de Vaulx-en-Velin d'octobre 1990. Vite étouffées, elles donnaient moins de prise aux velléités d'imitation.

La malchance a joué : alors que, au bout de trois jours, l'émeute de Clichy-sous-Bois allait se calmer, des solidarités autres que purement territoriales se sont éveillées, après l'explosion d'une grenade lacrymogène devant l'entrée d'une salle de prière.

Le regain de nervosité a fait durer un phénomène qui était déjà abondamment présent à la télévision (seul média, avec Internet, qu'on puisse sérieusement accuser de favoriser la contagion). La médiatisation télévisuelle est montée en puissance. Elle a été très orientée sur le rappel de problèmes sociaux qui, pour être réels, ne devraient tout de même pas être mis dans la balance pour justifier des exactions criminelles en cours. Une fois encore, la télévision a joué le rôle de tam-tam battant le rappel des troupes. Par le passé, des envolées persistantes de violences disséminées ont ainsi eu lieu à la faveur de polémiques politiques ou de matraquages médiatiques, comme en juin 1995, lors d'une campagne pour les municipales, où les débats avaient été centrés sur la «préférence nationale» et sur l'insécurité, ou, en octobre 1997, après le colloque de Villepinte sur l'insécurité, prétexte à de nombreux reportages sur la violence.

Enfin et surtout, toujours avec l'appui de la télévision, les événements ont été instrumentalisés par les ennemis politiques du ministre de l'Intérieur, qui ont ressassé les termes de «racaille» et de «karcher», sans jamais les replacer dans leur contexte (le décès d'un enfant victime d'un règlement de comptes entre bandes à La Courneuve), ni préciser qu'ils ne désignaient qu'une infime minorité de délinquants et non toute une population respectable. Ainsi caricaturés, ces mots sont devenus un cri de ralliement pour des casseurs potentiels déjà fascinés par des images de violences.
Le discours de l'excuse s'est alors trouvé survalorisé, les prises de position normatives ont été rejetées comme politiquement incorrectes et les policiers ont fait office de boucs émissaires.

En optant pour la division face à la violence, plusieurs personnes bien placées pour faire passer des messages télévisuels forts ont ainsi pris le risque de souffler sur des braises qui auraient normalement dû s'éteindre plus rapidement.
Il reste que la violence urbaine poursuit son expansion et son travail de sape, provoquant la fuite des habitants qui en ont les moyens et accentuant les processus de ghettoïsation.

Article de Lucienne Bui Trong,
Commissaire divisionnaire honoraire.
Ancien chef de la section «Villes et banlieues» à la Direction centrale
des renseignements généraux,
publié dans Le Figaro le 07 novembre 2005

 

 

 

« L’arroseur arrosé »
Les média français sont décidément bien aveugles à l’image d’un pays qui se croit encore vénéré par le monde entier. Ils trouvent aujourd’hui que la presse américaine inflige un traitement caricatural aux événements qui secouent nos banlieues…

Que n’a-t-on pas entendu à propos de l’Amérique lorsque les caméras montraient ces pilleurs dévaliser des magasins après le passage du cyclone Katrina ? Nos journalistes ne sont-ils vraiment pas conscients de la façon dont eux-mêmes ils tombent systématiquement dans l’hystérie anti-américaine dès qu’il s’agit de traiter un fait outre-atlantique, ne ratant aucune occasion de faire le procès du modèle américain ? Pendant qu’ils consacrent leur énergie à annoncer la débâcle du modèle américain, ils ne voient même plus le cyclone plus insidieux qui est en train de dévaster notre pays. Les banlieues s’enflamment, le modèle social français est déliquescent mais les experts s’enfoncent dans les mêmes lieux communs tandis que la classe politique s’étripe au lieu de faire face.

A quelques semaines d’intervalles, la France a connu les mouvements corses liés à l’affaire de la SNCM, les grèves des transports à Marseille et les violences urbaines dans les banlieues parisiennes. Il y a un point commun à tous ces tristes évènements. Ils révèlent à quel point les acteurs du « dialogue social » sont jusqu’au-boutistes, et fondamentalement irrespectueux de l’Etat de droit. En France, la revendication tient lieu de dialogue et la violence se substitue aux arguments. On invoque à longueur de journée l’Etat, l’Etat, l’Etat ! Mais de quel Etat parle-t-on, quel Etat sollicite-t-on ? Celui qui nous distribuera des revenus, des emplois, des aides, des droits miraculeusement acquis par la magie du décret public ? Ou l’Etat de droit, le garant et l’arbitre de l’équilibre nécessaire entre les droits (créances) et les devoirs (dettes), sans lequel aucune économie et aucun tissu social ne peuvent prospérer durablement. Le premier est une chimère qui entretient des illusions dangereuses et des désillusions dévastatrices. Le second est indispensable.

En dévoyant le second pour faire exister le premier, notre pays prétend fournir au monde entier un « modèle social » unique en son genre au nom d’un refus de la mondialisation sauvage. C’est pourtant dans notre pays que le dialogue social - tout comme l’ascenseur social - est en panne, laissant libre cours aux comportements les plus sauvages. Au lieu d’être la menace ultime, mise en œuvre en dernier cours, la grève est devenue un réflexe préventif dont la collectivité dans son ensemble fait chaque jour les frais. Quant à la guérilla urbaine, rien ne peut l’excuser. Et contrairement à ce que colportent les analystes et commentaires largement médiatisés qui dénoncent à longueur d’ondes l’absence de politique sociale ou de politique de la ville ambitieuse, ces évènements mettent précisément en question l’efficacité illusoire de l’action publique en ce domaine surtout si elle est conduite en dehors de tout réalisme économique.
Il est un peu tard pour découvrir que sans croissance économique durable, on ne peut pas faire du « social ». A défaut de croissance économique, on nous promettait la « croissance sociale ». Mais, le « social » est in fine une affaire d’argent qui revient à redistribuer sous la contrainte (sous formes d’aides diverses, de subventions ou d’allocations) des richesses préalablement produites. La France s’acharne, depuis trente ans, à explorer une voie alternative, au nom d’une politique sociale ambitieuse et généreuse qui serait un rempart à la mondialisation libérale (mais la Corée du nord échappe aussi à la mondialisation). C’est précisément cette politique qui conduit à gripper durablement le moteur de la création des richesses, nous condamnant à une croissance structurelle molle. Dans ce contexte, aucun gouvernement n’a plus de marge de manœuvre. Ce n’est pas un ministre de l’intérieur qui pourra aujourd’hui dans l’urgence corriger trois décennies d’égarements entretenus par des intellectuels, des experts, des média et la gauche française qui ont beau jeu de critiquer aujourd’hui le pouvoir en place.

La chronique de Jean-Louis Caccomo,
des cercles libéraux catalans

 

 

«Entre intégration économique
et mémoire sociale»

La situation insurrectionnelle que connaît aujourd’hui notre pays ne surprendra personne et surtout pas les vrais libéraux qui n’ont cessé de réclamer l’application de réformes structurelles en profondeur permettant à notre économie de s’adapter aux réalités d’une mondialisation qui loin de représenter une menace offre de réelles opportunités.

Seule la croissance économique, elle-même génératrice d’emplois constitue le meilleur vecteur d’intégration dans ces banlieues où le taux de chômage frôle les 30%. S’attaquer aux racines de ce fléau par des mesures libérales reviendrait à réduire cette fracture sociale synonyme de misère, d’échec scolaire, d’exclusion et donc de violence.
La diversité culturelle représente un atout essentiel dont on ne pourrait se priver. L’exemple canadien en est une belle illustration où cohabitent pacifiquement des communautés étrangères dans une société nord américaine qui flirte depuis longtemps avec le plein emploi. La revitalisation de nos banlieues passe indubitablement par une redéfinition harmonieuse du paysage urbain aujourd’hui trop concentrationnaire mais aussi par des mesures fiscales favorisant sur le plan local l’entreprenariat, la créativité et bien sûr l’investissement.
La dimension anthropologique joue également un rôle essentiel dans la compréhension des derniers évènements. Ces jeunes d’Afrique du Nord, bien que nés en France, sont en quelque sorte prisonniers de leur mémoire sociale, ce qui freine considérablement leur intégration dans un monde moderne et occidental. L’école de la République ne remplit plus sa fonction initiale consistant à façonner une société monolithique laïque et se heurte désormais à une très forte pression culturelle qui s’exerce en milieu familial et dont aucun Français de souche n’en connaît réellement la portée. Ce fossé grandissant qui se creuse de part et d’autre engendre peurs, incompréhensions et frustrations. De plus, les fondamentalistes, appartenant à une certaine mouvance islamique très présente dans ces zones urbaines sensibles, utilisent cette mémoire sociale comme un moyen de se faire du capital politique à bon marché en suscitant des attentes utopiques par le biais de la religion qu’ils interprètent à leur guise.
Si le gouvernement français se doit d’apporter des solutions concrètes sur le terrain, il est en revanche du devoir des représentants de ces communautés et des acteurs locaux de se montrer responsables en étant plus conscients de leurs obligations sociales en agissant comme promoteurs du respect des libertés individuelles, des biens privés et des équipements publics. Dans l’immédiat, ces meneurs fauteurs de troubles le plus souvent artisans de systèmes de racket étendus, qui tentent aujourd’hui d’entraîner ces milliers de jeunes déboussolés dans des actions de guérillas urbaines, doivent être immédiatement démasqués, identifiés individuellement et neutralisés avec la plus grande fermeté.

le billet d’humeur de Bruno Pineau Valencienne,
du cercle Canada et USA

 

 

Un Parlement en cendres

Compte tenu notamment de son moindre coût par rapport à l’inhumation, la crémation est à la mode. Mais, que deviennent les cendres ? La législation actuelle prévoit que l’urne cinéraire peut être conservée dans une propriété privée ou bien, dans certaines conditions, que les cendres puissent être dispersées. Monsieur Jean-Pierre Sueur, sénateur socialiste ("Crémation : pourquoi il faut légiférer", Le Figaro, 1er novembre 2005), a déposé une proposition de loi sur le statut et la destination des cendres des personnes dont le corps a fait l’objet d’une crémation. En effet, explique-t-il, les cendres doivent être considérées « avec dignité et décence ». Elles doivent donc être déposées dans des espaces publics ou dispersées dans la nature, mais après déclaration préalable en mairie. M. Sueur s’élève contre l’ordonnance du 28 juillet 2005 qui a ouvert la possibilité aux communes de créer des sites funéraires, à l’extérieur des cimetières, par gestion déléguée à des sociétés privées. Il s’insurge contre ce premier pas vers la «privatisation des cimetières».

Ainsi, il ne se passe pas de semaine sans qu’un parlementaire y aille de sa proposition de loi qui, sous les prétextes les plus divers, entend en réalité réduire davantage les libertés. Les raisons profondes de la proposition Sueur, édulcorées à dessein dans l’article précité mais patentes dans sa proposition de loi du 7 juillet, ne sont guère difficiles à percer :

- l’objet est de miner la famille, entreprise de sape poursuivie avec application par les socialistes depuis des décennies. En effet, il est inacceptable à leurs yeux que des « corps intermédiaires » s’immiscent entre l’Etat débonnaire et les individus (pardon ! les citoyens) ;
- l’objet est de porter atteinte à l’« autonomie de la volonté » en substituant, fût-ce pour partie, la volonté des hommes d’Etat à celle du défunt ou, en son absence, à celle de ses proches ;
- l’objet est d’instaurer un égalitarisme, image de marque des socialistes. Incapables, que ce soit en fait – heureusement – ou en droit – ce qui est grave –, de rendre les individus égaux devant la vie, les socialistes entendent à tout le moins faire régner l’égalité devant la mort.

Supposons que la proposition Sueur soit votée et qu’elle soit jugée conforme à la Constitution (que viendrait faire dans le Code civil le neutron législatif suivant : les restes humains « doivent, en toute circonstance, être considérés avec dignité et décence » ?) , elle sera, comme toutes les propositions de ce type, inapplicable. En effet, rien n’empêchera les familles de déclarer préalablement qu’elles disperseront dans la nature les cendres… tout en les conservant chez elle ! On voit mal les agents de la force publique pénétrer dans les demeures et dans les alcôves pour s’assurer du bon respect de la législation ! Le harcèlement textuel et la paperasserie bureaucratique auront cru, voilà tout, au dépens du droit de propriété.


Au-delà de ces observations qui prêteraient à sourire si la matière n’était grave, force est de constater qu’aucun domaine n’échappe aujourd’hui à l’action, ou du moins à l’intention, de certains hommes politiques. Benjamin Constant, le grand penseur libéral du début du XIXème siècle, écrivait pourtant qu’il existe, de nécessité, une part de l’existence humaine soustraite à l’autorité de l’Etat. Cette part tend à se réduire comme une peau de chagrin.


Jean-Philippe Feldman
Professeur agrégé des facultés de droit
Avocat à la Cour de Paris

 

 

Une grande école d'économie socialiste (à vos frais !)

Les universités françaises ne peuvent rivaliser avec les grandes universités étrangères. Universitaires français, nous avons souvent fait ce constat et nous en connaissons les raisons : refus des financements privés, refus de la concurrence, refus de la privatisation, refus de la sélection des étudiants et du libre choix des enseignants. C’est vrai dans toutes les disciplines, et plus encore dans les sciences humaines, et surtout en économie, science jeune et exigeante.
Fort heureusement, notre gouvernement veille au grain. Nous avions été alertés dès le mois de juin par le projet de création d’une « Ecole d’Economie de Paris ». Celle-ci devait permettre de « disposer d’une école qui se situera d’emblée au premier rang européen ». Selon le premier ministre, Dominique de VILLEPIN, cela nous permettra de « jouer dans la cour des grands ».
Le projet est ambitieux Il s’agira en fait d’une école doctorale (et non d’une université) qui rassemblera 300 enseignants-chercheurs et 900 étudiants et devrait être opérationnelle à la rentrée 2007. L’université Paris I (bien sûr pas Paris II, trop à droite) le Cnrs, évidemment, l’Inra, l’école des Ponts et Chaussées et quelques autres établissements participeront à ce « campus de recherche ».
Sur le champ nous n’avions pas compris l’intérêt de cette « école publique » supplémentaire. Pourquoi créer un nouvel établissement bureaucratique, une administration publique qui n’aura aucune des qualités nécessaires pour soutenir une vraie concurrence internationale ? Pourquoi ne pas renforcer plutôt les universités existantes, qui sont dans un état de sous-développement et en profiter pour les ouvrir à la concurrence et les décentraliser ?
Si nous abordons ce sujet cette semaine, c’est parce que nos amis de Contribuables Associés sur leur site, ont soulevé un lièvre. Ils ont mis l’accent sur deux aspects qui n’étaient pas précisés au moment de l’annonce de la création de l’école. Le premier, c’est que cette école sera dotée d’une enveloppe initiale de 10 millions d’euros. C’est une somme non négligeable, dont aucune faculté d’économie ne dispose. Et cela au moment où l’on parle de rigueur budgétaire !
Le second aspect est encore plus intéressant. C’est que ce gouvernement de droite (paraît-il - en tous cas sûrement pas libéral), a confié la direction de l’école à un jeune économiste qui s’appelle Thomas PIKETTY. Celui-ci est bien connu car il sait soigner sa communication. Il est, entre autres, chroniqueur à Libération et rédacteur de notes pour le parti socialiste, ce qui à l’évidence le qualifie pour diriger cette grande école d’économie… socialiste sûrement.
De plus, ses travaux portent pour les trois quarts sur la redistribution des revenus et les impôts et sa proposition essentielle consiste à demander des augmentations d’impôts, pour réduire les « inégalités » et à protester contre les baisses d’impôts. C’est ainsi qu’il voit la baisse de l’impôt sur les successions comme « médiocre, populiste et sans envergure ».
Mais il aura un adjoint, tout aussi libéral, Daniel COHEN, spécialiste des pays sous-développés et conseiller de Dominique STRAUSS-KAHN. Il dirige le « centre d’études prospective d’économie mathématique appliquées à la planification » (comme le fait remarquer Contribuables Associés, il n’y a qu’en France qu’on peut imaginer un tel organisme financé par le contribuable).
Bien entendu, comme le dit Contribuables Associés, « aucun des promoteurs de cette école n’a la moindre expérience des entreprises et a fortiori de celles qui créent des emplois en France, les PME. Inutile d’attendre de cette école d’économie de Paris des propositions compétentes et constructives pour la création d’entreprises, pour le développement d’emplois dans le secteur privé et donc la réduction du chômage ».
Evidemment, il ne serait pas venu à l’idée du gouvernement de proposer la direction de l’école à un économiste libéral. Il est vrai - nous sommes bien placés pour le savoir- qu’ils sont peu nombreux en France. Mais il est tellement naturel pour ce gouvernement de faire appel à des économistes de gauche que personne, hors Contribuables Associés et nous, n’a réagi contre ce scandale. 10 millions pour financer une école d’économie dont le thème principal sera d’augmenter les impôts, voilà qui va sûrement ravir les contribuables.

Jacques Garello

 

 

Economiquement incorrect
par Eric Le Boucher, chez Grasset

Eric Le Boucher, rédacteur en chef-éditorialiste au journal Le Monde publie « Economiquement incorrect » chez Grasset. Il y décrit avec justesse la situation économique mondiale, le succès de la Chine et de l'Inde, l'hyperpuissance américaine, assise sur une supériorité dans les sciences et les technologies et le déclin de l'Europe…et de la France.

L'auteur démontre que la politique de protection et de résistance à la mondialisation, très majoritaire en France, est un échec. En croyant résister, la France ne s'est pas adaptée et son immobilisme l'a pénalisée. Sa croissance est affaiblie, sa compétitivité émoussée, le chôsmage perdure depuis 25 ans et les impôts très élevés n'ont empêché aucune des nouvelles précarités.
Il existe pourtant des solutions, « connues et défendues par de nombreux économistes » : Promouvoir les hautes technologies, l'enseignement supérieur, accueillir les plombiers polonais, en finir avec l'idéologie du partage du travail...
Politiquement incorrect, cet essaie au ton vif s’en prend à toute les illusions de la pensée française qui ne voit dans la mondialisation que les dangers, et explique les mérites du libéralisme, économiquement très correct !…

 

 

Le cercle de Gironde organise un dîner-débat
Le lundi 21 Novembre 2005
A l’hôtel Mercure « Château Chartrons » à 20 heures
81 Cours Saint Louis à Bordeaux
« Oui, le libéralisme est social ! » avec Jacques de Guénin, Président du Cercle Frédéric Bastiat, Membre du Comité exécutif de Liberté Chérie.
Contacter Pascal Bérillon berillon.pascal@wanadoo.fr

Réunion du cercle de Mantes (Yvelines)
Le vendredi 25 Novembre 2005 à 20h30, local UMP
"Les enjeux du libéralisme, optique terrain"
Contacter Philippe Seigneur philippe.seigneur@club-internet.fr

Réunion du cercle du Puy de Dôme
Le jeudi 1er décembre 2005 à 18h30
À la Fédération UMP, Avenue Max Dormoy à Clermont- Ferrand
" Préparation du colloque sur les OGM" janvier 2006
Contacter Lucette Mermoz ou Jean-Pierre Brenas
jpbrenas@wanadoo.fr

Les cercles libéraux de Paris invitent Claude Goasguen
Le jeudi 8 décembre 2005 à 19 heures
Au Musée Social, 5 Rue Las Cases 75007 Paris
« Pour Paris, Métropole du XXIème siècle »
Contacter Marie Toubiana marie.toubiana@cerclesliberaux.com