Réformer enfin les retraites !
La réforme des retraites ne doit pas être négociée régime par régime.
Interview d'Alain MADELIN par Jean-Francis Pécresse des Echos

Jean-François PECRESSE : Quelle leçon tirez- vous des péripéties de la réforme des retraites à EDF ?

Alain MADELIN : C'est l'échec salutaire d'un projet flou et d'une mauvaise méthode. L'accord en lui- même était destiné à favoriser l'ouverture à la concurrence d'EDF-GDF. Si pour cela, il modifiait l'architecture du financement des retraites à EDF-GDF, il ne modifiait en rien les avantages acquis en situation de monopôle. Et l'augmentation de cotisations prévue devait être compensée par une hausse de salaires. C'est dire que cet accord ne pouvait être présenté comme l'acte I de la réforme des retraites. C'eût été donner le mauvais exemple. Comment parler ensuite d'équité en commençant par conforter dans ses privilèges un des régimes de retraite le plus privilégié ? Quant à la méthode, c'était la négociation or la réforme des retraites ne peut pas être, à mon sens, l'aboutissement d'une négociation régime par régime. Elle doit être, après concertation, une décision politique. Le gouvernement a donc tort de valider, malgré tout, cette réforme ? Non, il a raison. Si c'est accord est mauvais dans la perspective de la réforme des retraites, il est bon dans la perspective de l'ouverture à la concurrence et de la privatisation. L'erreur a été de faire le lien avec la réforme du régime général. Je crois qu'il faut en tirer une leçon pour l'avenir de la réforme. Il faut réhabiliter le rôle de la loi. Celle-ci doit définir clairement ce qu'est un droit à pension, les obligations des caisses, le rôle des partenaires sociaux. L'Etat doit prendre de la hauteur, définir les principes et confier la gestion du régime de base aux partenaires sociaux pour leur donner "du grain à moudre".

JFP : Que proposez- vous ?

AM : Un régime de retraite de base unique, par répartition, intégrant l'Arrco et l'Agirc. La méthode, c'est de passer, comme pour les régimes complémentaires du privé, à un système par points, qui permette de définir de vrais droits à la retraite. Seule, la référence à la durée de cotisation n'est pas un bon indicateur. La durée de cotisation est particulièrement injuste, car toutes les années n'ont pas le même rendement. Je propose de lui substituer la notion de vrais droits acquis, sans référence aux meilleures années mais par accumulation de points tout au long de la vie. Cela me paraît être une technique plus juste et plus souple permettant à chacun de liquider sa retraite à l'âge de son choix, de racheter des points pour préparer sa retraite ou de travailler plus longtemps pour acquérir des droits supplémentaires. Le système par points donnerait une extraordinaire souplesse à notre système de retraite.

JFP : Mais cela ne résoudrait pas le déséquilibre financier des régimes…

AM : Non, mais cela renverrait, chaque année, aux partenaires sociaux la responsabilité de fixer la valeur du point. La transformation du système public en régime par points serait, par ailleurs, l'occasion de prendre en compte des sujétions particulières ou l'existence de primes, sans remettre en cause les droits acquis. Etant entendu, bien évidemment, que l'évolution démographique entraîne forcément une augmentation de la cotisation, qu'il s'agisse du taux ou de la durée. Peut- on demander de nouveaux efforts aux salariés du privé ? A condition que ceux- ci aient le sentiment que l'effort demandé est équitable. La réforme des retraites d'EDF est le mauvais exemple à mettre en avant.

JFP : Fallait- il se donner tout un semestre pour discuter de la réforme des retraites ?

AM : Je pense que le gouvernement sera amené à accélérer le mouvement.

JFP : Les fonds de pension doivent- ils figurer dans le premier train de la réforme ?

AM : Oui. C'est encore une leçon d'EDF. Les réformes floues sont mal comprises. Les choix ne doivent pas être ambigus. A l'évidence, nous avons besoin de fonds de pension. La baisse de la Bourse ne doit pas effrayer le gouvernement. Au contraire, elle est une opportunité. Tous les pays modernes se sont dotés de fonds de pension.