La Lettre des Cercles Libéraux, du 2 décembre 2005

La faillite,
nous voilà !
Le piège de la dette se referme sur la France. Et il sera bien difficile d’en sortir.

2000 milliards d’euros. C’est le vrai montant de la dette des Français que s’apprête à officialiser le rapport commandé par le Ministère de l’Economie et des Finances à Michel Pébereau. Ce chiffre n’a rien de nouveau, ni de surprenant. Il est connu de tous depuis longtemps : aux 1100 milliards de dette publique s’ajoutent au moins 900 milliards d’euros d’engagement de retraites des fonctionnaires. Un tel endettement est-il aujourd’hui soutenable ? Sans qu’il soit besoin d’attendre le rapport Pebereau, on connaît la réponse: c’est NON !
Déjà en juillet dernier un très officiel rapport de l’INSEE concluait « à la non-soutenabilité forte de la politique budgétaire et fiscale conduite en France depuis 25 ans ». En effet, l’augmentation quasi continue des dépenses publiques (le budget 2006, est le 31ème budget déficitaire consécutif) nous a conduits à une situation où le taux d’endettement étant supérieur au taux de croissance et à l’augmentation des recettes fiscales, l’Etat - dans un effet « boule de neige » - doit emprunter toujours plus pour payer les intérêts et le remboursement des dettes accumulées. Un constat qui amenait l’INSEE à conclure dans un langage très diplomatique que « si la dynamique des dépenses et des recettes observée dans le passé se maintient, on ne peut pas écarter le risque de devoir tôt ou tard procéder à un ajustement important ». Autrement dit, dans un langage plus trivial, « on va droit dans le mur ! ».

Une telle situation comptable aurait conduit depuis longtemps une entreprise au dépôt de bilan. Mais la France n’est pas une entreprise, ses contribuables ne sont pas des clients et par principe un Etat échappe au dépôt de bilan (hors situation exceptionnelle cf l’Argentine).

Pourtant, si de nombreuses générations politiques ont pu croire à la suite du Président Queuille qu’« il n’existe pas de problème, qu’une absence de solution ne puisse résoudre », cet adage n’est plus vrai aujourd’hui.
En effet, du temps du bon vieux FRANC, les politiques de fuite en avant dans la dépense publique - celles des largesses de l’Etat Providence et des politiques économiques keynésiennes - trouvaient leurs solutions dans l’inflation, voire la dévaluation.
Le développement des marchés à terme, depuis le début des années 80, rend de plus en plus difficile de telles politiques de fuite en avant car celles-ci sont aussitôt sanctionnées par une hausse des taux d’intérêts à long terme. La France en poursuivant malgré tout une politique de déficit a ainsi vu étouffer son économie et grimper le chômage.

La politique économique engagée en 1995 dans la perspective notamment de la mise en place de l’euro a permis la réduction progressive des déficits à 5, 4 puis 3% du PIB (ce qui a fait baisser les taux d’intérêts, relancer l’investissement, la croissance et l’emploi au bénéfice du gouvernement socialiste après la dissolution de 1997).
Seulement, une fois l’euro mis en place, la France, à l’abri des sanctions des marchés financiers sur sa monnaie, a repris sa fuite en avant dans l’endettement. Il est sûr que les politiques menées par les gouvernements depuis 2002 auraient été sanctionnées depuis longtemps par les marchés financiers si le FRANC était encore en vigueur. Pour éviter qu’un Etat puisse s’abriter derrière l’euro pour mener une mauvaise politique, la création de la monnaie européenne avait été accompagnée d’un Pacte de Stabilité fixant un plafond de 3% PIB et 60% de PIB pour la dette.
Si la France hélas suivie par bien d’autres pays, entend s’affranchir de ces contraintes, celles-ci n’en restent pas moins de bon sens ; elles visent à éviter aux Etats de s’engager dans le piège d’une dette insoutenable pour garantir la stabilité du ratio de dette publique par rapport au PIB dans une perspective d’une croissance de 3% et d’une inflation à 2%. Car ce qui compte, ce n’est pas tant la dette que la capacité à rembourser la dette (le tableau ci-joint montre mieux que de longues démonstrations pourquoi la dette US est soutenable et pourquoi la dette française ne l’est pas).
Aujourd’hui, donc la cause est entendue la dette française est insoutenable. Les deux issues de secours jusqu’à présent empruntées pour faire face à une telle situation – la dévaluation et l'inflation- sont aujourd’hui condamnées. Le moment de vérité approche.
Le rapport Pébereau attendu pour bientôt est destiné à provoquer un électrochoc dans l’opinion et une grande agence de publicité est même chargée d’en faire la promotion. S’il est bon que l’opinion prenne conscience de la gravité de la situation, il est surtout nécessaire de savoir comment sortir de ce piège de l’endettement ?
Hélas, la réponse n’est pas évidente. Deux politiques sont possibles : celle de la rigueur ou celle de la vigueur.

- La politique de RIGUEUR, consiste à réduire la dépense publique en coupant dans les budgets de l’Etat ou des budgets sociaux, voire à limiter les déficits en inventant quelques recettes fiscales nouvelles bien entendu toujours présentées comme provisoires. Une politique souvent prônée par Bercy qui a largement prouvé son inefficacité depuis longtemps.
- La politique de VIGUEUR, cherche avant tout la croissance et même l’hyper croissance - seule solution aux problèmes de la France -. Cette politique prônée par les libéraux consiste à ouvrir à la concurrence les secteurs protégés, à introduire de la compétition dans nos grands systèmes publics pour les rendre plus efficaces,
(L’Assurance maladie, l’Education...) à transformer les faux droits de l’Etat Providence en vrais droits économiques (un système de retraite par points par exemple), à libérer les salaires et les contrats sur le marché du travail, à réformer en profondeur l’Etat et bien sûr à engager une profonde réforme fiscale pour augmenter les incitations marginales.
Une telle politique exige d’abord une claire vision, de fortes convictions et du courage, conditions qui sont loin d’être réunies aujourd’hui. Elle peut entraîner aussi une augmentation provisoire de la dette publique car la réforme de l’Etat et le rachat des droits acquis ont un coût et la baisse des impôts peut diminuer les recettes dans un premier temps.
Une telle augmentation, en elle-même, n’est pas un problème car ce surcroît de dépenses publiques, à la différence de nos déficits d’aujourd’hui, doit être considéré comme un investissement utile qui permet de stimuler la croissance et de réduire le poids de notre endettement public. L’expérience internationale montre d’ailleurs clairement que les baisses d’impôt bien conduites augmentent les recettes et ne les diminuent pas, que les reformes de l’Etat stimulent la croissance et que cette politique de vigueur est le meilleur moyen de réduire la part des dépenses publiques dans la richesse nationale et de sortir du piège de l’endettement.
Malheureusement, si une telle politique de vigueur est nécessaire et souhaitable, elle se heurte à deux obstacles :

- Les réformes sont plus faciles à mener par beau temps économique. La croissance met de l’huile dans les rouages de la réforme. Or seules des réformes profondes peuvent produire de la croissance, et seule la croissance permet d’entreprendre politiquement ces réformes profondes !
- A défaut d’une croissance forte, il est cependant possible de réformer à condition de payer cet investissement dans les réformes par une augmentation provisoire de l’endettement public. Or cette augmentation est impossible, compte tenu du Pacte de Stabilité, de la Banque centrale et du niveau record déjà atteint par nos déficits.
Une telle situation ne peut conduire, comme nous l’avons déjà dit ici même, qu’à une crise politique et financière européenne.
Et sans doute, une telle crise est nécessaire et salutaire. Souvenons-nous que c’est après une faillite financière et l’intervention du FMI que la Grande-Bretagne a vu l’arrivée au pouvoir de ... Margaret Thatcher


Alain Madelin


Le retour du protectionnisme
Les nuages de l’échec planent sur le sommet de l’OMC à Hong-kong, la France y est pour beaucoup. Il est vrai que le protectionnisme est de retour. Pourtant «en nous offrant leurs produits à des prix compétitifs, les Chinois nous font économiser nos ressources, et nous nous en trouvons donc plus riches qu'autrement. Il n'y a rien là de très étonnant, si l'on veut bien dépasser les formules choc pour regarder les faits: car parler d' "invasion des textiles Chinois" qui "submergent" le marché européen, c'est occulter la moitié des faits: à savoir que ces textiles sont échangés contre autre chose, en l'occurrence des euros, qu'il faudra bien que les Chinois dépensent...en permettant à nos produits de les "envahir" à leur tour. Quant aux salariés européens, il leur faut évidemment se reconvertir. Ils sont dans la même situation que les copistes au lendemain de l'invention de l'imprimerie. Fallait-il interdire la machine de Gutenberg pour protéger les copistes de sa "concurrence déloyale", au détriment de l'humanité toute entière ?»
De la nocivité du protectionnisme de Pierre-Louis Boitel

  Banqueroute
Le dérapage des comptes publics français est catastrophique. Les agences de notation vont abaisser la note de la dette publique française, ce qui va renchérir son coût. Des réformes très impopulaires devront être prises car des avantages acquis devront être supprimés. Les impôts vont augmenter. La croissance du PIB restera durablement faible. Le niveau de vie ne progressera (globalement) que très lentement…
Lire l’analyse de Jean-Pierre Chevallier



HUMEUR :
Connaissez-vous la SNDD ?
C’est la Stratégie Nationale du Développement Durable adoptée par le Comité permanent des Hauts fonctionnaires du développement durable ! qui vient de publier un rapport assez ébouriffant. Outre le fait que le mot durable est mis à toutes les sauces possibles, (pour « l’emploi durable » contre « l’exclusion durable »... )nos sympathiques hauts fonctionnaires ont inventé un nouveau concept « l’Etat ensemblier ». Il s’agit pour l’Etat « d’intégrer la parole des citoyens notamment ceux qui ont été souvent qualifiés de « sans voix » afin de transcender les clivages entre politique et société civile, entre échelon national et local en mobilisant la parole des exclus ». Le tout bien entendu « sous l’autorité des préfets ». On attend avec impatience un rapport sur la bêtise technocratique durable !



LE CHIFFRE LA CITATION
0,1% C’est le chiffre de la baisse du chômage au mois d’octobre. Au total 130 000 personnes en moins dans les statistiques depuis avril. Pourtant, 8500 emplois seulement ont été créés dans le secteur concurrentiel. L’écart s’explique largement par le retour du traitement social du chômage.

« Quand on veut acheter son ennemi par des concessions, on n’est jamais assez riche pour le faire. »

Frédéric Bastiat

Viviane Forrester suite...
« Quel symbole que de récompenser l’auteur de l’anti-culture d’entreprise ! » écrit Sophie de Menthon, suite à la promotion de Viviane Forrester dans l’Ordre National du Mérite.
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Anniversaire
Notre ami Yves Chadirac a offert un bouquet de citations à Jacques Chirac pour son anniversaire. La première : «Mon discours n’a jamais changé !» Jacques Chirac, le 30 mars 1996
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L’ENA : la reine de la fourmilière au cœur de l’Etat
« l’ENA est une machine infernale installée au cœur de l’Etat, qui, que la droite ou la gauche soit au pouvoir, nous conduit à plus d’Etat-Providence ; un Etat-Providence qui veut s’occuper de tout mais qui fuit ses missions essentielles. »
Lire «Le dossier noir de l’ENA» publié par l’Ifrap

La vérité sur la SNCF
Les études toujours passionnantes de Nicolas Lecaussin, Chargé d'Etudes à l'IFRAP (Institut Français de Recherche sur les Administrations Publiques), Rédacteur en chef de Société Civile, lèvent le voile sur les privilèges de deux entreprises publiques : «La vérité sur la SNCF», «Toujours plus pour les agents, rien pour les voyageurs».

A LIRE  
L'ensauvagement :
Le retour de la barbarie
au XXIe siècle

de Thérèse Delpech,
Grasset
Penser la liberté,
penser
la démocratie

de Raymond Aron,
Gallimard
Qui en 1900, année des progrès sociaux et technologiques, pouvait prévoir les deux guerres mondiales à venir ? Qui aujourd’hui, face à la menace iranienne, le terrorisme, la crise de Taiwan ou du Moyen Orient peut prévenir l’avenir ? Cet ouvrage analyse les événements d’hier et d’aujourd’hui afin de s’interroger sur les idées pour lesquelles nos sociétés prendront le risque de se battre.
A l’occasion du centenaire de la naissance de Raymond Aron, les éditions Gallimard «Quarto» rééditent les textes de philosophie politique les plus importants de Raymond Aron (1905-1983) : "Jamais les hommes n'ont eu autant de motifs de ne plus s'entretuer. Jamais ils n'ont eu autant de motifs de se sentir associés dans une seule et même entreprise. Je n'en conclus pas que l'âge de l'histoire universelle sera pacifique. Nous le savons, l'homme est un être raisonnable mais les hommes le sont-ils ?"

La lettre bimensuelle
des Cercles thématiques

L'édito de Dominiques Garrigues :
"Les libéraux français clament dans le désert, tandis que tous les autres pays – sauf Cuba, Corée du Nord, Zimbabwe – ont compris la leçon. Nous y viendrons un jour ! Mais chaque année de retard nous coûte cher, très cher..."
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Les thèmes : Les protections sociales – La culture libérale – La civilisation de l’Internet – Les enjeux internationaux – Les défis de l’environnement – La réforme de l’Etat et des collectivités territoriales – La libération de l’économie
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AUTRES EDITORIAUX
Le socialisme de la terre plate
Mi-mi Merkel est mal partie

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Vivement la crise
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De la nocivité
du protectionnisme

Début septembre 2005, le commissaire européen Peter Mandelson et le ministre du commerce chinois Bo Xilai ont signé un accord permettant le déblocage des millions de vêtements chinois en attente dans les ports européens.

Il faut espérer que ce sera là une première étape vers une prise de conscience plus générale de la nocivité des barrières protectionnistes. On peut comprendre cette nocivité si, comme le conseille Henry Hazlitt (1), on considère les effets d'une mesure politique à long terme sur la société tout entière, et non pas seulement à court terme sur un groupe circonscrit.

Car c'est bien dans ce travers que tombent les pourfendeurs du textile chinois, qui voudraient présenter les intérêts des groupes français et européens du textile comme seuls critères à prendre en compte. Certes, à court terme et dans la branche en question, patrons et employés ont à y perdre, qui en profits, qui en emplois. Mais c'est à l'avantage des consommateurs, autrement plus nombreux, qui voient leur pouvoir d'achat augmenter à mesure que les Chinois cassent les prix. Et ce pouvoir d'achat ainsi préservé est évidemment consacré à d'autres utilisations, générant ainsi de nouveaux emplois. Il se trouve simplement que par leur grande diversité, ces créations d'emplois ne sautent pas aux yeux comme le font les plans sociaux dans le textile, et qu'il est facile de les passer sous silence. Ils devraient pourtant "sauter aux yeux de l'esprit" (2). Bref, contrairement à une légende tenace, le textile chinois, quant bien même il serait offert gratuitement, ne serait pas pour autant générateur de chômage net à l'échelle de la société tout entière.

Mais il y a plus important. C'est qu'auparavant, si M. Durand avait un pantalon pour cent euros, il l'aura désormais grâce aux Chinois pour quatre-vingt. Restent vingt euros, qui non seulement créeront les emplois nouveaux dont nous avons parlés, mais permettront aussi à M. Durand de s'acheter un livre, un billet de train ou de payer sa facture téléphonique. M. Durand se trouvera plus riche de 20 euros, comme ses millions de compatriotes. C'est ce qu'on appelle la croissance économique.

Il faut noter également que nous avons avantage à acheter les produits chinois moins chers quel que soit le degré de protectionnisme que le gouvernement chinois impose à son pays, car les arguments énoncés ci-dessus en sont totalement indépendants. Menacer les Chinois d'imposer des quotas à l'importation de leurs produits sous prétexte qu'eux-mêmes en feraient autant consiste en fait à les menacer de nous imposer des restrictions à nous-mêmes si eux-mêmes se restreignent. En quoi est-ce l’intérêt des consommateurs européens ?

En nous offrant leurs produits à des prix compétitifs, les Chinois nous font économiser nos ressources, et nous nous en trouvons donc plus riches qu'autrement. Il n'y a rien là de très étonnant, si l'on veut bien dépasser les formules choc pour regarder les faits: car parler d' "invasion des textiles Chinois" qui "submergent" le marché européen, c'est occulter la moitié des faits: à savoir que ces textiles sont échangés contre autre chose, en l'occurrence des euros, qu'il faudra bien que les Chinois dépensent...en permettant à nos produits de les "envahir" à leur tour.

Quant aux salariés européens, il leur faut évidemment se reconvertir. Ils sont dans la même situation que les copistes au lendemain de l'invention de l'imprimerie. Fallait-il interdire la machine de Gutenberg pour protéger les copistes de sa "concurrence déloyale", au détriment de l'humanité tout entière?

Enfin il faut dire ici un mot des Chinois eux-mêmes, que l'on passe ordinairement sous silence. En achetant leurs produits, on favorise bien sûr l'emploi et la croissance dans leur pays. A l'heure où l'on semble tant se soucier de la pauvreté dans le Monde, ce n'est sans doute pas anodin.


(1) Henry Hazlitt, L'économie en une leçon.
(2) cité de Frédéric Bastiat, L'impôt, dans Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas.

Pierre-Louis Boitel - 22 novembre 2005

 

 

 

 

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De la nocivité
du protectionnisme

Début septembre 2005, le commissaire européen Peter Mandelson et le ministre du commerce chinois Bo Xilai ont signé un accord permettant le déblocage des millions de vêtements chinois en attente dans les ports européens.

Il faut espérer que ce sera là une première étape vers une prise de conscience plus générale de la nocivité des barrières protectionnistes. On peut comprendre cette nocivité si, comme le conseille Henry Hazlitt (1), on considère les effets d'une mesure politique à long terme sur la société tout entière, et non pas seulement à court terme sur un groupe circonscrit.

Car c'est bien dans ce travers que tombent les pourfendeurs du textile chinois, qui voudraient présenter les intérêts des groupes français et européens du textile comme seuls critères à prendre en compte. Certes, à court terme et dans la branche en question, patrons et employés ont à y perdre, qui en profits, qui en emplois. Mais c'est à l'avantage des consommateurs, autrement plus nombreux, qui voient leur pouvoir d'achat augmenter à mesure que les Chinois cassent les prix. Et ce pouvoir d'achat ainsi préservé est évidemment consacré à d'autres utilisations, générant ainsi de nouveaux emplois. Il se trouve simplement que par leur grande diversité, ces créations d'emplois ne sautent pas aux yeux comme le font les plans sociaux dans le textile, et qu'il est facile de les passer sous silence. Ils devraient pourtant "sauter aux yeux de l'esprit" (2). Bref, contrairement à une légende tenace, le textile chinois, quant bien même il serait offert gratuitement, ne serait pas pour autant générateur de chômage net à l'échelle de la société tout entière.

Mais il y a plus important. C'est qu'auparavant, si M. Durand avait un pantalon pour cent euros, il l'aura désormais grâce aux Chinois pour quatre-vingt. Restent vingt euros, qui non seulement créeront les emplois nouveaux dont nous avons parlés, mais permettront aussi à M. Durand de s'acheter un livre, un billet de train ou de payer sa facture téléphonique. M. Durand se trouvera plus riche de 20 euros, comme ses millions de compatriotes. C'est ce qu'on appelle la croissance économique.

Il faut noter également que nous avons avantage à acheter les produits chinois moins chers quel que soit le degré de protectionnisme que le gouvernement chinois impose à son pays, car les arguments énoncés ci-dessus en sont totalement indépendants. Menacer les Chinois d'imposer des quotas à l'importation de leurs produits sous prétexte qu'eux-mêmes en feraient autant consiste en fait à les menacer de nous imposer des restrictions à nous-mêmes si eux-mêmes se restreignent. En quoi est-ce l’intérêt des consommateurs européens ?

En nous offrant leurs produits à des prix compétitifs, les Chinois nous font économiser nos ressources, et nous nous en trouvons donc plus riches qu'autrement. Il n'y a rien là de très étonnant, si l'on veut bien dépasser les formules choc pour regarder les faits: car parler d' "invasion des textiles Chinois" qui "submergent" le marché européen, c'est occulter la moitié des faits: à savoir que ces textiles sont échangés contre autre chose, en l'occurrence des euros, qu'il faudra bien que les Chinois dépensent...en permettant à nos produits de les "envahir" à leur tour.

Quant aux salariés européens, il leur faut évidemment se reconvertir. Ils sont dans la même situation que les copistes au lendemain de l'invention de l'imprimerie. Fallait-il interdire la machine de Gutenberg pour protéger les copistes de sa "concurrence déloyale", au détriment de l'humanité tout entière?

Enfin il faut dire ici un mot des Chinois eux-mêmes, que l'on passe ordinairement sous silence. En achetant leurs produits, on favorise bien sûr l'emploi et la croissance dans leur pays. A l'heure où l'on semble tant se soucier de la pauvreté dans le Monde, ce n'est sans doute pas anodin.


(1) Henry Hazlitt, L'économie en une leçon.
(2) cité de Frédéric Bastiat, L'impôt, dans Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas.

Pierre-Louis Boitel - 22 novembre 2005

 

 

 

Banqueroute
et fausse monnaie
dans les administrations
et les entreprises publiques françaises

Ce qui est réconfortant, c'est qu'il y a quand même des gens qui sont conscients de l'étendue du désastre : la commission Pébereau évalue la dette de la France à 2 000 milliards d'euros en comptabilisant les charges de retraite qui ne sont pas provisionnées dans l'état actuel des comptes publics!!!


Les entreprises et les administrations publiques françaises publient des comptes qui ne donnent pas une image fidèle de la réalité en vue de tromper le public. En effet, elles ne provisionnent pas les engagements de retraite de leurs salariés ni des fonctionnaires contrairement aux règles habituelles. Ce sont pourtant des créances certaines qui atteignent des sommes considérables car des conditions de retraite très avantageuses ont été accordées à un très grand nombre de personnes. Cependant, quelques rares entreprises publiques ont publié ou publient des données chiffrant ces charges de retraite : 14,8 milliards d'euros sont mentionnés dans le rapport annuel de gestion 2004 de GDF, 70 milliards d'euros dans celui de La Poste (au 31 décembre 2004).
Les administrations et la plupart des entreprises publiques ne comptabilisent pas leurs engagements de retraite alors que les règles ordinaires de la comptabilité l'imposent. Les autorités françaises qui doivent faire respecter les lois et règlements ne les respectent pas elles-mêmes dans leurs propres comptes ! Le traité de Maastricht impose pourtant des obligations financières contraignantes : la dette d'un Etat de la zone euro ne doit pas dépasser 60 % du PIB. Or actuellement, la dette de la France atteint déjà officiellement 1 117 milliards d'euros soit 66 % du PIB. Par ailleurs, la commission Pébereau (créée par le Parlement) évalue les charges de retraite non provisionnées à 800 milliards d'euros (compte tenu des prélèvements finançant la retraite par répartition) ce qui porte l'endettement réel de la France à 2 000 milliards d'euros environ soit 115 % du PIB … 32 000 euros par Français !
Le dérapage des comptes publics français est catastrophique. Les agences de notation vont abaisser la note de la dette publique française, ce qui va renchérir son coût. Des réformes très impopulaires devront être prises car des avantages acquis devront être supprimés. Les impôts vont augmenter. La croissance du PIB restera durablement faible. Le niveau de vie ne progressera (globalement) que très lentement…

Aux Etats-Unis, les charges de retraite sont presque totalement provisionnées car les Américains ont placé une partie importante de leur épargne, qui est considérable (5 000 milliards de dollars dans les caisses d'épargne), dans des fonds de pension (9 000 milliards de dollars) qui sont le seul et unique moyen d'assurer rationnellement et efficacement le financement des revenus des retraités. Ils disposent ainsi de 11 000 milliards de dollars de provisions (avec le fonds public de retraite) équivalant au PIB annuel.

Le surendettement de la France est hors normes, mais d'autres pays de la zone euro sont dans une situation comparable. Ces dérives sont révélées dans l'agrégat monétaire M1 qui correspond à l'ensemble des disponibilités des ménages (l'argent que nous avons dans nos portefeuilles et sur nos comptes courants). M1 est anormalement élevé : 3 350 milliards d'euros, en augmentation de plus de 10 % depuis 2001 alors que la croissance du PIB est de 1 à 2 % en moyenne. Ainsi, 2 000 milliards d'euros environ circulent sans qu'ils aient pour contrepartie la vente de produits tirés d'un travail. C'est de l'argent non gagné. Pour l'essentiel, il s'agit d'aides dites sociales, des salaires de fonctionnaires dont le travail ne crée aucune valeur réelle supplémentaire et de subventions à des entreprises publiques.
Les dirigeants de la Banque Centrale Européenne s'apprêtent à augmenter le taux de base pour ralentir l'augmentation de la masse monétaire M3, mais cela aura peu d'effets positifs car les causes profondes de l'inflation ne seront pas combattues. En effet, ce sont les dirigeants des administrations et des entreprises publiques qui créent cette… fausse monnaie !
La situation au Japon est pire : la croissance du PIB s'est arrêtée depuis 15 ans (dans une stagnation déflationniste) alors qu'elle était très forte après la Seconde guerre mondiale.

En l'absence de données chiffrées, les charges de retraite peuvent être estimées par extrapolation des comptes certifiés de certaines entreprises publiques qui les ont publiées. Ainsi par exemple, comme le statut des électriciens est identique à celui des gaziers, les charges de retraite d'EDF peuvent être estimées à 70 milliards d'euros par rapport à celles qui sont publiées par GDF et pour le même montant pour la SNCF par analogie avec celles de La Poste. Ce sont ainsi 225 milliards d'euros qui ne sont pas provisionnés dans ces seules quatre entreprises ! La commission Pébereau les évalue à 800 milliards d'euros pour l'ensemble des administrations et des entreprises publiques. Ces données sont concordantes et vraisemblablement très proches de la réalité.

A qui la faute ? Les responsables de cette banqueroute généralisée sont nombreux. Ce sont d'abord les dirigeants de ces entreprises publiques et les hauts fonctionnaires des administrations. Ce sont ensuite les hommes politiques des partis qui se sont succédé au pouvoir depuis une trentaine d'années car ils ont accepté de couvrir ces irrégularités. C'est aussi toute la communauté financière française : les dirigeants de la Banque de France, de l'Autorité des Marchés Financiers et des organismes comptables et financiers qui supervisent le système financier français, les banquiers, c'est à dire les dirigeants et les spécialistes des établissements financiers et des sociétés de bourse, les analystes, les experts (!) et les journalistes financiers. Les sociétés de certification et les agences de notation ont perdu une grande partie de leur crédibilité dans cette aventure : Ernst & Young a certifié les comptes de la SNCF et d'eDF avec Deloitte, PricewaterhouseCoopers ceux de La Poste. Standard & Poor's, Fitch et Moody's n'ont pas déclassé la dette de la France et des autres pays alors que ces dérives étaient évidentes, etc, etc. Les universitaires, les chercheurs et autres enseignants sont notoirement totalement incompétents dans ce domaine et toujours hors course…

Code de commerce (Partie Législative) Section 1 : De la banqueroute
Article L626-2 (…) sont coupables de banqueroute les personnes (… qui ont) tenu une comptabilité manifestement incomplète ou irrégulière au regard des dispositions légales.
Article L626-3 La banqueroute est punie de cinq ans d'emprisonnement (…)

La dette d'une nation est légitime quand elle finance la construction d'infrastructures qui augmentent la productivité des entreprises, comme par exemple la construction de routes, d'autoroutes, de ponts, de tunnels, etc qui facilitent la circulation des personnes et des marchandises. Dans le cas présent, pour la France et d'autres pays de la zone euro, cette dette publique réelle alimente des revenus qui sont distribués mais qui n'ont pas pour contrepartie la vente de produits tirés d'un travail. Ces revenus sont dépensés. C'est de l'argent non gagné qui circule, qui ne rapportera rien et qui n'augmentera pas la productivité en France.

Le général de Gaulle disait que les Français étaient des veaux. La situation a empiré depuis cette époque révolue car ils sont maintenant victimes d'une encéphalite spongiforme qui les touche quasiment tous. Le manque de culture économique et financière élémentaire leur sera fatal. De Gaulle qui avouait ne rien connaître à l'économie, avait eu la sagesse de s'en remettre à des économistes libéraux compétents comme Jacques Rueff, qui ont assuré la prospérité de la France dans les années 60. La propagande antilibérale qui sévit depuis une trentaine d'années a des conséquences qui seront de plus en plus dévastatrices…

Jean-Pierre Chevallier

 

 

 

 

Le Ministre de la Culture récompense l’erreur économique !


Les chefs d’entreprise d’ETHIC (Entreprises de Taille Humaine Indépendantes et de Croissance) ont été indignés de voir que Viviane Forrestier, auteur du violent pamphlet anti-entrepreneurial « L’horreur économique », vient d’être promue Officier dans l’Ordre National du Mérite par Renaud Donnedieu de Vabres.

Quel symbole que de récompenser l’auteur de l’anti-culture d’entreprise !

Où est le mérite à promouvoir l’anti-capitalisme et le lynchage des entrepreneurs et de l’entreprise ? Est-ce là, la culture du mérite dont s’enorgueillit la République Française ?
Est-ce « L’horreur économique » qui doit être le livre de chevet des jeunes de nos banlieues ?
Combien de chefs d’entreprises qui créent la richesse du pays mériteraient, eux, d’être honorés par cette distinction ?
Ethic souligne qu’un tel hommage rendu à l’auteur, quelles que soient ses qualités et son talent par ailleurs, sous entend que le Gouvernement encourage le dénigrement systématique de l’économie de marché.

Les entrepreneurs à taille humaine doivent-ils comprendre que ceux qui fustigent leur travail sont plus estimables qu’eux mêmes ?

 

 

 


Citations pour un anniversaire


Mon discours n'a jamais changé !
Jacques chirac - Libération - 30/03/1996

Dans un environnement qui change, il n'y a pas de plus grand danger que de rester immobile
Jacques chirac - ce qui change -1992

Pour donner des exemples, je dirais que si je suis élu [je m’engage] à une diminution très considérable du train de vie de l’Etat, aussi bien d’ailleurs du Président que du gouvernement, qui me paraît tout à fait excessif, voire insolent, dans un pays qui connaît les difficultés que nous connaissons.
Jacques chirac - Campagne pour la présidentielle de 1995

Ce que je vous propose, c’est une morale publique retrouvée avec des dirigeants qui donnent l’exemple.
Jacques chirac - 21 avril 1997.

Pour le moment, tout ça n'est pas bien grave. Il y a un type, Le Pen, que je connais pas et qui n'est probablement pas si méchant qu'on le dit. Il répète certaines choses que nous pensons, un peu plus fort et un peu mieux que nous, en termes plus populaires.
Jacques chirac - Entretien avec Franz-Olivier Giesbert (22 juin 1985)

Le quinquennat sous une forme ou sous une autre, serait une erreur; et donc je ne l'approuverai pas.
Jacques chirac-TF1 (14 juillet 1999)

Moi, j'ai toujours été contre le principe de la cohabitation, car j'ai toujours pensé que, dès l'instant où un président était désavoué par une élection, il devrait démissionner.
Jacques chirac - Cité par Thierry Desjardins, L'Homme qui n'aime pas les dîners en ville (1995)

Rayez ce mot "opéra" de votre vocabulaire. Il n'y aura pas d'opéra à la Bastille.
Jacques chirac - AFP (21 juillet 1986)

Le caractère très spécifique de la ville de Paris ne permet en aucun cas d'envisager un maire élu.
Jacques chirac - France soir (26 mars 1974)

Vous savez bien que l'Irak est un pays pacifique qui est géré par des gens pacifiques.
Jacques chirac - A un journal marocain (septembre 1980)

Dommage pour les socialistes et les communistes, il n'y a pas de scandales à la mairie de Paris !
Jacques chirac - Le figaro magazine (5 mars 1983)

Je n'ai aucune intention -cela doit être clair- d'assumer les fonctions de Premier ministre de M. Mitterrand et je n'ai aucune vocation à le faire.
Jacques chirac - Grand jury RTL - Le Monde (5 mai 1985)

Cette histoire d'élargissement de l'Europe est tout à fait absurde. [...] La Turquie maintenant est candidate. Demain ce sera le Zimbabwe.
Jacques chirac - RMC, Forum (25 avril 1980)